‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 27 sur 55 · VINGT-DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LETTRE

SoMMAiRR. -« Une théorie médicale nouveUe en opposition avec la théorie pasteurienne. — Fondement de la nouvelle théorie. — NouveUe hypothèse concernant l'origine des bacilles. ^ Les organites normaux et leur trans-

^ formation en parasites. — Remarque au sujet des transformations des organismes vivants. — Constatations touchant le fondement de la nou-

• velle théorie. — Elles prouvent le contraire de ce que l'on voulait prouver. — Elles ne contrarient par les parasitistes. — Explications dans la théorie du microzyma. — La tuberculose selon Kûss. -- Une remarque concernant la découverte des bacilles de la tuberculose. — Laphthisie n*est pas parasitique.

A mes yeux les deux communications de M, Bouchardat, dont je vous ai entretenu dans la précédente lettre, sont comme la protestation singulière d'un savant, ayant qualité pour parler en médecin, contre les erreurs dont M, Pasteur s'est fait l'apôtre; mais elles témoignent, en même temps, de l'incertitude qui domine dans l'esprit de ce savant au sujet de ces erreurs. En 'effet, dans sa seconde communication^ M. Bouchardat s'est exprimé comme ceci :

c M. Pasteur et ses élèves sont partisans trop exclusifs de la nécessité des germes préexistants déterminant les maladies contagieuses : si cela est vrai pour le plus grand nombre des ôas^ j'espère démontrer que cela ne l'est pas ^ans tous. »

Cela ne signifie-t-il pas que M. Boachardat admet comme démontré qu'il y a des germes préexistants de maladies contagieuses? Mais, ce qui est étrange, tout en admettant des maladies contagieuses sans germes préexistants, le savant auteur n'admet pas moins que celles-ci sont parasiUques comme celles-là. Et il prétend édifier ^insf a une théorie médicale nouvelle en opposition avec la théorie pasteurienne ». En réalité ce n'est là qu'une opposition très partielle, puisqu'il croit que le plus grand nombre de ces maladies sont à germes préexistants, comme si, vraiment, la préexistence de ces germes avait été constatée, je ne dis pas pour toutes, mais seulement pour une seule de ces maladies!

Quoi qu'il en soit je veux étudier de très près la nouvelle théorie médicale proposée. Je le fais d'autant plus volontiers que j'y ai trouvé des idées qui me sont depuis longtemps familières et qui, depuis longtemps aussi, sont publiées. En outre, cette théorie, sauf l'erreur fondamentale qui s'y trouve, est trop la conséquence de la théorie du microzyma et sa con« firmation pour que je ne le fasse pas ressortir. Et si j'insiste autant sur les démonstrations/c'est qu'il ne s'agit pas pour moi de persuader et d'entraîner, mais de prouver et de convaincre. Au fond, de quoi s'agit-il ?

Il s'agit de l'origine des vibrioniens, des bacilles ou micro-^ bes si l'on veut, dans les maladies contagieuses où l'on en constate la présence : le choléra, la tuberculose, le charbon ou telles autres que l'on considère comme parasitaires. M. Bouchar* dat, avec M. Pasteur et tous les parasitistes de son école, croit que dans le plus grand nombre de ces maladies les vibrioniens, supposés parasites, proviennent de germes préexistants dont, par hypothèse, on admet l'existence à l'état morbide dans l'atmosphère ou ailleurs. Cependant où M. Bouchardat se sépare de M, Pasteur, c'est lorsqu'il soutient que ces germes ne sont pas nécessaires pour expliquer la présence des bacilles dans quelques maladies également contagieuses. Mais alors d'où proviennent-ils? C'est de la découverte de leur origine différente que découle le principe de la théorie médicale nouvelle ; voici renoncé de M. Bouchardat :

« Si l'on doit, dit-il, repousser sans retour la génération spontanée, j*espère pouvoir démontrer que plusieurs parasites microscopiques, donnant naissance à de redoutables maladies, peuvent se développer par la transformation d'organites normaux entrant dans la constitution de l'agrégat animal, o

11 faut bien peser les termes de cet énoncé de la proposition que le savant hygiéniste espère pouvoir démontrer.

