CINQUIÈME LETTRE
Sommaire. — Les microbes sont des vlbrioniens. — Ignorance concernant l'origine des vibrioniens causes des erreurs commises. — Elle est l'excuse des gens du monde et de M. Pasteur lui-même. — Les préjugés concernant l'organisation et la vie. — fiuffon, Leuret et Lassaigne, Kant et Mueller. — Lettre de Cuvier. — Berzélius et la nature vivante. — Ch. Gerhardt et la force vitale. — Bichat: les propriétés vitales sont pro* priétés de tissu. — La substance organisée et vivante selon divers savants. — Conclusion.
Ainsi qu'on l'a très justement remarqué, <i il n'y a pas de doctrine si fausse qu'elle ne renferme quelque parcelle de vérité. »
Il en doit être ainsi des doctrines microbiennes. En effet, si aux yeux d'un certain nombre de savants, médecins et chirurgiens, le système des germes morbifiques préexistants était dénué de toute vraisemblance et ne paraissait pas reposer sur quelque réalité d'ordre expérimental, son succès auprès de ces savants, qui me paraissent l'avoir adopté sans l'avoir assez approfondi, serait absolument incompréhensible. Or, des faits incontestables semblent l'appuyer. Oui, cela est certain, il existe vraiment des êtres d'ordre microscopique de la plus exquise petitesse et vivants, qui, indubitablement, peuvent communiquer la morbidité spécifique qui est en eux. La cause de la virulence et de l'infectiosité de certains produits de l'or-
ganisme malade» ou des corps en putréfaction après la mort, réside vraiment dans des êtres de cet ordre. Oui, on a certainement découvert de ces êtres pendant l'évolution de eertainea maladies virulentes, infectieuses, contagieuses ou non, de lliomme et des animaux. Mais M. Pasteur, ses premiers travaux dans cet ordre d'idées et sa grande doctrinef comme vient de l'appeler M. Bouley (1), ne sont absolument pour rien dans la découverte de ces faits. Les observations^ même les plus incontestablement personnelles qui lui appartiennent, ne découlent pas naturellement de ses travaux originaux. Il faudra en découvrir la source afin de les bien comprendre et de les interpréter comme elles doivent l'être.
Ces êtres microscopiques, appelés de divers noms, mal cia»* ses, là parmi les animaux, ici parmi les végétaux, que M. Pasteur, grâce à sa préférence pour les dénominations vagues, désigne collectivement par le mot microbe — mot mal formé emprunté par lui au célèbre chirurgien Sédillot, dont ce n'était pas raffaire, — ces êtres microscopiques, ces microbesy au fond, sont des vibrionims : de sorte que la microbie c'est la vibriome.
Voilà la question ramenée à son véritable point de vue. Les microbes ne sont autre chose que des vibrioniens.
La microbie admet donc que les germes morbifiques préexistants sont des germes de vibrioniens. Or, je viens de le dire, en ce moment, et Davaine l'avait déjà reconnu, non seulement la classification des vibrioniens est fort incertaine, mais on ne sait pas s'ils sont animaux ou végétaux» Leur origine est tout aussi problématique ; Poucbet est mort convaincu qu'ils sont le fruit, non de germes préexistants, mais de la génération spontanée et, quoiqu'il affirme le contraire, H. Pasteur n'a pas démontré que Pouchet se trompait. Et c'est dans cet état de nos connaissances que l'on prétend nous imposer la microbie comme l'expression d'hypothèses vérifiées et d'un progrès réalisé !
A mes yeux, c'est parce que les médecins n'ont aperçu aucune relation, aucun lien de filiation, entre certains éléments histologiques de l'organisme animal et végétal et les vibrioniens, qu'ils ont si aisément abandonné les lois de la grande médecine, pour admettre après Davaine, avec M. Pasteur, le système kircherien des germes morbifiques préexistants.
Quoi qu'il en soijt, ne connaissant pas la réelle et néces-
(1) BiUletin de VAcadémie de médecinej 2* série, t. XII, p. 1238 (Novembre 1883).
safare corrâatioli existant mtre les ribiiomens et ces âfovHits histoiogiqaes normaux de notre oif;anisalion, comme Datalne, ou la niant après que je Fuisse indiquée éL démontrée oomme H. Pasteor, on en vient de nooTean à croire an systèone da P. Kirdier.
