DIX-NEUVIÈME LETTRE
SoMKAiRS. — L'évolution vibrîoDîenne des microzymas et les hésitations de M. Pasteur. — Deux nouvelles observations ; motifs qui y ont conduit.
— Conservation du milieu physiologique et des niicrozymas pendant la vie. — Changement de milieu et évolution des microzymas après la mort.
— Première observation : évolution vibrionienne des microzymas dans un kyste. — Seconde observation : les microzymas évolués du tubercule pulmonaire. — 1/évolution vibrionienne des microzymas dans la gangrène.
— Les microzymas et l'histologie. — Découverte du mécanisme de la destruction cellulaire. — Expérience sur une cellule très résistante. — Remarques et conclusions. — Note : une confusion à éviter.
L'évolution vibrionienne des microzymas à môme les tissus et les microzymas eux-mêmes auraient pu être découverts par M. Pasteur, puisqu'il a étudié le lait abandonné à la coagulation spontanée et la viande qui prend l'odeur de faisandé. S'il s'est trompé ou s'il n'a pas vu dans le lait ce que j'y ai découvert et ce que M. J. Béchamp a observé dans la viande abandonnée à elle-même, c'est qu'il était dépourvu d'idée directrice et aveuglé par les préjugés qui étaient reçus dans la science comme des vérités. Quoi qu'il en soit, et malgré les hésitations de cti, savant, que j'aurai à signaler, ses propres recherches vérifiaient entre les mains d'autrui le fait important du développement des bactéries dans les matières animales qui, selon lui-même, étaient placées à l'abri des germes de l'air. ' M,ais poursuivons l'exposition historique des faits, en essayant de comprendre pourquoi, dans l'état normal de l'économie, les microzymas n*évoluent pas et conservent la forme apparente d'une spnère.
L'année même où nous démontrions l'évolution bactérienne des microzymas dans l'intimité des tissus soustraits à Tanimal venant d'être sacrilié, et où nous nous séparions nettement de Davaine en niant que les maladies à vibrioniens fussent pa* rasitaires, M. Ëstor et moi faisions deux observations d'une importance que je considère, aujourd'hui surtout — vous me permettrez de le penser tout haut — comme étant de premier ordre, puisqu'il s'agit de l'évolution bactérienne sur l'homme vivant, dans l'état pathologique.
Il importe de redire le genre de considérations qui ont conduit à les faire, car elles n'ont pas été fortuites, mais faites en vertu d'une idée directrice et pour vérifier la théorie.
Il résultait évidemment des faits précédemment constatés que l'évolution bactérienne des microzymas avait lieu toutes
les fois que ceux des tissus que nous avions étudiés étaient placés, volontairement ou fortuitement, dans quelque situation qui ne leur est pas physiologiquement habituelle. Pourquoi Torganisme lui-même ne réaliserait-il pas naturellement des situations analogues par dyscrasie ? Je m'explique :
Sans doute, il n'y a rien d'étonnant à ce que les microzymas hépatiques, les pancréatiques, les rénaux, les musculaires, etc., placés dans Tempois, dans Teau 'sucrée ou même dans Veau pure, évoluent et deviennent, plus ou moins vite et successivement, microzymas associés, microzymas allongés et, enfin, véritables bactéries, car, dans ces nouveaux milieux, ils sont dans une situation qui n'est pas celle où ils étaient destinés à fonc- . tionner et à vivre; d'ailleurs, la raison admet aisément que Tinfluence des milieux peut avoir de tels effets. Mais 11 peut paraître surprenant que les microzymas évoluent dans le lait issu de la glande, dans un foie entier^ dans la viande enlevée à l'animal, dans le tissu des tiges gelées des Opuntia ou des EchinoeactuSj puisque, en apparence au moins, le milieu était resté ce qu'il éiait dans l'organisme dont ces parties provieniient et que, d'après les doctrines en vigueur, il n'y a plus rien de vivant dans ces parties qui puisse y déterminer quelque changement qui en modifie le milieu. Il feut montrer que les doctrines ont tort.
