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aisées que de mettre de l'ordre dans les découvertes des autres.
Parmi tant d'autres mémoires signalons encore celui qui traite de l'indigo et dans lequel Laurent décrit le produit de d'oxvdation de cette substance, l'isatine et ses nombreux dérivés.
Mais c'est assez de ces détails et il est temps enfin de peindre l'bomme et le savant. La supériorité de Laurent se révèle dans tous ses travaux. Elle perce dans la direction qu'il leur donne, dans les conclusions qu'il en lire et jusque dans le choix du sujet. Il n'était pas de ceux qui s'attachent à quelque drogue avec l'espoir d'en tirer un principe nouveau. Ce procédé, qui a du bon, était fort en honneur de son temps, mais il n'était pas de son goût. Laurent se laissait guider, quelquefois même entraîner par la théorie et mettait son travail au service de ses idées: autre procédé, plus savant que le premier, mais plus dangereux aussi. En effet, dans les sciences, un esprit qui n'est pas
maître de lui court risque de prendre son essor trop vite ou trop haut, s'il n'est point dirigé et contenu par Fexpérience. Laurent a presque toujours échappé à ce danger. Car. s'il excellait dans la faculté de saisir le principe élevé des choses, il était passé maître dans l'art d'expérimenter. Il déployait une adresse et une patience singulières à démêler les réactions les plus compliquées et à séparer les uns des autres les produits auxquels elles donnent naissance. Il y réussissait, même lorsqu'il n'opérait que sur de faibles quantités de matière, en s' aidant du microscope, de ses connaissances en cristallographie et d'une habileté manuelle qui a été rarement dépassée.
Tant de travaux attirèrent sur Laurent l'attention de l'Académie, qui le reçut dans son sein, comme membre correspondant, au mois d'avril 18i6. C'était à la fois une récompense et un encouragement, et il semblait que Laurent eût pu trouver contentement et repos desprit dans une
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distinction aussi flatteuse, dans l'acconijdissement de ses devoirs, dans le bonheur du foyer domestique et i)lus encore dans la loyauté de son propre cœur. Il n'en était rien. Laurent ne se sentait pas heureux à Bordeaux. Il avait dans l'ànie cette fierté qui plie diriicilement devant les circonstances et surtout devant les hommes, et dans l'iuimeur je ne sais quelle inquiétude qui lui faisait négliger le bien présent pour tenter les chances d'un avenir incertain. Il quitta Bordeaux et vint s'établir à Paris. Sa réputation l'y avait précédé, et il fut accueilli avec bienveillance par les personnes qui avaient alors autorité dans la direction de l'enseignement. M. Dumas lui confia le soin de le remplacer dans ses leçons de la Faculté des sciences. Laurent s'acquitta honorablement de cette tache ardue, heureux, mais trop pressé peut-être, d'exposer ses propres idées devant un nombreux auditoire et dans la première chaire de chimie.
En I8/18, il obtint une place d'essayeur
à la Monnaie, et c'est dans cette position modeste qu'il termina sa carrière. Son activité scientifique ne se ralentit pas un seul instant. Dans le cours de ses dernières années il s'occupa surtout de rassembler les matériaux d'un ouvrage où il se proposait de i^asser en revue les théories générales de la chimie. Ce livre n'a paru qu'après sa mort, par les soins de M. Niklès et précédé d'une introduction de M. Biot.
C'est en quelque sorte le testament scientifique de Laurent, qui y a résumé les pensées de toute sa vie. Le fond en est plus solide que la forme n'en est attrayante; et, si la profondeur des aperçus, la fermeté des convictions, l'ardeur de la polémique y répandent partout le mouvement et la vie, l'usage immodéré d'une foule de mots nouveaux jette un certain trouble dans l'exposition.
On sent d'ailleurs, en parcourant cet ouvrage, que Laurent ny a pas mis la dernière main. Les jours de sa vigueur et
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de sa prospérité étaient passés. En contemplant la pâleur de ses traits, le feu de son regard, l'affaissement de sa haute stature, son air sombre et absorbé, ses amis ne pouvaient se défendre des plus tristes pressentiments. Laurent se consumait peu à peu et s'éteignit le 15 avril 1853.
