‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 19 sur 55 · QUINZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LETTRE

SoMHAiRS. —La naissance deé bactéries à même les Umus. Nouvelles contestations. •— Réponse. — L*évolulion bactérienne des mlcrozymas d'oDe origine quelconque. — La théorie de l'antisepticité. — Conclnsion.

« Si Toa sait la méthode de prouver la vérité, on aura en même temps celle de la discerner », disait Pascal, et Condillac ajoutait qu' a une bonne méthode est un télescope avec lequel on voit ce qui échappait à Tœil nu ». C'est pour cela que les questions de méthode ont une si grande importance» qu'elles priment toutes les autres.

La nouvelle méthode, dont j'ai précédemment exposé le principe, est bonne, puisqu'elle a permis de démontrer que certaines granulations moléculaires, considérées comme sans signification physiologique et chimique, sont des microzymas capables de devenir vibrion iens. Après avoir prouvé la vérité elle a été capable de la discerner. Cependant elle a paru en défaut entre les mains de deux savants anglais; pour expliquer leur insuccès il faut d'abord donner une idée de leur manière d'expérimenter. La voici, d'après MM. NencM et Giacosa.

MM. John Cliicne et T. Cossar Ewart (1), disent ces savants, sont arrivés à rejeter complètement la conclusion concernant l'existence de germes de vibrioniens dans les tissus d'animaux sains et vivants, (|ue l'on avait tirées des expériences antérieures. « L'ablation de l'organe (foie, ratC; reins, pancréas) était faite en se servant du procédé de Lister, c'est-à-dire en opérant continuellement sous une pluie fine d*eau phéniquée. Le foie a été coupé en plusieurs morceaux, qui ont été enve^ loppés soit de gaze phéniquée, soit de gaze ordinaire; ou bien introduits clans des vases préalablem(5nt calcinés et fermés par de la gaze, de la laine ou des plaques de verre. Les autres organes ont été traités de la môme manière.

D Au bout de trois jours, tous les morceaux exposés aux vapeurs antiseptiques du phénol ne montraient aucune trace de vie bactérienne, tandis que des microbes se trouvaient abondamment dans les autres,

» Les deux savants anglais ont conclu de ces faits que des bactéries ou leurs germes ne se trouvent pas dans les organes pendant la vie. »

(1) J(mmal of Ami, and PhysioU t. XIII; p. 44S, 187b.

Uais MM. Nencki et Giacosa ont fait observer que « cette déduction ne peut être regardée comme rigoureuse, les vapeurs antiseptiques qui tuent les ferments venant de l'extérieur peu< vent ampdcber tout aussi bien le développement des germes préexistants dans les tissus (1) ».

L'observation est juste; mais, comme dajis des questions de celte importance, rien ne doit rester dans le vague, il faut l'examiner de plus près, pour pouvoir plus exactement l'exprimer.

Od ne peut pas dire, d'une manière générale et absolue, que les vapeurs antiseptiques tuent les ferments venant de l'extér rieur, ou seulement qu'elles peuvent empêcher le développement des germes préexistants dans les tissus. Bannissant lé mut de jerme comme vague et indéterminé, il faut dire que, dans les conditions de la méthode, où l'acide phénique est employé à dose convenable, c'est-à-dire ainsi que je m'exprimais, à dose non coagulante, cet agent ne tu« pas les ferments ou microzymas atmosphériques et n'empêche pas l'évo^ lution vibrionienne des microzymas des tissus ; mais qu'à dose bien supérieure il peut ralentir, jusqu'à les rendre nulles, certaines fonctions chimiques et physiologiques de ces micro- Eymas et, par suite, tarir leur développement en vibrionient ou leur multiplication.

Voilà ce qu'il fïiut mettre en vive lumière si l'on veut comprendre les insuccès de MM. Chiene et Cossar Ëwart. En étuaiant de plus près les phénomènes de l'évolution des microzymas en vibrioniens, soit directement, soit sous l'influence de l'acide phénique, nous verrons, en même temps, ce qu'il peut y avoir d'incomplet dans les 'éludes de ces savants, de même que dans celles de MM. Pasteur et Lister dont ils se sont inspirés.

Lorsqu'on sera bien convaincu que les vibrioniens peuvent naître à même les tissus des animaux et des végétaux, et qu'ils sont le résultat de l'évolution des microzymas, la phy-> siologie et la médecine auront enfin une base aussi solide que cellQ sur laquelle reposent, depuis Lavoisicr, la chimie et ia physique; alors bien des erreurs seront écartées, bien des faits épars, en apparence disparates et sans liaison, seront groupés en une magnifique théorie, d'autant plus belle qu'elle ne sera que l'expression des faits ,

C'est pourquoi il faut revenir maintenant sur les faits de la

11) BttiitUnihia Société chimlgîie de Pstrisj t. XXXIV, p. 664, 1880.

