‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 56 sur 361 · livre V, en entier qui a pour rubrique : « Comment la · texte numérisé non relu

livre V, en entier qui a pour rubrique : « Comment la

forme de proportionalité dessus dicte est gardée, et dont

vint monnoie » (i) ;

2° Dans la traduction des Politiques, le chapitre X du livre P', sous la rul)rique : << Au X^ chapitre^ il détermine de pecufiiative, et monstre comment elle/ut introduite et trouvée », — et au chapitre XII, une glose assez importante, sous la rubrique : « Au XI P chapitre il respond a une question devant exposée et traicte de plusieurs peccuniatives » (2).

Cette détermination du texte par rubriques demande un mot d'explication. Elle pourrait donner à croire quAristote avait eiïectivement, dans chacun de ses deux ouvrages, consacré à la question monétaire des chapitres spéciaux. Il n'en est rien : la division en chapitres n'existe pas, comme on sait, dans Aristote, et elle a été

laquelle la question monétaire le préoccupait, puisque, aux derniers temps de sa vie, et éloigné de la politique active (les Sermons sont une œuvre du temps de son épiscopat), il trouvait moyen, par des transitions quelquefois bien curieuses, d'en entretenir encore ses ouailles de Lisieux, probablement un jieu surprises.

1. Les Ethiques d' Aristote, 1. V, c. 10 (éd. Vérai'd, f" XLIX r°, sq.).

2. Les Politiques d' Aristote, 1. I, c. 10, et 1. I, c. Sa. Glose, Item Change (éd. Vérard, f^s XVII ro à XIX r^ et XXII ro).

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introduite, assez arbitrairement, d'ailleurs, par les commentateurs du moyen âge, qui ont découpé le texte au gré de leurs fantaisies individuelles. Le soin qu'Oresme a pris, dans ses deux traductions, de mettre expressément en relief par des rubriques (i) les passages assez courts où Aristote traitait de la monnaie, et de les développer chaque fois en une division spéciale, montre donc seulement, une fois de plus s'il eu était encore besoin, toute l'importance qu'il attachait lui-même au problème monétaire.

Son chapitre XI du livre V des Ethiques correspond au livre V, f" ii33^, l. 5 à 20 du texte grec de l'édition Teubner, paragraphes souvent classés chez les modernes dans un chapitre V, ou YIII selon les éditions 2). Dans le livre V des Ethiques, Aristote, comme on sait, développe la théorie de la justice. Il se demande en particulier si la réciprocité ou le talion peut être la règle de la justice. Elle est, dit-il, en général, la loi des rapports sociaux ; la réciprocité proportionnelle des services est même l'unique fondement de l'échange, et c'est pour assurer cette réciprocité que les hommes ont inventé la monnaie, instrument spécialement destiné à égaliser les valeurs des choses. Et ainsi amené sur ce sujet, Aristote, en quelques lignes, précise le rôle numéraire dans les contrats.

1. Ces rubriques n'existent point chez les commentateurs antérieurs. C'est ainsi, par exemple, que le XI^ chapitre du livre V des Ethiques de la traduction d'Oresme, correspond, mais non absolument, au chapitre X d'Albert, à la q" leçon de saint Thomas ; Buridan, plus tard, en a tiré la ij'® leçon de ce même livre. Toutes ces divisions sont donc absolument arbitraires.

2. Aristotelis Ethica, l.V. c. 5, §1 1 à 16, éd. Didot(= éd. Teubner, f u55*, 1. 5 à 26, p. 106 log; ;= Barthélemy-St-Hilaire, La morale d' Aristote, irad., t. Il, p. i54).

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^ Au premier livre des Politiques^ le chapitre X d'Oresme correspond aux f"* laôy'à 1207'' de lédition Teubner, paragraphes qui appartiennent dans la plupart des éditions anciennes et dans la traduction de M. Barthélemy- Saint-Hilaire, au chapitre III de ce même livre (i). Ici, la question de la monnaie est plus directement abordée parle philosophe. Il traite en effet au livre T' de l'acquisition des richesses, et il vient d'établir précisément la distinction des deux modes d'acquisition, l'un primitif et naturel, par lequel l'objet est directement saisi ou produit, l'autre, le mode commercial ou chrématistiqne, comme il l'appelle, qui ne nous procure l'objet désiré que par la voie de l'échang^e. Or l'échange, remarquet-il, mène forcément, et par un progrès nécessaire, à l'idée d'un instrument commun, qui servirait d'évaluation pour toutes les choses à échanger. Cet instrument, c'est la monnaie, dont Aristote expose alors en quelques paragraphes lorigine et la fonction sociale.