S'il connut les souffrances, il ne connut point le découragement et, selon l'expression de Biot, il travailla jusque dans les bras de la mort. Dans son dernier écrit on trouve une douloureuse allusion à l'état d'impuissance où son corps était réduit. On y lit aussi le passage suivant qui peint et honore son caractère. « Mon intention, dit-il, n'est nullement de blâmer ou de faire l'éloge des travaux que je vais passer en revue; je n'ai pas mission pour cela, et j'aurais moi-même besoin d'indulgence pour les erreurs que j'ai commises, n
Noble aveu, preuve touchante de modestie et de droiture unies à tant de distinction ! Non, il n'a pas besoin de notre indulgence, et ce sentiment qu'il invoque
eu vain doii faire place a un respect sincère. Sa mémoire restera, car ses œuvres protégeront son nom. et. |>armi tant de services qu'il rendit à la science, il en e^t un que l'histoire munira au premier rang: Laurent fut le prédécesseur et le maître de Gerhard t.
cdiarles- Frédéric Gerliardt naquit à Strasbourg, le '2i août iSiO. Ayant fait ses premières étudtf-s au gymnase protestant de cette ville, il fréquenta pendant les aimées ISoi et iSo2 les cours «le rÉcole p'il y technique de '^arlsruhe. En écoutant les leçons que le professeur Walchner d<jnnait dans cet établissement, notre écolier sentit germer en lui ce goût pour la chimie, qui devint une passion jdu^ tard. Son père favorisait et voulut développer de si bonnes dispositions. Il possédait et dirigeait hii-méiue. aux environs de Strasbourg, une fabrique de céruse, et désirait que son fils devînt un jour son successeur. Celui-ci fut donc envoyé à Leipzig, dans une institution de com-
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merce alors en renom. On ignore s'il entra bien avant dans les niystrres de la comptabilité, mais il s'apjjliqua avec ardeur à Tétudedela chimie, où il eut pour maître un professeur éloquent, M. Erdmann. qui est aussi un savant distingué.
A son retour d'Allemagne, le jeune Gerliardt se mit pendant quelque temps à' la tête de l'établissement paternel. Assurément c'était moins par vocation que par obéissance; et notre jeune enthousiaste, d'abord dégoûté par la monotonie des occupations dont il était chargé, se heurta bientôt contre la volonté de son père. La sienne fut la plus forte, et un beau jour il alla s'engager dans un régiment de lanciers en garnison à Haguenau.
C'est toujours une grave détermination que d'en user de la sorte; mais pour lui, de deux conditions mauvaises c'était choisir la pire : car, si son imagination bouillante s'accommodait peu de l'uniformité des opérations industrielles, son humeur fougueuse pliait encore moins sous l'au-
torilé de la discipline militaire. Après avoir subi quelques réprimandes pour infractions aux règlements du couvre- feu.
il obtient de son colonel la permission de travailler le soir à la lumière : il en profite pour lire des ouvrages de chimie, et ses goûts se prononcent, sa vocation se fortifie au milieu du bruit de la chambrée. Mais il avait compté sans les exercices, sans les corvées, et au bout de quelques mois, ayant pris en aversion la vie qu'il menait, il sollicita son remplacement. Ce ({u'il ne put arracher à firritation obstinée mais quelque peu légitime de son père, il Tobtint de la généreuse intervention d'un ami. Il devint libre et s'en fut à Leipzig continuer ses études de chimie. Peu de temps après, nous le trouvons à Giessen, où 31. Liebig, alors dans le premier éclat de son talent et de sa renommée, attii-ait de jeunes savants venus de tous les pays du monde et fondait une école justement célèbre. Le maître devina bientôt la rare distinction de l'élève : aussi, lorsqu'au
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bout (le (lix-lluil mois ct'lui-ci, arrcU' par la (lifficullc (le conquérir les t,M\T(los universitaires, voulut entrer pour la seconde fois dans la carrière de l'industrie, M. Liebig l'en dissuada et lui donna le conseil de se rendre à Paris. Gerliardt arriva dans cette ville le 21 octobre 1838, plein d'ardeur et d'espérance, comme tant d'autres y sont arrivés, et, comme eux, léi^erd'arc^ent. Une avance de son beau-frère et quelques leçons pourvurent à son entretien.