444 — diiîëme lettre, concernant l'interversion de l'eau sucrée par les microzymas atmosphériques et les objections de Pouchet, roncernant l'influence létbifère de l'acide phénique.

£n disant que la créosote, l'acide ptiénique, ou tel autre ugent antiseptique analogue, tue les germes et les ferments, MM.Nenckîet Giacosa ont reproduit une croyance 1res répandue parmi les savants. En réalité c'est une erreur; pour la détruire, ii[i peu d'histoire devient nécessaire.

Les vertus des agents, dits antiseptiques, ont été découvertes sous l'empirede la physiologie antélavoisiérïenne; Fourcroy (i) a raconté ce que l'on en savait à la lin du xviu' siècle. Il ne pouvait pas être question de constitution histologique ; les matières animales étaient distinguées des végétales; les unes en n'altérant spontanément se putréfiaient, les autres fermentaient. n L'un des plus frappants caractères qui distinguent les matières animales des végétales, pensait-il, consiste dans l'espèce lie décomposition spontanée qu'elles éprouvent et qu'on nomme putréfaction. i> Un avait cherché les moyens d'empécber cette altération spontanée, et c'est le chancelier Bacon qui avait posé le problème; d'après Fourcroy, c'est lui quia en a le premier fait sentir la grande utilité pour la médecine; il a le jiremier invité les médecins à s'en occuper avec soin et spécialement dans l'intention de découvrir les moyens delà prévenir, d'en retarder, d'en arrêter même les progrès ou de rétablir dans leur état naturel les matières qui l'avaient éprouvée. »

0 Pringle, médecin anglais, dit encore Fourcroy, a fait un grand nombre d'espériences sur la septicité et l'antisepticité des corps, et à ouvert une carrière immense à la doctrine des antiseptiques. »

Après cet illustre médecin, plusieurs s'élancèrent dans la carrière dont parle Fourcroy ; Macbride, le célèbre chirurgien de Dublin, fut un de. ceux-là ; il tenta d'expliquer la putré- Inction en admettant un dégagement d'air fixe, et la prétendue restauration des matières pourries, par restitution de ce principe à l'aide des agents antiputrides.

C'est ainsi que l'histoire des antiseptiques est liée à celle de la putréfaction. Sous l'empire de la théorie de Lavoisier on chercha bien une théorie du phénomène, mais il n'était plus question de restauration par les antiseptiques.

Selon Fourcroy, qui déjà regardait la putréfaction comme , p. 81 et ralranl»; ëdilion

une fermentât ion, la cause du phénomène est une attraction compliquée existant enlre les principes des .matières animales. rbydrofïène, i'azole, le carbone, l'oxygène, le soufrs, le phosphore, d'où résulte une décomposition lente, une espèce d'analyse spontanée; c'est là, dit-il, « le moyen qu'emploie la nature pour détruire l'organisation el la composition animales, lorsque les matières organisées, privées de la vie, ne peuvent plus servir sows la forme animée; etc. n Dès lors, les antiseptiques ou antiputrides sont devenus des substances o susceptibles de retarder ou d'arrêter les progrès de la putréfaction »... même celle a. qui se manifeste souvent dans quelques parties de l'homme malade. »

La théorie purement chimique a dominé exclusivement jusqu'à Cagniard-Latour ; nous l'avons vue conservée par Liebig, et même pafM. Berthelot, jusqu'en ces derniers temps. Dana cette théorie les antiseptiques ne pouvaient pas être supposés avoir d'autre rôle que celui admis par Fourcroy, pour qui de tels agents avaient la vertu d'entraver ou d'annihiler l'atlraclton compliquée existant entre les principes dn composé organique.

Les choses en étaient là, lorsque, en 1838, survinrent les nouvelles discussions concernant des générations dites spontanées. Les propriétés des antiseptiques étaient connues, mais on ne pouvait expliquer leurs effets qu'en admettant la théorie chimique telle que je viens de l'exposer, d'après Fourcroy. La théorie physiologique de l'antisepticité n'était pas même soup- <,:onoée. Elle rénulte des études dont je vous ai parlé.