En fait, daus un organisme absolument sain, les microzymas de tous les tissus, cellules, humeurs, liquides conservent toujours la forme sphérique; jamais on n'y distingue rien qui rappelle les formes évolutives du microzyma devenant bactérie. Ce n'est que dans certaines régions du canal alimentaire, depuis la cavité buccale, que l'on rencontre, avec les microzymas, les diverses formes évolutives de ceux-ci et des bactéries ; mais le tégument épithélial de ce canal empêche ces vibrioniens de passer outre, de façon que dans l'épithélium intestinal^ même les microzymas sont normaux.
La pkysiologie explique aisément ce résultat. C'est que, par un. système admirable d'émonctoires, la composition du milieu vivant, dans chaque centre d'organisation, dans chaque cellule même, dans chaque humeur, reste invariable dans certaines limites qui ne peuvent pas être franchies sans danger. C'est parce que les matériaux usés et devenus impropres à l'entretien des tissus, des cellules, sont sans cesse éliminés, (|uc l'activité fonctionnelle dos cellules, des microzymas, de tous les éléments anatomiques conserve son intégrité. Et c'est
ainsi que, malgré les mutations de tissus, rie colluloset d'humeurs, la composition du milieu restant constante dans chaque centre, les microzymas n'évoluent point et conservent leur forme .
II n'en est évidemment pas de même des matériaux du lait sorti de la glande, du foie, du muscle enlevés à l'animal; là il n'y a plus de circulation ; de sorte quo, si quelque changement s'y accomplit, les nouveaux matériaux formés restent en place et les microzymas s'y trouvent dans un milieu dyscrasique. Mais ces changements ont-ils vraiment lieu ? Assurément; ils sont mémo nécessaires. En effet, les microzymas, c'est un fait démontré, ne meurent pas; ne mourant pas, pour vivre, ils doivent continuer de se nourrir et, par suite d'opérer des changements chimiques dans le lait, dans le foie, dans la viande, dans l'urine, etc. J'ai constaté que, entre autres produits, ils forment de l'alcool, de l'acide acétique dans le lait, dans le foie, dans les œufs, et M. J. Béchamp a constaté le mémo, fait dans la viande, dans la matière nerveuse, etc. Sans doute pendant la vie le lait, la viande, le foie contiennent de ralcool et de l'acide acétique, mais la quantité en augmente dans les parties apr^s la mort, puisqu'ils ne sont pas éliminés à mesure. C'est donc un fait démontré que le changement de milieu dans les parties soustraites à l'animal vivant (1). Il arrive donc naturellement, par la force des choses, que les microzymas finissent par Atre dans une situation anormale, dins un milieu qu'ils ont créé, et ils y subissent l'évolution bactérienne comme dans les milieux artificiels. Et il convient de le noter tout de suite, révolution débute bien avant que se manifestent les phénomène» de la putréfaction proprement dite.
Mais cette activité des microzymas dans les parties soustraites à l'animal venant d'être sacrifié, ou^ans tes cadavres^ après la mort par maladie, produit des effets que les histologistes avaient depuis longtemps signalés, sans en cx)nna!tre, ni même en soupçonner la cause, ils savaient, par exemple, que, peu de temps apr^s la mort, l'apparenc/e normale des tissus dis-
(1) Voir : A. Héchamp ; Sur lei miarozymoi normauo) du lait comme cause de la coagulation tponlanée et de la fermentation akooHque, acétique et lavtifjue de ce liquido ; (!omptos rendus, t. LXXVI, p. 654: Sur la fermvntation alcooWiue et acétique ipontanée du foie ; lbid.,t. LXXV, o. 1S«?0; Sur ta /ermenlation alcoolique et acétique des œufs; Ibld., t. LXVII, p. 523 (IKÔH). J. Hérhamp, Sur la présence de l'alnoold'^^s les tissus animaux pen^ dant la vie et après la mort, Annalo» do Chlm' et de Physique, 6* série, t. XIX. p. 406.
paraît, les cellules elles-mêmes se détruisent; que deviennentils? Je le dirai après avoir rapporté les deux observations qui ont été la conséquence des considérations que je viens de rappeler.
