Dumoulin (Molinœus), Trnctatus conlractuum et usurariim
Dumoulin prend à partie très vivement Texplication d'Accurse sur le mot quantitas, qui est à la base du système. Ce n'est point, dit-il, de quantité de matière qu'il est ici question ; par quant ita s, c'est Vœstimatio qu'il faut entendre, et par suite la doctrine établie sur cette lecture, comme sur l'interprétation erronée des mots debitiim pondus, species proba, de la constitution des empereurs, doit être entièrement rejetée (i).
Mais à son tour, après la critique, Dumoulin tente une systématisation, et comme il connaît la doctrine d'Aristote, comme il a pratiqué aussi le canon Ouanto (2), sa construction est un curieux essai de combinaison, qui mériterait d'être étudié. Le point d'aboutissement, que nous pouvons seul relever ici. c'est d'ailleurs la monnaie-Higne (Au fond c'était probablement aussi l'idée dernière des jurisconsultes romains). Son raisonnement est tout construit sur les textes. La monnaie, remarquet-il, n'est pas une marchandise (3), puisque les textes
qusest. XG à G, De mutatione monelarum (dans Opéra, ed Parisiis, 1668,11, col. 566-604).
1. Idem, ibidem, § 698 sq. « Ubi Accursius ignorans mentem et scopum non explanat, sed more suo dépravât et obscurat textum... Non enim sequilur ex hoc, ijiiod numrai sint habituri euindem valorem qiiem ipsa raateria ex qiia fuere signati » {éd. cit., col. 576).
2. Idem, ibidem, quest. XGII, § 6o3. «Multum etiam confuse et perplexe loquuntur Doctores in hac materia, dum s;epe in involutis distinctionil)us suis non semper .. intelligantur, et Henric. Bohic, et alii in c. quanto de jurejur. et alibi » [ed. cit., col. 572).
5. Idem, ibidem, qu;est. XCII, n° 694. « Nec venit appellatione mercium, vel similium rerum, quia forma ipsa et substantia monetae, in quantum moneta, non est materia vel forma naturalis ipsius corporis monetae, sed valor ipse imposititius, unde qua;libet moneta, in quantum talis, non deducitur in contractum vel quamcumque dispositionem, nisi sub ratione valoris et quantitatis imposititiœ tune currentis » {ed. cit.. col. 5^3).
disent que : pecania nec uenit appellacione rnercium vel similiiun reriim; elle nest pas une marchandise, puisque, d'après l'analyse d'Aristote, et d'après la loi romaine, elle ne se mesure pas, elle qui mesure toutes choses (ar^. loi fidejussoremff. de pigneraticia actione).Ce que l'on considère en elle, en contractant, ce n'est pas la substance, mais la quantitas, et par quantitas, nous savons que ce qu'il faut entendre, c'est la valeur imposée, piiblica et perpétua œstimatio {\)\ ce à quoi on a ég"ard dans les contrats comme dans les paiements, c'est non point la masse, mais la puissance d'achat (valor imposititius) (2). A cet éçard même, remarque Dumoulin, la terminolog-ie courante est inexacte : c'est la valeur imposée que l'on devait nommer valor intrinsecus, et non pas valor extrinsecus, puisque c'est elle qui donne l'être à la monnaie (3 . La monnaie n'existe que par Vœstimatio, ce qui revient à dire au fond, comme Aristote, qu'elle n'est pas une chose, mais un signe.
Voilà où en vient, avec Dumoulin, la doctrine des romanistes, à une conception qui est celle d'Aristote peut-être, mais qui est juste le contre-pied de celle
I. Idem, ibidem, quaest X(]n, n° 6g^, col. 575. « Quanfitas, id est jam non subslantia ipsa raaterialis consideratiir in nummis, sed quantitas, id est valor imposititius, publiée et perpetuo corapactus, quam super publicam et perpetuam ;estiraationem vocavit. »
•2 Idem, ibidem, n" 694, col. Sjo. « Non numerantur tanquam massa, nec tanquam species, sed tanquam quantitas et moneta, et sic sub ratione valoris et quantitatis. »
5. Idem, ibidem, quaest. XCIl, n° 6g6, col. ^y^. « Valor imposititius non est ipsius bonitas extrinseca, ut vulgo putant, sed bonitas intrinseca, quia est ejus propria, specitîca, substantialis et formalis bonitas, quse dat ci esse; que sublata necessario desinit esse pecunia, vel moneta. » Cf. Cagnolus, cité à la note 104 : Dumoulin l'a ici tout simplement copié sans le dire.
d'Accurse et de Bariole. L'école au fond se renie, et est en recul sur toute la lig-ne.