Longtamps ayant que Dayaine eût fiiit son observation et considéré i'intériear de Forganisme comme un mitteu où se développent les vibrioniens inoculés, Ra^Miil avait dit : t L*or* gane n'engendre pas la maladie : il la reçoit du dehors. *« La maladie est un ^et dont la cause active est externe à Tor» gane. »
Malgré cela, les grands médecins affirmèrent, selon Theu* reux énoncé de Pîdoux, que < la maladie natt de nous et en nous. »
Hais M. Pasteur, prenant pour son compte Popinion de Raspafl, et essayant de vérifier expérimentalement Thypothèse, soutient que les médecins sont dans Terreur ; la cause active de nos maladies réside dans des germes morbifiques créés à l'origine des choses, lesquels, ayant pénétré en nous d'une manière invisible s'y développent en parasites. Pour M. Paiteur comme pour Raspail, il n'y a pas de spontanéité morbide ; sans les microbes, les maladies n'existeraient pas, quoique nous fassions, malgré nos imprudences, nos misères ou nos vices!
Le système, s'il n'est ni nouveau ni original, est ingénieux, très simple dans sa subtilité et, par suite, aisé à comprendre et à propager/Le plus illettré des humains à qui on montre la corrélation entre Facarus et la gale, comprend que la gale est la maladie de l'acarus. De là vient qu'il a séduit beaucoup d'hommes qui lui ont fait un succès irréfléchi . Les hommes du monde surtout se sont vivement emparés d'une doctrine facile, spécieuse, d'autantplusgénéraleet appropriée aux explications vagues, qu'elle est plus mal établie sur des faits scientifiquement constatés et contrôlés. Il en est résulté que même parmi les personnages éminents de nos hautes assemblées délibérantes, les intelligences les moins faites pour s'entendre, M. Paul Bert, Mgr Freppel, M. Jules Simon, se sont rencontrés pour lui donner l'appui de leur propre renommée.
Les hommes du monde, pourtant, sont excusables quand ils voient un savant de la valeur de M. Bouley se faire l'apôtre, aussi convaincu quedévoué,d*unedoctrinequ'il considère comme ayant réalisé un progrès médical incontestable (1). Il est nécessaire d'ap-
(1). Bulletin de VAcadémie de médecine^ 2* série t. XII p. 423.
— *0 profondir avec sain desdoctrines qui se sont imposées avec une si grande force à l'esprit d*iin tel savant que, en pleine Académie, répondant à un de ses confrères, dès le début de sa réponse, il a pu prononcer des paroles comme celles-ci : i Le premier sentiment que Je veux exprimer, a dit M, Bouley, c'est celui de l'étomiâment que j'éprouve de le voir réfractaire aux idées nouvelles par une sorte de parti pris de ne pas vouloir romprendre (l). » Pour avoir pu parler ainsi, il fallait bien, aux yeux de M. Ilouley, que la microbie revëttt les caractères de l'évidence même.
Certes, l'éminenl académicien, à qui ce langage s'adressait, n'esl pas réfractaire aux idées nouvelles quand elles sont l'expression de la vérité, et qu'elles reposent sur des faits exacts, r^riliés. Mais, comme tous les grands médecins pénétras d^ gravi's responsabilités que leurs devoirs leur imposent, ilbésîte, il soute, il étudie, avant de conclure; pour admettre dans la prati')ue les conséquences d'une doctrine médicale, il faut qu'elles ne heurtent aucune des lois et des règles qui découlent de l'oLiservation hippocralique ; enfin quand elle lui apparaît i^vidf-mment contestable ou erronée, il a le courage de le dire bien haut 1 M. Bouley n'aurait-it pas de ces savantes hésitalions?
