SEIZIÈME LETTRE
Sommaire. — Une digression à propos du choléra de 1884. — Application des connaissances acquises. — Le microbe en virgule et les illusions de MM. Pasteur etKoch.
Depuis que la Revue médicale ïi publié les deux dernières lettres, le choléra sévit épidémiquement à Marseille, à Arles, après avoir éclaté à Toulon. C'est, je crois, depuis 1832, la sixième fois qud le fléau nous menace ainsi, et nous ne sommes pas plus avancés : on ne se demande pas pourquoi avant 1832 il n'en était pas de même. Dans deux articles, écrits avec votre esprit et avec votre cœur, que vous avez publiés sur la nouvelle épidémie, vous avez été amené à signaler le désaccord qui s'est, une fois de plus, publiquement manifesté parmi les médecins au sujet de l'origine, de la nature et de la contagiosité du choléra ; vous avez également insisté avec force sur les dissidences théoriques et pratiques des microbiatres. Un publiciste, aujourd'hui même (1), se faisant l'écho de nos disputes, s'écrie :
« A nous, Molière! Il est évident que les médecins sont à l'ordre du jour des préoccupations publiques et, par une ironie curieuse, toutes les discussions médicales semblent tourner, pour le moment, à la confusion de la médecine. Le public, ahuri, ballotté de théorie en théorie, de bacille en microbe^ de microbe en mucor, de la doctrine du lavage à celle de la propreté sèche, se demande, effaré, où est la vérité et se prend à douter profondément des petits-neveux d'Esculape ».
(i) Le Tmps, 25 juillet 1884.
N'est-ce pas affligeant? Pour uioi, je gémis d'un état de la science qui compromet à ce point la médecine et les médecins. J'ai lu attentivement les discussions de l'Académie de médecine : les opinions sont aussi divergentes là qu'ailleurs; M. Jules Guérin pense comme autrefois; M. Pauvel a gardé toutes ses convictions. Hors de TAcadémie, la microbiatrie se montre aussi envahissante qu'autrefois. Le désarroi est partout. Pourquoi en est-il ainsi ? Si ce n'est parce que la médecine scientifique est encore dominée par les préjugés, les erreurs et les ignorances dont j'ai plusieurs fois indiqué la source.
Le désarroi parmi les médecins, Tincertitude des autorités, l'affolement des populations seraient moindres si les premiers, appuyés sur des principes certains, pouvaient affirmer que le choléra est une maladie comme telle autre du cadre nosologique; qu'il ne nous atteint pas fatalement comme un poison que nous absorberions involontairement ; qu'il n'est pas, en d'autre9 termes, une maladie dont la cause, germe ou microbe, est hors de nous et que nous ne pouvons éviter; mais qu'il naît en nous et qu'il est ce que nous le faisons; que nous pouvons y par des soins particuliers, que Thygiène conseille, en prévenir les atteintes, même en temps d'épidémie. Oui, si l'on avait cette conviction, appuyée de principes expérimentaux, on garderait son sang-froid; surtout, on verrait clairement que la microbiatrie est un système dangereux, non seulement à cause de l'ignorance et de l'erreur radicale qui est à sa base et que j'ai signalée dans les trois ou quatre premières lettres, mais parce qu'elle place la cause initiale du choléra, des maladies contagieuses et infectieuses en général, où elle n'est pas.
En nous plaçant sans cesse soua là menace d'un ennemi invisible, que nous ne pouvons éviter, le système microbien inspire la peur, cette passion pénible, déprimante; énervante, qui rend moralement faible^ et qui est excitée enr nous par ce qui est menaçant; d'autant plus pénible qu!il apparaît dans le vague de l'incertain et de l'inconnu, comme un fantôme insaisissable qui nous égare en nous attirant aux abimes. La peur qu'inspire le microbe est, d'ailleurs, d'autant plus cruelle et nuisible qu'elle est raisonnée et scientifique, en apparence, patronnée qu'elle est par des savants en situation d'être écoutés.
Les précautions mêmes que prennent les microbiatres pour se garantir et qu'ils conseillent aux autres, d'accord avec
MM. Pasteur, Koch et autres, sont faites pour inspirer la peur et semer l'inquiétude ; c'est que^ encore une fois, ils placent l'origine du mal où elle n'est pas.
Pardonnez-moi cette expression de mes sentiments inquiets; c'est que, je Tavoue, je suis affligé de ce que je vois et entends et de la difficulté* qu'éprouveiit les médecins instruits à débarrasser la science de la microbiatrie, de cette [colossale erreur qui menace de discréditer la médecine et les médecins.
J'ai beau m'en détendre, au moment de revenir sur le fait considérable que j'ai essayé de mettre efa lumière dans la pré<cédente lettre, je ne peux pas ne pas me souvenir qu'il a subi ioutes les vicissitudes des découvertes destinées à changer la face de la science. Je vous en prie, ne voyez dans ces paroles aucun levain de vanité; mais pour me donner le courage de poursuivre, il faut bien que je sois convaincu qu'en luttant contre tant et de si persévérants contradicteurs j'accomplis une œuvre utile, je défends la cause de la vérité et avec elle la dignité de la médecine que vous-même défendez si bien.
C'est un phénomène bien étonnant que la persistance des préjugés, même parmi les savants, et dont leur iière raison a tant de peine à se débarrasser.
Gay*Lussac a dit un jour : « Il est bien plus facile de trou* v^r une vérité nouvelle que de reconnaître une vieille erreur.» L'illustre chimiste et grand physicien avait assurément raison ; mais il aurait pu ajouter que s'il est malaisé de reconnaître une vieille erreur, il est encore plus difficile de la déraciner* L'histoire du microzyma en est, aujourd'hui même, une preuve irrécusable. Vous l'avez vu^ j'ai mis douze ans à reconnaître la vieille erreur concernant la matière vivante par essence et par destination et le paralogisme qui est sous l'appellation de matière organique ; voilà bientôt vingt ans que les granulations moléculaires sont reconnues comme étant des microzymas et Ton refuse obstinément de recevoir cette vérité nouvelle. La théorie du microzyma a, depuis longtemps, porté la lumière dans les ténèbres de l'organisation et on ne veut pas se donner la peine de voir ou même de regarder.
Il est démontté, vérifié, contrôlé, même en dehors de la théorie du microzyma, que des vibrioniens peuvent naître à même les humeurs, les cellules, les tissus, les organes des animaux et des végétaux ; on ne veut pas le reconnaître et Ton s'obstine toujours à chercher hors de l'organisme la cause de leur apparition ; oui, des vibrioniens peuvent nattre et Qxi$^
ter naturellement, physiologiquemcnt en nous et on continue de prétendre, malgré des démonstrations trouvées incontestables, prouvant le contraire, qu'ils proviennent de germes qui ont pénétré invisiblement dans notre intérieur.
J'ai fait davantage, et j'y reviendrai tout à l'heure : j'ai démontré; oui, démontré, que les microzymâs des organismes actuels peuvent être isolés, étudiés en eux-mêmes ; que les microzymâs atmosphériques, ceux des roches et des poussières de nos rues, ceux des eaux, ne sont autre chose que les microzymâs des organismes disparus, soit sous nos yeux, soit autrefois, même durant les périodes géologiques, et que les uns et les autres peuvent devenir vibrioniens; vains efforts: malgré l'évidence, aperçue par d'autres que par moi, les préjugés ne permettent pas qu'on accepte «ces vérités. Que la microbiatric, qui est fondée sur d'épouvantables paralogismes, ne les veuille pas recevoir, je le comprends, car elles l'obligeraient à confesser qu'il n'y a pas de germes, morbides ou non, primitivement disséminés dans l'atmosphère, dans les eaux et dar.s la terre ; mais, ce qui surprend, c'est que des médecins instruits et des physiologistes ou des chimistes indépendants ne veuillent pas y voir ce qui seul peut constituer la base expérimentale, afiomatique en quelque sorte, de la physiologie et, par suite de la médecine .
Les microbes, je l'ai déjà dit, et il ne faut pas l'oublier, ne sont pas autre chose que les êtres vivants, très simples, les plus simples de structure et d'organisation, que Ton connaissait sous le nom de vibrioniens. Or les vibrioniens ne sont, à leur tour, autre chose, que le résultat de l'évolution des microzymâs, de même que les grenouilles ne sont que le résultat de l'évolution des têtards ; oui un microzyma est à un vibrion ce qu'un têtard est à une grenouille; un têtard à partir de l'embryon est une grenouille en puissance ; de même un microzyma est un vibrionien en puissance; le têtard est vivant ; l'axolotl est comme un têtard de salamandre, et un têtard fécond; de même un microzyma est vivant. J'ai ainsi fait l'histoire complète des microzymâs et j'ai montré que toute autre recherche du germe, de l'œuf d'un vibrionien était inutile; le microzyma est ce qui peut devenir vibrion, bactérie, etc., il n'y a plus à chercher ailleurs. L'histoire des vibrioniens est ainsi faite depuis longtemps. Cette vérité nouvelle on ne veut pas la voir: serait-ce que c'est trop simple? et qu'il y a plus de profit à soutenir la panspermiemorbifique?
Ce n'est pas, pourtant, que ceux qui se piquent d'aimer la science et la vérité n'aient â leur disposition quelque apophtegme qui les oblige à la prudence, celui-ci, par exemple : « L.es progrès delà sciencesonl si rapides que la vérité du jour est l'erreur du lendemain, à
Mais ils s'en servent pour excuser leur scepticisme, san» s'apercevoir qu'une vérité qui deviendrait l'erreiir du lenilLmain ne serait pas la vérité, la vérité tout court, mais unt; opinion que l'on prenait pour telle, c'est-à-dire une erreur !
J'ose affirmer que la microbie, avec toutes ses conséquences est une de ces vérités d'aujourd'hui qui sera l'erreur de demain. Je veux prouver, de plus en plus, :iu'elle est l'erreur radicnlo. Que ne puis-je convaincre tous les médecins qu'elle engage la médecine dans une voie sans issue autant que dangereuse, el pour elle, et pour les peuples. A mes yeux rien n'est déplorable comme le délire produit par la fièvre microbiste dont sont atteints, surtout en Allemagne, un trop grand nombre de médecins el la débauche' de la thérapeutique microbicide {]iti en est la suite naturelle.