Un jour, M. Estor eut à extirper un ky^le de la grande lëvre. Il fit de l'Observation Tobjet d*une Communication à l'Académie des sciences. Après avoir rappelé nos recherches touchant révolution bactérienne des microzymas et dit que le kyste était rempli par une matière verdâtre demi-liquide, il ajouta : « Un examen immédiat a montré des microzymas à toutes les périodes de leur évolution : des granulations isolées, d'autres associées, d'autres un peu allongées, enfin de vraies bactéries (1) ». C'est exactement ce que nous avions vu dans nos expériences in vitro.
La seconde observation est encore plus significative. Je me souvenais qu'à Strasbourg, notre professeur de physiologie, • Ktiss, nous enseignait que le tubercule pulmonaire, loin d'être un produit hétéromorphe ou une néoplasie, était, au contraire, le résultat de la désorganisation d'un élément anatomiqîie normal, l'épithélium malade ou mort ; de plus, selon l'éminent physiologiste, la phase nouvelle durant laquelle le tubercule se ramollit ou devient crétacé, n'a rien de spécifique. Si la doctrine de Kûss était vraie, le tubercule devait contenir les microzymas libres ou plus ou moins évolués de l'épithélium disparu.
La matière tuberculeuse que nous avons examinée, M. Estor et moi, provenait d'un phthisique ; les circonstances nous l'ont présentée dans la phase appelée crétacée; elle était contenue dans des kystes à parois fibreuses ; elle était blanche, opaque et dure quoique friable. Au microscope (sous la combinaison Objectif 7, oculaire 1, Nachet), on y distinguait une foule de granulations moléculaires mobiles, isolées ou accouplées deux à deux, ressemblant d'une façon remarquable aux microzymas de la craie; comme eux, elles étaient insolubles dans la potasse caustique au dixième et dans Tacide acétique. Pour prouver que ces granulations moléculaires étaient vraiment des microzymas, la matière broyée, lavée à l'eau, a été mise avec de l'empois de fécule; celui-ci a été fluidifié, a fermenté, dégageant de l'hydrogène et de l'acide carbonique, produisant de l'acide acétique et de l'acide butyrique ; quant aux granulations moléculaires, elles avaient évolué en grand (1) Comptes rendus, t. LXVII, p. 529 (1868).
- I8fi nombro, devenant niicrozymos associés en chapelets do S, •^, 4 et ilavantago ; il y wait aussi dna hacti^ries (1). Il entre dans iiKin plan d« revenir sur la llit^oriedo Ku3a ; pour le momenl j'iri veux n'Ster à la connlatalion des faits.
Il est donc clair que la cause qui produit le kyste ou lit Liiiiorcule pulmonaire détermine un changement de milieu. iiJie dyscrasie qui place les cellules dans une situation anoriniilr, laquelle amène leur destruction et l'évolution bactét'ii une des microiymas qu'elli^s contenaient.
N'onblions pas, s'il vous plaît, que ces deux observations sont contemporaines de l'expérience fondamentale, et qu'elles mit âtii faites pour vériRer la thi^rïe qui en découlait. En voici une autre do l'année suivante qui est tout aussi démonstrative:
Un malade venait d'/^tre amputé du bras à la suite d'une li'sioii traamatiquo grave; la partie supprimée est aussîliM ;i|)])ortée au laboratoire. I/avant-bras présentait une surfanc si'i^he, noire, dont l'insensibilité avait été constatée avant l'opéi';iii(>n ; tous les symptAmes do la gangrène existaient ; l'exaiiKtn microscopique nous montra, non des bactéries, mais des miciozymas associés; l'accident avait marché si vitequo l'évolution bactérienne n'avait pas eu le temps de s'achever; les iKictérics étaient seulement en voie de lormation (2). Dans une iuiire observation, M. Estor a vu dans la gangrène des bactéiii:s munies d'un noyau à l'une des extrémités {3}. fl résulte lii' ces faits, que les bactéries le sont pas la cause de la gaii- ^;n''iifi; elles ne sont que l'effet d'une cause plus profonde, la c;mse palliogénique qui provoque l'évolution morbide des inicrozymas du tissu qui se gangrène.