Ali ! je comprendrais H. Bouley si M. Pasteur avait réalisé (|ueliiue expérience semblable à l'une de celles que j'indiquais à la lin de la troisième lettre. Certes, si prenant, dans un lieu quelconque del'atmosphère, loin de tout Ctre malade, un micioiiii bien défini, M. Pasteur avait pu communiquer à tel aniriiul, telle maladie déterminée du cadre nosologique, alors oui, mais alors seulement. M, Bouley pourrait soutenir que M, l'asleur a réalisé un progrès sur Raspail, Cependant, LouL ne serait pas dit encore, car il aurait fallu prouver que ce iiiiciobe est un de ceux qui ont été créés morbides à l'origitif des choses, et que, à cause des relations possibles que j'indii[uais tout à l'heure entre les vibrioniens et certains éléments histologiques de l'organisme animal, il n'est pas iâsu d'un animal malade! En effet, on ne l'a pas assez remarqué, Davaine, et M. Pasteur après lui, ne réussissent à communiquer ly niiiladie donnée, même à un animal de la même espèce et race, qu'en prenant le microbe sur l'animal malade ou peu de temps après sa mort, si elle est survenue. La fantasmagorie des l'iihures ne va pas à rencontre de cette remarque. Malade
(1). ibid. p. 422.
temps n'est pas encore arrivé d'insister avec vous sur cette face de la question pour la pousser à fond.
Non, rhypothèse fondamentale du système n'a été vérifiée d'aucune manière et, par la réduction à Pàbsurde, à l'aide d'arguments terr^ à terre, je crois avoir assez montré qu'elle est chimérique. Jusqu'ici, quand on y regarde de près, tous ceux qui ont combattu M. Pasteur sur le terrain des faits, sont littéralement restés maîtres du champ de bataille, quoique le vaincu ne l'ait jamais avoué. Quant aux deux hypothèses secondaires qui devaient vérifier la première, elles n'ont paru fondées que parce que M. Pasteur avait mal interprété les résultats de ses expériences.
Mais les hommes du monde seront absolument excusables, si je parviens à trouver, dans un préjugé déjà ancien, l'excuse des médecins et des physiologistes qui ont contribué au succès de la microbie. Ce sera aussi l'excuse de M. Pasteur.
Quel est donc ce préjugé? C'est celui, concernant l'organisation et la vie, dont je parlais en finissant ma première lettre, qui, dans le présent, découle d'une application à contre-sens des découvertes de Lavoisier, et, dans le passé, répondait à une pensée hautement philosophique : le préjugé des proto-plasmistes. Pour faire évanouir le fantôme d'ignorance qui le domine, et dont la vue trouble le jugement de tant de savants, il me faudrait plus que le cadre restreint d'une lettre. Je vais pourtant essayer, non sans m'excuser de ce que, pour réfuter plus complètement le système des germes morbifiques préexistants, je suis obligé de faire une courte excursion préalable dans certaines régions un peu oubliées de la philosophie et de l'histoire de la science. Le lecteur qui voudrait dé plus complets renseignements les trouvera ailleurs (1).
Les anciens croyaient la matière organique d'essence spéciale ; ils considéraient le mot organique comme synonyme d!organiséf en tant que la matière organique était nécessaire à la manifestation de la vie ; il en résulte que pour eux organisation et vie étaient notions corrélatives : la vie ne pouvant se manifester sans cette substance organique, et celle-ci se produire sans la vie. Très près de nous c'est encore une opinion admise, malgré la doctrine lavoisiérienne. Vers la fin du siècle dernier Buffbn supposait même que cette matière organique, universellement répandue sous la forme de molécules orga-
(1) A. Béchamp ; Les Microzymas, etc., J.-B. Baillière et fils.
niques actives, vivantes, mdestnictibles, était toiqotirs prête ft concourir à l'organisation de nouveaux êtres organisés vivants. J'ai rappelé que Leuret et Lassaigne ne pensaient gu^ autrement au primer quart de ce siècle.
Dans l'un de vos ouvrages (1), vous aves en. médedn et plii-* losophe, fait l'histoire critique des systèmes anatomo-physiologiques depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours* En restant sur les sommets, je veux seulemrat redierdier ee que philosophes^ naturalistes, physiologistes, hisUdogisCes ^ dûmistes de haut parage, depuis le xvni* siècle, peasaienit et pensent de la substmce vivante.