Elle est assurément singulière la propriété de la créosote ou de l'acide phéni:|ue, d'empêcher l'interversion des solutions de sucre de canne, la putréfaction ou ta fermentation des solutions des substances les plus diverses réputées spontanément allé* râbles. L'originalité de mes recherches était, non pas seulement dans la démonstration de ce fait, mais aussi dans l'esplication que j'en donnais, savoir : que l'altération, quand el>e avait lieu, était fonction du développement d'organismes microscopiques issus de germes venus de l'atmosphère; que la conservation coïncidait avec l'absence de ces organismes, dont l'acide phénique empêchait le développement.

Cette théorie avait été vérifiée par le D^ Lemaire ; confirmant mes expériences ce savant avait de son côté reconnu que l'acide phénique, ajouté en petite quantité dans des liqueurs fermentescibles, rend ces liqueurs infécondes : c'est-à-dire que

dea vibrîoniens ou d'autres oi^nismes microscopiques n'y apparaissent point.

Si les liquuurs ne devienuent pai fécondes, disait Pouchet, c'est que les êtres se détruisent au fur et à niftsure qu'ils prennent naissance, et que l'acide pliénique empêche leur formation; i) n'y a donc pas là une preuve de la non-existence des gêné* rations spontanées (1).

£t le célèbre hétérogéoiste ajoutait que l'on savait fort bien « que toutes les substances empyreuraatiques, les huiles volatiles, tuaient les protozoaires (2).., J'ai beau me tordre la cervelle, disait-il encore, je ne vois pas en quoi ces eipériences ont le moindre rapport avtc les générations spontanées. Il (M. Béchamp) dit bien il est vrai, que lorsqu'il emploie une substance léttiifère, il n'apparaît pas d'animaux. Parbleu! je m'en serais b\ea douté à l'avance. Si je voulais élever des poistons dans un étang, je commencerais par ne pas empoisonner l'eau. Ce sont de telles puérilités qu'on nous oppose sans cesse ■ (3) 1

Les préjugés ont tant d'empire même sur les plus fermes esprits, qu'il faut se résigner, sans en être trop surpris, de les entendre formuler de tels jugements. C'était très sérieusement écrit cela; P<ruchet croyait vraiment à l'identité d'influence de la 'créosote sur les grands animaux et sur les protozoaires. Au - fond il y avait là une grave erreur physiologique qu'il importe de dissiper. Pouchet était déjà inexcusable ; ceux qui professent la même croyance le sont bien davantage, puisque voilà trente ans qu'il est prouvé que l'acide phénique dans mes expériences ne tue pas les protozoaires dont je m'occupais : microzymas, vibrioniens et moisissures.

Assurément ces composés et d'autres antiseptiques analogues peuvent tuer même les protozoaires; mais j'avais précisé les doses qui ne tuent pas les microzymas, les vibrioniens et les moisissures et qui pourtant les. empêchent de se multiplier ou de nattre dans les infusions des substances les plus diverses. Lorsqu'une erreur persiste avec tant de force qu'elle empêche ta vérité de triompher, il faut la- poursuivre jusqu'en ses derniers retranchements. C'est l'excuse de mon insistance et des détails où je vais entrer.

Revenons donc à l'expérience fondamentale dont il a été question dans une précédente lettre (la dixième).

(1) Monlleur idmliflque (Quesueiille). l" Janvier 1864, p. 10.

(3) Ibid.

^WIP

- Il"; —

Lorsque l'eau sucrée esl aiiilUioiinôe d'une à trois gouttes d'acide ph(?nii|ue par 100 cent, cubes et qu'elle est exposée an contact d'un volume d'air limité, ne se renouvelant pas, elle ne s'alttire point et rien d'oryaiiisé n'y apparaît. Lorsque, au contruire^ on y fait barboter un grand volume de la in^me masse d'air, en s'arranj^eant de façon que les iiiicrozymas y arrivent presque seuls, riiiterversion a Iiuu malgré la présence de l'agent réputé aniîseptique, à bi dose indiquée. Comment cela pcul^il se faire? Pourquoi un petit volume d'air est-il moins efficace qu'un grand volume? C'est ce qu'il feul comprendre si l'on veut utilement combattre l'erreur de ■ Pouchet, partagée par MM. Nencki et Giacosa.

