‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 16 sur 55 · Comptes rendvSj t. I.XI, p · texte numérisé non relu

Comptes rendvSj t. I.XI, p

la formation de la diastase salivaire, autre travail fait en oollaboration avec MM. ËstoF; Saint-Pierre. J'avais signalé aussi les microzymas dans le virus vaccin et dans le pus syphilitique, d'après nos observations.

En 1866, enfin, j*avais commencé à m'occuper d'études sur les maladies des vers à soie et en 1868 je caractérisais l*une de ces maladies, la flacherie^ comme étant la maladie à microzymas de ces animaux.

Les microzymas avaient donc été étudiés au triple point de vue des fermentations, de la physiologie et de la pathologie, mais en les considérant comme une catégorie; nouvelle d'être? organisés, existant par eux-mêmes et sans lien avec les autreR êtres vivants. Il en résulte que j'ai d'abord été porté à les regarder; au point de vue pathologique, comme étant les parasites de la flacherte, de même que le Botrytis bassiana est le parasite de la Muscardine^ le Corpuscule vibrant celui de la Pébrine parmi les maladies des vers à soie, et le Microsporon mentagrophy tes celui du Sycosis parasitaire, etc.

Pourtant, deux faits m'avaient vivement intrigué. Le premier est celui-ci : Lorsque Ton a pris des précautions suffisantes^ disais-je tout à l'heure, après les fermentations, les microzymas de la craie se retrouvent semblables à eux-mêmes, mais augmentés. Celle augmentation prouve leur vitalité, puisqu'ils se multiplient ; et cette muifiplication s'explique aisément si l'on considère que le sucre, ou bien n'était pas absolument pur, ou que la craie contient quelque trace de matière albuminoïde propre (ce qui a vraiment lieu). Mais si le sucre ou la fécule n'étaient pas d'une grande pureté, si l'on n'avait pas suffisamment ajouté de créosote, les microzymas de la craie se trouvaient plus ou moins changés, mêlés à la très petite torulacée que j'avais vue dans l'urine fermenlée.et môme à de vraies bactéries. Cette torulacée, ces bactéries ont-elles quelque parenté avec les microzymas? ou bien sont-elles accidentelles? Le second est celui concernant les bactéries qui apparaissent lorsqu'on introduit de la chair musculaire dans l'empois, dans l'expérience que je viens de citer. D'où viennent ces bactéries? Comme j'avais de bonnes raisons pour ne pas les croire nées par génération spontanée, je m'étais demandé dès 1866, ainsi que je viens de le dire, si les granulations moléculaires ne seraient pas les germes des bactéries, c'est-^àdire si les microzymas ne seraient pas ce qui peut deveniV bactérie ou vibrion.

Les questions que ces deux faits soulevaient étaient de la plus haute importance ; mais difficiles à résoudre^ non en eihsr mêmes, mais à cause des objections que Ton opposerait à la démonstration. Les spontéparistes invoqueraient la génération équivoque ; les non-spontéparistes soutiendraient que Von n'a pas évité les germes de l'air. La panspermie avait en effet réponse à tout; une moisissure apparaît, une bactérie, un vibrion, peu importe, c'est toujours le germe de l'air qui peut pénétrer par la moindre fissure et que la chaleur tue ou ne tua pas, selon les besoins du système.

Xel est Tenchaînement des expériences et des faits qui m'ont successivement, allant du connu à l'inconnu, conduit peu à peu à rapprocher les petits corps du Mémoire de 1887 des corpuscules mobiles de la craie, ceux-ci des granulations moléculaires des fermentations et enfin des granulations mole'culaire des cellules ^ liquides et tissu^s animaux.

La vitalité des microzymas avait été déduite de leur activité chimique eh vertu du principe de chimie que j'avais pris pour guide (1) ; j'avais ensuite observé que ceux de la craie pou* vaient se multiplier sans changer de forme ; j'en vins enfin à soupçonner que les microzymas peuvent devenir bactéries. Si la démonstration de ce fait pouvait être donfié^ la question serait résolue, les microzymas seraient vivants, non seulement en vertu d'un principe de chimie, mais en vertu de la loi physiologique de l'évolution.

