Ord. de mai 1296 (Ord. I
3. G. de Nangis, Chronique latine, Continuatio, sub ao iôo5 (éd. Géraud, I. 536) ; Papir. Masson, Annules, 1. III, p. 386 ; Richer, Hist. Acad. Paris, 1. X, c. 5. Pour la bulle du pape et sa teneur, P. Dupuy, Liberté:- de l'Eglise gallicane, Preuves, p. 90. L'intervention du pontife étaitenla circonstance d'autant plus singulière et inattendue, que l'autorilé ecclésiastique avait reroniiii maintes lois le droit des princes, laïcs ou ecclésiastiques, d'abaisser et
OU en rabattant sa monnaie, selon les nécessités du royaume, qu'exercer un droit, comme il dit, qu'on ne lui a jamais dénié, et qu'on ne songe pas à disputer, ainsi qu'il le fait observer, au moindre principicule d'Italie ou d'Allemagne (i).
Gela, ni l'opinion publique, ni les penseurs, ne le nient alors. Saint Thomas, qui reconnaît expressément le droit du prince de muer ou de diminuer les espèces, ne lui
rehausser la monnaie, et que les souverains ecclésiastiques étaient fort loin de s'en priver dans leurs propres domaines (V. Guibert, De vita sua, 1. lll, c. 7. dans Collection des Mémoires pour servir à l'histoire de France, X. Syi ; Frodoard, Hist. de rEf/lise (le Reims, a" 940, ibid., t. V, 549 ; Rerum Leodiensium hist., dans ^lavlène. Ampli sswia Collectio, IV, col. i25i. Cf. aussi une lettre caractéristique des chanoines de Liège à leur évêque, de l'année 1279, dans le même ouvrage, I, col. 1402, a).
I. D. Thomas Aquinat, De regimine, II, c. 14. « In qua quidem etsi liceat jus suum exigere in cudendo numisma, moderatus tamen esse débet princeps quicunque, sine in mutando sive in diminuendo pondus vel metallum. » [éd. cit., XVII. 170). En i585, après l'expérience du règne de Charles V, le reh'gieux de Saint- Denis écrit encore, à propos des mutations recommencées par les oncles de Charles VI : « Je ne prétens pas que le roi n'eût ce droit », il n'ose qu'en déplorer l'abus [Chronique de Charles VI, éd. Bellaguet (Doc. inéd.) 1809, in-4, I, p. 548).
Pour l'affirmation du droit par les princes eux-mêmes, voyez les Ordonnances déjà citées du lôjanvier i346 (^Ord. II, 25l), du 20 mars i36i {Ord. III, 555) et les protestations du dauphin dans le préambule de 1 ordonnance du 20 janvier iSSj. Les Grandes chroniques de France rapportent la réponse du dauphin aux exigences du prévôt et des Parisiens, qui refusaient d'accepter sa monnaie amenuisée: «Et avec ce leur dist ledit monseigneur, que jà soit ce que le droit de faire monnoie et de la muer appartenoit au roy pour cause de Iheritage de la couronne de France, toutes voies vouloit-il, pour cause de leur faire plaisir, que ladite monnoie ne courast point. » (Gr. chroniq. de France, éd. P. Paris. VI. c. 27, p. 5oj.
demande que d'en user avec modération. Tous les contrats si fréquents qui interviennent à partir du xii^ siècle entre le prince et les sujets pour la rég'ularisation du monnéage, qu'est-ce au fait, comme Oresme nous le dira fort bien, sinon la reconnaissance implicite de la légitimité du droit des princes (i) ? Les chroniqueurs, qui d'année en année enregistrent des mutations d'espèces, ne songent pas plus alors à s'en émerveiller que d'un événement naturel, que d'une levée d'impôts extraordinaire en temps de guerre ou pour quelque autre nécessité commune (2). Au milieu du xii*^ siècle, ils regarderont comme un saint homme un évèque de Verdun, parce qu'il a gardé pendant de longues années sa monnaie sans la faire muer « timens ne pauperes inde gravarentur » (3). Mais il diront aussi bien de Philfppe le Bel après le désastre de Courtrai, que sans perdre courage « comme un vaillant chevalier il ordonna de falsifier sa bonne monnaie d'argent et de mettre à moitié de loi les gros tournois qui couraient à onze deniers et demi de fin >- (4j-
1. Traictie, c. 24? <^d. Wol., p. 75. Sur ces accords, et sur les droits de monnéage, fouage, décime, relèvement, rachat, dans les diverses régions, Normandie, Guyenne, Poitou, Bourgogne, V. ce que nous disons, infra, chap. III.
2. « Eo anno, mutati sunt nummi », telle est la formule courante, qui revient sans commentaire dans la plupart des Chroniques de cette époque (Clironùj. de Saiiit-Maixent, a° 11 12, iii5, 1120, dans Labbë,II, 277 sq. — Chroniq.de Meleac, a" 1120, ibid., Il, 529. — Chronic. Barcinonense, a" 1209, 1222, i258, 1288, dans Marca : Marca Hispanica. sive lives Hispanicus. Parisius, 1688, in-fol., ccl. 755 sq.; etc.).
5. Urkunde von Toul, c. 10, dans Waitz, op. cit.,Ylll, 042. Cf. Barthélémy, l\mnismatig ne moderne, p. 289.