‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 10 sur 55 · SIXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SIXIÈME LETTRE

SoxHAiBB. — Deni hypothèses louchant les phéDomËnes Tllaui. Leurs conséquences au point de vue de la maladie. — La matiëreorganique, TorganHatlon et la vte. — Théorie de Bichat. — Thénie du protoplasme. — Théorie des Uastèmes. — Ces théories euminées, dans la théorie lavoi- Siérienne. — Conclusion.

Deux hypothèses sont en préseoce, dès qu'on rei^t ae rendre compte des phénomènes vitaux.

D'après la première, les organil

d'une matière organique par essence ^^^^^^^^^B-incipes immédiats divers supposé vivant. wmHjHj^B'^"' ^^ sîdent dans le tout de cette matiLMc et de l'organisme avant d'être dans les parties. C'est la manière de voir des protoplasmistes modernes, laquelle se rattache à celle de Kant,

D'après la seconde, la matière (Wur être réputée vivante, doit être douée de forme, c'est-à-dire structurée, mori^ologiquement définie : les propriétés vitales sont dans les parties pour se manifester dans le tout de l'organisme. C'est la manière de voir de Bichat, laquelle peut se lattacher à la doctrine des molécules Cffganiques de Buffon ou des germes de Charles Bonnet.

La première a conduit à admettre le système parasidque du P. Kircher : l'intérieur du corps des animaux n'a pas de spontanéité morbide ; il ne constitue qu'un milieu de culture pour les microbes, comme le moût, la bière et le vin pour les ferments.

La seconde doit devenir la base de la physiologie et, par conséquent, de la pathologie.

Les considérations dans lesquelles je vais entrer, sont absolument nécessaires pour démontrer la fausseté de l'une, la réalité expérimentale de la seconde.

On parlait de matiért organique dans le sens d'organisé, sans savinr en quoi ctmsiste l'organisation; de propriétés, de forces vitales, sans pouvoir préciser queb sont leurs supports, leurs points d'application.

Bichat est un homme de génie, non pas pour avoir possédé

un savoir très étendu et un esprit philosophique très distingué, mais pour avoir révélé ce qui n'avait été que soupçonné avant lui.

En affirmant que les propriétés tntales sont des propriétés de tissu, Bichat, tout à coup, a changé la face de la science en créant une science nouvelle, l'histologie. Peu importe que ses vingt-un tissus élémentaires, qu'il regardait comme simples, les croyant irréductibles, et les éléments constitutifs fondamentaux des êtres organisés au môme titre que les corps simples lavuisiériens sont les éléments des composés chimiques ; oui, peu importe que ses tissus élémentaires ne fussent pas des éléments, il n'avait pas moins très exactement affirmé que les propriétés vitales ont une forme organisée délinie pour support. C^ttyu||MgM|Mà cette affirmation, qui avait fait sortir !a s^^^H^^^^B^ 1^ physiologie antélavoisiérienne, voilà q^^^Kj^^^^^Vt cela, précisément, à la suite des pro^rè^PmHHHHPBichat ont été les initiateurs.

(Comment cela est-il arrivé î L'histoire en serait longue à raconter. Il me suffira de dire que les tissus de Bichat ont été trouvés composés, et qu'on a fini par regarder la cellule comme le principe et le support des propriétés tntales. Mais s'étaut aperçu que les cellules sont, à leur tour, des éléments ariulomlques transitoires qui ne satisfont point à la conception même de Bichat, ni à la notion philosophique de l'éléiiiLiit organique vivant par soi; n'apercevant, d'ailleurs, rien au delîi de la cellule, on' a cherché la fixité, la simplicité dans um- autre direction. Bref, la cellule de Kûss et de Virchow ayajit été trouvée însuiBsante à espliquer tous les faits, puis- que des tissus vivants existent où l'on n'apercevait ni cellule, ni structure apparente, la théorie cellulaire a fait place à la tlJiiorie protoplasmique ou blaslémique. Le blastème, le protoplusina, voilà la matière vivante essentielle : puisqu'il existe vraiment des tissus vivants sans structure, pensait-on, c'est dODc que la vie a pour support premier, une substance sans structure, non morphologiquement définie.