La nouvelle école, celle de Cujas, est venue d'ailleurs lui épargner l'humiliation de renier plus longtemps son passé. Les jurisconsultes de la nouvelle souche se désintéressent complètement de la question économique et cessent d'avoir des développements de cette nature sous les textes Cujas ne donne plus, sous les textes accoutumés (i), aucune théorie monétaire. Dans ses Observations(2),il cite bien la lettre de Cassiodore sur la valeur réelle des espèces, mais sans chercher à en tirer aucune conséquence pratique. Godefroy, qui sur la loi Origo (3) reproduit la g'iose d'Accurse (Prœôe^), distingue seulement en quelques mots la valeur d'usage, de la puissance d'acliat, qu'il appelle É/om/n////n. Sur les mutations, il n'a aucune idée personnelle : il renvoie au.x développements des canonisles, au canon Olim X de censibus. Brannemann (4) est le seul de cette période où nous trouvions un exposé un peu détaillé qui rappelle les bartolistes. Il est d'ailleurs franchement en retour vers la conception féodale. Car. après avoir distingué les éléments intrinsèques et extrinsèques à la façon des bartolisles, il admet, d'autre part, que la valeur des espèces est déterminée exedicto principis. Sur le loi Origo. il repousse nettement l'opinion de Bartole touchant la nécessité d'une valeur intrinsèque^ pour suivre au contraire l'opinion de
1. Jacob. Cujacii, h\ Coàicem, in tit. de vet num. pot. XI, lo ; in L 1 ff. De contrah. empt. XMll, i (dans Opéra, éd. i658).
2. Jacob. Cujacii, Observationes (lib. XIX, c. 25; dans Opéra, t. V, col. 6oi .
3. Godefroy, in l. Origo, de contrah. empt., litt. h. ; in l. Solidos, de vet. nura pot., litt. e h. (dans Opéra, éd. i665).
4- Joh. Brunneniann. Commenlarii in libros XII Codicis, Lipsiae, 1679, ^'^'^" ' ^'^ libros I Pandeclarum, Lipsiaï. i685, in-f».
Cagnole. Il admet enfin le droit de muer, dans toutes ses conséquences, et de toutes les façons, sans même exiger pour cela le consentement du peuple (i). C'est sur toute la ligne, avec lui comme avec Boyer {2). comme auparavant avec Jo. Faber (3), la théorie féodale qui prend sa revanche incontestablement sur l'école romaniste, comme elle la prenait en même temps, avec Gonzalez Tellez, sur l'école canonique.
Dans tout cela, où est l'influence d'Oresme ? Nous ne l'avons trouvée nulle part. Ni romanistes, ni canonistes ne semblent vraiment le connaître. Pas une fois chez les premiers, dans la longue litanie de références qu'ils alignent complaisamment, nous navons vu apparaître son nom, ou son Traité des monnaies', et pour les canonistes, il nous faut venir aux derniers d'entre eux, au milieu du xviii^ siècle, à Gonzalez Tellez, pour le trouver une fois cité, et refuté d'ailleurs.
I. Rrunneman, in l. Oriyo ff. de contr. exempt : « Licet nonnulli existimant pecuniarn tantum valere debere in materiâ, quantum in forma, et tantum valere massam non signatam, quantum valet materia signala et percussa, et expensas cudendi pecuniarn de publico fieri debere, haec tarnen opinio coramuniter reprobatur. » (éd. 1675,00!. 6p5).
2-3. loh. Faber, Institut, t. quibus modis toliitur obligatio, in pr. « (Mutare) potuit princeps auctoritate propria, non requisito populi consensu. » Le même dit ailleurs Un Autheiitic.hoc nisi^iïl, de solutionibus, VIII, 9) : « Fa non solum potest mutare bonitatem extrinsecam, sed etiam formam et qualitatem extrinsecara. » Cf. Bœrius, Decisiones. Dec. GGCXXVII, n" 607 (éd. Lugduni, 1.587, P- 658). Dumoulin avait été moins loin, puisqu'il ne permettait que la mutation des monnaies nationales, courant dans le royaume seulement ; pour les espèces répandues au dehors, il exigeait le consentement des peuples, pour cette raison inattendue; que la valeur en avait été fixée primitivement par une sorte de contrat du jn^ (jentinm (loc. cit.. quaest. XC, n» BgS, II, col. 575).
LNFLUENCE DOCTRliNALE d'oRKSME 637
La raison en est toute de discipline intérieure En réalité, Oresme n'est ni plus ni moins bien traité que tous les autres auteurs profanes, que les c philosophes artiens » et qu'Arislole lui-même, leur maître. La science du moyen àg'e est divisée en compartiments étanches, de l'un à l'autre desquels rien ne pénètre. Pour le monde juriste, pour les interprètes du Corpus ou des canons, tout ce qui n'est point romaniste ou canoniste n'existe pas, par principe. Oresme est un éthicien, un philosophe artien, comme disait assez dédaigneusement l'auteur du Songe, et on n'explique pas le Dig-este ou les Décrétales par les « raisons d'Aristote ». Jusqu'à Cujas, l'école des légistes ne pouvait connaître une doctrine qui ne fût point fondée sur les textes ; et chez les canonistes, Barbosa est le premier (i) où nous trouvions alléguée l'opinion monétaire des monographes, de Curlius, de Martin de Lodi, de Fabianus de Monte, de Covarruvias ; encore, dans cette liste, Oresme n'apparaît-il point.