Selon Kant « la cause du mode d'existence dans chaque pso*^ tie d'un corps vivant est contenue dans le tout, tandis que, dans les masses mortes, chaque partie la p(H*te en elle-même. » Et, le célèbre physiologiste J. Mueller, à qui j'emprunte celle citation, la commente en ces termes : « D'a{H*ès ce caractère, dit-il, on CQnçoit pourquoi une partie isolée du tout organique c^sede vivre... pourquoi le corps organique est un individu, un tout indivisible » (2).
Dans une lettre à Mertroud Cuvier disait : a Toutes les parties d'un corps vivant sont liées ; dles ne peuvent agir qu'autant qu'elles agissent toutes ensemble ; vouloir en s^arer une de sa masse, c'est la leporter dans l'ordre des substances uKOtes et en changer complètement l'e&sence. » Cette manière de voir deviendra comparable à celle de Kant avec la commentaire de J. Mueller, si l'on ajoute ceci : « Les éléments du corps vivant, disait Cuvier dans un autre ouvrage, ne conservent pas un instant le même état ni la même composition; plus sa vie est active, plus ses échanges et ses métam(»rphoses sont continuels ; et le moment indivisible de repos absolU; que Ton appelle la mort complète^ n'est que le précurseur des mouvements nouveaux de la putréfaction (3) ; » et ailleurs : « tous les organes d'un même animal forment un système unique dont toutes les parties se tiennent, agissent et réagissent les unes sur les autres; et il ne peut y avoir de modifications dans Tune d'elles, qui n'en amènent d'analogues dans toutes » (4) .
J'ai essayé de comprendre la pensée de Kant et celle de
(1) Applications des sciences à la médedne^ par £« Fournie.
(2) J. Mueller, Manuel de Phusiologie, Édition Littré, p. 16. J.-B. Baillièjre.
(3) Rapport historique sur les progrès des sciences naturelles, p. 224 (1810).
(4) Jbid^, p. 330.
Cuv^; elles me paraissent se compléter Time par l'autre; je vais m'efforcer de le faire voir»
Cela est évident et résulte de l'observation la plus sommaire : la mort n'anéantit pas le tûu4 organique qui a cessé de vivre. Or, selon Kant la cause du mode étexisténce de chaque partie, après la mort» réside dans chacune de ces par* ties; tandis qu'dle réside dans le tout vivant pour constituer le mode d'existence dans cbaque partie* Dans la manière de voir ancienne, la matitee oi^anique étant d'essence spéciale par destination, il semble qu'on ne pouvait pas autrem^oit comprendre qu'elle céssftt de vivre. Quoi qu'il ^n soit, Kant semble admettre un fractionnement de la. cause du mode d'existence au moment de la mort. Hais le fractionnement n'e^t pas Fanéantissement ; pour être fractionnée, et répartie dans chaque partie individuellement, elle n'en existe pas moins, et la somme de ces fractions est égale à. sa quantité totale dans le corps vivant. Seulement la cause du mode d'existence qui est dans chacune des parties, leur imprime une manière d'être que l'illustre philosophe ne spécifie pas.
Guvier est plus explicite. Après la mort du corps vivant ou de la partie qu'on en a détachée, l'essence de sa substance a changé. Pendant la vie toutes les parties étaient liées et solidaires ; après la mort elles ne le sont plus ; les changements, les métamorphoses s'accomplissent autrement et les mouvements nouveaux de la putréfaction se produisent.
Telle me paraît être la manière de voir de ces grands hommes ; elle contient assurément une part de vérité qui repose inc<Hitestablement sur l'observation attentive des faits. Pour Cuvier, comme pour Kant la matière du cadavre n'est pas, sans doute, de même essence que dans le corps vivant, mais elle n'est pas dépourvue de toute activité, puisque la mort complète n'est que le précurseur d'un nouveau mode d'activité, celui qui produit le mouvement de putréfaction.