Il ne faut pas oublier que les parasites microsœpiques dont il s'agit ne sont autre chose que des vibrioniens ; il ne faut pas oublier» non plus» ce que les auteurs pensent des organites ^lux-" quels on va faire jouer un si ^rand et nouveau rôle. •

Cela posé, d'après M. Bouchardat, si dans certaines maladies les vibrioniens ne sont pas le fruit de la génération spontanée et ne proviennent point de germes venus du dehors, c'est qu'ils sont le résultat de la transformation de ce qu'il appelle organites noimaux. C'est dans cette transformation que consiste la spontanéité morbide ; en effet» c'est si bien la pensée de l'auteur qu'il s'est écrié : a On m'accusera sans doute de présenter sous une forme nouvelle la théorie de l'évolution spontanée de plusieurs maladies contagieuses; je ne le nie pas, et j'espère démontrer que ces maladies contagieuses, déterminées par la transformation d'organites normaux, sont plus nombreuses qu'on ne le pense. »

Je ferai voir que M. Bouchardat n'a, en aucune façon, démontré la transformation dont il parle; il a seulement présenté des considérations générales « sur les modifications que peuvent subir les organites normaux pour se transformer en organites en révolte, en vrais parasites, » et assuré que, a d'une manière générale, on peut admettre que les organites élémentaires qui entrent dans la constitution du corps de l'homme sous des influences diverses peuvent subir des modifications de forme et de fonctions, et que ces modifications sont suivies de dérangements de santé ». Ce sont là pures suppositions, il n'y a pas une démonstration.

Ce qui ressort de plus clair de ces citations, c'est que M. Bouchardat admet avec moi et avec les ^pontéparistes contre M. Pasteur, que les vibrioniens peuvent naître à mémfi les tissus. Seulement, où je nie qu'il y ait génération spontanée et où je prouve que ce sont les microzymas qui changent de fono* tion pour devenir morbides et ét^o^u^n/ pour devenir, vibrioniens, M. Bouchardat as$ure que ce sont les organites normaux constitutifs de l'agrégat animal qui ctiangent de fonctions et se transforment en vibrioniens, en organites en révolte, on vrais parasites. Si, négligeant l'appellation de parasite, je considère attentivement les deux communications où M. Bouchardat a émis ses idées, j'ai le droit de dire : mettez microzyma à la place d'organite et vous aurez la théorie que, dans une lecture

à l'Académie de médecine, j'esposais en 1.870, non pas seulement pour quelques: maladies, mais pour toutes les malndies contagieuses que je refusais de regarder comme parasitaires (I).

Je ne prétends point que M. Bouchardat s'est inspiré de mes publications, ni de mes Communications à l'Académie de médecine depuis 1881 ; on ne lit plus et on n'étudie plus assez pour cela; mais je dis que, sauf l'erreur fondamentale de son système, l'essentiel de ses idées m'est depuis longtemps familier.

Hais je poursuis, en me demandant si, par hasard, M. Itouchardat ne se ferait pas des organites une opinion différent!^ de celle de5 auteurs.

Dans sa première communication, M. Bouchardat n'avniL pas suffisamment expliqué ce qu'il entendait par organites. Après ma réponse il a été plus esplictte; dans une note de sa .seconde communication il s'est exprimé comme ceci : « Je désigne sous le nom à'organitcs les éléments figurés élémentaires qui entrent dans la constitution des liquides, des solides de!! organes divers d'un animal. Ce sont les organismes que les hislologistes nous ont fait connaître en y comprenant ceux qui restent à découvrir. Ce ne sont pas les microzymasde H. Béchamp... »