Dans lun et l'autre ouvrage, comme on voit, dans le premier surtout, ce n'est guère qu'accessoirement, et amené en quelque sorte par une comparaison étrangère à la suite du raisonnement, qu'Aristote a été conduit à dire quelques mots sur la monnaie; il ne s'est jamais proposé d'en traiter à fond, etOresme certainement a de beaucoup dépassé sa pensée, en attribuant aux quelques lignes rapides du maître l'importance d une exposition de principes, et en en faisant chaque fois une tête de chapitre spéciale.

Le texte des traductions ne soulève point les difficultés considérables que nous avons eu à résoudre pour le

I. Aristotelis Politica, 1. I, c. 3, §| 11-17 et § 85, éd. Didot ; = éd. Teubner, fo 1257*, 1. 7, à 1257'% 1. 5, p. 16-18 ; = Barthélémy Sl-Hilaire, La politique d' Aristote, trad., t. I, p. 5o, sq.

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Traité : ni l'attribution ni la date de ces ouvrag-es n'ont jamais fait de difficulté. Il n'est pas inutile pourtant, pour l'intellig-ence de ce qui va suivre, de dire ici quelques mots de l'occasion et de la date de leur composition, ainsi que de la forme particulière qu'Oresme leur a donnée.

Les traductions ont été faites pour le roi Charles V. Oresme nous le dit lui-même expressément dans ses dédicaces (i), et nous avons conservé sur ce point, avec le témoignage formel de ses contemporains, les originaux de plusieurs des mandements royaux qui ordonnent de lui verser la juste rémunération du travail que le roi lui avait commandé.

Cette considération est, pour notre étude, des plus intéressantes. Sans doute les traductions d'Oresme ne sont pas, à cet égard, isolées; elles doivent être rattachées au contraire au vaste ensemble de traductions que Charles V faisait au même moment entreprendre pour sa bibliothèque du Louvre, traduction du livre des Problèmes par Evrard de Conty, du Polycratique par Denis Foulechat, de V Information des princes par Jean

I. Le livre de politiques d'Aristoie. — Prologue du translateur : « A 1res souverain et très excellent princes Charles, par la grâce de Dieu roy de France. Nicole Oresme, doien de voste église de

Rouen, vostre humble chappelain Et doncques benoist soit

Dieu, car il a le vostre noble cueiir encline a faire mettre en langaige François la science de politiques, etc. » (éd. ^'érard, fo I v») .

Le livre des Ethiques d' Aristote. — Prologue du translateur : « A la confidence de laide de noslre seigneur jhesuchrist, du commandement de très noble et très excellent prince Charles quint de ce nom, par la grâce de Dieu roy de France, je Nicole Oresme doyen de leglise nnstre dame de Rouen, propose translater de latin en François aucuns livres lesquelz fist Aristote le souverain philosophe, etc. » (éd. Vérard, fo I.

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Galaine, de Véffècc, de Tite-Liue, de la Cité de Dieu par d'autres de ses familiers. Mais, entre toutes les autres, elles doivent retenir particulièrement l'attention, par ce fait qu'elles sont des œuvres de science politique et économique pures, et parce que manifestement, si l'on envisage l'ensemble des œuvres dues à l'initiative du roi, elles sont le centre d'une vaste tentative, qui visait en somme à la coordination officielle, puis à la mise en application dans le royaume des principes de la science du gouvernement, telle qu'on pouvait alors la trouver dans les livres.

L'entreprise était nouvelle, et quelque peu hardie sans doute, au xiv^ siècle, pour un homme d'étude, de prétendre traiter scientifiquement et rationnellement de la politique ; de prétendre apporter les principes théoriques auxquels devaient se subordonner les gouvernements féodaux. Il serait erronné pourtant de croire que le moyen âge fût resté jusque-là absolument étranger aux spéculations de la science sociale. Ses théoriciens étaient au contraire très préoccupés, et beaucoup pJus qu'on ne le croit communément, des plus audacieuses questions de la politique. Seulement, ces discussions n'avaient guère jusque-là dépassé les murs de l'Ecole.

Il y avait bientôt deux siècles que la première partie de l'œuvre politique d'Aristote avait pénétré dans l'enseignement de la scolastique. Dès le début du xiii'' siècle, la Morale était étudiée à Paris, dans les cours extraordinaires de la Faculté des arts, Idi Logique restant d'ailleurs l'objet exclusif des leçons ordinaires (i). A l'époque

I. Dès i2i5, Robert de Courcon réservait à cette explication certains des jours de congé (Bulfeus, H. U. P., III, 82). En 1254, la Faculté employait six semaines entières à l'explication

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