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dans la forme et dans le nombre des granulations moléculaires des tissus et des liquides des organes sur lesquels ils ont expérimenté et je dis que cette constatation .confirme aussi le principe de la méthode. En effet, si Tacide phénique empêche la pulluiation et l'évolution des microzymas de l'air commun; on conçoit qu'il empêche de même celles des microzymas des tissus : c'est ce qui arrive et c'est ce que MM. Nencki et Giacosa ont admis avec moi ; mais comment et pourquoi? Le voici : c'est une affaire de doses et d'espèces de microzymas.
Je m'expliquerai sur la qualification d'espèce appliquée aux microzymas. En attendant, je dis qu'il faut tenir compte de la nature et de l'origine de ces microzymas. En effet, tout étant égal d'ailleurs, tous les tissus ne laissent pas apparaître les vibrioniens avec une égale facilité ; il faut même avoir égard à l'âge de l'être qui a fourni l'organe sur lequel on expérimente. Et le fait que, dans les mêmes conditions, les tissus du même être à ses différents âges (1), ne fournissent pas les bactéries aussi aisément les uns que les autres, prouve à sa manière, que les germes de l'air ne sont pour rien dans le phénomène. Mais cette question d'espèce est trop élevée et trop importante pour être traitée incidemment. Voyons donc quelle est l'influence de la dosé do^ l'antiseptique sur les microzymas d'une origine donnée.
• Je remarque d'abord ceci : Les microzymas atmosphériques sont ceux dont l'évolution bactérienne est entravée par la moindre dose d'acide phénique ou de créosote. Mais il faut, ici aussi, distinguer: le volume de l'air a été limité ou bien on a fait barboter un volume considérable de cet air dans la solution donnée, c'est-à-dire qu'il faut distinguer le cas où un petit nombre de microzymas interviennent de celui où ils sont en nombre immense. Je considère ici le cas ordinaire ; lorsque le volume de l'air est limité et ne se renouvelle pas, ou que son renouvellement est gêné, une à deux gouttes d'acide phénique par 100 centimètres cubes d'infusion empêchent l'apparition des bactéries et les réactions chimiques corrélatives. En d'autres termes, un millième à un demi-millième de cet agent rend les solutions infécondes.
Cela posé, supposons que dans des fioles bien propres (lavées à l'acide sulfurique, à la potasse, à l'eau bouillante
(i; J, Bécharap, Des microzymas et de leurs fonctions aux différents âges à'm même Hre, In Thèses de la Faculté de MoutpeUier pour 1875,
phéniquée) on fasse arriver du lait au moment de la traite, avec les plus grands soins, en le filtrant par un linge à tissu serré, préalablement lavé à la potasse caustique et à l'eau phéniquée, el que dans une série de ces fioles on ajoute, deux gouttes, 4 gouttes, 8, 10, la, 14, 16, 20 gouttes d'acide phé- . nique par 100 centimètres cubes. Les fioles étant scellées et abandonnées à la température de 20 à 25 degrés, qu'arrivera» t-il?
Dans la lettre à M. Dumas (Revue médicale^ 1 Illettré, p. 696) à propos des microzymas de la craie et du lait, je disais que la créosote, employée à dose non coagulante, n'empêche pas le lait de se cailler plus tard. L'expression « dose non coagulante » est vague, en ce sens qu'il n'y a pas une quantité déterminée d'avance qui possède cette propriété ; il faut donc s'expliquer. La créosote et l'acide phénique purs coagulent les solutions concentrées d'albumine, mais non les solutions étendues. A l'égard du lait, les doses ci-dessus spécifiées ne sont pas coagulantes, pas plus qu'à l'égard d'une solution de même concentration de blanc d'œuf; les microzymas du lai pouvaient donc continuer à vivre dans ces conditions ; ontils manifesté les phénomènes de la vie? Vous en allez juger et je répète qu'arriva-t-il ?
Il arriva d'abord que la coagulation a été d'autant plus retardée, comparativement au lait qui n'avait reçu aucune addition; que la dose d'acide phénique a été plus élevée. Elle eut lieu au bout de huit jours pour le lait à deux gouttes; incomplète et seulement après deux mois pour le lait à sçize gouttes. Au bout de cinq mois le lait à 20 gouttes n'était pas encore coagulé. Voilà pour le retard de la manifestation du phénomène chimique.
Mais qu'advlnt-il des microzymas et des globules lactés ? L'évolution bactérienne a été retardée dans le même ordre que la coagulation, si bien que dans le lait à 16 et 20 gouttes xl' acide phénique, les microzymas étaient normaux ; pourtant dans celui â 16 gouttes, la coagulation débutait, ce qui signi» fie. que celle-ci n'est pas corrélative à l'évolution bactérienne mais est une fonction des microzymas; quant aux globules lactés, ils avaient disparu même dans Je lait à 20. gouttes. Ainsi, à dose non coagulante convenable, l'acide phénique et la créosote empêchent l'apparition des bactéries.
Telle est l'explication des insuccès de MM. Cbiene et Ewart et le dernier résultat de mon recueillement. Ces savants ont
vérifié une des conséquences théoriques de la nouvelle méthode 1
Je finis cette lettre par une remarque: selon les sectateurs des germes morbifiques préexistants, Tacide phénique agit en tuant le microbe. Pour empêcher un kilogramme de lait de se cailler, il faut dix grammes d'acide phénique. Si la même dose était nécessaire pour empêcher Tapparition des bactéries dans un kilogramme d'homme, il en faudrait 600 grammes pour les empêcher de naître dans l'adulte de soixante kilogrammes. Il est claii* qu'avant de tuerie microbe on aurait tué l'homme!