Sa doctrine d'ailleurs était en opposition foncière avec les principes de l'une et l'autre école. La négation du droit du prince, le droit de la communauté, qu'il pose si hardiment à la base, sont des opinions beaucoup trop tranchées, que l'on ne pouvait admettre, et qui heurtent les textes les plus respectés. On a dû vouloir l'ignorer. Seul, peut-être, Matthaiusde Afflittis, s'en est servi. Il a, comme nous avons noté, sur le droit de muer du prince in casa necessitatis, des développements inusités, qui rappellent la fameuse addition du chapitreXXlll : mutation nécessaire de la monnaie usée par l'usage (erosa), mutation en cas de dépréciation des métaux précieux, muta-
I. Aug. Barbosa, CoUectaneo doctorum, in c. Oiianto X, II, •i(\, aux §§ 2 et 8, v'^ Patristui comervare monelam, et hrequkilo popnli consensii
INFLUENCE DOCTRINALE D ORESME
tion en cas de nécessité publique, à cause d'une guerre ou pour le rachat du prince [propter bellum mit redemptioneni principis) (i). Ce sont là des similitudes au moins très curieuses : nous n'osons conclure, en l'absence d'une indication formelle de nom, à un emprunt direct et nécessaire.
L'influence d'Oresme ne s'est en somme librement et sûrement exercée que sur l'école d'Aristote et plus tard sur les premières monographies économiques.
L'école aristotélicienne, pendant près de deux siècles, jusqu'aux traductions de Loys Le Hoy, a, on peut dire, vécu sous la dépendance d'Oresme. Elle est assez peu nombreuse, mais elle compte de grands noms.
Avant tout, Buridan. C'est en disciple qu il faut envisager Buridan, et non en maître. Les Questions {i)^cor[iTaçi nous l'avons établi, sont directement inspirées du Traité, loin d'en avoir été le prototype. Elles n'en méritent pas moins l'attention, car on y peut voir comment la doctrine d'Oresme était reçue et comprise alors par les doctes.
L'impression première que laissent les Questions est plutôt déplaisante. Il est difficile de ne pas reconnaître, ce que Gabriel Naudé disait du texte d'Aristote, que l'auteur des Questions a gâté et sali le Traité d'Oresme. Il en a versé en efîet la doctrine monétaire dans la forme la plus désagréable qui soit, hérissée de syllogismes, découpée en divisions, subdivisions, doutes, articuli ; on n'y reconnaît guère la franche allure d'Oresme.
1. Matth. de Afiittis, in l. liegaliœ, v" Monete, § lo (éd. cit., p. i58j.
2. J. Biiridani, (Jnœsliours super deceiii lihros Etkicomm Aristotelis ad Nicomaddim, Parisins, i5i8, 1" gotli. (B. Nat., Invent. Réserve. R. i.îi). (Jiupslioiies Jokannis Buridani mper octo libros Politicorum Aiistotetis nuperrinie. . annotate. Farisius, i5i5, fogoth (B. Nat., Invent. Réserve *E. io6).
INFLUENCE DOCTRINALE d'oRESME 639
Le fond pourtant n'a pas beaucoup varié.
La partie théorique de la doctrine a passé à peu près exclusivement aux Questions sur les Ethiques. La question XVII du livre V est plus large que son titre (Utram numismasit necessatiuni ad mensiirandiiin comnmtabilia) ne paraît le promettre. Buridan y a versé, en effet, dans une forme des plus singulières, sur laquelle nous nous dispenserons d'insister, à peu près toutes les notions théoriques générales sur le numéraire.
U'abord l'orig^ine du numéraire. Il dislingue, avec plus de précision, semble-t-il, qu'Oresme lui-même n'avait fait, les diverses causes qui ont nécessité l'invention d'un instrument des échang-es : distance dans le temps et dans l'espace. inég"alité des prestations à échanger, inégal besoin actuel des choses, difficulté de rencontrer précisément un coéchangiste, indivisibilité naturelle de certains objets. Ce passage est d'excellente analyse (i). Il passe ensuite aux conditions que doit
I . (( Quantum ad primum, dicendum est quod ad perfectara hominum corumunicationem et sustentationem numisma est necessariuMi in commutationem... Primo quidem ex distantia locorura ubi sunt commutandœ res ; verbi gracia in Atrebato sunt fruinenta et non vina pro frumento; igitur volunt habere vina de Gasconia; portare aulem ad Gasconiam sua fruraenta majoris sumptus esset, quara fruraenta valerent. Etita nihil aut raodicum vini reportaretur. Quid igitur fiet ? Necesse est aliquid parvae quanlitatis, ut sit bene porlabile, et valoris magni, quod sit commutabile frumento et vino, et hoc est numisma. — Secundo hoc idem patet ex distantia temporum, verbi gracia nunc habeo vinum raultum, et anno sequenti indigebo, nec vinum quod habeo servare possum, quia putrefieret ; ergo necesse est quod ego aliquod accipiam pro vino, quod faciliter servare possim, et hoc est nurnisuja — Tertio idem palet ex nostra muhiplici indigentia, verbi gracia isle pauper optât quod labore suc lucretur sibi necessaria, laborat igitur tribus diebus uni diviti, et sibi deticiunt panis, carnes, lac, sinapium. Et est quod non habet iiie dives, sed habet
640 INFLUENCE BOCTRINALK d'oRESME
remplir le numéraire. Il ne fait plus ici que commenter Aristote par l'intermédiaire d'Oresme. Les conditions qu'il relève : rareté, invariabilité dans le temps et dans l'espace, divisibilité, aptitude à recevoir l'empreinte et à se fragmenter en particules d'une valeur déterminée (i), Oresme les avait exposées déjà dans une forme pl.us serrée et plus juste. Buridan n'y a rien ajouté; il a plutôt mal à propos délayé dans des divisions scolasliques les idées plus claires du Traité. D'ailleurs il apprécie comme Oresme le rôle du prince dans l'acte monétaire ; il dit, sans mettre en relief aussi nettement peut-être son rôle de mandataire de la communauté, que par prince il faut
lapides preciosos. Quid igilur fiet ? necesse est utpro labore recipiat rem ad parva porlabilem, pro cujus una parte habeat lac, et pro alla panera, el sic de aliis, et ad haec est necessaria minuta pecunia. — Quarto idem patet ex quarumdam commutabilium magni valoris indivisibilitate. verbi gratia, equum habeo et indigeo veste, calciamento et cil)i. Igitur equum raeum non dabo coriario qui forte non habet vestes, neque agricoLne qui forte non haberet calciamentum ; igitur patet pecuniam accipere, cujus unarn partem dabo pro pane, alliam pro calciamento, reliquara pro fruraento. Et ut fit ad unura vicem consideranti, multae aliœ nécessitâtes numisraatis apparebunt » (Buridan., in Efhic.,\\b. V, Quœst. 17, éd. cit., fo 124 r").