Il faut attentivement examiner ces théories pour en trouver le point faible.

A h définition du protoplasma de CI. Bernard, que j'ai donnée dans la première lettre, le célèbre physiologiste, de peur, sans doute, que sa pensée n'ofirit quelque obscurité, a ajouté le commentaire suivant :

(V A son degré le plus simple, la vie, contraireli

pensée d'Aristote, est indépendante de toute forme spécifique. ËUe réside dans une substance définie par sa composition et non par sa figure. » ^ •

En vérité, ce n'est pas Aristote que Gl. Bernard aurait dû viser, car l'illustre péripatéticien était une pauvre autorité en histologie. En réalité, c'est à la grande autorité de Bichat qu'il s'attaquait 1

Quoi qu'il en soit, c'est le propre énoncé de M. Ch. Robin, donné à la fin de la dernière lettre, mais rédigé en d'autres ternaes. Aussi, pour comprendre Cl. Bernard, suffit-il de comprendre M. Gh. Robin. Je vais donc pénétrer le fond de la théorie des blastèmes.

M. Ch. Robin, plus exigeant que Cl. Bernard, ne s'est pas contenté de dire de quoi est composée la matière organisée, il a voulu comprendre pourquoi, étant formée de pcmcipes immédiats nombreux, elle peut être réputée .VîValîm,^ /

Où l'une des définitions du protoplasnja ♦he voibqlie* de l'eau et des principes immédiats en voie de continuelle transformation, et ne cherche pas à comprendre pourquoi des principes purement chimiques sont dans cet état, l'éminent auteur de la théorie des blastèmes voit, en outre, un mode d'union particulier. Selon lui les principes immédiats qu'il a spécifiés et qui composent le blastème sont « unis molécule à molécule, par combinaison spéciale et dissolution réciproque ». C'est ce mode d'union nécesssaire, qui constitue les principes immédiats à l'état de matière organisée pouvant être réputée vivante. Bref, l'affinité, la constitution chimique, que Bernard invoquait, ne suffisent pas à M. Robin : il suppose un mode d'union différent de celui que produit la combinaison chimique, et cela est important à retenir : j'y reviendrai.

Cependant, des cellules, des fibres, des tubes existent dans la trame de l'organisme vivant; qu'en fait M. Robin? Ils sont aussi organisés, dit-il, non pas en tant que structurés, mais en tant que formés de substance organisée. La forme et les autres caractères ne sont rien ; en effet, « quels que soient les autres caractères de cette matière (de la substance organisée), si celui-là n'existe pas (le grand nombre des principes immédiats unis suivant le mode indiqué), il n'y a pas organisation, nî vie, par conséquent... la cellule végétale ou aninaale, ou tout autre élément ayant forme de fibre, de tube, ^tc, sont organisés aussi, car ils ont d'abord pour caractère, d'être formés de substance organisée, caractère qui ne se retrouve dans aucun corps du règne minéral . »

Il est înapoasible de ne pas remarquer que c'est là, au fond. 1 aiicieDDe manière de coDsidérer les choses. C'est, dam un autre langage,, l'idée de la matière organique par essence.

Cepeudant H. Gh. Robin attribue quelque importance à la sli'ucture; il est utile de le mettre en lumière.

Ë» effet, si, t prise en elle-même, la matière organisée n'a jMS de simct«re,à\lii. Robin, lesparties qui en sont formées, comme les éléments anatomiques, en offrent ur.e qui leur est |ij-opre... En général, chaque élément anatomique a un carac 1ère d'ardre organique qu'on ne retrouve nulle part ailleurs i|iie dans les corps vivants : c'est d'avoir une STRUCTURE (lie struolus, bâti, construit), c'est-à^ire d'être coottruit de parties diverses de cette substance organisée (formée de principes imniédiats.sans structure). »