Mon intention était de ne traiter des rapports de la patliogénie et de la théorie du microzyma qu'après avoir acliuvc d'établir les faits sur lesquels repose la nouvelle théorie ; mais les événements me portent à signaler immédiatement les conséquences, è ce point de vue, de l'eipérience fondamentale dont j'ai terminé l'exposition et la défense dans la dernière lettre. Je sens bien que, pour combattre efficacement la microbiatrie, il faudrait avoir doté la médecine de sou véritabli! principe en donnante la physiologie et à l'histologie une kisi; à la fois rationnelle et expérimentale. Hais, pour l'objet qui: j'ai actuellement en vue, les résultats acquis, considérés altontivement, peuvent suffire*.
Je crois avoir établi précédemment (premières lettres), que io système triomphant des germes morbifiques préexistants, — je dis triomphant, parce qu'il a pris place dans les préoccupations même des vrais médecins — ,n'est recevable ni devant la raison. ni devant la méthode expérimentale. J'ai fait voir à l'aide dv. quels paralogismes inexplicables, ayant pourpoint do départ les systèmes transformiste et protoplasmiste, M. Pasteur, l'un des grands prêtres de la doctrine, a pu croire scientifiquemi'iii démontré le système préconçu du P. Kircher, au point de le regarder comme ayant réalisé uu progrès. Il en est risulté qu'au fond la doctrine microbienne est basée sur un
préjugé, qu'elle nou« fait reculer jusqu'à la physiologie antëlavoisiérienne, laquelle croyait à Une matière organique par osgence et par destination.
C'est ainsi que M. Pasteur en est venu à soutenir que l'orgaliisme humain est quelque chose de passif et d'inerte, companililc au contenu d'un tonneau de vin, du bière ou de moût, |K)iMiiiit devenir la proie des microbes morbiliques préexistants irii:i!.'inairea.
(Jiii)i qu'il en soit, les hésitations, les contradictions, les dissïilciK < s théoriques ou pratiques qui ont éclaté entre M. Pasteur et M. Kocli, et dont les journaux ont entretenu le public, téiiKii^-iK-nt que les deux savants ne possèdent pus la démonstr,itiiiti expérimentale Se leurs doctrines; la théorie du microzyiLi.'i soutient qu'ils ne savent ce qu'ils font ou disent, et que ■t'ih 'taient obligés de s'expliquer l'un devant l'autre, comme àvu\ augures, ils ne pourraient pas se regarder sans rire. On pciii penser qu'en s' exprimant ainsi, la théorie est bien sévère; il l'iiut prouver qu'elle ne l'est pas assez. Lorsque deux savants :mssi on vue, dont l'un est médecin, se prononcent avec l'assiiniNceque l'on sait, dans une question qui intéresse la santé |iiilili<|i]e, on a le droit de leur demandi^r les preuves posiiives d('^ liiis sur lesquels ils fondent leurs affirmations. En fait, ila ti'oiii émis quu des assertions, et ces assertions sont contradicloiri's autant que le sec et l'humide le sont.
\,v nombre des maladies qui affligent notre espèce est aussi gi'itiiil qu'esL. difficile, et souvent impossible, la détermination oMuUi des causes qui les produisent. Quoi d'étonnant que l'on en soit encore à discourir sur l'origine et la nature du choirva : s'il est nécessairement d'importation asiatique ; s'il est iir sur place ; s'il y a une dilTérence essentielle entre celui i|ii[' I on appelle asiatique et c^lui que l'on qualifie de sporadii/ur. de nostras. Sur ces différentes questions, les microbistes uç^sorit pas plus avancés que les plus sagaces observateurs ni les médecins. La contagiosité même n'a reçu aucune liiinii re de la microbie; elle n'explique pas pourquoi la malalïw. [lyant éclaté, le microbe étant présent par conséquent, tout II' inonde n'est pas atteint, comme seraient altérées tout^is les lii< riis et les moûts dans lesquels arriverait de la même maniai e le microbe de leur altération, c'est-à-dire de leur maladie. i;omme s'exprime M. Pasteur. Surtout, elle n'explique pas ci; i[iie vous avez mis en lumière daus le premier des articles dojil je parlais (Revue médtca/e, 5 juillet, p. 2), savoir : pour-
quoi le choléra nostrds ou sporadique ne se montre jamais à l'état d'épidémie dans le sens médical du mot. M, Pasleur, s*il voulait donner Texplication, ne serait pas embarrassé : il imaginerait le microbe da choléra nostras. M. Koch a été bien plus fort : il a <;arrément assuré qu*il élait d'origine hindoue ! En effet, tandis que sur certains points M. Pasteur s*est tenu sur la réserve, M. Koch s'est prononcé sans ambages sur tous. Dans sa conférence de Marseille, d'après les journatpc, il a assuré que le microbe du choléra vient toujours des Indes, n^importe comment; qu'il ne vit pas hors du corps humain plus de cinq semaines ; que la sécheresse le tue ; c'est ainsi que les déjections sont rendues iiioffensives par la dessiccation ; qu'il est moitié plus petit que le microbe typhique, qu'il aurait une forme plus allongée,disposée en virgule; qu'il n*est pas animal, etc.
. On a rapporté aussi qu'à Lyon, M. Koch a manifesté son étonnement que le choléra n*ait pas encore éclaté dans cette ville, où il y a tant d'eau, c'est-à-dire des conditions si favorables à la vie du microbe qui ne peut pas vivre cinq semaines hors du corps humain. Pourtant, le savant médecin aurait assuré que le fléau ne paraîtrait pas à Lyon.
Je note seulement que MM. Pasteur et Koch ne sont pas d'accord sur un point très précis "de l'histoire de leur microbe, qui touche de très près à l'hygiène, la question de savoir si, en temps d'épidémie de choléra, il convient d'arroser ou de ne pas arroser les rues : M. Pasteur est pour l'humidC; M. Koch pour le çec.
Comme tout cela est vague ou contradictoire! Cela. n'a certainement pas la netteté des conclusions quo les vrais médecins avaient déduites de leurs observations: Au siècle dernier, longtemps avant l'invasion du choléra, nommé asiatique parmi nous, ils disaient : « Le choléra -morbus est assez commun en été, plus en automne qu'au printemps et plus au printemps qu'en hiver. Il se déclare presque toujours à la fm de l'été, vers le commencement de l'automne, et alors c'est quelquefois un mal épidémique. Il est plus fréquent et plus cru^l dans les pays chauds que dans les climats doux et tempérés... et il est endémique parmi les habitants de l'Inde (!<). »
Voilà, si je ne me trompe, l'expression même des opinions de M. Guérhi : H n'y a qu'un choléra, mais avec des degrés de gravité dépendant des circonstances et des constitutions * (1) Article Choîérormçrbus, de TËncyclopédie de Diderot.
médicales. Sans se, laisser égarer par des doctrines extramédicales, ces médecins voyaient clairement que le choléra, comme les autres maladies, se développe en nous sous les iofluences multiples et diverses que les nosologistes savaient spécifier. Ils n'auraient certes pas admis qu'un choléracrobe — ce mot que vous avez ironiquement forgé vaut bien celui rie mierobe — dont la fonction est de rendre malade du choléra, le produisit plus fréquent et plus cruel selon les saisons e1 les climats. Et il faut noter que dans la doctrine microbienne le choléra est une maladie parasitaire dont le parasite [iuUulé est le choléracrobe, de iaçon qu'il y aurait des micriiljcs saisonniers du choléra. Est-ce qu'on a jamais entendu parler de maladies vermineuses saisonnières?
Mais, j'en ai fait la remarque dans une précédente lettre; coirime dans toute opinion erronée que le public adopte, il y a dans la microbïe une parcelle de vérité qui est indépendanln de sa conception. Il y a vraiment des organismes microscopiques morbides, et ces organismes sont des microzymas ou des microzymas évolués. Il y a donc des microzymas cholériijues.
Ctilu posé, il est évident qu'il importe extrêmement d'être scientifiquement assuré que le choléra, de même que les autres maladies, naît de nous et en nous, qu'il est ce que nous le taisons et qu'il n'est pas plus fatal que telle autre maladie eonlagieuse pouvant devenir épidémique. Il faut déterminer aussi ce qu'il peut y avoir d'exact dans les observations des microbistes; il faut prouver que le prétendu microbe du choléra n'est autre chose qu'un microzyma de nous, devenu morlii[lo en nous. En étudiant ainsi les microzymas au point de vue pathogénique, j'espère pouvoir répondre au vœu de votre ilcmier article sur le choléra et exprimer expérimentalement la notion médicale du miasme.
A Marseille, M. Kocta répondait à un de ses auditeurs qui l'iiilcrrogeait, qu'il n'y avait pas de microbes dans le sang; évidemment le savant médecin no connaft pas les microzymas ni leur découverte dans le sang ; découverte conllnnée par son ciiriciloyen, M. Tiegel. Bref, M. Koch, corame.M. Pasteur, nie ijn'il y ait en nous des microzymas, c'est-à-dire quoi que ce soii possédant une vie indépendante et autonome, susceptible (le devenir vibrionien. C'est ce qui l'oblige, tout aussi bien que M. Pasteur,, à chercher hors de l'organisme le germe de ces vibrioniens. En outre si M, Kocb assure que le microbe cho-
léfiquti n'est pas aniiual, c'est qu'il le croit végétal; dans la doctrine microbienne il serait certaiiiement fort embarrassé de démontrer l'une ou l'autre de ces deux alternatives. ' Considérons attentivement l'expérience fonHamentale dont je parlais, car elle fait toucher du doi^t l'crreuroù sontMiH. Pasteur et Koch concarnani l'inertie et la passivité de l'intérieur du corps humain au point de vue pathogénique.