La citation détaillée des faits démontrant que les microzy*mas de toute origine peuvent devenir vibrioniens serait aussi longue que fastidieuse ; on la trouvera disséminée dans les Comptes rendus des séances hebdomadaires de l'Académie des sciences de 1868 à 1875, ainsi que dans le livre dont j'ai parlé Je vais simplement ra.ppeler le principe de la méthode, et exposer deux ou trois expériences typiques qui auraient dû suffire si Ton n'avait pas été aveuglé par le préjugé et emporté par d'autres intérêts que ceux de la Science'

Lorsque les non-spontéparistes veulent démontrer qu'une matière organique ne peut pas, d'elle-même, produire quelque organisme intérieur, voire un vibrionien, ils soumettent les infusions, les macérations, les liquides issus de l'organisme animal ou végétal, etc., à une ébullition plus ou moins prolongée, à l'action d'une température plus ou moins élevée dans

(1) Voir Comptes rendus, t. Lxvi,p. 366, la Note intitulée : vSur lesgra-^ ntàations moléculaires des fermentations et des tissw anima^œ »»

— isole but de tuer les germes de Tair que, par hypothèse, ils pouvaient receler. C*est la méthode imaginée par Spallanzani. En outre, les expérimentateurs modernes^ M, Pasteur après CI. Bernard et celui-ci après H. Helmhoitz perfectionnant la manière de procéder de Schwaniï, soumettaient l'air commun destiné à être mis en contact avec Tinfusion ou toute autre préparation, à une température très élevée, jusqu'au rouge, toujours pour tuer les germes de cet air. Je montrerai quelle est la pétition de principe qui est au fond delà manière de procéder actuelle de M. Pasteur. Quoiqu'il en soit, il est clair que si Ton veut démontrer que l'organisme recèle des paries organisées résistant à la mort ; que telle partie soustraite à cet organisme n'est pas, comme le pensait Cuvier, reportée par cela même dans l'ordre des substances mortes, il est clair, dis-je, qu'il ne faut pas commencer par tuer ce qui, par hypothèse, y est doué d'organisation et de vie propre et indépendante. C'est après s'être lui-même posé cette objection que M. Pasteur a fait sa fameuse expérience sur le sang, croyant pouvoir assu* rer d'avance qu'il ne s'altérerait pas s'il l'abandonnait au contact de l'air calciné.

La méthode que j'ai appliquée est fondée sur un principe tout différent et nouveau qui découle du Mémoire sur l'interversion du sucre de canne et de celui sur la craie. Ce principe repose sur les faits d'expérience suivants qu'il faut rappeler, pour en bien asseoir la signification, car ils ont une importance physiologique énorme.

1^ La créosote ou l'acide phénique, à doses non coagulantes, c'est-à-dire incapables de faire subir une modification quelconque à la matière organique des infusions ou delà macération, empêchent, malgré le contact de Vair commun y je veux dire de celui qui n'a pas été calciné ou n'a subi aucun autre traitement, l'apparition des vibrioniens et des moisissures dans les solutions exactement filtrées contenant la matière organique, même celle dont la composition serait la même que celle des protoplaçmas ou des blastëmes. En d'autres termes, les ger^ mes de Vair restent stériles^ ne se multiplient pas dans les milieux créosotes ou phéniqués.

2^ La créosote ou l'acide phénique à doses non coagulantes n'empêchent pas un ferment organisé, microzyma, vibrion, bactérie, moisissure, actuellement en activité, d'accomplir ses fonctions, c'est-à-dire de vivre, de manifester tous les phénomènes * de la vie* En d'autres leçmes, la levure de bière, par exem-

pie, semée dans le moût du brasseur, phéniqué ou créosote, n'accomplit pas moins la fermentation en se multipliant.

3^ La créosote ou l'acide phéniqué aux niêmes doses, ajoutés au lait au moment et pendant la traite, n'empêchent pas le lait de se cailler, de même qu'ils n'empêchent pas la craie de faire fermenter Teau sucrée et l'empois de fécule ; ce qui est la con-r séquence nécessaire du* second fait d'expérience ci*dessus.

L'espace me fait défaut pour dire aujourd'hui comment l'application delà nouvelle méthode a résolu le problème de haute physiologie concernant la vitalité indépendante des microzymas dans les organismes vivants. Ce sera l'affaire de la prochaine lettre.

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