‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 17 sur 55 · TREIZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LETTRE

SoMUAiBB. — Les granulations moléculaires des organismes vivants. — Nature et fonction des microzymas (granulations moléculaires) du foie. — L'origine des bactéries. — Sur la nature essentielle des corpuscules organisés de Tatmosphère'.

J'ai plusieurs fois nommé les granulations moléculaires, que les histologistes et les anatomopathologistes avaient depuis longtemps aperçues et diversement dénommées. Les granulations moléculaires de l'atmosphère et de la craie ont été caractérisées comme microzymas, grâce au principe de chimie sur lequel je m'appuyais; mais au moment de prouver que celles des organismes supérieurs sont pareillement des microzymas, dans l'intérêt de la clarté du sujet de cette lettre et à cause d'une discussion prochaine, il est indispensable de bien préciser ce que les auteurs en savaient et en pensaient. Sans remonter plus haut que .1858, voici ce que M. Ch. Robin, le savant qui leur a donné le plus d'attention, en disait :

Granulations moléculaires ^ granules moléculaires, corpuscules moléculaires. Granulations très petites, formées de substance organisée, larges de (>^,0008 à 0""*,003, qu'on trouve en suspension dans les humeurs du corps, soit interposées aux fibres des tissus, soit incluses dans la substance des cellules, des fibres ou autres éléments anatomiques, soit surtout dans beaucoup d'espèces de matières amorphes. Elles peuvent être fort abondantes, surtout dans les substances tuberculeuses, dans les plaques blanches morbides des séreuses, dans le tissu médullaire normal, etc. (1).

(1) Littré et Robin : Dictionnaire de médecine et de chirurgie. Article Granulation (1858).

Les substances amorphes de l'organisation considérées comme éléments anatomiques se distinguent par leur composition iitimédiate, par leurs réactions et le plus ou moins de granu* lations moléculaires qui les accompagnent (1)... a Les leucocytes et les infusoires, en se décomposant, laissent échapper des granulations moléculair<;s qui offrent un mouvement brownien avec 'Sautillement des plus intenses, et qui ont parrois, â tort, été considérées commodes animaux infusoires particuliers (2).»

Il y a des granulations grises et des granulations graisseuses ou minérales, que M. Robin distinguait nettement de celles-là. Et il ne faut pas oublier qu'en disant qu'elles sont formées de sïibstance organisée, l'illustre savant ne supposait en aucune fapoji qu'elles fussent organisées dans le sens de structuré, à la façon d'une cellule ou d'une fibrè.

Ce sont là les notions les plus eiactes et les mieux déiînies que l'on posséd&t. D'autres savants, ou bien les considéraient comme des granulatiotis protéiques animées de mouvetnenU browniens, ou seulement comme un détritus organique.

M. Virchow les repoussait avec dédain comme matière amorphe, sans vie et sans activité.

J'ai sous les yeux un Truite d'histologie et d'histochimie publié en 1871, où l'on peut lire ce que voici : i Les granulalions, les petites vésicules, les cristaux, toutes les parcf/^ or^aiiiques que le microscope nous permet d'apercevoir dans les tissus, ne constituent pas, comme on pourrait le croire au premier abord, l'élément organique. » El l'auteur (S), après avoir décrit la cellule comme étant l'élément organique, ajoute : « Un petit amas de - protoplasma peut suffire aux. exigences de la vie; Haeckel a donné à cet élément inférieur le nom de ctjtode. 1) Ce cytode est le point de départ de l'organisation d'après le transformisme.

Quant à supposer que ces granulations moléculaires sont douées d'activité chimique, personne, assurément, n'y avait songé. '

En 1868, dans une Note adressée à l'Académie des sciences, je disais : u De l'étude et de la signification des granulations moléculaires qui naissent ou agissent dans quelques fermentations, et que j'ai appelées microzymas, à l'étude et à la signification de celtes qui esistent normalement dans tous les tissus des êtres organisés, la transition était naturelle... Nous mon-

[1) l.iltrë 0' Kobin. Dictionnaire de médecine et de chirurgie. Art. Amorphe- [a) Ibii. Arl. Brownien.