Cette espérienco démontre que des vibrioniens peuvent nattre à même les tissus, et des animaux et des végétaux, et queces vibrioniens sont le résultat de l'évolution des microzymas de ces tissus, c'est-à-dire de ce que les histûlogisles appelaient les granulations moléculaires. Elle prouve sans réplique quela vie n'a pas pour support un amas de matière purement cbimique, mais des appareils dont les dernières particules sont organisées et vivantes. Dans l'état physiologique de santé, ces microzymas, dans tous les centres d'organisation, sont de forme sphérique; dans l'état de maladie, qui est l'ordie physiologique troublé, dans tel ou tel centre d'organisation, la l'orme des microzymas peut se modifier, ils peuvent évoluer jusqu'âdevenif bactérie, bactéridie, en passant par certaines formes inter- . loédiaires que nous avons fait connaître, M. Ester et moi, dès le début de nos recherches communes et dont je m'occuperai dans une prochaine lettre, car ii y a dans cette étude la solution de bien des difficultés que la microbie a soulevées sans avoir le moyen de les résoudre.
Il } a donc en nous une hiérarchie nécessaire de ces microzymas comme il y a une hiérarchie d'organes et de tissus, d'humeurs et de cellules ; et cette hiérarchie est diverseniejit impressionnable.
Tout le monde, actuellement, parmi les microbistes, cherche le microbe cholérique dans les déjections, parce qu'on admet que le choléra débute toujours par quelque malaise gastrique ou intestinal. Avec M. Esior, j'ai étudié attentivement les microzymas du canal alimentaire et les circonstances ou les conditions de leur évolution bactérienne ou vibrionienne. D'où proviennent ces microzymas?
Tout le long du canal alimentaire, dès la bouche, il y a des systèmes de glandes nombreuses et de cellules diverses, épitbéliales.el autres. Le canal contient en outre, des mici-ozymas qui proviennent des glandes, delà fonte des cellules, ainsi quêtons les microzymas de nos alimenls el de nos boissons, tant d'origine animale que végétale, que la digestion y introduit. Dans
rétat hygide, tout cela concourt h rendre nos aliments absorbables et est utile. Or» normalement, dans Tétat de santé le plus parfait, on peut toujours découvrir, dans certaines réff ion s du canal alimentaire, non seulement les microzymas isolés» simples, souvent seuls^ mais les diverses formes de leur évolution jusqu'à la bact(^rie (1). C'est pour n'avoir pas fait ces études avec soin et attention que MM. Pasteur et Koch se font illusion .
Ce sont les microzymas des glandes et cellules propres du canal intestinal qui deviennent d'abord morbides. Les déjoction» des cholériques, étudiées à la lumi6re de la théorie du microzyma, en fournissent la preuve. Il y a longtemps déjà que ces déjections Ont été examinées uu microscope pour y découvrir la cause de la maladie ; qu'a-t-on observé? Lorsquo la maladie était conllrméeon trouvait dans les selles une grande quantité de cellules épithéliales de l'inlestin, soit entières, soit sous la forme de lambeaux granuleux, mêlés de leucocytes plus ou moins nombreux ; il y a aussi des nmas de microzymas provenant des glandes enllammécs et des cellules détruites ou morbideS) mais ce» amas dont on ne connaissait pas l'origino, on les regordait comme des organismim spéciaux sous In nom de tooglaea termo, On y a trouvé aussi, naturellement et nécessairement, des bactéries libres ou engagées dans une gangue hyaline du mucus intestinal {i) ; M. Koch, sans doute, a vu quelqu'une des formes évolutives des micro/ymas intestinaux et; se faisant illusion, il a admis sans preuve qu'elle était le microbe cholérique asiatiques qui ne serait pas de nature animale. Une forme semblable au microbe de M. Kodi peut se rencontrer dans les déjections les plus normales; ses affirmations, ot je finis par là, induisent les méde(^ins •on erreur ; il est clair qu'il contribue pour sa part à empêcher la vérité d'apparaître. 8elon moi, les microbistes sont des arriérés qui pretment pour la cause ce qui n'est que l'effet. Les vrais médecins étaient dans le vrai.
Mais c'est assez pour aujourd'hui.
(1) A. néehamp et A. Kiitor : FaIU pour sorvir A l'hUtoIro dos mlcrozymai et ûan h&Mrïm* TraiiHformiiliun ph^^iiiulogique doi bactérios sa mlcrotyimê et doi mioroxymaë un bacU'irlos dana le tubo digualif du mûmu lUiimal. Comptée rendu», t. LXXVl, p. 1143 (1873).
(i) Voir M. Ch. Robin ; Leçon» »urle» humeur» t p. 975.
DIX-SEPTIÊME LETTHE
Sommaire. — Le choléra et une lecture à l'Académie de médecine. — Un filt important fondamental : vibrlonleni développés à même les tissus. — Trois interprétations possibles de ce fait. — Les vibrioniens ne sont pas le Iruh de la génération spontanée : discussion. — Les vibrioniens ont-ils pour origine des germes extériourâ : discussion. — Germes d'organismes qui échappent h noire investigation.— Ce qu'il faut crier sur les toits.-* Un apophtegme.— Suum l'uUiue, — Et nunc orudiviini. •— Uu rapport à l'Académie des Hciences. — Observations de M. Trécul. — Les corps sont fermés à l'Introduction des germes extt^^rleurs : conséquences. — Comment on démontre que les microbes ne traversent pas i'enveloppn cellulaire. — Troisième interprétation.
La précédente lettre a été comme une halte commandée par les circonstances qui m'a permis de signaler à propos» pour les mettre en relief, les inrerlitudes, concernant la pause du choléra et l'utilité des quarantaines ; cette halte m'a permis de constater une t'ois de plus l'incohérence du système microbien touchant la nature, les propriétés, les formes et même l'origine du microbe incertain qui serait le parasite de la cruelle maladie. En récrivant^ je ne me doutais certes pas que les ooq« clusions en seraient sitôt confirmées. Je me félicite maintenant de ravoir écrite, car, tandis que déjà on la composait à l'imprimerie, me trouvant à Paris, j'ai eu la bonne fortune d'as* sister ô la séance de l'Académie où M. le D*" Straus, en son nom et en celui de M. Roux, communiqua les résultats de leurs observations sur le parasite imaginaire du choléra. La Revue a rendu compte de cette communication et ses lecteurs peuvent la comparer avec ma lettre. En somme, il en résulte la confirmation de la théorie que je soutiens et en outre que Ton n'a déterminé ni l'origine, ni la forme du microbe; ni le fait de la transmissibilité de la maladie par un organisme microscopique nettement et morphologiquement défini comme vibrionien : on n'est pas plus avancé qu'on ne l'était en 1865 et même en 1832.
Je reviendrai avec quelques détails sur le mémoire de MM. Straus et Roux; je note* seulement que les au<* teurs ne sont pas d'accord avec M. Koch, lequel n'est pas d'accord avec M. Pasteur, ni sur le siège, ni sur la forme du microbe prétendu parasite du choléra et qu'ils estiment qu'il n'existe pas dans 1 air. Pour moi, en y regardant de près, j'ai le droit de penser et d'afSrmer que les études histologiques de MM, Koch, Straus et Roux, dans ce qu'elles ont d'essentiel ei de contrôlable, n'ont d'explication que dans la iliéorie du
microiyma et qu'elles en procèdent. En attendant, je reprends les choses où elles en sont restées A la quinzième lettre 11 faut insister avec force sur l'etpérience fondamenlale que j'y ai ■ défendue, car elle est destinée à faire évanouir bien des Jantâmes.
Oui, des vibrionions peuvent apparaître dans les tissus, les reVules, les humeurs et les liquides des animaux et des végétaux, quoique l'on ait empfiché ou annihilé l'intervention de ce que l'on nomme tes germes de l'air. C'est là, en dehors de loute hypothèse, un grand fait désormais acquis, contirmé et contrôlé. Considéré en lui-même il est cerlainement de grande importance même dans te dël)at entre mkrobiiles, puisqu'il 1 uine par la base l'hypolhèse do leur doctrine, laquelle admet que les germes de l'air sont indispensables pour que des vibrioniens se développent dans un organisme vivant ou dans lis matériaux soustraits à cet organisme, soit pendant ta vie, M)it après la mort, Mais celte importance étant extrême quand on en poursuit les conséquences relativement à l'iiistogénie, à Ili physiologie et à la pathogénie, il faut le mettre en pleine lumière et faire voir qu'il doit âtre' tenu pour vrai même par cdut et ceux qui ont le plus grand intérêt à le nier. JMais un lait peut être interprété; évidemment le fait que des vibrioiitciis peuvent se développer à même les tissus ne peut admettre que trois interprétations :
Selon la prem>é7-e, d'accord avec Poucliet et les hétérogériisles anciens ou modernes, dans mes expériences, ces vlbrio* iijetis sont les produits du la génération spontanée.
Selon la seconde, d'accord avec M. Pasteur et les pansperniistes, ces vibrioniens, dans les mêmes expériences, ont pour origine des germes atmosphériques furtivement introduits dans inca appareils.
Salon la troisième, qui est la mienne, ces vibrioniens sont le l'i'sultat de l'évolution des microzymas normaux, constants aut;inl que nécessaires des lissus, des cellules, des humeurs et des lirjuides des organismes vivants, animaux et végétaux.
Soumettons-les à un examen attentif.
Les deux premières, il ne faut pas lo perdre de vue, ont [>i>ur point de départ une première et commune supposition, cille des protoplasmistes et des transformistes, d'après laquelle Il n'y a rien d'anatomiquement doué de structure et de vie indépendante et propre dans un organisme vivant; elles supposunt, au contraire, avec Cl. BernaM lui-même, qu'une ma->
tière non morphologiquement définie, mais seulement physico*' chimiquement, peut être réputée vivante. C'est grâce à cette supposition que M, Pasteur, obsédé par une idée fixe, a pu comparer Tintérieur du corps humain au contenu d'un vase rempli de vin, de bière ou de moût. J'ajoute, pour mémoire, que cette matière, pendant la vie, possède, selon M. Pasteur, des vertus de transformation que l'ébullition ou la mort détruisent, mais que, selon Pouchet, même après la mort du su-» jef auquel elle a appartenu, elle est douée de facultés génési^ ques en vertu desquelles elle peut, pour le moins, produire des vibrioniens ; ce qui revient à dire, selon M. Pasteur, que la, matière dont il s'agit ne peut plus subir, d'elle-^méme, aucune transformation, tandis qu'elle en est toujours susceptible selon Pouchet.