Et, clios^J«4s digne d'attention, M. Gh. Robin reconnaît qu'avac'ee câftict&/e d'ordre organique nouveau apparainenL « dHDS chaque espèce d'éléments anatomiques certaines particulai'ilés spéciales ; propriétés d« nutrition, de dévelof^ment, de uti-isiaiwe et de reproduction; l'innervation, la eontractiiilé, •.i[\\iéées propriétés animale», parce qu'on ne les retrouve que (lii^K lot animaux 1 »

Lt attributs les plus éievés de l'organisme vivant, d'après M. Cbarles Robin lui-même, résident donc dans les parties .ilrueturées ou, comme s'esprime Cl. Bernard, dans ce qui t^l morphologiquement défini. Bref, les propriétés vitales rssentielles ont pour support une forme déterminée, ce qui est morphologiquemËnt délini.

i\iais, ne l'oublions pas, dans la théorie blastémique ou pro- (o[)lasmique, cette forme ne constitue qu'un accident ; car l'essentiel, ce par quoi cette forme est réputée douée d'(Vganisa> liuii et de vie, est une matière amorphe, purement chimique, quoique c<H)slituée suivant un mode iactmnu des chimistes, et que t/L. Ch. Robin suppose atin de pouvoir se rendre raison des choses y

On comprend maintenant comment un physiologiste éminent a \m me dire que « la cellule n'est pas un être vivant i c'est un élément anatomique 1 » ; comment un chimiste distingué me répondait un jour qu'il ne voulait pas rccberober a si les ti-.j iisformations moléculaires qui se passent dans le protoplasma des cellules sont nécessairement d'ordre vital et irréductibles en une série de phénomènes chimiques ordinaires; si elles n'ont lieu que sous l'influence d'un organisme vivant, ui s'il

— ai —

n'y a de vivant que ce qui est organisé ; » comment M. Paàietfi* ne voit dans un œul* et dans le corps animal que a dei subsÈoifK^ds naturelles telles que la vie les élabore » et qui ont seulement « des vertus de tramfoï^mation que rébullilion détruit « ce qui est une autre manière de désigner la voie de tramfQrmatiQn eontinuelk ; comment on croit^ M. Pasteur surtout, qu'après la mort il n'y a plus rien de vivant ai| sens d'organisé et d'orga^nisme, dans le cadavre; comment le même savant^ uii jour, dans ses recherches sur la putréfaction de la viande, a pa parler d'une vie physique et chimique (1).

Et maintenant n'est-il pas permis de formuler reosembie des théories protoplasmique et blastémique dans les termes sui^* vants?

« La substance organisée vivante est amof^hey sans structure c'est-à-dire non morphologiquement définie ; elle ej^t constituée chimiquement ou physico-chimiquemeht par unpius ou ikioias grand nombre de composés chimiques différents, appelés principes immédiats ou substances naturelles telles qm ia più lés élabore, d'eau et de quelques combinaisons purement minérales ; cet ensemble de composés chimiques est en vùk de transformation continuelle ; ou bien doué de verttés de trànsfor* mation que rébullition détruit; ou bien encore, ces divers composés sont unis molécule à molécule^ par eombinmson spé-ciale et dissolution réciproque. Un organisme, végétal, animal, l'homme^ est un tout vivant iormé de cette matière, Lesélé-^ ments anatomiques, cellules, fibres, tubes, ne sont pas des organismes, mais ils sont réputés organisés parce quîls sont formés de cette substance organisée, c'est*i^dire des principes immédiats, composés chimiques, qui èomposent celle-ci « »

Pénétrons plus avant dans cette théorie pour en déduiira les conséquences.

Qu'est-ce que c'est que la voie de continuelle transformation ; la constitution physico-chimique^ le mode spécial dunion molécule à molécule p^tr dissolution réciproque^ etc* ; les vertus de transformation ?