C'étaient là des vues ingénieuses qui leur paraissaient naturellement découler des notions alors dominantes concernant Tessentialité par destination de la matière organique. C'étaient aussi de grandes pensées qui leur évitaient sûrement les erreurs que je tente de faire toucher du doigt; elles étaient conformes à la haute idée que Ton doit avoir de la vie et de l'organisation .
Longtemps encore après Lavoisier, on regardait la matière organique comme jouissant de propriétés spéciales la rendant
capable de virre. Cette opinion prévalait non seulement parmi U'n physiologistes, mais aussi panni les chimistes. On aviiit l'idi'c exacte de la composition lavoisiérienne, c'est-à-dire rëJ iiRtible aux corps simples, de la matière constitutive esseatie1k^ des êtres organisés, mais on ne pensait pas moins qu'une certaine essentialité, non de nature, mais de combinaison, la rendait primitivement apte à vivre (1). Le mot organique était encore si bien appliqué à la matière vivante que, par opposition, on appelait inorganique la matière minérale: (le iii vient la distinction encore aujourd'hui admise entre la chimie inorganique ou minérale et la chimie organique, LavoisitT ne ta faisait pas. Oui, les esprits les plus capables de vues élevées se prenaient à douter des lois générales de la cliiinic dès qu'il s'agissait de la matière organique.
". Dans la nature vivante, disait Berzélius, les éléments pat'nt';.si?nt obéir à des lois tout autres que dans la nature inorganique! »
" Je démontre, disait Charles Gerhardt, que le chimiste fait tout l'opposé de la nature vivante: il brûle, il détruit, opère par analyse ; la force vitale opère par synthèse, elle reconstiiui' l'édifice abattu par les forces chimiques, k
C.k: qui veut dire que la matière organique ne peut ôtre formi'i' que par la force vitale, d'après d'autres lois que les aulirs combinaisons; et cela était pensé par Gerhardt en 1849, Cl' rijimiste, certainement éminent, était un chimiste dérouté ; il prétendait démontrer ce qui était l'opinion commune et que i. Moeller avait exprimée en d'autres termes lorsqu'il disait: u A la vérité, les corps organiques renferment, à titre de principes immédiats, des substances qui ne sont propres qu'à eux, et que l'art du chimiste ne saurait produire par aucun proeédé,, comme l'albumine, la fibrine, la fécule, le ligneux, L'ir. ; mais tous ces corps, lorsqu'on les soumet à l'analyse chimique, se réduisent en éléments des corps inorganiques, t
Et il est impossible de ne pas en faire la remarque: il n'y ;i diei ces savants rien qui suppose qu'ils admettaient une rel:ilion quelconque de la structure de la matière organique (Inus les corps organiques avec la iie.
liichat, pourtant, était déjà sorti du vague de la physiologie ancienne; il avait tenté de déterminer dans quelles parties du
1', 1 L'aptitude A rivre de ta matîËre organique, dit I. Mueller, consiste •m ro qu'etie peut nourrir un corps organique vivant. » Manuel de physiotngie, t. I, p. 9.
tout organ^q^^te se trouvent confinées les propriétés vitales, ce que Kant appelait la cause du mode d'existence dans les corps vivants. Il n'admettait pas, avec le célèbre philosophe, que la cause du mode d'existence fût d'abord «contenue dans le tout pour l'être dans chaque partie. Dans un corps vivant, Bichal distinguait les solides et les fluides. Il regardait les premiers comme seuls doués de propriétés vitales ; les seconds en étaient dépourvus. Et poussant les conséquences de la nouvelle doctrine jusqu'à leurs applications à la pathologie, il soutenait que a les propriétés vitales siégeant essentiellement dans les solides, les maladies n'étant que des altérations des propriétés vitales, il était évident que les phénomènes morbifiques résident essentiellement dans les solides )> (i).
On ne peut pas être plus explicite l Bref, l'immense mérite de Bichat est d'avoir reconnu que les propriétés vitales sont des propriétés de tissus. Or, le tissu est quelque chose de structuré. Oui, à mon avis, voilà la grande découverte de Bichat : n'est vivant que ce qui est structuré. Tout le monde reconnaît que cette découverte est le fondement de l'histologie moderne et le point de départ de travaux d'une importance extrême.