Cela posé, pour la clarté du sujet, je vous prie de me permeitre de rappeler qu'à partir de la septième lettre j'ai mis hors de doute que la matière organique (chimiquement définie) ne pouvait, d'elle-même, rien produire de vivant, d'organisé, c'est-à-dire de structuré et doué de vie, pas môme des vibriodiens. Si donc des vibrioniens se développent dans mes expé- 'riences, c'est qu'il y a plus que de la matière organique au sens chimique dans les tissus, les cellules, etc., des animaux et des végétaux. Or, pour que des bactéries et des vibrions apparaissent dans la matière simplement organique (au sens chimique), même dans un mélange qui aurait la composition de ce que Ton nomme blastèrae ou protoplasma et qui proviendrait par une tiltration soignée d'un être organisé, il faut de toute nécessité que des vibrioniens ou ce que l'on appelle leurs germes, c'e^t-à-dire des microzymas y aient été introduits, volontairement ou accidentellement. En examinant la troisième interprétation, je reviendrai sur l'hypothèse hétérogéniste pour faire voir comment elle la résout dans un sens tout opposé.
La première interprétation étant écartée comme radicalement fausse, il faut examiner celle des panspermistes . Elle est spé-^ cieuse et doit être attentivement étudiée. Indépendamment de la supposition qui lui est commune avec la première interprétation elle admet, ce qui est très vrai, qu'il y a certainement et constamment dans Tair, près de la surface de la terre, ce que l'on nomme germes d'organismes infiniment petits, mais que les panspermistes ne connaissent pas.
Oui, je dis que les panspermistes ne connaissent pas ce qu'ils.
désignent vaguement sons le nom de germes de vibrioniens ou de microbes, et je le prouve. •
Je reviens à Texpérience de la fin de la quinzième lettre, concernant la cause de la coagulation spontanée du lait.
Il y a plus de dix ans, longtemps après la lettre à Dumas sur les organismes vivants de la craie et du lait, j'ai démontré (1), contrairement aux assertions de M. Paeteur, que cette altération dépendait des microzymas propres du lait, qui le coagulent, tandis qu'ils évoluent pour devenir bactéries. Or, six ans après, un élève de M. Pasteur, sans contredire cette démonstration et la confirmant à certains égards, mais sans en dire un mot, a cherché à soutenir l'opinion de son mattre, que la coagulation du lait n'est jamais spontanée, mais toujours déterminée par les germes de l'air. Ces germes, ce disciple les connaît-il ? Il dit simplement que ce sont des germes d'orgarnîmes qui échappent à ywtre investigation (2).
Évidemment Fauteur, pas plus que son mattre, ne connaît ces germes. Et c'est appuyé sur des connaissances aussi vagues que l'on prétend réformer la médecine!
Doric en 1879, aujourd'hui même, comme le disait déjà en 1875 un éminent membre de l'Académie des sciences, M. Trécul, on a suppose a priori que tout ce dont on ne connatt pas l'origine provient de ces germes (3) » qui échappent à notre investigation.
Voilà à l'aide de quelles données on prétend interpréter le fait important dont il s'agit.
Mais, voici plus .d'un quart de siècle, j'ai fait voir, sans qu'on ait pu le contester, que ces prétendus germes, qui échappent à notre investigation, sont des microzymas que j'ai décrits et dont j'ai fait connaître les propriétés et l'activité chimiques, en même temps que l'aptitude, dans des expériences précises, à devenir vibrioniens. J'ai fait voir que ces microzymas existent non seulement dans l'air, mais dans les eaux et dans la teire, tous capables d'évolution pour devenir bactéries. Sans doute, ces microzymas sont d'une petitesse exquise; si exquise
(1) Sur les microzymas normaux du lait comme cause de la coagulation spontanée du latt et de la fermentation alcoolique y acétique et lactique de ce liquide. Comptes rendus, t. LXXVI, p. 654. 11873.)
(2) Ch. Chamberland : Thèse présentée à la Faculté des sciences de Paris, le 5 avril 1879, p. 47.
(3) Comptes rendus, t. LXXX, p. 96 : Observations verbales de M. A. Trécul, concernant la production des bactéries^ des vibrions et des amylobac" tm. (1875.)
que Ehrenberg, qui a tant étudié les infuEoires et décrit les fossiles microscopiques de la craie, ne les y a pas aperçus. Mais eniÎD ils sont visibles, on peut les compter, apprécier leur grandeur et déci-ire la manière dont ils devieiinfint vibrioniensi tout cela est publié, a été décrit avec soin, j'ose le dire, on n'a qu'à vouloir se convaincre; mais l'ien n'y fait, le préjugé est plus tiirt que la vérité. Cela est vraiment pénible autant que décourageant. Que M, Pasteur ne veuille pas convenir que des bactéries peuvent se développer â même les tissus, cela est assez humain pour ne point surprendre; mais que son influence, malgré ses erreurs physiologiques, fasse écarter par une sorte de fîn de non-recevoir ou nier ce fait par d'autres savants et par des médecins, voilà ce qui serait inexplicable sans les préjugés dont j'ai parlé touchant la matière organique par essence et non morphologiquement définie.
Il faut donc persévérer et crier jusque sur les toits à ceux qui sont abusée par les préjugés ou par les affirmations de M. Pasteur, que celui-ci s'obstine à leur faire mettre la lumière sous le boisseau et à faire faire fausse route à la médecine scientifique .
Dans une circonstance dont je vous parlerai tout à l'heure, M. Pasteur, s'appropriant les paroles d'autrui, a dit que a le plus grand dérèglement de l'esprit est de croire les choses parce que l'on veut qu'elles soient {!). » Or, ce bel apophtegme, il l'a pris, l'année suivante, pour épigraphe de son ouvrage sur ta bière et sur les maladies du moût, du vin et delà bière, où il m'a si malmené en compagnie de Butlon, de Turpin et de MM. Fremy et Trécul, me présentant à ses lecteurs comme un sectateur de l'hétérogénie. J'y suis donc désigné comme ayant l'esprit déréglé et croyant les choses parce que je veux qu'elles soient.
Suum cuique... Je vous ai déjà souvent parlé de mes démê> lés avec M. Pasteur; je ne veux pas y revenir; mais il faut prouver que ce savant a été obligé de reconnaître lul-méme comme vérifié le principe de ma méthode de démonstration et, en outre, que les germes ne pénètrent pas dans les organes, du moins, dit-il, dans l'étal de santé. Je montrerai, de plus, qu'ayant examiné les mêmes objets que lui, conservés antiseptiquement ou à l'abri de l'air, j'y ai trouvé et on y a trouvé les vibrioniens que M. Pasteur ne savait pas ou ne voulait pas voir. Si donc je conclus que c'est M. Pasteur lui-
(1) Comptes renâm, t. LXXX, p. 91 (1875),
même qui croit les choses parce qu'il veut qu'elles soient, ce sera justice et vérité.
Pour écarter la seconde interprétation il faut rappeler que le fait découle de deux genres de preiivi's:
1" Do ce que les vibrioniens peuvent se développer dans les malit'res ou les liquides extraits d'un animal vivant, malgré la présence de la créosote, de l'acide ptiénique ou de tel autre agent réputé antiseptique analogue;
2" Du ce que les vibrioniens peuvent apparaître dans les niCmes matières naturellement mises à l'uijri de i'aîr, c'est-àdire dp ses germes, par une surlace impénétrable.
Le premier genre repose sur le principe d'eicpérience que l'acide pliénique ou la créosote stérilise, annihile ou tue les germes atmosphériques; le second, sur l'absenco même de ces germes.
Il l'st clair que' si le principe de la méthode a été vérifié par M, Pasicur, après qu'il s'en fut moqué, et s'il est appliquée!) grand, comme démontré, par les amis de ce savant, ce sera un très fort argument contre lui, qui nie le développement àos vibrioniens à même les tissus sans le concours des germes de l'air.
Or, M. Pasteur a autrefois étudié les changements qui surviuiHient dans de grandes masses du viande abandonnées à clk's-nii'ines; pour s'opposer à la putréfaction des couches superlicLcIli's. le morceau de viande était enveloppé d'un linge inibijji' (l'alcool et mis dans un vase fermé pour empocher l'évaporaliun des vapeurs d'alcool. Eh bien.' qu'est-ce que M. l'asU'ur a constaté? Ecoutez ;
a 11 n'y aura pas de putréfaction, dit-il, soit à l'intérieur /mrce fjiif les germes des vibrions sont absents ; soit à l'extérieur parce que les vapeurs d'alcool s'opposent au développement des (/ermes dt: la surface (i). n
hù travail de M. Pasteur est de 1863, postérieur de sis ans à mon Mi'inoire de IS^iT oii j'avais prouvé que l'acide pliénique ou la nV-osole, le sublimé corrosif et divers autres sels s'opposent ;iii développement des germes. M. Pasteur a employé l'alronl, un agent moins puissant, dans le même but; il a donc vi'rifû' II' principe de la méthode!
