Blancard, Notice, p. 5 et
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On nous permettra de nous déclarer médiocrement touchés par ce premier ordre d'arg'umenls. Les erreurs de lecture, les leçons « inintelliçibles » que M. Blancard a relevées dans la version française, ne sont pas d'un grand poids pour l'attribution de la traduction ellemême. Ce peuvent être en effet, soit des fautes de copiste dans le manuscrit, soit des fautes de lecturechez le premier éditeur. C'est peu connaître d'ailleurs, croyons-nous, la sing^ulière liberté d'allures des f< translateurs » du moyen à^e que. de leur demander la fidélité du mot à mot auquel nous ont accoutumé des versions plus modernes. L'exactitude dans la traduction est une qualité toute particulière, qui n'est pas du tout dans les habitudes de cette époque ; le translateur, quel qu'il soit, fait œuvre personnelle bien plutôt qu'il n'a souci de rendre avec précision les termes mêmes de son modèle ; l'exemple d'Oresme lui-même dans ses traductions de VEthiqiie et de la Politique serait là au besoin pour nous le prouver.
Mais justement, si Oresme se permet pareilles libertés d'interprétation avec Aristote, avec le Maître dont on révère la pensée à l'égal d'un article de dogme, ne conçoit-on pas bien qu'il en prenne encore plus à son aise avec son œuvre propre, qu'il ne se croie pas obligé, en rendant sa propre pensée, à en reproduire servilement et sans modification la forme primitive? Ne peut-on pas même, en retournant légitimement l'argument, dire que ces assez nombreuses modifications, par addition, retranchement, remaniement, quiotit frappé M Blancard, s'expliquent plus naturellement encore de la part d'un auteur revoyant lui-même son œuvre, corrigeant luimême après réflexion sa rédaction primitive, lui donnant après coup, au besoin, des développements nouveaux, dans le sens où s'est arrêtée définitivement depuis sa
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pensée économique ? Oresme, nous le savons, revoyait et remaniait continuellement ses ouvrag'es. La première preuve de M. Blancard ne serait donc point déterminante pour dénier à Oresme la paternité du texte français.
Il n'en est pas de même, semble-t-il, du second argument, beaucoup plus direct, que M. Blancard tire d'une addition du texte français lui-même (i). Le texte français, nous venons de le dire, et M. Wolowski l'avait déjà remarqué, renferme un assez grand nombre d'additions au texte latin primitif, et quelques-unes sont considérables. L'une d'entre elles, celle qui termine le prologue français du translateur, renferme une allusion que M. Blancard juge décisive. Le traducteur du Traité y parle en effet d'une série de mauvaises pièces, « mixtes et de bas aloy dont les étrangers emplissent le pays », et dont le prince devrait bien se garder, et il ajoute pour donner un exemple : « Si comme des postulatz nouuellement forgiez au pays de Liège, auxquels on donne cours en ce royaume pour demy escu d'or, et cependant ilz sont de si bas aloy que meindre ne se puet trouver » (2).
Cette mention, dans le texte français, d'un fait numismatique de date précise doit permettre, dit M. Blancard, de dater très sûrement la traduction française, et démontre péremptoirement qu'elle ne peut être d'Oresme. he postulat, en effet, nommé aussi maille au chat, esl une monnaie liégeoise bien connue, dont on peut donner aisément la date d'apparition. Il en est question dit M. Blancard, s'appuyant sur des données numismatiques précises, pour la première fois en France dans une