Je laisse de c6té les organismes t qui restent à découvrir », car ceux-là M. Uouchardatne les a certainement pas étudiés; je laisse aussi les microzymas, puisque, les connaissant, il ne les regarde pas comme étant des organismes. Les microzymas étant éliminés, il ne reste plus, comme éléments figurés élémentaires, que l'infînie variété des cellules, des fibres. Un globule de pus, un leucocyte, une bémalie, une cellule nerveuse, une cellule épilhéUale quelconque, un spermatozoïde, etc., voilà les organites qui, selon M, Bouchardat, sont des organismes. Pour moi, certes, une cellule est un organisme, un organisme vivant, ayant un mode particulier de reproduction ; pouvant, par conséquent naître, devenir malade et mourir. Je m'en suis expliqué et m'en expliquerai plus amplement. Je ne conteste donc pas l'exactitude de l'assertion de M. Bouchardat, mais je dis qu'il ne prouve pas ce qu'il avance ; il iiitit persuader et entraîner, mais certainement il ne,m'» ni prouvé ni convaincu que sa manière de voir repose sur des faits vérifiés; dans tous les cas, son opinion n'est ni celle de M. Pasteur, ni celle qui prédomine actuellement concernant la vitalité

des cellules ; ce n'est pas non plus celle d'un physiologiste éminent, M< G. Colin^ qui me disait un jour : « La cellule n'est pas un être vivant; c'est un élément anatomique. » C'est, il est vrai, l'opinion de M. Virchow, pour qui la cellule non seulement est vivante, mais est l'uniti^ vitale. Je serais surpris cependant si le savant allemand reconnaissait qu'on puisse faire sortir de ses travaux sur la théorie cellulaire l'affirmation qu'une cellule peut se transformer en un vibrionien.

Oui, M. Bouchardat, pour édifier son système, s'est fait des cellules» et de ce qu'il nomme organites, une opinion différente de celle des auteurs ; oui, sans le prouver, il a raison de penser que la cellule est vivante ; il se sépare ainsi des proto^ plasmistes qui croient à une matière vivante non morphologique* ment définie. Mais Terreur fondamentale de sa conception Ta égaré et l'a conduit à certaines assimilations absolument inadmissibles des organites et des cellules uvec les vibrioniens et d'autres ferments (1). Prouvons donc que les faits sur lesquels M. Bouchardat s'appuie constituent la négation radicale de son système.

Ces faits sont tirés de certaines constatations de MM. Cor- ' nil et Ranvier d'une part, et de MM. Cornil et Babes d'autre part. Je les cite de nouveau d'après M. Bouchardat lui-même, dans sa première communication.

« Sous l'influence de l'amoindrissement de la circulation» les cellules lymphatiques, ou d'autres organites du sang ou de la lymphe adhérant aux parois des capillaires, déterminent leur élargissement. La cellule lymphatique étant plus que toute autre apte à émettre des prolongements, c'est celle que je mets surtout en cause. La circulation s'arrête dans les capillaires, le sang se coagule, les globules rouges se dissolvent,, leur hémoglobine colore plus ou moins le coagulum, dans lequel la fibrine passe à l'état granuleux. C'est ce qui a été constaté par deux histologistes des plus distingués» MM. * Cornil et Ranvier, »

(1) Voici un exemple des assimilations dont il s'agit : «Les organites normaux, dit M. Bouchardat, se multiplient parce qu'ils rencontrent dans l'organisme animal les liquides de culture, les conditions d'évolution qui leur conviennent. Les résidus de leur renouvellement sont éliminés régulièrement par les organes excréteurs. Voilà les conditions de la santé ; quand on placera ces organites dans' des conditions d'existence qui leur conviennent avec des liquides de culture appropriés et stérilisés, on pourra les cultiver comme M. Pasteur l'a si bien exécuté pour plusieurs ferments ou parasites...»

ce Si les organites modifiés se détruisent par plus ou moins de temps sans

• Après cela, M, Bouchardat s'écrie : « Nous voici arrivés à la partie la plus délicate de Tinterprétation des phénomènes ob^ serves. Par le fait de l'insuffisance de la circulatioli au sommet des poumons, des cellules lymphatiques ou d*autres organites normaux s'arrêtent dans les capillaires, les dilatent; les obs-" truent, y prolifèrent, s'y transforment, »

Mais c'est là une interprétation quelque peu forcée ; en vérité il n'y a pas la preuve de la transformation des cellules lymphatiques ou d'autres organites; au contraire, la citation me fait assister à la dissolution de l'organite du sang et à la coagulation de la fibrine avec l'apparence granuleuse, rien de plus.