Ne vous semble-t-il pas, comme à moi* que ce sont 1^ des' expressions; qui témoignent de l'embarras où Ton se troaved'expli-^ quer comment des composés chimiques réunis, en tel nombre que Ton puisse imaginer, dans un mélange, se constituent à l'état organisé et vivant? Je comprends Buflferi, quand, à ia #n d*un chapitre consacré à la comparaison des animaux et des végé*

(1) Comptes rendus y t. LVI. Pé 1193.

taux, il assnre que a le vivant et l'aiiimé (i) au lien d'être un de(^ré laétaphysique des êtres, est une propriété physique de la matière, » car il admettait uoe matière organique par essence constituée en molécules vivantes; il l'admettait si bien qu'il a dit ceci : s 11 me parait que la division générale que Ton devrait faire de la matière, est matière vivante et madère morte, au lieu de dire matière organisée et matière brute (2). »

Mais, depuis Lavoisier, cela n'est plus permis. Cependant, il me parait évident que M. Ch. Robin, lorsqu'il écrit ceci: •> On donne le nom de vie è la manifestation des propriétés inhérentes et spéciales, à la substance organisée seulement », se rapproche beaucoup de la pensée de Buffon.

Il faut donc rentrer dans la méthode expérimentale et lavotsiérienue.

Je m'empare d'abord de deux déclarations importantes de M. Cil, Robin, que voici :

Il n'y a vie que là oii il y a organisation ;

On a eu tort de dire que la vie était un résultat de l'organisation.

Et je dis qu'il n'y a pas d'organisation, pas de matière qui puisse être réputée organisée, si elle n'est pas slruolurée, c'està-dire morphologiquement déiinie; bref, que les notions dévie et d'organisation sont notions corrélatives. Et celle affirmation qui détruit les fondements de l'histologie et de la physiologie actuelle, il faut prouver qu'elle n'est pas gratuite, ie l'ai fait ailleurs (3) longuement, je peux le faire ici sommairement. Il le faut, car il s'agit de préjugés enracinés et des plus hauts intérêts de la pathologie.

Je suis ainsi amené à répondre à trois questions que j'ai posées dans ma première lettre.

1" Existe-t-il, comme on le croyait avant Lavoisier, une matière organique par essence?

'■2" La matière, telle que nous la connaissons depuis Lavoisier, n'est essentiel lenaent soumise qu'à des énergies physiques et chimiques! Cesénerijies sont-elles anéanties lorsque la substance des corps simples lavoisiériens est devenue organique dans un être vivant î Si elle reste soumise aux mêmes énergies, acquiertelle en devenant matière organique, au sens chimique, des pro-

(1) Œuvre» de Buffon : Matières générales; Uistoire des paraUoQ des aaimaui: et des vé^étaui.

(3) Ibli., ail chapitre suivant.

[31 Les Microxymaf, etc.

priétés nouvelles qui n'étaient pas primitivement dans ses atomes?

3** Ne faut- il pas distinguer, dans la substance dite orga~ nique^ deux choses? la rratière et V organisation , c'est-à-dire la subtance et la forme structurée ?,

Et je le répète, la chimie seule peut, en maîtresse, résoudre ces importantes et fondamentales questions ; oui, la chimie dont les principes et les lois n'ont pas été assez invoqués, ni par les chimistes qui se sont appliqués à la physiologie et à la pathologie, ni par les physiologistes.

Étant donné l'enseignement de cette science, tel qu'il se fait dans les Facultés de médecine, les physiologistes et les médecins avec eux, sont hors de cause. La chimie leur est présentée sous un jour faux, comme la science de l'analyse, capable de révéler la présence de tel ou tel principe immédiat dans l'organisme, de fournir quelques renseignements au diagnostic ou quelque composé nouveau à la thérapeutique. Les Traités de chimie biologique ne sont pas conçus et exécutés dans -un autre esprit, et quand leurs auteurs s'élèvent aux principes, c'est d'une manière déplorable. C'est que, pour écrire sur la chimie au point de vue physiologique et médical, il faut plus qu'être chimiste : il faut sortir du cercle étroit de l'analyse pour entrer dans celui de la science comparée. Autrefois les médecins étaient aussi les chimistes et les naturalistes. Écoutez Cuvier sur ce sujet; au commencement de ce siècle, parlant des progrès des sciences il s'écriait :