Dans le premier cas deux circonstances peuvent se présenter: ou bien le hasard a fait qu'aucun yerme (microzyma, etc.) q'csI arrivé dans la solution; alors celle-ci na s'altérera pas, c»ir je l'ai montré, l'air .commun, privé de germes et d'acide carbonique n"a pas d'action sur l'eau sucrée: ou bien quelque microzyma y est tombé; alors pourquoi ne s'altère-t-elle pas, tandis que le sucre s'y intervertit, avec le temps, lorsqu'on n'a pas phéniquéî Ue la discussion et de l'interprélaliou de ces deux derniers laits se dégage absolument la solution du problème qui a embarrassé MM. Gliieue el Ewart.

11 faut d'abord noter, ceci : Le temps est un facteur du pbAlioiuène. Lorsqu'on n'a pasajouléde créosote ou d'acide phénique, l'interversion ne s'accoinplîl que progressivement; il faut plusieurs semaines avant de pouvoir constater quelque changement chimique el d'apercevoir quel<iue microorganisme; mais à mesure que le nombre de ceux-ci augmente, l'inteiversioii progresse rapidement. La lenteur de la transformation chimique' est donc en rapport avec celle de la multiplication ou du développement des moismures ou autres microorga,nismes qui naissent dans la solution non créosotée.

Il faut rappeler ensuite cet autre résultat de l'expérience: lorsque dans l'opération précédente, l'altération, c'est-à-dire la transformation chimique, par les microorganismes multipliés ou développés, a débuté, on a beau ajouter l'acide phonique aux doses indiquées ; on peut la ralentir, ma*s ou ne l'arrête pas.

Toutes les autres circonstances étant identiques, l'addition préalable de l'agent antiseptique aux doses susdites, empêchera à la fois l'apparition des moisissures et la transformation chimique. Je dis que ce n'est pas eu tuaul les germes, mais

en empêchant leur multiplication et leur dévt;loppement . Ea voici la preuve.

Je reprends l'expérience de la dixième lettre (RewM médica/e, mai 1884, p. 622).

Un grand volume d'air, plusieurs centaines de litres, a traversé une solution sucrée phéniquée à 4 à o gouttes par 1(H) cent, cubes, et y a laissé les microzymas. Malgré la présence à dose élevée du composé antiseptique, h sucre s'est interverti et, nous le verrons, les microzymas ont subi quelque changement sans augmenter de nombre.

Les germes, les microzymas, n'ont donc pas été tués; l'acide phénique n'est donc pas un poison pour eux, pas plus que pour les moisissures développées dans l'eau sucrée sans addition.

Mais, alors, où est la différence 7 La voici : dans le cas où le petit voluine d'air est limité, le nombre des microzymas tombés dans la solution l'est paroillemeut ; ces microzymas sont bien présents et un examen attentii permet d'en apercevoir quelqu'un, par-ci par-là; mais on ne les voit pas augmenter; or, un microEyma ne possède qu'une part minime d'activité chimique, qui ne peut pas augmenter puisqu'il ne se multiplie pas ; et, n'ayant aucun moyen de constater la minime transformation corrélative qu'il a opérée, nous disons qu'elle n'a pas e\i lieu. Au contraire, dans le cas d'un volume d'air considérable' traversant la solution, le nombre des microzymas est immense; l'action chimique résulte de -la' somme de leurs activités réunies, sans que leur nombre paraisse augmenter.

En résumé, l'acide phénique ou la créosote, h dose modérée, empêche les gei-mes, les spores ou les microzymas atmosphériques de pulluler, d'évoluer ou de former des moisissures, mais elle ne tarit l'activité chimique et, par suite, la vie, ni des uns ni des autres. Pouchet avait donc tort de parler de l'influence léthifere de la créosote dans mes expériences sur la génération dite spontanée.

Le fait que la créosote ou l'acide phénique rend les infusions infécondes, en empêchant la pullulation et le développement des germes atmosphériques, est devenu le principe fondamental de la théorie physiologique de l'antiseplicité ; il m'importe de répéter que je l'avais mis en pleine lumière en 1883, et publié en 1857. Il est devenu si fécond en applications thérapeutiques, que, je l'espère, vous me pardonnerez de le rappeler.