I.i's histologiiites, disais-je tout h l'iieui-c, avaient noté la destruction des cellules, etc., dans les organes après la mort et je posais la question : a Que deviennent-elles? »
Oui, c'i.st un fait d'observation, pour faire utilement des ri:clierclie3 bistologiques, il faut lïiire subir aux parties quelque |iréparation qui n'a pas seulement pour objet do leur donner une certaine consistance, mais aussi d'exercer une influence euneervatrice. C'est ce que M. Siirvel, dans l'expérienco que
■ 1) Complti ronitut, l, [,XVII, p. 960 (1868), — Voir pour plu» do diHnlls Mmtpeltierinilitiial, t. \Xl, p. &S5.
i] A. Ilecliumpcl A. Kator; Des micraiymai des urganltmei lupirievri- M<iiilpdliur tiiMIcal, t. XXIV, p. 3Ï (1B70).
!3) Eilor, flwu« de» So. Niit: de J)ulireuil, t. I, p. BSa
j'ai rapporté»', a fait ressortir. Par exemple, quand pour durcir la substance ci^rébrale, le foie, etc., on en plonge des (ragnients trop volumineux dans une solution d'acide chromique, on obtient un durcissement dépassant peu la surface; du^j tracements immergés, dont li striiclurc est conservé).'; pour la partie profonde des fragments, colle où l'influence consecvatricede l'acide ne s'est pas exercée, elleeutre en putréfaction; la structure disparaît et les microzymas y deviennent bactéries (1). L'explication découle de ce que j'ai dit plus haut, de l'activité fonctionnelle conservée des microzymas.- Dans la iiartie atteinte par l'acide chromique les cellules, les tissus i-l leurs nnicrozymas sont vraiment tués ; la structure, par consr'i|iietit, reste entière. Mais au delà, où l'acide cliromiquo n'a pas pénétré, les microiymas continuent de vivre, de se uounir pitr conséquent et de multiplier; ils consomment et Iransl'oniR'nt le contenu des cellules et ce qui tes entoure dans les iiutres tissus; après avoir opéré ces translbrmalions ils peuvc;nl évoluer, pour devenir vibrioniens jusque dans la cellule lUL-me, ou comme les amylobacters dans les libres du liber. Alors n'ayant plus rien à transformer autour d'eux, ils s'attai|uent à la cellule elle-même, qui disparaît, laissant ses inicru/.ymas dans un milieu devenu hétérogène pour eux et ils deviennent Uactéries en changeant souvent de fonctions pour op(!'L'er de nouvelles transformations,' si on les place dans de nouvelles conditions d'existence.
Mais il fallait de cette explication une démonstration dii'ictu ; je l'ai donnée dans un Mémoire à l'Xcadémie des scieur 's en octobre 1871. Je vous demande la permission de reproiluire, presque m exlenao, l'expérience dont elle résulte; j'ose espérer que vous et les savants lecteurs de la Bévue médicale me .^aiirw gré do cette reproduction, car les faits qu'elle relate .se présentent plus ou moins de la même manière dans touti' destruction cellulaire et que, d'ailleurs, à elle seule, elle l'untieiit la réfutation sans réplique du système microbien qui iiiulliplie à plaisir, mais inutilement, les espèces qu'il dénuiiime diversement des noms les plus arbitraires, sinon les \>]us fiiutastiques.