1. « Pro quibus necessitàtibus, sicut aliqui dicunt, numisma aliquot exigit condiliones. — Una est quod sitparvum quantitate, sic enim non potest fieri detractio ei quin de facili expendalur. — Secundum, quod habeat impresioneui caracteris alicujus principis, alias posset quilibet fingere, falsi(i(>arc nummos, ex quo commutationum ;equalitas lolleretur. — Tercia, quod sit certi ponderis, aliter enim non posset per certura })recium commutabilium imponi. — Quarla, quod sit bene permansivum sine corruptione, quia aliter non posset per ipsum (utura^ indigentiiT" provideri. — Quinta, (piod liabeat materiam preciosam, ut multus valor possit in parvo loco reponi, et ad loca dislantia faciliter porlari. — Sexta, quod sit in parva divisibile, specialiter propter pauperes, quum saepe raulliplicibus rébus indigent parvi precii. » (Id., ibid.,P 12^, y").
LNFLUENCE DOCTRINALE d'oRKSME 641
entendre non un homme, mais l'ensemble de ceux à qui il appartient de réi^ir l'Etat. II corrig-e même, avec Oresme toujours, et dans les mêmes termes, les expressions exag-ërées qui sont échappées à Aristote sur l'inutilité foncière de la monnaie en cas de démonétisation. Car, observe-t-il, sa valeur n'est point uniquement imposée, elle se mesure comme la valeur de toutes choses, par le besoin humain (fnd i<jentia) c esl-k-dirc qu'elle est quelque chose par elle-même (i).
Rien de cela ne dépasse la doctrine d'Oresme, et, cette doctrine il ne l'a pas toujours même comprise. Sur le rôle du numéraire en particulier, il est en recul; il ne veut pas voir dans la monnaie autre chose qu'un instrument ; l'accumulation en capital lui paraît à la fois une hérésie doctrinale et une erreur de calcul, puisque la monnaie n'est qu'une richesse artificielle. Et pourtant, il enseigne par ailleurs que le prince doit fixer la valeur des espèces d'après le cours réel des métaux, sans quoi il attente à la propriété privée (2). Il ne semble pas voir la contradiction qu'il y a entre ces deux propositions.
La question des mutations est traitée séparément aux
1 . « Iino dicebat Aristoteles quod nuraisma non natura sed nomine est, et in nobis est facere ipsuni inutile. Sed forte quod sic absolute dicere non est necessariura. Quod si nulla esset modo pecunia, et rex aliquam de novo fabricaret, verum est quod posset sibi nomen imponere, sciiicet quod vocaretur denarium vel obolus. Sed ejus non esset imponere quantum valeret denarius vel obolus ; posito enim quod rex diceret valeat denarius quartam vini, hoc non esset |ustum, quia unum vinura est inelius in une loco quam in alio. Oportet igitur quod valor pecunie indigentia Humana mensuretur » (Id., ibid., f" 124, vo) .
2. « Tantum vel valde prope rex peccaret et injuste super communem proprietatera lucraretur, nisi forte propter commune bellum, vel aliquam aliain communem necessitatem excusaretura peccato » (Id., ibid., f° i54, v").
Bridrey 41
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Politiques. La question XI du livre I pose le problème de la légitimité des mutations (^7/v/m miitatio et commutât io monetariun sint licite in policia bene recta). Mais le développement n'est point des plus clairs, parce que Buridan y a, sans aucune raison plausible, mélangé la question du change, qui n'est point ici à sa place : il s^est fait par suite entre les deux mots mutatio et commit' tatio, si semblables quoique désignant des choses si différentes, des confusions fâcheuses.