« La médecine surtout s'est fait, dans tous les temps, honneur de l'appui que lui prêtent les sciences naturelles et les hommes précieux qui l'exercent ise sont toujours livrés avec ardeur à l'étude de ces sciences: il faut même reconnaître que c'est à eux qu'elles doivent, sans comparaison, le plus grand nombre de leurs accroissements. Peut-être n'aurions-nous encore ni chimie, ni botanique,ni anatomie, si les médecins ne les avaient cultivées... (1). »

Mais aujourd'hui? les chimistes qu'ont-ils fait des principes de leur science quand ils l'ont tournée vers la physiologie et la pathologie ? nous Talions voir :

Ils écrivent sur le mystère de la vie, ils constatent qu'il y a un mystère, et ils ne voient pas que l'affinité chimique ni les lois du mouvement, ni celles de la diffusion ou de l'attraction capillaire, ni celle de la combinaison, ni la cristallisation ou la précipitation,* bref, aucune propriété physique ou

(1) Rapport historique sur les progrès des sciences naturelles^ p. 331.

chimique des corps Bimples ou des comUnaisons qu'ils lormetit entre eux ne suffisent pour expliquer le phénomène de l'orgeaisatiOu et de ÏA vie. Ils ont fait b'mti des tentatives pour se rendre compte de la formation d'une cellule : ils ont obtenu des fbrmM qui en offraient l'apparence, mais voyant qu'il leur Biaiiquart le« qualité et les propriétés qui» précisément consUtuenl l'organisatioa vivante, ils Ae sont pris à douter de la corrëlatiofi nécessaire de la structure et de la vie. C'est parce que l'on avait regardé ces formes commâ oi^ranisées et que pourtant on ne les voyait pas vivre, que Mi Ch. Robin, après avoir justement affirmé qu'il n'y a pas de vie sans organisation, ajoute aussitât I a Hais il n'y a pas nécessairement vie partout où il y a (w^aniiation. • Cagniard-Latour, un physicien pourtant, avait fait voir que les phénomènes de la fermentation alcoolique sont iDexplicables sans la notion d'organisation et de vie dans le globule de levure ; cependant Berzélius, à cause sans doute des tentatives dont je parlais, allait j'usqu'à comparer la levure de bière à un précipité sous forme globuleuse, comme le sont beaucoup de eomposés insolubles au moment de leurprécipitation au sein de l'eaU; et Uebig, qui avait des prétentions à la physiologie, ne pensait pas autrement. M. Pasteur, lui aussi, est resté dans le terre k terre de celte physiologie dès qu'il a touché aux organismes supérieurs i à ses yeux les microbes ou les germes qu'il appelle origine de vie, sont seuls doués d'une vitalité propre, autonome, indépendante) ailleurs il n'y a rien de vivant per se. C'est ainsi que le métaphysicien des doctrines microbiennesf H< Duclauii ayant été amené à écrire un chapitre sur la « conception physique de la vie » et k comparer les cellules des organismes supérieui'â aux ferments ligures, dit textuellement, que les ferments « ne sont pas des cellules ayant, oomme celles de l'organisme, des connexions prorondes les unes ave: les autres et possédant des propriétés qui sont fonction de toutes leurs relations, mais queoesontdes cellules autonomes indépendantes, qu'on est sûr de retrouver toujours les mêmes dans les mêmes conditions^. (1). » C'est parce que les mt'crohes sont des êtres autonomes et Indépendants, (t que les cellules quelconques da l'organisme n'ont ni indépendance ni autonomie, qu'ils se développent en parasites à cdtés d'elles en leur disputant l'énlstence ou en les dévorant. C'est pourquoi il faudra acquérir une nouvelle notion concernant la nature de la call|il« Ht bien déflnir le genre de son existence. (1) 9tRl*(iii Ftmuàti H M

Non, nous n'avons pas encore secoué le joug de la physiologie ancienne I

Si au lieu de définir la matière organique par son origine, comme substanjùe naturelle telle que la vie V élabore y ce que M» Pas^ teur fait après Gh. Gerhardt, elle était définie par sa composition, le fantôme qui se cache sous cette expre&sion s'évanoiilrait conime par enchantement et il deviendrait évident que^ ohi^ miquementy il n'y a pas de matières organiques et que ce que l'on appelle de ce nom, n'est que matière purement minérale. Or, on ne peut pas dire, et l'on lie dit pas qu'une matière minérale, un grand nombre de composés minéraux réunis ensenibie et de l'eau sont en voie de continuelle transfot*^ mation^ dOuéis de vertus de transformation que rébullition détrvdt, ni organisés et susceptibles de vivre.