Voyons si la citation suivante est plus favorable au système :

« Si on examine une masse tuberculeuse développée sur la pîe-rtère, on constate d'habitude à son centre un vaisseau obli^ térépar de la fibrine et dans cette fibrine on constate les bacilles caractéristiques de la tuberculose. •• De même pour la granulation pleurale : c'est également dans les coagulations fibrineuses qui occupent les Vaisseaux que se trouvent les bacilles. » C'est ce qui a été constaté par MM. Cornil et Babes.

De ces constatations, où il n'est pas non plus montré d'organite se transformant. M, Bouchardat conclut, avec raison, que les bacilles « ne viennent pas du dehors x> et, à tort, « qu'ils se développent à l'intérieur du vaisseau par la transformation d'organites normaux ».

En réalité, les observations et les phénomènes constatés ont une tout autre" explicsttion. Mais avant de la donner^ examinons de plus près l'hypothèse que les organites normaux se changent en vibrioniens par transformation.

Je remarque avec soin que, pour un organisme vivant, la transformation consiste dans le changement d'une forme en une autre, qui laisse subsister l'espèce. La chenille se transforme en devenant chrysalide et celle-ci papillon ; le têtard se transforme etf devenant grenouille, etc. Et, j'ai le droit, de par l'expérience, d'affirmer qu'un microzyma, en passant par les différentes formes que j'ai décrites, se transforme en devenant bactérie ou telle autre forme vibrionienne . Un microzyma est l'état antérieur d'un vibrionieu; d'une bactérie, La chenille, la chrysalide et le papillon sont le même être ; de même le

se reproduire, tout rei^tre dans l'ordre. Mais si ces organites n^odiflés se reproduisent, îse multiplient modifiés eu continuant et en accentuant bien souvent les dérangements de santé, on doit les conridérer comme des organites s'isolant plus ou moins du grand tout; co sont alors d9 vérU tables parasites, »

microzynja et le vibrioniei} sont le môme être , bref «n micro^ syma est un vibrionien. Hais tandis que le papillon ou la grenouille, pour "reproduire la chenille ou le têtard, doiveot être deuï pour faire d'abord un œuf, les vibrioniens achevés, sous la lorme de bactérie, peuvent redevenir microzymas multipliés par division ou par genèse et multiplication sporulaire, ninsi que je l'ai démontré déjà depuis plus de vingt ans, et que cela a été confirmé depuis; c'est même cette observation v^iiée qui a fait donner la qualification de scJàzomycites ou scAisophycètes aux bactéries ; mais ces qualifications sont impropres en ce qu'elles font supposer que les bactéries sont nécessuirement végétales.

Un mierosyma e$t un vibrionien. Puisque les bacilles stHit des vibrioniens, M. Bouchardat, pour défendre son système jusqu'au bout et, en même temps, reîter dans le domaine de hi science expértmeittale et d'accord avec l'histoire naturelle, pourrait-il soutenir qu'un globule de pi)s, un leucocyte, une hématie, une cellule lymphatique,' ou telle autre cellule quelconque, la levure de bière, par exemple, sont des vibrioniens? Cesl dans cet accul que l'expérience confine le système médical nouveau.