La forme d'ailleurs est fort compliquée. En y faisant très attention, on distingue trois artica/i, qui malheureusement s'enchevêtrent (i). Au premier, Buridan traite de la monnaie en général^ de ses fonctions et de ses qualités. Au second, des mutations. Le troisième a trait au chang"e, et une conclusion enserre le tout.
L'étude des mutations seule nous importe. Elle est complète, et l'auteur a examiné la question sous toutes ses faces. Successivement, il a analysé les procédés de mutation, dit leurs inconvénients, les raisons qui doivent les faire rejeter, les exceptions qui peuvent être tolérées pour des causes nécessaires (2). Toute cette étude procède d'Oresme, et, sur le fond,. Buridan n'a rien ajouté d'appréciable. Il disting-ue cinq modes de mutations^ correspondant à ce qu'il appelle les cinq éléments essentiels de la monnaie : la matière, le poids, lempreinte, l'appellation et l'usus (3). Chacun de ces éléments pouvant être altéré paiticulièrement, donne lieu à une mutation. Mais ce sont là, on le reconnaît, presque les modes déjà
i.Noiis donnons à ['Appendice, p. 55-6i un extrait de cette question.
2 Quœstio XI. !"■' Articulus, 2™ notah. de utilitate monete.
3. Id.. ibid., i"s Articulus, i"™ notab., et 2"^ Articulus, i""J notab. {infrà, p. 55 et 58).
INFLUENCE DOCTRINALE D ORESME
analysés par Oresme : les mutations in pondère, in figura, in matériel, se correspondent en nom et en fait ; la mutation in proportione est oubliée pourtant, tandis que sous les noms de mutation in appellatione et mutation in iisii, Buridan veut disting^uer deux choses qu'Oresme avait avec plus de raison réunies (i).
Contre les mutations en général, l'argumentation de Buridan reste celle d'Oresme. Son grand argument, c'est que la mutation va contre la fin de la monnaie, qu'elle est contraire au but pour lequel a été établi l'instrument des échanges. Oresme avait glissé adroitement sur cet argument très scolastique : Buridan s'y étend avec complaisance (2).
D'Oresme aussi est venue, mais combien écourtée et gâtée, la peinture des inconvénients politiques, moraux et économiques, des mutations. La comparaison des deux passages fait ici sentir à merveille tout ce que la doctrine a perdu dans la forme sèche et barbare de Buridan. L'argument des troubles et séditions que soulèvent les mutations est à peine indiqué ; on sent que nous avons affaire à une œuvre d'école, et non plus à un pamphlet vivant. Buridan, semble t-il, s'est attaché, et il n'a que trop bien réussi, à dépouiller la doctrine de toute allusion aux faits, et aussi de tout caractère pratique.
Cela se voit mieux encore dans la question des mutations permises. Là Buridan a retranché toutes allusions à des faits précis : guerre, rédemption de prince ; il s'en lient aux généralités, aux arguments de la nécessité, de l'urgence du bien commun. Il a fait plus d ailleurs : il a certainement beaucoup trop élargi la place qu Oresme avait mesurée, en des cas très précis, à la nécessité des
1. Id., ibid., 2"* Artic, 2™, .3™, 4™, 5™ notai) {iiifrà.p. 58-5g).
2. Id., ibid., 2"* Artic, la, 2", 5^ Conclusio. (infrà, p. 60).
644 INFLUENCE DOCTRINALE d'oRESME
mutations. 11 ouvre une porte bien grande, semble t-il, à l'arbitraire, quand il se contente de demander au prince de justifier dun bonuni motiviini pour muer les espèces ; il abdique en réalité tout le droit de la communauté, quand il lui reconnaît le droit de muer par cela seul qu'il a eu primitivement le droit de fixer le cours [quia constitutioni sapponitni- miitatlo). Au fond, il arrive en fait à reconnaître en tout cas au prince le droit de muer: et si on le presse, si on lui fait voir qu'il contredit ainsi le principe du droit de la communauté, il s'en tire par une distinction pitoyable. Le droit de muer, comme il dit, n'appartiendra ç\\ï ciw bon prince ', et la communauté pourra toujours le revendiquer dans le cas contraire. Distinction plus qu'enfantine : car comment déterminera-t-on en fait si le prince est bon prince ?
Après Buridan. la doctrine d'Oresme est restée dans l'école d'Aristote assez longtemps encore. Les auteurs politiques des xv^ et xvie siècles, qui lisent dans ses Traductions le texte d'Aristote, ont gardé jusqu'au milieu du xvi^' siècle à peu près son interprétation du Maître. Mais le nouveau traducteur, Loys Le Roy, un compatriote pourtant, a voulu l'ignorer (i). Il ne dit point un mot de sa doctrine monétaire, et en traduisant il ramène l'interprétation à la pure idée d'Aristote. Après lui, les traductions d'Oresme sont ignorées de l'école ou considérées comme barbares.
L'influence ne s'exerce plus dès lors que chez les monographes, qui commencent à traiter de questions économiques ; mais elle s'y exerce pleinement. Ce sont en effet, par leur origine, pour la plupart, des « philosophes artiens », plus ou moins frottés de droit romain ;
I. Henri Becker, Un humaniste an XVI'' siècle, Lofp Le Roy (Ludovicus Regius), Paris, 1896, in-8°(p. 188, 201).
INFLUENCE DOCTRINALE d'oRESME 645
par la formation arisLotélicienne,ilssonlproches d'Oresme et faits pour le comprendre.