C'est ce qu'il faut mettre en très vive lumière.

L'analyse élémentaire, confirmant depuis un siècle les mémorables découvertes de Lavoisier qui ont fondé la chimie scientifique et en ont fait une science française, démontra irréfutablement ceci : seize corps simples sont nécessaires et suffisants pour constituer les règnes vivants s les voici :

Huit métallo'ides : otygène, soufre, fluor, chlore, azote^ phosphore, carbone, silicium <

Huit métaux : hydrogène, potassium, sodium, calcium^ magnésium, aluminium, manganèse, fer.

Lavoisier a démontré que la partie essentielle, par sa qualité et par sa fonction, non par sa quantité, de la substance des végétaux* et des animaux, était formée de trois métalloïdes et un métal. Les métalloïdes sont le carbone, l'azote et l'oxygène^ le métal c'est Vhydrogène. Ces corps simples et pas d'autres, unis deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, en diverses proportions et te carbone toujours présent, à eux seuls, constituent Timmense majorité des principes Immédiats végétaux et animaux ; un petit nombre seulement de ces principes admettent, en outre, du soufre, du phosphore ou du fer. dans leur molécule chimique.

Le carbone toujours présent, ai-je dit : en effet j la caractéristique chimique la plus haute de ces principes immédiats, que l'on appelle matières organiques, c'est de contenir le carbone. Oui, ces principes, les chimistes avec les physiologistes les nomment organiques et on le$ étudie dans cette partie de la science qu'on appelle chimie organique ; mais par leurs composants ils sont minéraux . Non, il n'y a pas de matière organique, il n'y a que de la rnatière minérale é

Lavoisier, et c'est une de ses gloires dont il faut rarppeler le souvenir, ne faisait pas ces distinctions. Le moi organique ou l'expression matière organique n'existe pas dans son Traité de chimie ; ce que nous appelons de ce nom y est étudié en même temps que les combinaisons ne contenant pas de carbone. Les matières végétales ou animales y sont considérées comme des oxydes dont les radicaux sont formés de carbone et d'hydrogène ou de carbone, d'hydrogène et d'azote.

Et M. Dumas, le savant illustre dont les travaux ont tant glorifié Lavoisier, dès 1835 disait : « Dans mon opinion, il n'existe pas de matières organiques : je vois seulement, dans les êtres organisés, des appareils d'un effet lent, agissant sur des matières naissantes, et produisant ainsi des combinaisons inorganiques (minérales) très diverses avec un petit nombre d'éléments. Les ôtres organisés réalisent, pour les combinaisons du carbone avec les éléments de l'air et ceux de l'eau, ce que les grandes révolutions du globe ont produit pour les combinaisons de l'acide silicique avec les bases qui s'offraient à lui: de part et d'autre même complication. »

Voilà la pensée des maîtres ; il faut s'y rallier. Je l'ai fait dès que j'ai eu l'honneur d'enseigner la chimie dans une Faculté de médecine. Je soutenais qu'on devait définir la matière organique non par son origine, mais par sa composition, en disant qu'elle est quelque combinaison du carbone et, par suite, qu'elle n'a d'autres essenti alités que cette composition ; qu'il n'existe pas de matières organiques par essence et que toute matière est minérale. Or, disais-je, quel que soit le nombre des principes immédiats divers qui sont réunis dans un mélange, ce n'est que par un paralogisme inexplicable qu'on les suppose capables de vivre, car un tout minéral, quelque complexe qu'il soit, ne peut être réputé vivant.