De ta régrtiiion de la cellule de levure en micmymai et iet tiwhitiims de ceu!o-oi. -~ i Va mélange de 10 A 10 grammea de levure avec 3iKi Krimmej d'eupais, à la lempémiire de 24 A 3& dearéi, se lluldllle pliii '•<• iiitmii
[1] Complet rendus, t. LXXIX, p. 1270.
rapidement, selon que ta dose d'sclda iihénlque oii de créo*ote (employé.-* [lour annibilci- l'intluencu jioBaible àes germes de l'air] e»l moini ou plus grande. La levure xiibit daboid dani son aipecl des rhungcmcnU suez remarquables. Au début, on dirait que la cellule le lumËlie ; son noyau devient |jUji iipparent et envuhit In cEvilË presque loul entière ; peu à peu on voit i.(i(inr)tlre dans le noyau plusieurs peints brillants qui s'y meuvent den^ loii-t las sens eu ne dépassant pas son contour; pendant ce temps la celluii; fjiilit de plus en plus, le noyau est comme résorbé, et à sa place, le plui jiuiivent accumulées contre lu paroi de la cellule, on voit un amas de granuliitmiis moléeuiaire» devenues immobile*. En memctemps que ces phénomène» n'uueomplissent, apperalseent des myriades de microiytnas d'une eilrémti fi^ililé. Le ({lobule de levure pillit encore et la moindre pre.'<6ionsiirlaporteul>ji>t du microscope le déforiae : on dirait des mouvements amiboide*. Si h iiréperatlon n'est pas trop créosotée, on coDgttLte aisément que le nombre {Il'h Rtobulea de levare diminue, des vibrions paraissent, se mouvant avec i'ii)iidilé d'un mouvement ondulatoire, et tandii que leur nombre l'accroit mliix iei micrusynai diminua. L'.'S vibrions disparaissent k leur tour, et Il liiiT place dei légions de bactéries envahUient la préparalion; Ici globules di' levure disparaissent de plus en plus, comme par une résorplîon indiviilijiHIu. A un moment dimné an ne voit réellement plu» aucune cellule de levma et plus de microzymas: il n'y a plus que des bactéries de toute ^rundeur et mobilité. Il y en a aussi d'immobiles etd'articulées. Enlln, peu ji peu les bactéries elles-mêmes disjiaraitient, semblent se diviser et la préliiiraLionne présente plus que dos mlcjoiymsi simples ou accoupléi de ta ^r.indeur du Baclerium termo.
" Ce tableau est l'expressIOD de ce qui arrive toutes les tois que la levure l'st placée dans les conditions de l'Inanition; on peut le reproduire en hii^snni séjourner les globules dans l'eau distillée; seulement, alors, le irasftage des vibrions aux bactéries est plus dlQidle. a
Mais, ce n'est pas tout ; ce qui suit prouve à son tour combiun peut ûtre considérabfe l'iolliience des miiieuic :
> Les phénomènes, diaals-je dans mon Mémoire, sont notablement diOérriiiB lorsque, tout étant d'ailleurs semblable, on introduit du carbonate de l'Iiuui pur dans le mélange, ta tluldiUcailon du l'empois s'accomplit de U iiKine manière, maU .un peu plus rapidement. Au début, la levure présente ir> upparences déjA décrites. Les vibilons siici^èdent eui microiymas et- |i"i liucléries aux vibrions. Mais, en outre, dans piesque loutes les expéninees, quand j'ai observé h temps, j'ai vu les vibrions précédés ou accompn^'nés d'une foute de pollls cnrpa de forme olliptlque, qui ressemblaient l'ttuiigement aux amylobaders de M. Trécul. Ils se meuvent lentement, ou
I rrait dire majeslueusemenl, en s'avanjant dans te sens de leur grand
iliiimiitre. Toute leur masse semble homogène, et its sont très brillants. On >'>i voit qui semblent soudés bout i bout, l'un plus gros que l'outre, le plus Krnnii entraînant le plus petit. Quelquerois, ces formes sont accompagnées d <inu grosse bactérie cylindrique, également mobile, qui porte & l'une de vN eilrémltés un noyau brillant. La durée de l'eiiatence de ces forme.8, •eiidilabloB aux amyiobaclers, n'est pas très grande, EnOn, les vibrions et irH l'i^rme.H dit para lisent, et il nu reste plus que dc^ Liacléries; en même
temps, tous les globules de levure s'évanouissent peu à peu^ la préparation prenant, finalement, la même apparence que dans le cas de l'expérience sans carbonate de chaux (1). »