Non pas cependant les premiers d'entre eux. Les premiers monographes monétaires du xv« siècle que l'on cite couramment, Martin Garrat, F. Gurtius, Jean Reg-naud d'Avignon, Albert Bruno, sont, comme nous disions tout à l'heure, des juristes; leur formation est uniquement juridique, romaniste et canonique. Bartole, Imola, pour les interprètes romains^ Innocent, Hostiensis, Panormitanus, pour les canonistes, sont leurs seules références. Ils ignorent la doctrine dAristote ; ce n'est pas pour se préoccuper d'Oresme, qui en procède.
En doctrine, ce qu'ils reproduisent uniquement, ce sont les dissertations connues des légistes sur l'identité de valeur du ling-ot et du denier (i), les distinctions de bonitas intrinseca et extrinseca (2), les discussions interminables sur les frais de la frappe, le modiciim lucrum(3), la mutation avec ou ssms le consensus popnli {l\), en pen-
1. Martini Garrati Laiideiisis, De monetis, § 7 (dans Tractât. Tractât., XII, 2o5) « Moneta débet esse talis, quod possit pro tanto ubique expendi. » Cf. Fr. Curtius Senior, De monelis, §2 (Tractât. Tractât., XII, ioS) : Alb. Brun. Ast., De aiir/meiUo et diminutione monetanim, § 2, § 5 (Ti-aclat. Tractât., XII, 207).
2. Martin Garrat. op. cit., §9 (XII, 2o5) ; Fr. Curtius. o/i. cil., I 2 (XII, 2o5); Alb. Brunus, op. cit., | 5 (XII. 207).
7). Fr. Curtius, op. cit., § 2. « Ad evidentiani prœmilto quod expensa cudendi monetain débet iieri de publico » (Tract. Tract., XII, 2o5) ; Martin Garrat, op. cit . | 6 est plus explicite sur les détails : « Respondi posset hoc licite fîeri, ut modicum non magnum iucruin percipiat, si indiget, et ubi moneta non spargeretur extra regnum » ; Albert Brunus, o/i. cit., § 1. affirme par suite que » principibus licet pro moneta cudendà aliquid honoris vel utilitatis acciperc », avec cette seule restriction. | 8, que le gain prélevé doit être indiqué « Nam ubi non fit talis contaminatio, modica est lesio » (Tractât. Tractât.. XII, 20S).
4- Martin Garrat n'admet, en prin'Mpe, comme Innocent l\\ que
646 LNFLUENCK DOCTRINALE d'oRESME
chant les uns vers les canonisles, la plupart sans se décider même à prendre parti (i). Œuvres médiocres au surplus, catalogues d'opinions, bourrés de textes, vides d'idées.
Albert Bruno d'Asti seul est un peu complet (2). II essaie de rendre raison autrement qu'en accumulant des noms et des opinions ; il discute assez long-uement, mais fort peu clairement d'ailleurs, les causes de la variation de valeur du numéraire, la question delà bonté intrinsèque, il se demande si l'on doit distinjj-uer l'^s^/ma^t'o pecnniœ de la pecnnia (3). Mais il ne s'élève pas, quand il
la mutation cuin consensu populi ; mais il est porté, en pratique, à croire que le droit de muer sans le consentement du peuple peut se prescrire de la part du prince: « Putarem tantum quod siprinceps consuevisset mutare raonetam auctoritate propria, sine consensu populi, tanto tempore cujus initio memoria non existât, mutationem fieri posse sine consensu populi <> [op. cit , | 8, XII, p. 2o3)
I. Jean Regnaud d'Avignon, De monetis, § 7 (dans Tract. Tractât., XII, 207). Fr. Gurtius, et Alb. Brunus, op. cit., § t, suivent ici fidèlement les principes de Bartole, et exigent la frappe dans un métal pur. Martin Garrat, op. cit., | 6, penche au contraire vers la solution canonique : « Quorum canonistarum opinio est de consuetudine approbata. Nam de consuetudine minus est in forma quam in materii, propter expensas quae ûunt in cudendo. Servanda igitur est consuetudo, ut pecunia debeat valere tantum in forma^ quantum in materia, deductis expensis cudendi » (éd. cit., XII, 2o5).
2-5. Il admet en effet, plus ou moins explicitement, les mutations non seulement in casii necessitatis, mais même propter sotam affectionem, c'est-à-dire pour le simple caprice du prince, tout en faisant observer que le prince est tenu en conscience, dans ce cas, des pertes qu'il fait subir à ses sujets : « 5. Aliquando moneta pluris expenditur quam valeat, ex mandato superioris... et aliquando propter utilitatem principum, ut vidimus fieri tempore guerrip ; nam peruniam minoris valoris mandant sa>pe Principes tempore belli phiris cxpendi, ut minus dando armigeris et emp-
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lui faut conclure, au-dessus d'une difficile conciliation entre Bartole et Innocent IV, avec, visiblement, une tendance vers les solutions plus souples du canoniste.