Et il ne faut pas s'arrêter à l'objection que • les principes immédiats essentiels des végétaux et des animaux ; la fécule, le ligneux, la fibrine, les albumines, l'hémoglobine, l'osséine, etc., etc., ne se trouvent que dans ces êtres, ne peuvent être formés que par eux. Sans doute, ils n'ont pas encore été produits artificiellement par synthèse, dans les appareils des laboratoires; cependant depuis longtemps on sait faire de toutes pièces le cyanogène, l'acide cyanique, l'urée, l'acide formique, l'acide oxalique; mais, grâce aux persévérants efforts de M. Berthelot, on est allé beaucoup plus loin dans cette voie. Hier encore, on ne savait pas unir directement le

carbone et rhydrogène ; aujourd'hui c'est chose accomplie; le même savant a opéré cette importante synthèse. Or, le chimiste qui est en possession d'un hydrogène carboné, qui sait utiliser les méthodes introduites dans la science par M. Dumas, grâce à la théorie des amides et à celle des substitutions, est capable d'en faire des combinaisons de plus en plus compliquées. Rien ne s'oppose désormais à ce qu'on ne parvienne, par synthèse totale, c'est-à-dire à partir des corps simples, à produire la îécule, Tosséine, Talbumine !

Les combinaisons ainsi formées pourront nourrir les animaux ; en seront-elles plus vivantes pour cela ?

Mais ces principes immédiats si complexes, que l'art ne sait pas fornaer, où sont-ils naturellement produits et par quoi ?

Fourcroy, qui était médecin autant que chimiste, après Lavoisier, disait: « Il n'y a que le tissu des végétaux vivants,^ il n'y a que leurs organes végétatifs qui puissent former les matières qu'on en extrait, et aucun instrument de l'art ne peut imiter les compositions qui se font dans les machines organisées des plantes (ï). » Or, pour faire ces compositions, ces machines, avec un petit nombre de composés minéraux qu'on retrouve dans les cendres après leur combustion et qu'elles puisent dans le sol, n'ont besoin que d'acide carbonique, d'ammoniaque et d'eau qu'elles trouvent dans l'air. Voilà donc, que les végétaux se nourrissent de minéraux, ils sont minéralivores. Or, si les végétaux sont immédiatement minéralivores, les animaux, qui se nourrissent de végétaux ou d'autres animaux qui se sont nourris de végétaux, le sont médiatement. Longtemps après Lavoisier, ces choses n'étaient pas comprises : c'est dans la célèbre leçon qu'il fit en 1841, pour la clôture de son cours à la Faculté de médecine, que M. Dumas les révéla aux savants étonnés (2).

Or,, l'expérience, d'accord avec la théorie, reconnaît deux choses : 1® lorsqu'une combinaison du carbone, dite principe immédiat, a été produite par synthèse directe, elle possède identiquement les mêmes énergies que celle qui a été extraite des organes des êtres organisés : elles sont bases, acides, indifférentes ou singulières Tune comme l'autre ; 2° les combinaisons que l'art n'a pu encore imiter sont exactement dans le même cas ; elles sont bases, acides, singulières ou indiftérentes.

(1) Fourcroy. Philosophie chimique.

(2) Dumas, Leçon sur la Statique chimique des êtres organisés.

Les réponses à deux des trois questions que la chimie devait résoudre sont donc faites : 1^ il n'existe pas de matière orga* nique par essence : il n'y a que de la matière minérale ; ^ eu devenant matière organique soit par synthèse dans une machine vivante, soit par synthèse directe dans un appareil de laboratoire, le carbone, l'hydrogène, l'azote et l'oxygène, c'est-à-dire les corps simples lavoisiériens n'acquièrent pas de nouvelles énergies. Et si cette matière possède des propriétés nouvelles physiques et chimiques, qui n'étaient pas dans les atomes de ses composants, c'est là le fruit de l'acte de la combinaison ; il n*en est pas autrement pour les combinaisons purement minérales.

L'acte de la combinaison chimique ne créant point de nouvelles énergies qui n'existassent primitivement dans les corps simples, il faut chercher ailleurs, non la cause de la vie, ce qui est un autre ordre de question^ mais la cause de l'aptitude à manitester les phénomènes vitaux que possède la matière dans les êtres vivants. Ce sera la réponse à la troisième question où il sera parlé de l'organisation au point de vue chimique.

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