Et, il faut bien le remarquer, l'influence de l'acide phénique, dans ces expériences, est du même ordre que celle des vapeurs d'essence de lérébenlhine, observée par M. Ghevreul, après HubPF (de Genève), pour empocher la germination des graines. Evidemment les vapeurs de cette essence ont eu quelque action analogue sur les microzymas de l'embryon des graines et c'est là ce qui les a empêchées de germer. Sans doute la graine est tuée, puisqu'elle ne germe pas, mais ses microzymas ne sont pas morts pour cela, car ces graines, broyées, délayées dans l'eau, n'en laissent pas moins apparaître des bactéries. Cependant, les faits signalés par Huber et (lar M. Ghevreul semblent donner raison à Pouchet, concernant Taction léthifère des essences. Sans doute il ne faut pas conclure, comme il a fait, des grands animaux aux infusotres ; mais enlin les graines, ou du moins certaines graines, ne germent pa^ dans une atmosphère imprégnée d'essence de téréiienlhine et, j'ajoute, de créosote ou d'acide phénique ; en généralisant, mal à propos, on pouvait inférer de là que les mêmes agents pourraient empêcher l'éclosion des œufs en général, comme ilsempêchent celle des œufs de proUjWires dont parlait Pouchet, c'est-à-dire des microzymas.

Voici l'expérience qui prouve l'impossibilité de faire de semblables généralisations.

Lorsque j'ai voulu appliquer la théorie physiOiOgique de l'antiseplicité au traitement des maladies parasitaires des vers à soie, notamment de la pébrtne, je me suis préoccupé de l'influence nuisible que la créosote pourrait exercer sur l'éclosion des œufs et sur le développement ultérieur de l'animal.

Je disais: a La créosote, qui s'oppose à l'éclosion des œufs des microzoaires comme à la germination des spores des microphytes, n'empêche nullement ces êtres adultes de vivre.

» J'ai pensé que les vapeurs de cette même créosote pourraient s'opposer au développement de la maladie appelée pébrint! sur des vers sains, non encore infectés et doués d'une rc^sistance vitale suffisante, mais ne s'opposeraient point à l'évolatiori de la maladie si le parasite avait commencé ses ravages, En conséquence, je proposais de répandre des vapeurs de créosote dans les chambrées pendant toute la durée dos éducations, afin d'empêcher la naissance du parasite sur les vers non encore infectés et sains, s

Pour cela il fallait pouvoir affirmer l'innocuité absolue do cet agent pendant toute la durée de la vie de l'animal. Or, par

des expériences qui ont duni deux mois, il a été démontré que les œufs des vers à soie peuvent éciore dans une atmosphère très chargée de vapeurs de créosote ; que toutes les phases de la vie de la chenille peuvent être parcourues, non seulement sans danger, mais avec utilité dans une semblable atmosphère ; que le ver peut y filer son cocon, y devenir chrysalide et en sortir papillon ; que les papillons peuvent vivre, s'accoupler, et les femelles pondre leurs œufs dans un tel milieu » (1) et j'ajoute que les œufs à leur tour peuvent être féconds.

Et si Ton objectait que dans cette expérience la créosote n'est pas aussi intimement en contact avec les germes que dans les solutions, je répondrais que les infusions de substances altérables se conservent lorsque, exactement filtrées, elles sont placées sous une cloche contenant seulement des vapeurs de créosote ou d'acide phénique. D'ailleurs, dans le cours de mes études il m'est arrivé maintes fois de soumettre les œufs des viTs à soie et même les chenilles à des lavages à l'eau créosotée, non seulement sans inconvénients, mais utilement.

Commentées faits aussi certains et vérifiés n'ont-ils pas frappé MM. Chiene et Cossar Ewart? Je suis convaincu que les deux savants anglais ont mal observé. Pour affirmer que les morceaux des organes examinés ne montraient aucune trace de vie bactérienne, il* fallait quelque chose de plus qu'un examen microscopique très attentif; il fallait aussi dire les changements chimiques et bistologiques survenus dans la substance des organes. Les auteurs ne paraissent pas s'en être préoccupés ; dans tous les cas, ils n'ont rien dit des granulations moléculaires que le foie contient en si grand nombrQ ! Je crois bien que leur examen a été aussi superficiel que ceux de M. Pasteur dans l'étude des altérations de la viande, du lait et du sang, parce qu'ils ont, comme ce savant, observé étant aveuglés par des hypothèses préconçues.

Je vous ai promis de m'expliquer sur les expériences de M. Pasteur : je le ferai dans la prochaine lettre et je reviens, aux insuccès de MM, Chiene et Ewart. Je note d'abord qu'ils ont vérifié le bien fondé du principe de la méthode, puisqu'ils ont reconnu que les vapeurs d'acide phénique empêchaient l'évolution des germes atmosphériques. J'admets ensuite, sans difficulté, qu'ils n'ont aperçu aucun changement

(l)A.Béchamp. S«r Vinnocuite des vapeurs de créosote dans l'éducation d$8 vers à «016. Comptes l'ondas, t, LXII, p. 1341 (1866).

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