Plus tard, un élève de M. Pasteur écrira un article sur la putréfaction, reproduction du Mémoire de son maître, où il I, Comptes rendus, t. LVI,
dira : B Bien des moyens pruvent so[*posfr à la putr^ractïon des couches superficielles. Il suffit par exemple dVnvelopper la viande d'un linge imbibé d'alcool. . . (I) « .\ partir de ce moment c'est H. Pasteur qui a découvert gu'il y a 6i>ri Hi'.i moyctts de s'opposer au développemfnt des germes... Et mme wurfi-
H. l*asteur lui-même laisse volontiers entendre que la méthode antiseptique de pansement appliquée par M. Lister, découle de ses travaux, a Dans cette direction, dit-tt, do grouds progrès ont été accomplis et c'est un insigne honneur pour mes recherches qu'elles soient considérées, par les auteurs marnes de ces progrès comme la source à laquelle ils ont puisé leurs premières inspirations (â,i. ij El il reproduit avec complaisance une lettre de M. Lister, datée de ISIiofilc savant chirurgien lui donne a des nouvellesdu système antiseptique que, depuis ces neuf dernières années, il tâche d'amener à la perfection (3). » Hais M. Lister était mal renseigné et nullement an courant do la science; il faut lui pardonner; mais M. Pasteur!
Je pourrais accumuler les preuves; c'est assez; concluons donc que le principe de la méthode a été \éritié ot trouvé bon même par celui qui avait le plus d'intérêt à lu trouver mauvais et iaux; si bon enlin qu'il s'en laisse attribuer et on accepte la paternité sans vergogne.
Maison pourrait penser que le principe étant vrai, il serait possible que les résultats ne le fussent pas; c'est-è-dirc que j'acide phéniqueou l'alcool pourraient très bîon s'opposer au développement des germes de l'air et ne p:i9 permettre la naissance des vibrions dans le morceau de viande et dans les paiisemcnls par la méthode antiseptique appliquée par M. Lister. C'est très exacl. Il faudra donc prouver que, dans la viande mise à l'abri de l'inlluence des' germes dans l'expérience de M. Pasteur, aussi bien quu dans le pus des pansements listéricns il y a toujours et nécessairement dos vibrioniens. Mais le moment ■n'est pas venu de faire celte preuve. Vous et les lecteurs delà Revue ne perdrez rien pour attendre: tenez seulement pour certain que la dépionsiration a été. laite et parfaite. Cela dit, considérons le secood genre de prouve et montrons-lo dans l'éclatante lumière des confu-mations.
(1) D.udaux, Dictionnaire des sciences méilicatcs, urliclo FcrmflntaUon, p. 60*.
(2) M. Pasteur: Étudeisur ta bière, p. 41.
(3) Il)id,,p. i3.
— no -
J'ai cité, à la fin de la (rdziftme lettre, des expériences où des luctéries ont apparu au sein de tissus qui n'avaient subi d'uiiire influence quo celle do la congélation. Il s'agit des parties gelt-cs de plusieurs plantes dedivrrs genres et espaces. Apr^s le di'gcl des vibrionicns y apparurent sans qu'on ait pu supposer l'introduction préalable d'aucun germe quelconque. Oui, je dis quo le panipermisle le plus déterminé ne serait pas admis ii soutenir cette pi'métration . Eu effel, dans plusieurs expérit'jH'i's les plantes gelées sur pied, en pleine santé, c'étaient des i;rlii>i'n;aclu» et des Opuntia dont les tiges sont protégées contre hi |ii<[i(':tration des germes par un épiderme dense, quasi corné et lii^M'. Ces tiges, certainement sont mieux cuirassées contre les gcrriios que cwtains vaisseaux blindi'S contre les boulets. Certes le piinspermiste le plus entêté ne pourrait forc^tr un des germes (jui r'-hnppent à noire inve.^H;/alion à. traverser un tel tégu-
V.rs faits, qui ont une importance de premier ordre, devaient Atri' rappelés; ils sont les plus capables de réduire à néant l'uiir dfls suppositions actuelles des microbistes qui admettent si ^li.si'ment la facile pénétration des microbes jusque dans les celliilr-s. Ils n'ont d'ailleurs pas été contestés. Donc ils prouvent ni'^iiii' pour des adversaires, le développement des vibrioniens A Mirnii! les tissus.
iM. (losselrn vouait de faire son Rapport sur le Mémoire de M. Alphonse Guérin relatif aux pnmemenlx oualh (1). H. Pasleur, ({ui était membre de la Commission, et que ce Rapport IriiiiMi en défaut, avait pris la parole pour exposer, dans une lri''s liattiie et très diffuse dissertation, ses idé«s et ses excuses. KiL effet, il y avait de quoi, car M. Gosselin avait obligé M. I^isteur à voir des bactéries et des vibrions Ih où avec M. A. Guérin' il n'en avait pas vu. H. Trécul répliqua à M. i";isteur et dit : a M. Pasteur n'hésite pas à affirmer que si, M)us les pansements (ouatés) des bactéries et des vibrions se <li'vcIoppent en abondance, c'est que des germes, venus de l'alriiosphèro, se sont introduits d'une manière quelconque, iaiil;.:r(^ les précautions prises pour en éviter la présence ou pour les détruire, u Et M. Trécul insistant, ajouta ; «Comme il;iris ces circonsia lices, on peut invoquer l'înti'rvention des pfiines, malgré les précautions prises pour les éloigner ou [jijiH les tuer, je n'Insisterai pas sur ce point, mais je liens à (■;i|i|K!ar que depuis longtemps déjà j'ai annoncé quo des amy-
l| (Complet nndu), t. LXXX, p. SI {1B76).
lobacters peuvent se développer dans l'intimité des tissus végétaux, à l'intérieur de cellules bien fermées, de fibres du liber pouvant avoir des parois fort épaisses, et dans lesquelles les matières organiques sont à l'abri des germes atmosphériques tout aussi bien que dans les appareils de M, Pasteur et mieux que sous les pansements ouatés. » Et M. Trécul voulut bien ajouter ceci : a Des résultats analogut^.ont été obtenus par divers observateurs à l'intérieur de celjules animales et au milieu de masses de tissus assez considérables. Tels sont ceux qui, à diverses reprises, ont été communiqués à l'Académie p»r MM. Estor et Béchamp. Ces résultats ont été confirmés depuis {1} ».
Il est peut-être utile de dire dans quelles circonstances M. Trécul a observé le développement des amylocbaters.
Dans le temps que je faisais mes observations, l'illustre botaniste démontvait qu'en faisant macérer dans l'eau des tiges de plantes appartenant à diverses familles, it se développait dans les espaces clofl de ces tiges des organismes analogues aux bactéries et qu'il nomma amylobacters. Naturellement, en voyant apparaître ces formes nouvelles dans des cellules végétales fermées, il niait qu'elles fussent la conséquence de la pénétration de germes extérieurs venus de l'atmosphère et concluait légitimement contre M. Pasteur; mais celui-ci ne, répondit pas; il aurait été très embarrassé pour le faire; mais malheureusernent, M. Trécul avait prêté le flanc et M. Pasteur put se tirer d'affaire en le traitant de spontépariste, ainsi qu'il le fit dans son livre sur la bière, l'année suivante; en effet, le savant botaniste tout en recoiinaissant qu'il n'est pas douteux que des vibrioniens puissent naître à même les tissus clos, à l'abri des germes, se demandait si les vibrioniens développés sous le bandage ouaté, ne provenaient pas de la modification des matières albuminoïdes ou organisées sous l'influence de l'air tamisé par le coton. Quant aux bactéries, vibrions et amylobacters nés dans tes cellules et fibres closes, il croyait qu'il n'était pas douteux qu'ils puissent provenir de la modification de matières organisées liquides ou granuleuses. C'était, sans le dire, explicitement, admettre la génération spontanée des vibrioniens qu'ils fussent le résultat d'une modifiRation des matières albuminoïdes ou de la substance proloplasmique des cellules et des fibres.
Quoi qu'il en soit, le fait du développement des vibrioniens (1) Ibid. p, 9S.
dqris des Lissus qui sont naturellement i l'abri des germa i l'ti^ Inrgeinpnt conliroK^e, el In ({ucstioii esl, tnaïnlennnl, des vnir si M. l'asleur peut f-lre admis k soutenir que, dcias metl cxi^-rionres et dans celles de M, Tréoul, des germes uni pal traverser les li^gumeiils qui protègent les organes o£i des vï-l brioiiions ont apparu. Nous verrons (|ue cette impùiélrabilité, | sur laquelle j'ai d'ailleurs insisté dins mon Mémoire, peut i Mre directement prouvét'; voyons d'abord si par hasard M. Pai- I teur ne l'aurait pas rationnellement et ex pi ici lem eut admise. I
Dé-ih en 1K03, ce savant a soutenu que « \e. corps des soi- I niutix est fermé, dans les cdh ordinaires, fi l'inlroduction dn | fîcrmes des i^lres inférieurs i> (t).
Ijoiigtemps après, en 1870, il a reproduit cette mani&re del voir dans les termes suivants: « On doit admettre disait-il, qtl^l dans lYtat de santô, le corps des animaux est fermr^ ô l'inUO-V diiction des permes extérieurs " (2).
11 est vrai qu'après avoir, sans preuves, soulenu qu'on iloUË admettre la icrmeluro, M. l'asleur s'est enfin aperçu qu'une! d('-nionG(ration directe du fuit élaît në'cessain>, ft il a cru la f fournir par pon expérience sur le sang, qui no le prouvo pttl et prouve tout autre cliosf,
M. Pasteur a aussi soulenu qu'un gros morcf^ii de viandb pouvait bien se pulrélier ô la surface, grûce aux germet f l'air, mais que ces germes, développés ou non, ne pénélM pns immiMiatement dans la profondeur de la masse, mais i Unnant peu il peu (S).
M. Pasteur, enfin, a parfiiilement admis que les pansemAnl^ ouatés mcltiMit les plaies à l'abri des germes de l'air (i).
Le savant microbiste ne peut donc pas être admis à t tenir que, dans mes expériences, ruelles qu'elles Eoieiit, lu
(1) Compt's rendus, l- LVL [i. 11811.