Telle est rexpérience. Avant d'en bien préciser la signification et la valeur, il est nécessaire de faire ressortir une particularité très digne d'attention, relative à l'emploi de l'acide phénique, qu'elle a présentée, soit parce qu'elle éclaire d'un jour nouveau la théorie de l'anli&epticité telle qu'elle résulte de mes recherches, soit parce (|ue j'aurai à l'invoquer prochainement. Voici en quoi consiste cette particularité :
J'ai dit que l'acide phénique ou la créosote ont été employés pour annihiler l'influence des germes atmosphériques et que, selon que la dose (une à deux gouttes pour cent centimètres cubes d'empois) était plus ou moins grande, l'empois était moins ou plus rapidement fluidifié, comme si ces agents modéraient, en quelque sorte, l'activité de la levure; mais l'influence de ces agents peut encore être d'un autre ordre. Lorsque, par exemple, on en ajoute le double ou un peu davantage, on retarde presque indéfiniment la destruction totale du globule de levure; mais Tempois n'en est pas moins fluidifié^ des myriades de microzymas envahissent la préparation, mais jamais ni vibrions, ni bactéries n'apparaissent. En somme, la créosote ou Tacide phénique entravent à la fois la destruction totale de la cellule et l'évolution des microzymas; de façon que ces agents antiseptiques sont à la fois conservateurs des cellules et des microzymas; résultat très digne d'être médité et qui sera vérifié.
Je reviens maintenant à l'expérience pour l'interpréter.
La levure, sous la forme et la constitution cellulaire, est un être vivant, complet en son genre, qui se nourrit (assimile et désassimile) et se reproduit sous l'état cellulaire. C'est dans sa cavité, dans l'intimité de son être, que s'accomplissent les mutations de sa substance ; ce qui est évident, quand on veut bien y regarder de près, en physiologiste. Lorsqu'elle est placée dans l'eau sucrée, elle sécrète de l'acide carbonique, de l'alcool, etc ^ mais, comme le sucre ne constitue pas un aliment complet — même pour elle — elle s'épuise vite, et cesse bientôt de se nmltiplier; mais elle conserve, avec sa forme, l'aptitude à se multiplier dans le moût du brasseur où elle trouve les matériaux de son alimentation complète.
(1\ A. Béchamp, Recherche» sur la nature et l'origine des ferments; Annales de Chimie et de Physique, 4« série, t. XIIU, p. 446 (1871).
La cellule de leiiire est une cellule très résistante; j'ai pu la conserver plue de dix ans, daus le produit de la fermentation alcoolique forinû par elle-môme, et la conserver yivanle. Abandonnée dans l'eau pure, elle n'en dégage pas moins du l'acide carbonique en sécrétant de l'alcool, etc., {^) mais elle s'use ainsi très rapidement et, après avoir consommé Sa réserve di; matières transformables, l'enveloppe elle-même est att(;inte, la cellule disparaît; les microzyraas deviennent libres, etc., etc. ("est exactement l'image ou plutôt le modèle des destructions lit; cellules et de tissus dans les parties soustraites aux ani— inaux pendant la vie. Hais à toute réaction il faut une rauje comme à tout mouvement un moteur. La cause des réacijous dans la cellule de la levure, c'est les microzymas de ctitte cellule, les raJcrozymas impérissables, vivants per se et susceptibles de devenir vibrioniens dans le milieu qui a changé. Or, dans l'espérience, la levure se trouve dans des milieux dont elle ne peut pas se nourrir ; car chacun sait qu'elle ne fait pas subir la fermentation alcoolique à la matière amylacée de l'empois; sans doute elle opère, par sa zymasc, la lluiililication de celui-ci; mais comme il ne se forme pas de glurose qu'elle puisse consommer, elle est dans la situation d'un animal en état d'inanition; elle consomme sa propre substance lI jusqu'à son enveloppe, laissant ses microzymas en, liberté, Idsquels, suivant la loi de leur nature, subissent l'évolution vilirionienne et ses diverses phases, selon la nature des milieux; l'i, chose extrêmement digne d'attention, les vibrioniens ainsi développés, provenant des microzymas de la levure, laquelle est ce que l'on nomme un ferment alcoolique, peuvent indifféremment servir de ferment lactique ou de furmenl butyrique, comme il arrive pour les vibrioniens provenant de microzymas issus d'organismes animaux; ce qui est absolument l'opposé de ce que croit M. Pasteur de ses ferments lactique et butyrique spéciaux.