Du reste H. Bouchardat a senti ta difficulté de mettre d'accord son système et les faits. En effet, il s'est écrié : a Les Ijacilles de la tuberculose, me dira-t-on, n'ont aucune ressemblance extérieure avec les organites dont ils dérivent e et il a répondu, trop prestement, à mon avis : a 11 «xiste de très nombreux exemples de ces changements d'apparence dans ce monde des infiniment petits, d

La ressemblance ne fait rien à l'affaire. Un microzyma ne ressemble pas plus à une bactérie achevée qu'une chenille à un brillant papillon. Quant aux changements d'apparence dansT ce monde d'infiniment petits, ils ne vont pas jusqu'à permettre de prendre une cellule de levure ou telle autre cellule'pour les contondre spécifiquement avec des vibrioniens. La difficulté est plus haute.

Quand un microzyma se transforme on peut suivre les phases de sa transformation; M. Bouchardat ne nous a pas fait connaître^ les phases par lesquelles passe une cellule lymphatique, une hématie pour devenir bacille; au contraire, il nous a fait assister à la dissolution de cette hématie, c'est-à-dire à sa destruction et à la mise en liberté de son hémoglobine pour colorer le coagulum de fibrine devenue granuleuse. Oui, les obaer-

vations qu'il a citées prouvent l'erreur fondamentale du système et l'impossibilité de le soutenir expérimentalement.

Appuyé sur la théorie du microzyma, M. Bouchardat aurait certainement eu raison de soutenir que les observations qu'il a citées prouvent que le bacille de la phthisie ne vient pas du dehors ; mais elles ne le pi'ouvent qu'autant que la théorie du microzyma est vraie et que l'on admet, d'une part, qu'il n'y a pas de germes de phthisie dans Tair et que, d'autre part, on est assuré que les cellules sont impénétrables aux germes extérieurs.

Pour ceux qui ne doutent pas que les geignes morbides préexistent et qu'ils peuvent pénétrer dans les corps sains et jusque dans les cellules pour y produire des bacilles, elles sont sans force et ne les contrarient pas. ,

MM. Comil et Bàbes, tenant les microzymas pour non avenus, ont donné leurs constatations comme démonstratives de la doc* trine des germes morbifiques. Loin de trouver que les cellules se transforment et que les bacilles naissent à même les tissus, ils soutiennent que la propagation des bacilles nés des germes se fait par les vaisseaux sanguins et lymphatiques; que les cellules dites géantes, au milieu des granulations tuberculeuses contiennent toujours un ou plusieurs bacilles ; que les bacilles, enfin, siègent presque toujours dans les cellules lymphatiques migratrices, etc. Aussi ces savants pensent, contrairement aux plus grands médecins, que le parasitisme est la cause essentielle de la phthisie, soutenant ainsi la thèse de M. Koch et des partisans des germes morbifiques préexistants.

Je vais inaintenant donner l'explication des faits et des phénomènes observés par MM. Comil, Ranvier et Babes. Elle est implicitement contenue dans la dix-neuvième lettre, où je vous ai dit qu'il entrait dans mon plan de revenir sur la théorie de Kûss concernant la tuberculose. Là j'ai expo^ la cause et le mécanisme de la destruction des cellules après la mort, soit pendant la vie dans l'état physiologique et pathologique. L^ destruction commence dès qu'elles se trouvent accidentellement, artificiellement ou naturellement dansrune situation qui ne leur est pas habituelle. Elles se détruisent et ne se transforment pas. L^nsuiBsance de la circulation^ constatée ou invoquée par M. Bouchardat, mais non expliquée, place, nécessairement, non seulement les éléments anatomiques du sang, mais aussi ceux des vaisseaux, dans une situation anormale et par rajiport à leur nutrition et par rapport à la respiration, c'est-à-dire' à leur oxygénation : ils se détruisent donc comme je l'ai expliqué.

Le résultat de la destruction des cellules, qu'il s'agisse des globules sanguins dans l'expérience de M. Pasteur ou des globules de levure dans Tempois, (te, c'est la mise en liberté de leurs microzymas. Or les microsymas des cellules, qui étaient déjà dans une situation anormale à cause des. conditions nouvelles où ces cellules se trouvaient, devenus libres, se trouvent dans une situation plus anormale encore et ils évoluent pour devenir vibrioniens, s'ils sont de ceux qui peuvent subir cette évolution (1).