[3) U, Fray, de Zurich.

trerons prochainement, M. Ëslor et mol» que la manière d'être des granulations moiéculaires est souvent du même ordre, soif; lorsqu'elles agissent sur des matières purement organiques, soit lorsqu*eUes fonctionnent dans les matériaux de Tétre vivant (1).» M. Estor, qui était, comme moi, un adepte de la théorie cellulaire, avait suivi avec un vifinlérêt mes recherches sur les ferment-ations, si bien qiie, en 1865, rendant compte de certains résultats que j'avais obtenus et des idées que j'avais déve* ioppées devant lui, il s* écriait : u On sait quelle émotion a accueilli les admirables travaux de Virchow sur la Pathologie cellulaire; dans les recherches du professeur de Montpellier on ne découvre rieïi moins que les fondements d'une physiologie cellulaire (2). » Bientôt il devint mon collaborateur convaincu; et si j'insiste sur ces particularités, et si je rappelle que % Estor, physiologiste et histologiste habile, était médecin et chirurgien d'un service d'hôpital, c'est pour convaincre vos lecteurs que la théorie dujpiicrozyma n'est pas imaginaire, con>.me on a osé le dire, ni le fruit d'un empirisme inconscient; mais qu'elle s'est développée sous l'influence des préoccupations scientifiques et médicales les plus sérieuses et les plus constantes d'homme^ qui savaient ce qu'ils cherchaient et dès longtemps habitués à la rigueur de la méthode expérimentale. Durant la période de 1868 à 1876, presque tout ce qui concerne les microzymas des organismes animaux supérieurs nous est commun, et je ne sais pas distinguer entre ce qui est à Estor et ce qui m'appartient. Ah! combien étaient émouvantes les séances mémorables où nous assistions, émerveillés, à la confirmation des idées, à la vérification des faits et aux développements de la théorie! Notre premier Mémoire en commun est intitulé : « Sur la nature et la fonction des microzymas (granulations moléculaires) du foie (3). » Le passage suivant de l'introduction pose la question comme ceci :

(( Lorsque, disions-nous, on ne voit dans un milieu fermen* tant que des granulations moiéculaires, comme dans les vins qui vieillissent, dans la craie mise en contact avec une solution de sucre de canne ou avec de l'empois d'amidon, on est en droit d'aflirmer que ces granulations moléculaires sont les agents ou la cause des transformations observées; en un mot

(1) Comptes rendusy t, LXVI, p. 366.

(2) A. Estor : Exposé de la théorie physiologiqiie de la fermentation^ d'après les travaux de M, le professeur Béchamp. Montpellier, imprimerie Gras, 1865.

(8) Comptes rendus ^ t LXVI, p. 421 (2 mars 1868).

ce sont elles qui, se faisant leur milieu, opèrent la. transforma*tion successive de la matière. Ces granulations moléculaires, M. Béchamp les a appelées microzymas ; il les a supposées organisées, vivantes, capables de pulluler, et il a démontré leur nature organique. Des granulations moléculaires d'une forme et d'une mobilité en apparence identiques à celles des microzymas de la craie et du vin existent dans tous les tissus des êtres organisés, souvent même ab ovo ; dans toutes les cellules, dans le virus syphilitique; dans le pus comme dans le virus vaccin. Rien ne s'oppose à ce qu'on leur donne le nom générique de microzymas. Ce nom n'engage à rien : le naturaliste ne saurait les distinguer par une description ; mais le chimiste et aussi le physiologiste les caractérisent par leur fonction. »

« Le chimiste et le physiologiste les caractérisent par leur fonction! $ C'était là poser un problème absolument nouveau, qui a été résolu, et dont la solution a ruiné d'avance le système de M. Pasteur, qui assimile l'intérieur du corps humain au contenu d'un tonneau de vin^ de moût ou de bière! Jusquelà, je l'ai assez montré précédemment, les phénomènes d'ordn* chimique qui s'accomplissent dans l'économie étaient emplriment constatés, mais non expliqués; on n'en connaissait pas la cause. Pourquoi la matière glucogène disparatt-elle dans le foie après la mort? Pourquoi s'y transforme-t-elle en glucose pendant la vie? Pourquoi le suc gastrique contient-il la pepsine et le suc pancréatique, la pancréatine? Pourquoi la salive humaine contient-elle la diastase salivaire? etc., etc. ; on ne le soupçonnait même pas et l'on cherchait des explications non dans l'expérimentation, mais dans le raisonnement. C'était, surtout, renverser tout l'échafaudage de la physiologie antélavoisiérienne de la matière organique par essence ; de la matière vivante sans structure des systèmes en vogue, qui ont abouti au transformisme.