Lui aussi ignore Oresme. Le nom d'Oresme n'apparaît pas non plus chez des monog^raphes d'une autre école, aristotéliens pourtant, qui traitent à la môme date de questions très voisines de celle de la monnaie, des contrats, de l'usure, de l'origine du cens, du régime des princes, etc. Certains historiens récents des doctrines (i) ont indiqué un rapprochement qui s'imposerait, affirment-ils, avec Henri de Hesse, Henri de Oyta, Gerson, des contemporains dont quelques-uns paraissent avoir connu et fréquenté Oresme. La lecture de leurs ouvrages pourtant ne justifie pas ces espérances. Gerson {2) connaît
tionibus victus et rerurn plus dare videantur... Et aliquando principes monetam plus valentem mandant minus expendi, ut possint recolligi facere et conflare, et de novo cudi facere... et aliquando hoc faciunt ducti sola affectione, ut si scuta in Gallia justo pretio mandentur, et ducati minore pretio quam valeant in Italia, ubi justo pretio œstiraaiilur — Et cavere debent principes quoad animam, qui mutant variationem et valorem, praeter et ultra legitimum raodum et valorem ; quia tenentur in conscientia ad interesse hominum, nisi de hominum consensu hoc faciant » (Albert Brunus /Vstensis, De auqmento et diminutione monelanim. § 5, dans Tractât. Tractât.. XII, 207).
1. Schulte, Geschiclite der Quellen und Litemtur des Canonischen Redits, r88o (| 106, p. 4"52 ; Hartwig, Untersuchungen ilber die Schriften Heinriclis von Langenstein, Marburg, iSSr, p. 9: Enderaann, Studien, J, p. aS.
2. J. Gerson (vers i4io), Trartatm de considerationibus qnas débet habere p rince fjs. « Quinta particula in quâ continetur consideratio sub habendis libris pro lectione studiosa. . . Subscribuntur igitur in cedula libri quos necessarie habeas... Item liber egidii de regimine principura. — Item iconomica et ethica et politica aristotelis translate in Gallicum.— Item liber de spheratranslatus, pro aliquali cognitione phisice hujus mundi » (dans Opéra, éd. Paris, f» t. IV, in-fo 1-2, vo) .
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bien les Traductions crOresme, et il les rang"e expressément dans la table des ouvrages que le prince doit posséder et dont il doit faire une lecture assidue , mais il ne paraît point avoir connu le Traité, et rien dans son livre de coritractibiis (i) ne peut être utilement rapproché de la doctrine d'Oresme. Henri de Hassia {2), de son côté, a bien donné sur l'origine de la monnaie, née des diffificultés de rechange et du consentement populaire, un historique intéressant où il remonte, comme Oresme, à la dispersion des enfants d'Adam. Mais, en réalité, à part cette rencontre biblique, rien ne dépasse dans son analyse l'interprétation d'Aristote lui-même, et rien n'autorise à affirmer qu'il ait dû connaître le philosophe par l'intermédiaire d'Oresme. Nous en dirons de même de quelques lignes de Henri de Oi/ta, dans son Traité de contractihiis (3), sur le rôle de la monnaie' dans l'échange. On ne peut voir dans ces répétitions qu'une preuve nouvelledecefait, qu'àcettedate les analyses aristotéliciennes
1. Tractatus magistriJoh. Garsonii de contractibus, dans O/Jéra, Goloniaî, i483, t. IV, P 254-268.
2. Henricus de Hassia, Tractatus de contractibus habens duas partes, etc. . . 2^ pars, de origine censuum, cap. VI, de radice emptionis et venditionis reddituura : « Et ergo ut communi indigentie succurretur, ratio dictitabat ut secundum equivalentiara justae fièrent rerum commutationes, utpote bladi pro vino, panis pro bladi, calceorum pro panno, etc.. Hoc inquara fiebat prias esset nuraisma, quo comraodius omnium utilium valor raensuraretur. Invento autem numismate et supercrescente avaricia, cogitatum est a filiis adani quod secure sine laboribus possent hanc vitam in omnibus necessariis transigere » (dans Garsonii Opéra, éd. Parisiis, i485, in-P t. IV, f i85, r"). Sur cet auteur, v. Hohoff, Ein grosser Socialœkonom. des XIV. Jakrhunderts, dans Ghristliche Sociale Bliitter, no du 20 octobre 1878.
3. Tractatus de contractibus magistri Henrici de Hoyta, sacre théologie doctoris eximii, dans Garsonii Opéra, éd. Parisius, 14 85, in-fo t. IV, fo 224, ro.
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sur l'origine et le rôle de la monnaie étaient tournées à l'état de lieu commun.
En réalité, Gabriel Bi/el (i) est le premier auteur qui procède sûrement du Traité des monnaies. Mais lui est immédiatement un disciple direct.
Sa formation toutefois est mixte; il procède des canonistes du canon Quanto, et par Oresme, d'Aristote (2).
Dans la forme, c'est l'origine canoniste qui l'a emporté : sa dissertation est incontestablement scolastique. C'est une question de conscience, un casas argumenté, dans la forme traditionnelle ; une « expositio generalis » le commence, où il pose ses principes, c'està-dire les notions tliéoriques sur l'origine, la nature, les qualités de la monnaie. A la suite viennent plusieurs (( conclusions », logiquement rattachés et déduites en forme du principe, et pour finir, trois « doutes» ferment laquestion, qu'il l'ésout par la méthode syllogistique (3).