Dans les cas de coagulation du sang dans les vaisseaux, le caillot fibrineux se trouve imprégné de l'hémoglobine des hématies détruites; or, par là, les microzymas de la fibrine (ils étaient primitivement libres dans le sang) sont eux aussi dans une situation nouvelle et ils évoluent à leur tour.

En voilà certes assez pour pouvoir expliquer la présence des bactéries dans les coagulums et dans les tubercules, sans recourir à dès suppositions inadmissibles ou à la pénétration des germes morbifiques préexistants. Et, je le répète, il n'y a pas là d'hypothèse, ce sont des faits vérifiables et vérifiés,

MM. Comil et Babes ont vu des bactéries jusque dans certaines cellules, comme M. Mantegazza en avait vu se développer dans des cellules végétales et M. Trécul des amylobacters dans d'autres cellules de même nature. M. Jtfantegazza invoquerait ses observations en faveur de la génération spontanée, comme M. Trécul les siennes. MM. Gornil et fiabes croient les leurs favorables à la doctrine des germes. Invocation et croyance également inutiles. Les celluleSt assez résistantes, qui se trouvent dans un milieu nouveau, et devenues morbides, comme le sont les cellules dites géantes ou les cellules lympha* tiques migratrices; placent leurs microzymas dans des conditions anormales : il n'est donc pas surprenant qu'avant de disparaître, dévorées par leurs microzymas, ceux-ci aient déjà commencé ou achevé l'évolution qui aboutit au bacille» c*est-à-dire à un vibrionien.

M. Bouchardat, disais-je, n'a pas expliqué les insuffisances de la circulation qui ont pour conséquence les graves désordres qu'il a signalés et le développement de la tuberculose. L'explication avait pourtant été donnée par Kûss, il y a près de

(1) Si les mioroiymas sont ck ceux qui petwent subir l*évolu!tion vibrioj nienne : en effet, les microzymas des cellules nerveuses d'adulte sont de ceux qui, placés dans diverses conditions, subissent le plo« diflicilement cette évolution ou transformation.

trente-cinq ans. Vous allez voir, mon cher ami, que ce grand physiologiste doublé d'un grand médecin n'avait pas besoin de forger tant d'hypothèses pour atteindre au vrai.

a Le tubercule et ses variétés, disait-il, se rapprochant du cancer en ce qu'il se développe dans le même système organique, dans les mêmes amas normaux de globules (cellules), en diiSère essentiellement en ce que, au lieu d!une hypertrophie des éléments avec toutes ses conséquences, il n'est qu'une accumulation de ces mém^s éléments^ suivie bientôt d'atrophie, de nécrose et de décomposition. »

.Vous allez voir les conséquences de cette profonde histologie.

 l'époque où Kûss a commencé à publier ses idées (1847), le tubercule pulmonaire était regardé comme un produit hétéromorphe ; il est, certes, fort curieux que le progrès par les doctrines microbiennes nous ramène ainsi à trente-sept ans en arrière. En effet, d'après (es parasitistes, le tubercule étant le fait du bacille, est nécessairement un produit hétéromorphe par rapport à la structure du système organique où il apparaît.

Kûss fait remarquer d'abord que a l'ancienne anatomie n'a rien vu de plus que les parois vasculaires des alvéoles pulmo-^ naires, la membrane respirante, comme on se plaît à Tappeler ; elle nous enseigne que l'air est en contact immédiat avec cette paroi vasculaire. Elle n'a vu de l'organe que son squelette \>.

Qu'est-ce qu'il y a donc de plus, qu'on n'avait pas aperçu, et qu'on néglige aujourd'hui ?