Nous avons d*abord étudié les microzymas du foie; nous avons reconnu qu^ils sont des éléments constants des cellules hépatiques; nous les avons isolés et les avons caractérisés comme mobiles et comme insolubles dans Tacide acétique et dans la potasse caustique au dixième, ce qui excluait leur nature albumineuse et graisseuse; ils sont en outre insolubles dans l'éther. Dans Teau ils conservent leur forme sans aucune altération apparente ; ils sont en quelque sorte imputrescibles. Ils fluidiàfint l'empois de fécule et transforment la

matière amylacée en fécule soluble; ils sont donc doués d'ac* tivité chimique.

Mais je veux, pour aujourd'hui, négliger l'étude delà fonction chimique des roicrozymas des organismes supérieurs, pour les faire connaître sous un autre rapport. Non pas que l'activité chimique des microzymas en général doive être considérée comme de peu d'importance pour le physiologiste et le médecin, mais parce que j'ai hâte de les montrer vivants, non pas seulement en vertu de cette activité, mais en vertu de leur aptitude à évoluer pour devenir vibrioniens.

Pendant que M. Estor et moi nous étudiions la fonction chimique des microzymas hépatiques, nous répétions l'expérience qui m'avait fait voir des bactéries dans la viande plongée dans Tempois de fécule; après l'avoir vérifiée nous retendons au foie et nous voyons encore apparaître des bactéries. Pourtant nous ne publiâmes' pas encore le fait et nous déposâmes un pli cacheté à l'Académie des sciences au mois de mars 1868. Après de nouvelles vérifications nous demandons l'ouverture . de ce pli; elle a eu lieu le 4 mai suivant, en séance, par M. Du. mas. La note était intitulée : « De P origine et du développement des bactéries (1). »

A cause de l'importance du fait, vous me permettrez de reproduire, d'après la note du pli cacheté, l'expérience fondamentale que j'avais faite en 1867 et que nous avions répétée; la voici :

ce Le 7 février 1867, M. Béchamp a préparé de l'empois avec 30 grammes de fécule et 1,000 grammes d'eau. L'empois a été maintenu en ébullition pendant une demi-heure. Il y introduisit alors 100 grammes de viande fraîche de mouton, tandis que l'empois était en pleine ébullition. Le lendemain, bien que toute la surface de la viande fût coagulée, l'empois commençait à se liquéfier. Le 9 février, toute la masse était fluidifiée; un mélange d'hydrogène et d'acide carbonique commençait à se dégager. Toute la masse était remplie de petites bactéries et de longs bâtonnets mouvants, ainsi que de granulations diverses. Il n'y a pas de différence lorsque la viande est préalablement hachée à l'air, non lavée, et qu'on l'introduit dans l'empois refroidi. Avec la viande de chien on obtient les mêmes résultats. Si dans l'expérience du 7 février, on remplace la fécule par du sucre de canne, toutes les autres conditions restant les mêmes, on ne voit que de toutes petites bactéries et

(L) Compte rendus j t. LXVI, p. 859 (4 mai 1868).

- iîrt —

un pliiH grand notitbra d^ granulationii. Ki il cm Mi «nrx)ro dn mAme si, dans toutos cc^h cxpéricnrnjt, on introduit do la criso« solo h dosa non congiilanto dauM lo mnlango. »

Nous avons d'al)ord rotait Toxpi^rioncH nn romplaçanl la viande par du fbio dndivors animaux : mouton, lapin, aouri». chien, (Uc. tnvariablemont les mAmc^s phénomènes lo maniiHatèrenr et drs bactMes apparurent.