(i) Étudei sur lit biire, p. iQ. Ici il Taul luut de «ulle signaler ua f togismu. Hii illiuint que, dans los cas urjliialrci, dan* l'c-lnl de laati, corpn Bont termes nui germci c,itËr)ntii'«, M. pMiniii a, luI-nièinL', d'aï condamna snn sfBtéma, Car, Olou mdrci noire Ëtat ordinaire éiant l'âtat d ranli, nom ne dnrrlmti Jninala devenir malades, puis[|ue dam cet ii«t 11 germci iJca microbrs morbinqurH ou rca miorotjrs ne |ieuv<'iiL pua t'Mn^M diilrn dîna nos corps.
(3) Complet nnlui, t. LVI. p. 1180.
(4) S» no saii tralmeni pu pourquoi on a écrit que île colon, d'tprèi J qiielqnos-unea dci belles eipériences de M. l'aslenr, a la proprlÊl* d(fl retenir dnni son èfoUseiir les fcrinenls que contient rulmosplii're I iLe ectonl dans le but de soustraire lea matières organiques & l'inniienec de> gsri Il d'abord é\û employé par dein Allemands, MM Sc!iro;dy el.Ouieht
vibrionîens apparas sont le rés^filtat de l'introduclion de germes extérieurs, de ceux qui soDt visibles ou q^i échappent à notiv invcstigalion. Mais j'ai été plus exigeant que M. Pasteur et j>' Q*ai cru ni à ses raisounements ni à ses expériences. J'ai voulu me démonlrer à moi-même, par une expérience vrainn'iit directe, que la membrane cellulaire est une barrière suHisatile pour s'opposer au passage des germes. Voici celte espérieiico déjà fort ancienne.
Un jaune d'œuf est une immense cellule dont la membrane vitelllne constitue l'enveloppe. Soit un jaune d'œuf isolé et plongé dans l'eau ordinaire, au contact illimité de l'air, bientùt le liquide ambiant, devenu trouble, fourmille de vibrionieits it Onit par être félide. Le jaune se gonlle, parce que te liquide ambiant y pénètre par endosmose ; mais ta meralirane vitelliuL' distendue, et par couséquent amincie, ne se rompt pas. Les choses étant dans cet état, le jaune est lavé par un courant d'eau pure jusqu'à ce que tous les vibrioniens soient enlevés. Si alors on rompt la membrane pour examiner le contenu, nu conslate ai&ément qu'il n'y a aucune trace de bactéries ou de vibrions et que les microzymas propres du jaune sont fesiés inaltérés dans leur forme et dans leurs propriétés. Cependant ici tout &e réunissait pour l'entrée des vibrioniens extérieurs; la minceur de l'enveloppe protectrice et le courant d'endosmose qui avait introduit du liquide extérieur dans la cavité de ht cellule. Tellt! est. mon expérience vraiment directe,
Donc, puisqu'une mince membrane cellulaire, encore aminrii', constitue vraiment un obstacle À Tinlroduction des germes, il en résulte que les téguments de mes cactus sont, a fortiori impénétrables à ces germes.
Donc la seconde interprétation n'est pas plus admissible <]uo la première.
Il me reste à examiner la troisième.
DIX-HUriIÊME LETTRE
- L6K vlbrioaiens qui se dëveloppeal i méiueles Uiiua. — Une croyance qui subliste encore au sujet de ce qui réiUte à la mort. — HalsonDements à l'intention dei esprit» sincères. — En quoi rétide la plénîlude de* attributs de la vie. — L'histoire naturelle des mlcrozyma». — Les libriouiensn'apparaissentpascomme le Dmtiej: machina. — Faita acatomopithologiques qui ont conduit h le prouver. — Phase» de révolution tiictérienDe des microzymas. — Conclusions conrormeit aux Talts. — Poarqlioi ces coDClnsloQS sont repousséea par les mlcrablst«a. — Excuse de Davaine et de H. Pastaur. — Les germes des bscléries selon M. Pasteur d'après H. Joly. — Tne observation mal faite de H. Pasteor qui prouve r6volutU)n des microzymas.
Je reprends les choses où je les ai laissées et je dis : puis- <iue dans mes expériences les vibrioniéna ne sont les produits ni delà génération spontanée, qui n'est pas; ni du développement de gerraetj dont l'influence a été aunihilée ou qui n'ont pu intervenir, n'est- il pas vrai que cela prouve invincil'Ii'iQcnit que, dans h matière soustraite à l'animal vivant (le lait, par exemple), ou à l'animal venant d'être sacrllié (muscles, foie, reins, pancréas, etc.), il y a quelque chosL! de plus i|Lie de la matière au sens chimique? Et puisqu'il, est certain [ue ces vibrioniens se développent dans la même matière et dans les mêmes circonstances expérimentales, même longtemps upi'ès le trépas du sujet auquel elle a appartenu, cela ne signifie-t'il pas que ce quelque chose est capable de résister à la mort? Oui, sans doute ; mais on répond, avec raison, que lus bétérogénîstes l'admettaient sans peine sous la dénominalion de faculté genésique, de force végétative ou productrice. C'est parce que cette croyance subsiste encore dans certains esprits sincères qu'il faut insister pour dissiper leurs illusions. C'est à leur intention que je vais refaire les raisonnements qui iti'ont conduit' à découvrir que ce qui résiste à la mort dans la luatière organisée, ce sont les microzymas.
Je remarque d'abord que les vibrioniens sont certainement, lie l'avis de tout le monde, vivants dans la structure et l'orjjanisation la plus simple que l'on connaisse. Or, tout ce qui est organisé, structuré, vivant, provient de ce qui l'est pareillement, En fait, nous n'avons, naturellement, l'idée de vie [uanifestée que corrélativement à l'idée d'organisiition, de structure et de forme; cela est si vrai, et je l'ai t'ait plusieurs luis ressortir, que, même les savants qui admettent une matière non morphologiquement définie et pourtant vivante, ne conçoivent la plénitude des attributs de la vie que dam ce qui
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est doué de structure et de forme. S'il y a là une loi générale, il faut donc que, dans la matière de mes expériences, les vibrioniens procèdent de ce qui est resté vivant, organisé, structuré et actuellement défini morphologiquement dans h plus grande simplicité.
Telles sont les pensées qui m'agitaient lorsque je faisais ot discutais l'expérience fondamentale, répétée avec M- Estor, qui m'avait prouvé que les vibrioniens peuvent se développer à même les tissus, sans l'intervention des germes atmosphériques. Les dernières expériences de Pouchet et de M. Victor Meunier sont rigoureusement exactes; mais, medisais-Je, elles ne sont pas expliquées ; mais ce n'est pas une faculté génésique insaisissable qui incite la matière morte à se transformer en vibrioniens; il doit exister dans la matière des êtres virants quelque chose d'organisé, de structuré, de vivant, de très simple de forme, de résistant à la mort et c'est cela qui devient vîbrionien .
J'ai assez dit, pour n'avoir plus besoin d'insister, commeni j'ai été amené à regarder les granulations moléculaires des végétaux et des animaux comme étant du même ordre que \es granulations moléculaires des fermentations, et cetles-ci comme étant du même ordre que les raicrozymas almosf)hérIques et * ceux de la craie. Si l'on veut bien se reporter à cette histoircj on admettra aisément que les microïymas n'ont pas été imaginés ou inventés pour soutenir un système, mais qu'ils oui été découverts à ia suite d'observations ionguement et patiemment poursuivies. Mais pour comprendre que la troisième interprétation est seule admissible, du fait du développement des vibrioniens à même les tissus, il faut mieux connaître les microzymas et expliquer pourquoi et comment on ne veut pas les reconnaître comme organismes particuliers et vivants.
L'histoire naturelle des raicrozymas est à peu près complÈt(v ment faite. On en trouvera les détails dans le livre" dont j'ai parlé (1). Ce que je vais en dire suffira pour atteindre le but que je me suis proposé dans ces lettres.
Les raicrozymas sont d'une petitesse exquise, que l'expression de granulation moléculaire indique parfaitement. Cependant, pour petits qu'ils soient, leur grandeur, bien que de l'ordre des des dernières grandeurs observables au microscope, n'eit pas infiniment petite. Rien de plus inexact que l'expression d'or-
(1] ■ Les microzymas daDi leurs rapporli avec l'hétérogénie, l'IiUlogéulâ, l.i phyaiolagle et la pathologie. •> J.-fi. Ballière et^Qlï.
-na -
ganismes infiniment petits appliguûc, non seulement aux vibrioii'n-ns. mai» aux microzymas. Ils ne 8<.>nt pas inllniment pelils, jiuiM|u'il n'eu faut pas un nombre infini pour faire une masse liiiii'. En clfet, quand on possède un \>on oLiJectif à immersion, siiltj.-.umment pénétrant, comme sont ceux de Nactiel, on peut niii.skiliîr, sans erreur grossière, que leur forme apparente est cclli' (l'une sptière; on en peut même mesurer dont le diamètre, ,s:iiis i;rave erreur, est d'un demi-milLiùme de millimètre (0""",OOOK) de diamètre et dunt le volume, par conséquent, est di- H SOOOOOOOOQOtCil*.
Hil.iis, comme nous ne pouvons pas plus nous flf^urer un vijlij:[ie si petit que la grandeur de celui du soleil, on peut c;ili'ulcr que, de ces sphères, il faudrait plus de IS milliards i^Kl jnilliODS, en nombre rond 15 milliards, pour occuper le vuluiue de 1 millimètre cube! Et il y en a de moindre dliiK iisiou : dans la Jlacherie des vers à suie, nous avons pluùii'uv-. fois noté, MM. Baltus, J. Béchamp et moi, de ces microzytiiuj sphériques qui déliaient toute mesure, mais, enfin, purfiiilement visibles.