La théorie cellulaire, qui considère la cellule comme l'unité vitale, est fille de la théorie de Bichat: les propriétés des tissus sont la conséquence des propriétés des cellules. Tout cela est oublié ou mal compris ; autrement on n'en serait pas venu, comme Davaine et M. Pasteur à ne voir dans l'intérieur des corps vivants que des milieux ou des substances aussi inertes que le vin, le moût' ou la bière.
J'ai dit comment on en était arrivé à concevoir les théories blastématique et protoplasmique. En somme cela tient toujours à ce que les opinions sont encore, plus ou moins, ce qu'elles . étaient avant Bichat ; on croit à une matière organique vivante ; on en est revenu à ce que J. Mueller croyait, savoir: « Les corps organisés ne diffèrent pas seulement des corps inorganiques par la manière dont sont arrangés les éléments (les corps simples lavoisiériens) qui les constituent; Yactivité continuelle qui se déploie dans la matière organique vivante jouit aussi d'un pouvoir créateur soumis aux lois d'un plan raisonné. »
(1) Bichat, Àfuilomie générale, § IV des Considérations générales: Des propriétés vitales et de leurs phénomènes considérés relativement aux solides et aux fluides, » Edition Maingault (1818) .
Aujourd'hui, comme l. Hndler il y a dnquante ant, mak en laissant de oAté les lois (f un plan raisonné, on aasore que • le protoplasma, ce qu'autrefoit on appelait la matière orga-niqu£t est «n mékmge avec de Veau d!v.n pUit ou noini grand nombre de principes immédiats dif^ents, en voie de transformation contimtdîe. » Or, un principe immédiat et l'eau étant au même titre des eombiiiaitoas purement chimiques, cela revient à dire que le proloplasma n'est qu'un mélan^ de ramposés chimiques ; voilà oe que CL Bernard appelle un corps chimiquement défini ou physico-ehimà^iiement coustitaé. Et c'cït de ce mélange que procéderait on organisme quelconque, l'homme lui-^ème et tout son devenir. N'oublions pas que Cl. Bernard admet que ce protoplasma n'est pas morphologiquement dé^,. c'est-à-dire n'est pat organisé.
L'esprit ph!l(~:ophîquede H. Ch. Robin ne peut pas admettre la ^ie dans «'. ';4ui n'est pas organisé. Quelle est donc sa manière de concevoir la nature de la substance organisée. La voici :
« Une matière complétcTnent homogène, dit l'éminent histologists, amorphe, sans structure, en un mot, pourra être rficonnue comme substance organisée, si elle a ce caratdère : li't'tre constituée par des principes immédiats nombreux, ^^rteitcint à plusieurs groupes) u lasses distincts, unis molÀxle il iiiolécu^, par combinaison spéciale et dissolution réciproque. »
niais une substance ainsi définie comme organiaée pourral-olle être réputée vivante? Assurément, car le savant auteur Mjoute aussitôt :
(< C'est là, il est vrai, le caractère d'ordre organique le pins simple, le plus élémentaire; mais il suffit pour qu'on puisse dii'i: qu'il y a organisation, que la substance est organisée ; et toute simple qu'est cette organisation, c'est assez pour qu<.t la substance puisse vivre ; et réciproquement, quels que soii^iit, du reste, les autres caractères de cette matière, si celui-là n'existe pas, t^ n'y a pas organisation, ni vie par conséquent. »
Ainsi, et cela mérite d'être noté d'une manière particuli^e, pour M. Ch. Robin, les notions de vie et d'organisation sont notions corrélatives; mais la matière organisée n'est pas structurée. Et nous voici revenus, un siècle après Lavoi^er et longtemps après Bichat, au point où en étaient Kant et les anciens. H. Pasteur en est là avec la plupart des physiologistes. L'espace et le temps me manquent pour examiner, en
eUmiste, tes systèmes de Cl. Bernard et de M. Ch. Robin. Ce serat si vous le voulez bien, l'atEïlire de la prodiaioe lettre.