Nous savionf que M. Pasteur nous objecterait les germea ch; l'âlr. Or, voici l'expérience qui, h nos yeux, devait réduira U n(knt lV)bjeclion. Le H février IHtIH, un l'oie de fœtus à terme* est abandonné sous une couche d'eau à l'air libre, l'eau étant renouvelée de temps en temps. Pendant M Jours, ce foie un pnésonte aucune odeur de putréfaction ; peu à peu cette odeur se manifeste et va on augmentant. Le seizième jour, il <*st incisé et examitié au microscope; il y a un grand nombre de microxymas normaux et libres; pas une seule bactérie. -- On peut ainsi abandonner pendant plus ou moins loitgtemps^d<!s foies'sous IVau, à la température ordinaire, san«t que des bactérir*s y apparaissent, même au contact de l'air renouvelé. Voici maintiînant l'expérience type sur le foie ; L(! in janvier 1K08, deux fragments de foie de chien sont introduits dans l'empois bouillant, créosote; pendant que l'ébullition continue, ta flole est remplie avec de l'eau distillée bouillante, l)onchée sans laisser d'air avec un bouc hon sortant de l'oau bouillante. L'up|)areil étant refroidi ml placé à l'étuva. Vingt-quatre heures après, on prend un des fragments, on I incise, et dans la partie prol'ofide de l'incision, on racle la sut)stance du foie et on l'examine au microscope; on apctrçoit, & part dos microzymas, dcM bactéries nombreuses et très bien conformées.

Kt nous avons fait des expériences 'inutogues en plongeant des morceaux de foie dans l'eau ou (U\m Teau sucrc^e créosolécs; b qu(^l(pirs particularités prfiM, sur lesquelles je reviendrai, 1rs résultats sont semlilables: mais nous en avons fait la remanpie^ dans toutes leH expéricuices analogues nous avons toujours vu TompoU favoriser au plus haut degré la rapide transformation des microrynms en bactéries.

J'ai dit que M. Dumas avait ouvert le pli cacheté; après avoir fait insérer intégraltiment la Note ait compte rendu de la séance, Il y a ajouté la mention suivante t

a X CCS détails, la letlrcî actuelle deM. Héchamp ^celle par laquelle j'avais demandé l'ouverture du pli) ajoute :

9 II e»t utile de dire que ces expériencea, nous las avons toutes répétées avec la préoccupation constante que les bacté-i ries pourraient avoir pour origine des germes veuus de l'air.. Ur, en prenant toutes les précautions qui ont été recomn^i^ndées dans les expériences sur la génération spontanée, i^ous n*6n avons pas moins vu apparaître les mômes formes orga** nisées; Voici d'ailleurs une circonstance qui nous a convaincus que les bactéries ne viennent pas du dehors : dans un grand nombre d*essaisi ces bactéries ont apparu dans le centre du foie avant d'être visibles dans le liquide ambiant. De plus, si» comme . nous Tavons nuentionné dans notre précédente NotCi les granulations moléculaires ou microzymas, sont universellement contenus dans toutes les cellulus, tant végétales qu'animales, il était intéressant de s'assurer que dans divers organes ce.s microzymas sont également le premier degré du développetnentdes bactéries ou d'organismes microscopiques voisins. Uis, des reins, des pancréas, des rates, placés dans les mêmes çonditi<^ns, mais habituellement plus lentement, finissent i^ laisser apparaître des bactéries dans leur centre, alors que le liquide qui les entoure n'en contient pas encore )> (1) , , Tels, sont les résultats de l'application de la nouvelle méthode; voilà ce qui était démontré, pour nous au moins, dès le mois de mars 1868. Je reviendrai sur la signification de ces résultats et sur l'emploi de l'acide phénique ou de la créosote dans ce genre de recherches. En attimdant; il faut accumuler les preuves, car il s'agit de déraciner des préjugés fort tenaces; indépendamment du préjugé de la matière organicjue par essence et par destination, il y avait le préjugé des germes de l'air que les non-spontéparistos nous opposaient sans cesse avec M. Pasteur. Les germes de l'air, on ne savait pas les définir, mais on leur faisait expliquer sans difficulté nos résultats comme ils avaient nufli à expliquer ceux de Pouchet et de M« Victor Meunier, quand ils expérimentaient sur des macérations, Il y avait enfin les spontéparistes; comme nous ils admettaient que les bactéries pouvaient bien se développer à môme les tissus, mais ils pensaient qu'elles étaient produites par la génération spontanée.

La démonstration avait donc deux catégories de contradicteurs : les panspermistes et les hétérogénistcs ; les uns et les autres niaient la réalité objective des microzymas; ils ne pouvaient les apercevoir ni dan^s l'air, ni dans la craie, ni dans

(1) CoinplQi rendus, t. LW!, p. 803.