I. Gabriel Byel (m. i495), De monetaruin poteslate simul et iitilitate /*6p//îi.s, Mogiinli.e, 1542. La littérature sur cet auteur est assez abondante. Cf. \V. Roscher, Nationalôkonomie, éd. cil, p. aS, 556 ; W. Roscher, Giôriel IUpI us Naliounlô/iOiiomist, dans Beri.hte der Konigl. Saclisische Gesselschaft. Phil. cl. i3 ; Jourdain, Mémoire sur les orif/ines de l'Economie politique, éd. cit., p. 34; Fr. Morin, Dictionnaire de philosopkie et de théologie scolastique , dans Migne, Encyclopédie, t. XXI. col. 56^; Schulte, Geschichte der (Juellen. p. 435 ; Endemann, Studien, t. II, p. i65 ; Cossa, littroduzione, p. 191 et Histoire des doctrines économiques, trad. Bonnet, p. 166; E. de Girard, Histoire de l'Economie sociale, 1900 p. 204, 208; Hertrych, Nicole Oresme, p. 19.
a. Byel, dans son Opuscule, cite indifféremment Bartole, Innocent IV^ Panormitanus, Hostiensis (p. 34, 35, 3q, 4^^)- H cite une fois (p. 33) la Politique d'Aristote, au 1. I, c. 5 ; mais il est probable que cette citation est venue par l'intermédiaire du Traité. Oresme cite en effet le même passage à deux reprises (Traictie, c. 1, c. a) .
3. Le Sommaire placé en tête de l'opuscule (p. 3;i) est des plus
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Il n'y a rien là de la franche allure du Traité, et de la libre méthode d'exposition d'Oresme.
Dans la doctrine, au contraire, c'est incontestablement l'influence d'Oresme qui prévaut. A peine, sur quelques points secondaires, sur la question des frais de frappe par exemple, sur le droit du pape et de l'empereur, devine-t-on l'influence de la doctrine du canon Ouanto, d'Innocent IV^ et Ang'elus. Pour tout le reste, Oresme l'a marqué profondément de son empreinte. Non seulement Byel le cite à chaque pas, lui prend son vocabulaire, ses exemples, ses citations, mais lors même qu'il ne le nomme point, on s'aperçoit qu'il procède infailliblement de lui.
Ses citations directes sont parfois sing-ulières. Ce qui l'a frappé évidemment le plus, ce sont des détails d'expressions, des tournures heureuses et vives. Il cite d'Oresme le mot si expressif de l'empreinte « témoin de vérité » (i), l'exemple de saint Joseph (sic) ministre du Pharaon accapareur (2), il reproduit quasi mot pour mot tout le passage si vivant où pour montrer que le prince
édifiants à cet égard, et révèle mieux que toute exposition le plan scolastique, et le but de l'auteur « Summai'ia figuratio hujus tractatus : Decisio clara et tula quaestionis, utrura monetam falsificans (concL 1) mutans {cond. Il) falsam pro vera {concl. III) vel minus valentem pro bonâ (concl. I V) expendens, aut de loco ubi minus aestimatur, ad locum ubi plus valet transferens {concl. V) raortaliter peccel, et teneatur ad reslitutionem Et dubiorura I. Quis habeat cudere monetam? II. In quo casu Princeps monetam vel ejus valorem pro lucro suo mutare possit? III. An eligens ad partem denarios meliores, eosque conflari faciens, peccet et teneatur ad reslitutionem ? »
1. G. Byel, 0]) . cit., Dubium I, p. 40 • Cf. Oresme, Traictie, c. 10, p. GVI.
2. Idem, ibidem., h]xpositio, p. 34 et Dubium I, p. f>Ç). Cf. Oresme, Ti'actat., c. 12, p. CX.
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n'est point maître de la monnaie de ses sujets, Oresme assimile le numéraire au pain et au travail de l'homme (i). Mais il lui prend aussi des idées maîtresses : la démonstration de l'origine de la monnaie (2), l'analyse des raisons qui ont fait choisir les métaux précieux (3), celle des procédés de mutation, qu'il ramène à (juatre seulement (4>, la détermination des cas de mutations permises (5). Sur ce point, qui est capital, il admet comme Oresme qu'il y a des circonstances où la mutation est juste (6), d'abord si un prince étrang-er a contrefait les espèces (Oresme, ch. IX) si la monnaie est usée par le temps [ibidem), enfin si le prix des métaux vient à varier (Oresme, ch. X). 11 admet enfin qu'en cas de nécessité, le prince peut muer pour se procurer des ressources. C'est ici, comme nous savons, la question la plus délicate de la doctrine dOresme : la mxiiaiûon pro necessitate reipn-
1. Idem, ihidfm. Dubiura I, p. ^n . Cf. Oresme, Tract., c. 6, p.C.
1. Idem, ibidem., Exposilio, p. 55. Cf. Oresme, Tract., c. 1, p. XCiV.
5. Idem, ibidem, Expositio, p. 54. Cf. Oresme, Tract., c. 4» p. XCVIII.