Tels sont les faits et leur interprétation ou explication qui complètent les démonstrations des deux dernières lettres. Oui, l'évolution vibrionienne des microzymas peut avoir lieu sur
(1] C'est de ce tût, analysé arec soia, que j'ai déduit la ibéorie physiologique de la fermentation alcoolique considérée com^le phénomène de nulri' lUin. Et celle théorie, que l'on uiiribue gratuitement ï M. PasLeur, ne lui appartient pas; Il l'a même fait combattre psr un de ses élèves. Sans doute .M. Pasteur s'est o*cupé de la fermen talion , mais il n'a rien compris au plié- (loniàne physiologique. Mon Mémoire sur cette question est de 186i, Comp- (os rendus, t. LVIII, p. 601. Voir aussi MontpelHur mtdical, l. XII, p.4M.
l'homme vivant, dans la profondeur do ses orgaoes, et cela suivant la même loi que dans les expériences invilro. Par là même le mécanisme de la destruction des cellules était découvert, et expliquée la singulière augmentation des granulations moléculaires après la mort ou dans les états pathologiques. Mais il y avait quelque chose de plus, qui devait changer la Face de nos connaissances touchant l'histoire naturelle des vibrioniens; il y avait surtout la découverte de l'origine des bactéries et de ces formes intermédiaires entre le microzyma et la bactérie achevée, dont quelques-unes sont stables ot se conservent sans évoluer davantage et que l'on prend pour des espèces-, il y avait enfin la découverte de ces formes transitoires que j'ai signalées dans l'évolution des microzymas de la levure et le retour des bactéries elles-mêmes en formes plus simples et enfin en microzymas (1).
Tout cela, il faut l'avouer, était trop nouveau, trop inattendu pour Être facilement admis. 11 y a un intérêt très ^^rand à rechercher d'où les résistances sont venues et leurs motifs, car la connaissance des motifs donnera plus de force aux démonstrations qui précèdent. Tout cela pourtant a été vérilié, confirmé, quoique mêlé de grosses erreurs ; en montrant la source dont procèdent ces erreurs nous apprendrons à les éviter elles faits vérités n'en seront que plus solidement établis.
[i] 11 faut donner grande attention aux observaiions concernant la rtgreaaion de la cellale de levure et ha forine<i diverses qui rêsuKenl de Vtvolulion de ses microzymas, parce que, mal interprétées, elles peuvent conduire à de fausses conséquences. En eltet, si l'on s'en tenait aux apparences, elles seraient favorables au transformisme, en aouicnant que la levure devient IndifTéremment mlcroiyma, vibrion, amyiobacter, bactéries diverses, poar redevenir mtcrozyma, etc. Hais si l'on note que la levure, pour être une simple cellule, n'en est pas moins un être déjà complexe, vivant, d'urdre détermina et de fonction spéciale qui se réduit en microzytnas, peutêtre de plusieurs espèces, lorsqu'elle se détruit et que ce sont ces micruzymaa qui évoluent, tonte dillicnllé disparaît et tonte contusion est évitée.