Va ce que je viens de dire s'applique autant aux microiymas de l'nir, de la craie, des eaux ut de la terre qu'à ceux dos M'^i-lirix et des animaux. Il y ea a, dans tous ces milieux, de i!i\< i-,i'3 grandeurs, depuis environ trois njillièmes de millimètre (II' liiutnètro, jusqu'à ceux qui ont moins d'un demi-millième dr millimètre.
l'dur nous en tenir aux microzymas animaux, les seuls qui jiiiiis ijilére.ssent en es moment, il faut remarquer que leur ^'r[Liideur n'est pas la même dans tous les tissus; ceux du vilillus de l'œuf de poule, ceux du foie, sont parmi les plus ^[os ou les moyens; ceux du pancréas, de la librine avec eeii\ de la matière nerveuse sont parmi les plus petits.
l'A les microzymas d'une origine quelconque sont animés d'un mouvement de trépidation que l'on a appelé brownien et r(HM|iaré à celui qu'allecle toute matière solide dans l'état il'''\irCme division que l'on observe, au microscope, en suspensiiiii dans l'eau. Ce mouvement leur est propre quoique non (';ii:ii'iéristique. On a dit, pour égarer ceux qui ne remontent p.is ;tu)t sourcesj que c'est cette sorte, de mobilité qui m'avait |iiiiL,' a regarder les granulations moléculaires comme vivantes. .^|||| ; mais j'avais conclu k leur organisation et à leur vitalité jiliirs avoir constaté leur activité chimique de ferments. Voilà la vérité que l'on voulait celer. Je reviendrai sur l'activité chi-
mtque des microzymas des animaux et des végétaux. : jr constate seulement, tout de suite, que, bien que morphologiquement identiques, et souvent de même dimension, leur fonction n'est pas la même dans les différents organes ou tissus; ce qui nous fera comprendre qu'il y a une infinité d'espèces de microzymas, quant à la fonction chimique.
Mais ce n'est pas seulement de la fonction chimique que j'ai conclu à la vitalité et à l'organisation des microzymas, c'nai aussi de l'aptitude à devenir bactéries. Pour mettre ce Tait en évidence, je reviens à l'expérience sur le foie, dont il a été question dans la treizième lettre, car elle a été très instructive. Dans l'exposition de l'expéricace fondamentale, comme dans celle-ci, je me suis borné à citer l'apparition des back-ries ordinaires sans expliquer l<iur formation ou leur n:iissance. Mais il y a à tenir compte des particularités qui s'observent pendant le développement de ces bactéries. C'est de ces particularités qu'il faut que je vous entretienne avant tout, car elles sont extrêmement importantes dans l'histoire des microzymas et même des doctrines microbiennes actuelles, qui en sont ta confirmation à contre-sens', ainsi que je le montrerai.
Pour comprendre ce que je vais dire, il ne faut pas s'imaginer que les bactéries apparaissent tout d'une pièce, comme le Deiis ex machina, ni j^u'une bactérie procède nécessairement d'une autre bactérie par une division excessivement rapide, comme le supposait Davaine. Voici comment j'ai été mis sur la voie pour découvrir la manière dont un microzyma évolue pour devenir bactérie.
En 1867, j'étudiais l'une des maladies des vers à soie appelée la flacheric (i); je la considérais comme parasitaire, et les microzymas nombreux que je notais à la surface dos vers et dans les tissus, je les regardais comme en étant les parusitcS'Je ne résiste pas à la tentation de reproduire in extenso la première manifestation de ma pensée au sujet des microzymas morbides. 1 lorsque, disais-je, on eiamineferlaiiis vers, ou en trouve aouvenl r|ui sont rurcis de corpuscules (vibrants); mats à leur surface et dans les Iii)iiide9 qui baignent leurs tissus, on remarque en mâme tempi une Toule de tnolécules mobiles que l'on ne voit pas sur ou dans d'autres vers, H que l'on ne rencontre jamais dans les vers sains, k moins que ec ne soit clans l'intestin. Ces molécules mobiles ressemlilent d'une ffl{on ètonnniiln aun molécules semblables qui existent dans la craie, que j'ai nommées mtci-osyma cretœ, et que Jedisaia plus répandue» que l'on ne croyait. — Il |hhiL arriver que des vers reités peiiU (la llaclierie a tous les iges) w ["iiii'nt
(1) Comptes rmdui, l. LXIV, pages 1044 et 1185 [186!).
l>oii]lilr' corpuscules ribrtnU A leur surface et n'en coniienoenl p<ilat;niai« iIh [iriiveitt être couverts d'une foule ilc ce» moKciiIas uiutiiles cl eu cuuieuii <l.'^ iiiyrildeB (Jins leur IntËrieur). Ces moltculus aonl Évidemmeni or^'i ILITCH, car on les voit quelijueloli accoupléet lUux à deux. Elles sont ni |i'-iil<'-, rju'U faul pour les voir iUnLinclcmeul, lu grossi nse mont obj.Toc. 2, lie .\>ir|jf:i. — La constance de leur rcnconLn^ sur ir-s mémoi vsrlélâs da vers niiit.iili . m'engagea i signaler ce Tall et b donner un nom & ces molécules : Un ri^:i/'nii bombycit (Ij. 1 l'Ius taril j'ajuululs: o On les trouve en aboniliiiii' i seulement sur le ver, dam le c«nal Intestinal, mais Jusque dans
II .|iir.> de rinlestla. ijous luur Intluence, le ver digère mal, le couteau
<lii ■■ iK.ii illgesllf devient rortemcnt alcalin.. . Ces molécules sont tanlAl Im>- !/!'■, I iiiiiH comme arliculées et distinctes d'sulrcs rormes mobiles que l'ont ri'i>r<ii>rr'r< souvent dans les vers sains |îj. p
l'.iiiin l'année suivante ayant continué ces recliei-ches, je
<'<jiiM:aQis ce qui suit:
« liil^pendamment de leur nombre prodigieui, on remarque aisément ijiii' l< ' Krsnulatioas molËculsires morbides, ou microtytna bombycit, sont (iri i|<i' LDUjours accouplées deui à deu(. On tes voit se mouvoir, ainsi u.'siii II ' ^, et. tournofer sur elles-mêmes avec une gronde vélocité. En etainiii.iNi plus attentivement la préparation, on peut même voir de ces mii'i'i>/iiii 1^ associés par chapelets de trois à cinq et même dsvantage. Enfin, il iirii^' souvent que l'on distingue nettement de ces mlcroz^mes qui seml>|r']M ' illonger en forme de très petites bactéries (3). c
Oh ribservatioiis analotnc-pathologiques me firent beaucoup n'Hi^i hir; naturellement, j'en comparais les résultats avec ceux d'iiiiUvs observations antérieures sur les niicrozymas atmoslilii'iKjues, de la craie, des fermentations et de l'urine; je j'us
III ^ h:ippé de l'apparition constante des métnes formes que Je vi'iKLi^de désigner comme étant des microzymas accouplés, etc. N<iits V i>ortflmes toute notre attention, M. Estor et moi, dans rr\|n'Tionce sur les microzymas du t'oie et sur l'origine iJes li;ii;l<''rieB, Et nous avons enlin dévoilé le mystère, et mis hors (11' iliiule que les microzymas des organismes supérieurs sont viviiifls, puisque, doués de l'activité ctiimique des t'ernients, ils |irini(it, en outre, par évolution devenir bactéiies. Je cite liïLln. IlemRnl l'énoncé général du fait:
<■ \y.i[\a les cellules de tous les l'oies normaux examinés O'Iii' IIS, lapins, souris, oiseaux, etc.) il existe un nombre infini ilr (iiii-i'ozymas; au moment de la mort, ces microzymas sont
I, l.»c. cit. p. 1044.
i:<i l.uc. cit. p. Itëb.
1,'A, V.ompUt rendus, t. LXVI, p. 1163. Je faisais observer dans ma nouvi'lii rummunlcatlon la nécessité de se servir de très forts grossissements Il i|>ii' les microscopes conseillés par M, Tastcur uui sériciculteurs sont iii' iiilliMiiitsitour éluilter les laicror.ytaae, et par suite la llaclierie.
tous indépendants; quelque temps après, plus ou moins, suivant des conditions qui seront spécifiées tout à Tiieure, ces microzymas paraissent associés sous forme de chapelet; plus tard les granulations s'allongent de manière à présenter un grand et un petit diamètre; bientôt ces caractères s'accentuent encore davantage; on a affaire à de véritables bactéries typiques. Dans certains liquides on trouve, à côté l'une de Tauti^e, ces diverses formes. » (1).
Le mémoire mériterait d'être transcrit en entier, tant il est instructif; je me contente de le résumer et de montrer combien est importante la nature des milieux dans lesquels le foie est placé, ainsi que l'âge de l'individu qui a fourni la glande.
I. Un foie de fœtus à terme est abandonné à l'air libre, dans une capsule pleine d'eau ordinaire qu'on reaouvelle de temps en temps. Pendant douze jours il se conserve sans la moindrf^ odeur de putréfaction; alors cette odeur se développe et va en augmentant. Le aeizième jour il est incisé et examiné; on rencontre les microzymas libres et normaux, il n'y a pas une bactérie.
Aucune précaution n*est prise contre les germes de l'eau et de l'air et ces germes sont sans influence; les microzymas du foie de fœtus n'ont pas évolué et pourtant le foie entre en putréfaction.
II. Delà pulpe de foie de lapin a pu être abandonnée à Tair libre pendant quarante heures et on trouva les microzymas normaux : pas une bactérie.
III. Des cellules isolées de foie de lapin en digestion sont abandonnées dans l'eau distillée créosotée, au contact de Tair. Le treizième jour après, l'examen microscopique montre des débris de cellules, des microzymas libres ou en chapelets^ mais pas une bactérie.
IV. Un fragment entier de foie de lapin, à jeun, est placé dans l'eau distillée créosotée : les bactéries commencent à apparaître cinq ou six jours après.
y. Un foie entier d'une souris étranglée, la nuit précédente, dans une souricière est introduit dans l'eau distillée créosotée. Déjà quarante-huit heures après on trouve des microzymas associés en chapelet; d'autres présentent un grand et petit diamètre, qui progressent à la manièri) des bactéries; il y a aussi des bactéries véritables; mais beaucoup de microzymas sont associés par groupes de deux ou trois.
Si au lieu de mettre le foie dans l'eau ordinaire, distillée et créosotée, on le place dans l'eau surrée, l'évolulion en général est plus rapide, mais on constate les mêmes faits.