.les tissus des êtres vivants, et s'ils les apercevaient ils disaient que c'étaient des granulations moléculaires, que celles-ci étaient matière amorphe, etc., etc. Pourtant il y avait déjà, peu de temps après, des confirmations ; seulement on donnait d'autres noms aux objets que je nommais microzymas : certains hommes sont si habiles à ne pas s'apercevoir qu'ils imitent quand ils .s'afSrment inventeurs! Quoi qu'il en soit; à deux reprises, dans deux Notes, je suis revenu à la charge. La pre^ iaière fois, c'était pour démontrer que « dans tous les calcaires, depuis celui de la grande oolithe jusqu'aux plus modernes, des microzymas existent, et que leur fonction est la même, c'est-àdire qu'ils agissent comme les microzymas de la craie, dont l'action est semblable à celle des bactéries et des microzymas actuels (1). 0 C'est à la suite de cette Note que j'en ai adressé une autre à l'Académie « relative aux expériences que je me proposais d'entreprendre, concernant l'existence des microzymas dans les roches de diverses époques géologiques {i) . » L'Académie m'a, en effet, alloué des fonds pour ces expériences. Elie de Beaumont m'avait beaucoup encouragé.

La seconde fois^ il s'agissait de « /a nature essentielle des cor^ jiuscules organisés de V atmosphère et de la part qui leur revient dans les phénomènes de fermentation (3). y> J'établissais : 1*^ que les microzymas atmosphériques sont des ferments du même ordre que ceux de la craie; 2^ que les microzymas de la poussière des rues de Montpellier sont doués des mêmes pro« priétés que ceux de l'atmosphère et de la craie ;: 3*^ que les microzymas du tuf calcaire de Castelnau (près de Montpellier) sont fonctionnellement différents de ceux de la craie et de l'atmosphère ; iP que, dans les expériences faites au contact de l'air, l'influence des microzymas atmosphériques peut être réduite à zérOf même dans les cas où les infusions contiennent des matières putrescibles. Et je disais à l'Académie : « On voit qu'on peut réduire à rien l'influence des microzymas atmosphériques. Ce sont ces expérieïices préliminaires qui nous ont permis à M. Estor et à moi; d'entreprendre l'étude des microzymas de l'organisme, étude pour laquelle nous avions besoin de négliger l'influence des germes atmosphériques (4). »

(1) Sur les microzymas géologiques de diverses origines. Comptes rendus t. LXX, p. 914 11870).

(2) Ibid.y p. 1164.

(3) Comptes rendus, t. LXXIV, p. 629 (1872).

(4) Comptes rendus, t. LXXV, p. 1286, fin de la note de la page 1285 en bas

Je reviendrai sor les microzymas de l'altuosph^, des eal« caires, des poussières des rues et des organismes actuels» car il y a là, au point de vue de la philosophie naturelle et au point de vue médical des rapprochements d'une importance capitale. Je retiens seulement le fait que le principe de la iméthode est de nouveau affirmé, avec la même forcci dix ans après qu'il avait été appliqué dans le Mémoire sur la craie» et qn*il n'a pas été contesté ; nous verrons même que Von a eu Taudace de s'en attribuer la découverte. Je répète donc que» grâce à l'emploi de la créosote à dose non coagulante, qui annihile, réduit à rien Tinfluence des germes atmosphériques» il a été possible de démontrer que les organismes vivants de tout ordre, depuis la plus humble mucédinée jusqu'à l'homme» recèlent dans leurs tissus des microzymas analogues» morphologiquement identiques et de fonction semblable à ceux de Tair et de certaines roches; enfin, que ces mêmes microzymas peuvent devenir bactéries. Les panspermistes auront beau faire» c'est là une vérité acquise à la Science ; s'ils avaient voulu réfléchir, ou s'ils n'avaient pas été aveuglés par le préjugé» ils auraient vu que le développement des bactéries n'est pas fatal, môme quand on expose h l'air des matériaux issus d'organismes actuellement vivants; les microzymas de tous les centres organiques» dans les mêmes conditions, n'évoluent pas en effet, avec la même facilité; il y en a pour lesquels ces conditions sont même difficiles à réunir; la panspermici même discontinue que suppose M. Pasteur, ne suffit pas pour expliquer ce fait; or, dans'le système microbien, le développement d'un germe de Talr est nécessairement fatal , dès qu'il rencontre un terrain favorable.

