LA DOCTRINE D^ORESME
valeur ne devront jamais être artificielles, jamais subordonnées à la cupidité ou au caprice des princes : la monnaie est une chose qui doit rester « estable » — qui « veult et doit plus demeurer en cqualite » (i).
Le choix fait des métaux précieux comme monnaie a permis dans la suite un nouveau et définitif perfectionnement. La monnaie primitive restait toujours une marchandise comme une autre, déterminée seulement par sa quantité et par son poids. Il fallait, à chaque fois, la peser et l'essayer (Necdum erat in eâ aliqua impressio, vel ymag-o, sed una portio iieris vel argenti dabatur pro penàvelcibo, quaequidem meusurabatur ad pondus » (2). La preuve en est, remarque ingénieusement Oresme, que les noms mêmes de nos monnaies ont été orig^inairement des noms de poids et de mesure « sicome sont sicle et sont livre, denier, maille et plusieurs autres, lesquels recite Gassiodore à ce propos, et dit que telz noms qui signifient nombre et poix furent imposez et attribuez à monnoye par très grant et excellent mistere, et qu'ilz contiennent et représentent et figurent grans secretz de nature » (3).
Pourtant cette obligation de recourir perpétuellement à la balance et à l'essai du métal était en pratique singulièrement gênante, « ennuyableet empeschable chose ». (taediosum erat ita crebro ad trutinam recurrere) (4). Elle dut le paraître de plus en plus, avec le développement croissant du commerce. On imagina donc « affin que les gens fussent hors du labeur de mesurer et peser la mon-
1. Ethiq., 1. V, c. I I, Texte, f** L, v° ; Tr.,c. 19, p. m = fr. LVn.