Enfin, si l'on remplace l'eau sucrée par de l'empois, mémo créosote, l'évolution bactérienne est encore plus rapide, si bien
(1) Comptes rendus, t. LXVI. p. 860. •
qu'nlor» il est fort diffieîle de saisir les phases iiitcrinédiaires de, l'i^volulioii. Il arrive même que, dans l'cmpoîs, les baciéùcs sont plus volumineuses. El ce fuit est général; avec pre.si|uu U)U3 les tUsus, humeurs et liquides de l'organisme on peuL constater les mômes phénomË^iios ; mais comme je te ferai remarquer prochaine mcul, il faut aussi tenir compte de l'âge des sujets et des espèces ainsi que des organes.
Ailles cela il me parait bonde reproduire en entier le texte du nos conclusions; les voici :
« i" 11 existe dans toutes les cellules animales que nous avons examinées des granulations normales, consiaiites, nécessain:.s. analogues à ce que H. Bécliamp a nomiaé microsyma.
» "-l" A l'état physiologique, eus microzymas conservent Ja Ibriiitt apparente d'une sphère.
Il ;i" En dehors de l'économie, sans l'intervention d'aucun ),'(;rmo étranger, les microzynias perdent leur forme normale; ils commencent par s'associer en chapelet, ce dont on a fait un genre à part sous lu nom de torula ; plus tard ils s'allongent de manière à représenter des bactéries isolées ou a 9 suc i lies.
u 4" Ces f^its ont une importance considérable en pathologie : ils doivent fairt admettre que dans les cas où des bacti'riiis ont été notées dans le saog, il ne s'agit pas d'un fait <lu parasitisme ordinaire, mais bien du développement anormal d'organismes constants et normaux. Les bactéries, loin d'être causal ie la maladie, en sont d'abord, au contraire, l'elîrt.) » (i).
Vous le voyez, dès 1968, j'abandonnais complètement, ainsi qui; M. Ester, l'opinion que les maladies à bactéries fussent parasitaires. Mais nous reviendrons là-dessus. Tenons-nous-en tncori! h la constatation dos faits.
L:i troisième interprétation, que je proclamais seule admissibli', a donc été trouvée vraie. Il faut qu'il ne subsiste aucun douti' il ce sujet. Pour cela je vous prie de remarquer le fait si iuiitlendu d'un foie entier de fœtus, dans lequel, malgré la possibilité pour les germes de pénétrer par les vaisseaux sectionni's de la glande, les bactéries n'apparurent pas plus que dans le jaune d'œuf entier placé dans un milieu où fourmillaient les vibrioniens. Il y a ainsi des circonstances et des milieux où, malgré la présence de l'air, les bactéries n'apparaissent point et où les microïymas ne se moditient pas dans leur forme ! Mais (1) Coiapt» fvncluf, t. LXVI jl. seii.
il y en a d'autres où les milieux favorisent, au contraire, l'évolution bactérienne des microzymas en modifiant, en riiême temps, les phases de l'évolution et l'apparence du la forme du vibrionien. Je reviendrai sur ces particularités qui ont une importance considérable dans l'histoire naturelle des vibrioniens au point de vue pathologique.
L'année môme ofi nous faisions connaître ces faits, Davainè publiait des Recherches physiologiques et pathologiques sur les Bactéries (1) qui débutent comme ceci ; « Les êtres vivants offrent dans leur organisme des milieux variés, qui pourraient être envahis par les vibrioniens s'il n'étaient préservés car un épiderme protecteur ou par d'sutres moyens.
ïï On conçoit qu'une espèce de ces petits êtres introduits artificiellement dans l'un de ces milieux vivants, et qui s'y propagerait, serait accessible à nos investigations. Ainsi l'on pourrait étudier, soit les modifications qu'ils éprouveraient par leur transport d'un milieu dans un autre, soit celles que leur feraient subir divers agents avec lesquels ils seraient mis en rapport. C'est au moins ce qu'il est permis d'inférer de l'observation des bactéridics charbonneuses, qui, à l'exclusion de toute autre espèce, se multiplient dans le sang des mammifères herbivores lorsque leurs germes ont été déposés dans ce liquide. »
Ce passage contient, en peu de lignes, tout le système que je C4>mbats : la notion de l'impénélrabilité, la multiplication du germe, l'intérieur du corps considéré comme terrain de culture où le microbe peut subir des modifications, etc. Que Davaine ait pensé ainsi, rien de plus naturel, étant donnés les préjugés qui étaient reçus comme des vérités par les savants.
Hais depuis 1868 il était démontré que les granulations moléculaires des organismes vivants sont douées d'activité chimique comme celles de l'air, de la craie et des fermentations; il était prouvé que ces granulations sont des microzymas, c'està-dire des êtres vivants morphologiquement définis qui, par évolution, peuvent devenir vibrioniens les uns et les autres.
Je suis, je l'avoue, dé plus en plus surpris que les conséquences de mes recherches sur les microzymas soient si obstinément tenues pour non avenues, non pas seulement par M. Pasteur, ce qui est très naturel, mais par des histologistes, des physiolfjgistes et des médecins qui, mai^é ses erreurs répétées, croient ce savant sur parole.
Polir l'excuse de Davaine j'ai invoqué les préjugésde l'École,
(1) Complet rendus, t. LXIV, p. 499. '
je les invoque aussi pour l'excuse de H. PasU'ur; mais pour celui-ci, il y a quelque chose de plus, car il s'est donné pour avoir victorieusement combattu la |<ënération spontanée; car il a connu les faits que je viens do faire connaître et je suis certain qu'il les a lui-même vérifiés et, dans tous les cas, qu'il ne les a pas contestés. Je le dis hardiment, M. Pasteur maintient obstinément son système pour ne pas faire aveu d'ignorance et pour ne pas reconnaître que ses hypothèses n'ont pas été vérifiées.
L'aveu que M. Pasteur ne veut pas faire, c'est que les roicrozymas sont ces germes de vibrioniens qu'il n'a pas distingués; ce qu'il ne veut pas reconnaître, c'est qu'il a méconnu la présence des vibrioniens dans l'intérieur des masses de vian(4es qu'il avait protégées contre l'envaliissemeiit des germes extérieurs.
J'ai déjà dit que l'on avait vainement cherché les œufs des vibrioniens, c'est-à-dire des inf'usoires» non ciliés. La vanité de cette recherche, il importail beaucoup aux spontéparistes de la constater. Voilà pourquoi M. N. Joly y insistait tant et disait que Rudolph Wagner et Rudolph Leuckhart affirmaient qu'ils n'existaient pas et qu'Ehremberg ne les avait jamais vus. Lui-môme, ainsi que MM. Pouchet et Musset, n'avaient pas été plus heureux quand ils ont cherché ces œufs d'infusoires non ciliés, au milieu des millions de milliards d'individus de vibrioniens qui avaient passé sous leurs yeux; enfin, il prenait M. Pasteur lui-même à témoin, car ce chimiste avait été forcé d'avouer que « le Bacteriumj <jui apparaît le premier Hans toutes les infusions, est si petit qu'on ne saurait distinguer son germe, et encore moins assigner la présence de ce germe, s'il était connU; parmi les corpuscules organisés des poussières en suspension dans rair(l))). C'est précisément ce que répétait M. Chamberland en 1879, quand il soutenait encore que ces germes échappent à notre investigation.
Après cela on comprend que ceux qui nient l'existence des œufs des vibrioniens, aussi bien que ceux qui les ont déclarés invisibles, ne doivent pas facilement admettre la découverte de la forme définie, vivante, qui peut devenir vibrionien. Certainement, il en coûte à M. Pasteur d'avouer qu'il a méconnu l'être qui devient Bacterium I .
Le premier Bacterium qui apparaît est si petit, d'après M. Pasteur, qu'on ne saurait distinguer son germe!! En effet
(1) Voir Ui Microzymas, p. 200.
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il y a le même rapport entre le Bactêrium 'termo et un microzyma qu'entre un éléphant et une souris; on conçoit très bien que celui qui est organisé pour voir les choses grosses comme Ténorme pachyderme n'aperçoive pas la souris. C'est ce qui est arrivé à M. Pasteur. S'il avait été moins pénétré de ses préjugés, il aurait vu, dans les morceaux de viande de ses expériences sur la putréfaction, toules les formes organisées^ résultats de l'évolution des microzymas de cette viande, que M. J. Bécbamp y a observées; je rapporte textuellement Tcxpérience de celui-ci; la voici :
« On prend 3 kilogrammes de viande de cheval très fraîche, en un seul morceau. On la plonge pendant dix minutes dans Veau bouillante pour la coaguler à la surface. La masse totale est placée le 8 juin 1879 dans un cristallisoir que Ton ferme avec un linge à tissu serré. On constate, au bout de quelques jours, que la viande se gonfle par les gaz accumulés à Tintérieur. On met fin à l'expérience le 16 juillet 1879. Un peu de liquide s'est écoulé : il fourmille de vibrions. La masse de viande répand une odeur très désagréable qui n'est pas celle de la putréfaction franche. On examine au microscope un fragment pris au centre. La viande est encore rouge, moms^ résistante qu'à l'état normal. La striation du muscle a disparu absolument. On voit des microzymas libres très rares, des microzymas associés plus nombreux et une grande quantité de diverses bactéries : Bactêrium termo, articulatum, capitatum, et même de rares leptothrix, mais pas un seul vibrion, c<î qui démontre que les germes de l'air n'avaient pas pénétré au centre de la masse (1). »
Pour ne pas avoir aperçu ce que M. J. Béchamp a vu dans le morceau de viande, M. Pasteur devait être, ou bien insuffisamment armé, ou aveuglé par le système, a croyant les choses parce qu'il voulait qu'elles soient. » J'aime mieux admettre que les objets étaient trop petits pour qu'il pât les distinguer.
En résumé, les expériences de M. Pasteur lui-même vérifient que les bactéries se développent à même les tissus.
i\) J. Béchamp : Annales de chimie et de physique^ h* «érie, t. XIX, p. 4U ;