. Les spontéparistes étaient plus embarrassants, car ils admettaient les faits sans hésitation, ils y voyaient même la confirmation de leurs idées. Il fallait leur montrer, dans une expérience particulière, les microzymas devenant naturellement bactéries. La voici : elle esc facile à répéter et ses conséquences sont de telle importance que je veux finir cette lettre en la rapportant avec quelque détail.

Durant l'hiver de 1867 à 1868 j'avais eu l'occasion de remarquer un Echinocactus gelé. Après le dégel j*ai voulu connaître le genre d'altération histologique que la congélation avait fait subir au tissu de la plante. Son ('^piderme ne portait la (race d'aucune lésion, il était aussi résistant qu'avant la gelée; il était impossible que les germes de l'air eussent pu le traverser

pour aller évoluer en dessous ; or, une inciiion étant pratiqui:e dans la partie gelée, la matière prise dans la protbndeur di' la plaie, ou immédiatemeat sous la couche épidermique, contenait des myriades de bactéries, où les BacJertui» termo et pulridini», doat on suppose que les germes etlstent dans l'ail, étaient prédominants. Cette observation ne fut pas publicG d'abord. L'hiver suivant avait été très ri^ureiu; beaucoup de plantes furent gelées au jardin botanique de Montpellier; j'en examinai un grand nombre, sur pied, dix. ft duiizu jours après le dégel. Je me bornerai à la description d'un seul résultat. Il s'agit d'un Opuntia vulgaris. Cb cactus n'était geli' qu'en partie. Je constate d'abord, en raclant avec le scalpel la surface de l'épiderme, qu'il n'y existe rien d'anormal v.t lien de semblable à c£ que l'on trouve en dessous. Cet épiderme était intact, aucune lésion ne s'apercevait par où rtiiiiemî aurait pu pénétrer dans la place. Soua l'épiderme iiuMsé et jusque dans les couches profondes de la partie gelée up])arnissent de ces petites bactéries ou vibrions agiles, dont plusieurs pirouettaient avec une rare vivacité. Il y avait aussi di;< bactéries plus longues, également mobiles, atteignant

M ,1)3 à (>"'°,04 de longueur. Celles-ci étaient évidemment les

m<ti[is nombreuses. Et, chose digne de remarque, les parties nvu gelées, presque contiguës à celles-là, ne contenaient que les rallules et les microzymas normaux. Les micro^ymas aviieiU au contraire complètement disparu daru iet parties •!(h'intes par le froid, ils étaient devenus vibrions et bactéries. Iii' plus, la sève, dans les parties saines de la plante, était, coriime à l'ordinaire pour ces végétaux, à réaction fortement aridij ; dans les parties gelées, devenues llasques, le liquide (|iii s'écoulait de l'incision était à réaction légèrement alcaline. lijLi' transformation chimique coïncide donc avec le développçriioiit des microzymas en bactéries. Les autres exemples nombreux d'espèces végétales diverses ont fourni des résultats ;tii;ilogues, mais non absolument identiques (1).

Voilà la nature prise sur le fait. Les panspermiites n'ont p;l^ le droit d'invoquer les germes de l'air; les spontéparistes pourront soutenir leur opinion et dire que les vibrioniens u|><')'çu8 sont le fruit de la génération spontanée; maib j« leur

(Il Faits pour s&rnir à l'histoire de l'origine dtt bactéries. Vtveloppemiiit jinUircl de ces petits pégétauo! dans les parties gelée* tU plusieurs plantet, C'jrij|.Le» rendus, t. LXVIU, p. 40a ;i8691. In extenso, dans Xontpatter madi'al. t. XXII, p. 3W.

montre les microzymas disparus et remplacés par les vibrioniens» J'igoute que M. J, Béchamp en faisant congeler des parties de végétaux dans des mélanges réfrigérants de neige et de sel et les faisant dégeler à Tétuve, a vérifié tous ces résollats (1).

Il est doQfi incontestable que les bactéries peuvent nattre à même les tissus des animaux et des végétaux supérieurs. 11 eo est de même des animaux et des végétaux inférieurs. Bref les inicrozymas existent dans tout ce qui vit»

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