‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 95 sur 361 · Tr., c. 4, p. 99^= fr. XYIII · texte numérisé non relu

Tr., c. 4, p. 99^= fr. XYIII

2. Tr., c. 19, p. 121 = fr. LVII ; c. 8, p. io3 = fr. XXVI. Cf. Ethiq., 1. V, c. II, Texte, n Toutefois la iiionnoie veull et doit plus demeurer en equalite » (f L, v»).

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plus haute conséquence dans la pratique. Car de cette conception nouvelle dans les qualités du numéraire, de cette exig'ence nouvelle dans le choix de la matière monnayable, il ne sortira rien moins que la condamnation de toute l'ancienne pratique domaniale.

Toutes les qualités ainsi requises se rencontrent, remarque Oresme, dans un certain nombre de matières que l'usag-e a de longtemps fait adopter comme monnaie, Oresme a vu parfaitement, il a exprimé non moins heureusement, les raisons qui ont fait préférer à d'autres l'emploi des métaux précieux. Le choix qui en fut fait, remarque-t-il justement, n'a point été absolument, comme Aristote voudrait nous le faire croire, le résultat d'une convention arbitraire : ce choix s'imposait aux hommes en quelque sorte, par les avantages particuliers qu'il offrait. (( Et aussy est-il aucune matière, qui est de sa nature plus propre à faire monnoie que une autre » (i).

L'or et l'argent en effet, répondent merveilleusement à la première des conditions que nous avons exig-ées. « Hœc enim metalla sunt ad monetam aplissima » (2). Précieux et rares, sans être pour cela introuvables (3), ils ont par eux-mêmes une valeur considérable, valeur condensée sous un petit volume, et par suite conviennent fort bien aux transports lointains (faciliter manibus attrectabile... et leviter portabile). — D'autre part, leur remarquable homogénéité, la facilité de les obtenir à un degré de pureté presque absolue, la propriété qu'ils offrent d'être presque indéfiniment divisibles en gardant leur valeur proportionnelle, (parce que, avec les parcelles, si petites soient-elles, on peut refaire identi-

I . Ethiq., 1. V, c. Il, Glose Cest i(Ssavoi)\ f" L, v° 1. Tr., c. 2, p. 96= fi". XIL 5 . Ti- . , c . 2, p . 96 = fr . XL

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quement. et sans trop de coût (i), la masse primitive), tout cela répond parfaitement aux 2" et 3® conditions, et leur permet de se plier commodément à toutes les exigences du commerce.

Beaucoup d'autres objets répondraient en réalité à quelques-unes des conditions précitées, qui pourtant ne les réunissent point toutes [non omnis res pretiosa apta est ut Jïat niunisnia (2). Les pierres précieuses, le verre, les épices, Oresme le remarque avec raison, ont une « préciosité w plus grande quelquefois, et en ce sens condenseraient mieux la valeur. Mais on est loin de les rencontrer en quantité suffisante, ou bien ils se corrompent rapidement, ou bien la fragmentation anéantit presque leur valeur; ils ne se prêtent point non plus à recevoir l'empreinte nécessaire (3) et pour toutes ces raisons ils sont loin de convenir aussi bien aux besoins de l'échange.

Pourtant, Oresme l'a bien vu aussi, les métaux précieux ne sont pas non plus sans défaut. Ils répondent surtout d'une façon fort imparfaite à la dernière des conditions posées, celle de garder dans le temps une valeur immuable. Sans doute leur remarquable propriété de conservation, leur durée quasi indéfinie, sont des qualités qu'on ne saurait trop apprécier; pourtant « il est de monnoie aucunefois comme des autres choses, car elle n'est pas toujours equale w (4)- De même que les autres

I . « Que tel instrument fust apte et convenable a iraictier » (Tr., c. 2, p. II).

•1. Ti-., c. 4, p. 99= fr. XVIII.

5. « Gemmae enim, lazuleus, piper et talia non sunt ad hoc apta nata ». (Tr . , c . 4» P • 99 = f''- XVIII) .

4 . Ethiq . , 1 . V, c . II, Texte, et glose Et les autres clioses muent, f°XLIX, v".

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choses varient « et muent leurs prix en divers temps » (i), de même il arrive que la monnaie perde pour son possesseur de sa valeur antérieure, qu'il ne puisse à un certain moment se procurer les mêmes richesses naturelles « sans g'rant perte, car par adventure elle sera muée en raendre pris, ou elle n'aura plus cours » (2).

La stabilité de sa valeur reste, en efFet, subordonnée aux hasards de la production. Une subite affluence du métal, rinvention de procédés plus perfectionnés pour l'extraire, peuvent provoquer l'avilissement des prix. « Airain fut de g-rant prix en aucun tems » (3), et pourtant l'humanité a dû abandonner successivement la frappe du cuivre, comme celle du fer. L'or et l'argent eux-mêmes ne sont pas à l'abri de pareilles fluctuations économiques ; et c'est pourquoi il n'est pas à désirer, dit Oresme, que Yalchimie trouve le moyen de les multiplier sans limite ; un pareil accroissement dans la production ne pourrait que précipiter leur dépréciation (4), pour le plus grand dommage de l'humanité. '

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