Perrens, Etienno-MarceL p
même temps trouver des taxes de remplacement nouvelles. Au xiv*^ siècle, jusqu'au moment où Oresme prend la plume, il j avait bien eu daus la pratique et dans la doctrine, un double mouvement parallèle pour repousser la conception monétaire féodale et surtout ses applications ; mais, en réalité, ni l'un ni l'autre n'avaient obtenu de résultats, de l'un et de l'autre côté on n'avait pas osé aller jusqu'au bout, on s'était arrêté à mi-chemin ; et au jour où paraît le traité, aucune direction définitive n'était même indiquée.
La réforme de la pratique monétaire a été, dans toute la première moitié du xiv^ siècle, continuellement, on peut dire, à l'ordre du jour. A chaque instant, nous entendons les princes proclamer qu'une « réformation est g-randement nécessaire, et pour cause » (i), à chaque instant nous les voyons demander avis sur le fait des monnaies, consulter les Etats, les « mestres des monnoyes » et « çrant planté » de g"ens des bonnes villes « bien connaissants et expers esdites choses des monnoies w (2). Mais le problème était particulièrement ardu; il comportait une double réforme : abandon d'une part des anciens procédés monétaires, création, de l'autre, de ressources correspondantes, de taxes de remplacement, comme nous dirions.
Sur le premier point, tout le monde était d'accord : il y a urgence, reconnait-on, à renoncer aux opérations lucratives sur les monnaies, altérations, mutations, etc. Les Etats, qui gémissent sur les désastreuses conséquences de ces opérations, réclament « la bonne mon-
1. Ordonn. 21 mars 1328 (II, 27); 25 mars l333 (II, 85); 22 août 1343 [II, 182).
2. Ordonnances de janvier i5o8 (Arch. Nat., Mémoriaux, PP 2289^30); 18 sept. i3i5 (1,526); i5déc. 1317 (Arch. Nat. JJ 5, fo 22 ro) ; 5 mai i322 (1, 766), etc.
noie de saint Louis » (i), les financiers royaux euxmêmes déconseillent nettement les anciens procédés (2). Ils ont remarqué que les mutations sont dangereuses pour le commerce, qu'elles sont peu profitables au roi même, parce qu'elles ne donnent plus, trop souvent renouvelées, les bénéfices attendus, que le roi y g'agne moins que les débiteurs de mauvaises foi. Les rois, par suite, consentiraient facilement à y renoncer : le roi Jean déclare maintes fois dans ses préambules, qu'il est prêt à faire bonne monnaie durable, « mes qu'on lui fist aide souffîsante à soustenir la guerre » (3j. Le dauphin Charles, quelques années plus tard, déclare de même qu'à la prière et requête du peuple, il a fait faire une monnaie forte « en espérance davoir les plus grans et bonnes finances que len pourroit bonnement, par foûages, impositions, subsides et autrement». 11 ne peut la maintenir
1. Réponse faite par les Etats d'Orléans aux propositions de Philippe le Long sur l'unité des mesures. « Regardent lesdits procureurs, que semble à tout le commun desdites villes et au.\ gouverneurs d'icelles, sauve le bon conseil du roy, que tout considéré et regardé... plus profitable chose est et seroit au commun peuple du royaume, que mutacion des raonnoies, des poys, des mesures ne se feist, ainsoys demeurassent en leur estât là où elles seront » (cité par Hervieu, Etats Généraux, p. 157, 190, etc) ; Cf. dom Vaissette, Histoire du Languedoc, IV, p. 166.
2. Cf. les remontrances des financiers florentins à Philippe le Bel, en 1 294 (Arch. Nat., Trésor des chartes, JJ 459, n'' 17) ; un mémoire inédit du temps de Philippe le Long- (Arch. Nat., JJ 459, n» 20) ; un autre mémoire anonyme de I297, dans lequel on déconseille le roi de « gaster la bone raonnoie pour la deslourber » et on rapporte que la mutation de l'an 1296 « ne rendit raie grant profit » (Arch. Nat. Trésor des chartes, J 654. n" 16, édité dans Notices et extraits des Ms, t. XX, p. 127).
3. Ord 28 déc. i355 (III., 11): Ord. :4 mai i556 (III, 22); Mandement du aS mai i359 (III, 344)- Cf. Grandes chroniques de France, éd. P. Paris, t. VI, p. 19.
plus longtemps, d'ailleurs parce que les impositions en question n'ont pas produit les sommes espérées, en sorte que, pour y suppléei*, il se voit contraint de « retourner à la revenue du prouffit et émolument des monnoies «(i). Là était, en effet, la grosse difficulté : il fallait trouver des ressources équivalentes, combler le vide qu'allait produire dans le budget l'abandon du droit monétaire. Aux xii''-xiii'' siècles, dans un certain nombre de seigneuries, chez les grands vassaux de Normandie (2) de Bourgogne, dans le domaine royal même, pour un certain nombre de villes commerçantes, le problème avait été résolu d un commun accord ; les peuples avaient racheté le droit du prince, avaient consenti l'établissement d'une taxe périodique (monnéage, fouage, rachat, relèvement, taille du pain et du vin, le nom varie avec les provinces, mais la chose reste la même) (3), qui en défi-