Le présent était donc assuré : on n'est pas difficile à vini^t ans, et pour le temps futur, Gerhardt pouvait compter beaucoup sur ses talents liors ligne, un peu sur sa bonne mine, qui souvent recommande autant et plus que le mérite.
S'étant lié d'amitié avec M. Gahours, il obtint la permission, sollicitée par ce dernier, d'entrer au laboratoire de M. Gbevreul. Les deux jeunes cbimistes mirent en commun leur travail et leurs id(''es, et de leur collaboration sortit un mémoire
qui fut remarqué. Il traitait des huiles essentielles et notamment de l'essence de cumin. Plus tard, Gerhardt poursuivit ce sujet de son côté. Ses recherches sur les essences de valériane, d'estragon, de moutarde, sur ra«:ide salicylique et l'hydrate de phényle, méritent d'être mentionnées.
Pourtant, les travaux qu'il a fait paraître pendant cette première période de son activité scientifique sont moins remarquables par l'importance des faits découverts que par la nouveauté des idées. Dès ses premiers pas dans la carrière, Gerhardt fit preuve d'un esprit pénétrant, plus habile à saisir le côté général d'une question qu'à en poursuivre les détails par la voie de l'expérience. Il voyait les choses de haut, et était plus apte à dominer son sujet qu'à le creuser. Voici une preuve, parmi beaucoup d'autres, de cette disposition de son esprit.
Le 5 septembre 18i2, il lut à l'Académie un mémoire intitulé : Recherches sur la classification chimique des substances
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organi</ueSy et dans lequel il a émis, au sujet des équivalents du carbone, de l'iiydrogène et de l'oxygène, des vues nouvelles et importantes. Plus tard il les développa dans un travail plus étendu.
Elles sont fondées sur le fait suivant : Lorsqu'une réaction de la chimie organique donne lieu à la formation de Teau ou de l'acide carbonique, la proportion de ces corps ne correspond jamais à ce qu'on nommait alors un équivalent, mais toujours à deux équivalents ou à un multiple de cette quantité. C'est là, Gerhard t le hùt voir, un fait étrange et qui semble trahir quelque faute commise dans la détermination des équivalents de l'eau et de l'acide carbonique, ou plutôt dans celle des équivalents de l'oxygène et du carbone. En effet, n'est-il pas impossible d'admettre qu'aucune réaction de la chimie organique ne puisse donner naissance à un seul équivalent d'eau et d'acide carbonique, et n'est-on pas autorisé, pour faire disparaître une telle anomalie, à
doubler les équivalents du carbone et de l'oxygène, celui de l'hydrogène restant égal à l'unité? C'est le parti que proposa Gerhardt, et il est à remarquer que l'argument qu'il invoquait alors conserve encore aujourd'hui toute sa valeur. En construisant les formules organiques d'après cette nouvelle donnée, il fit voir qu'elles correspondent presque toutes à deux volumes de vapeur, et qu'un petit nombre d'entre elles ne répond qu'à un volume. Gerhardt proposa de doubler ces dernières formules. Quelques chimistes ont trouvé le procédé arbitraire et ont repoussé l'idée de vouloir ramener au même volume les équivalents de toutes les substances minérales et organiques.
11 semble que les faits acquis à la science leur aient donné tort, et c'est une circonstance digne de remarque que les progrès de la chimie organique ont fait disparaître les exceptions qui paraissaient contraires aux idées de Gerhardt et ont détruit les objections invoquées contre elles.