Il y a dans « le poumon normal un élément organisé, placé entre l'air et la membrane respirante, fournissant à cette dernière un enduit relativement fort épais. Et, chotô remarquable, cet élément, cet épithélium, par sa structure, ressemble fort au tubercule. Le globule ou corpuscule tuberculeux du poumon n'est donc pas aussi hétéromorphe qu'on le dit> puisqu^il res^ semble au globule (cellule) épithélial normal » •

Or, dans diverses maladies « l'élément épithélial se multiplie au point de remplir toute la cavité des alvéoles* et des saccules pulmonaires ; alors Vair y ayant perdu droit de domicile^ le lobule pulmonaire, de spongieux qu'il était, est devenu compact, hépatisé, et, pour spécifier : ni la substance de la pneumonie, ni celle du cancer, ni celle du tubercule, dans le principe, ne sont hétéromorphes : ce ne sont que des épaississements, des accumulations d'épilhélium, » c'est-à-dire de cellules placées dans un milieu anormal et déjà morbides..

S'occupant particulièrement du tubercule pulmonaire, il se

demande en quoi consiste son caractère particulier? Et il répond :

«En ce que d'abord, ordinairement^ le globule épithélial conserve ses principales propriétés optiques, qu'il reste transparent. De là les formes initiales de granulations grises, de tubercule gélatineux infiltré.

» En second lieu, en ce que cette accumulation, essentiellement lente, comprime, use^ fait disparaître le squelette du poumon, c'est-à-dire ia membrane vasculaire des poumons, s^ns que cette disparition des vaisseaux soit précédée de troubles bien notables de leur circulation; de sorte qu'il n'y a pas de stase sanguine, pas d'hépatisation rouge comme dans la pneumonie.

x) En troisième lieu, en ce que le globule épithélial, après un certain temps, meurt, se momifie, se ratatine, change de . propriétés optiques et devient plus opaque ; c'est sous ce nouvel aspect qu'on le trouve décrit comme corpuscule tuberculeux et qu'il forme les amas de tubercules crus.

» Enfin, le tubercule se ramollit et devient crétacé. Celte nouvelle phase n'a absolument rien de spécifique, rien qui distingue le tubercule de tout autre amas de matière albuminoïde concrète. Ce sont les mêmes transformations qui s'observent dans la fibrine coagulée, et d'où résulte l'athérome ou la pétrification des parois artérielles^ dans le pus enkysté, et jusque dans le cancer et les tumeurs sébacées. »

Vous voyez par là que l'étude de l'épithélium a fourni à Kûss l'histoire anatomopathologique complète du tubercule, voire de la tuberculose en général, car il a étudié le tubercule dans tous les systèmes organiques où il se produit. La théorie du microzyma a fait faire un pas de plus à la question, en faisant voir que ce qui reste de l'épithélium malade ou mort n'est autre chose que les microzymas simples ou évolués jusqu'à la bactérie de cet épithélium. Pour le surplus vous voudrez bien •vous reporter à ce que j'en ai dit dans la dix^neuvième Lettre.

11 est donc clair que c'est tout à fait gratuitement que M. Bouchardat et d'autres Français attribuent à M. Koch la découverte des bactéries de la tuberculose. C'est en 1868 que nous avons publié, M. Estor et moi, sous ce titre ; Sur les micfi'ozymas dU tubercule pulmonaire à Vétat crétacé, la Note qui rattache notre travail à celui de Kûss, un de mes savants , maîtres de la Faculté de Strasbourg. Nous faisions voir que

les microzymas plus ou moins évolués sont primitivement contenus dans la matière tuberculeuse et que, par la culture, ils peuvent évoluer pour devenir bactéries. M. Koch n'y est certainement pour rien; à cette époque personne, assurément, pas plus que Kûss en 18SS, ne songeait à entreprendre de semblables recherches. H. Koch considère le microzyma évolué en bacille comme un parasite; il Ta cultivé autrement que nous, et c'est tout. J*ai donc le droit de le dire, M. Koch et d'autres savants ont simplement confirmé nos observations et, par suite, une des conséquences de la théorie du microzyma. Que M. Koch persévère à regarder la phthisie comme une maladie parasitaire, c'est son affaire. Mais je veux montrer que, de son point de vue, qui est le mien, c'est à tort que M. Bouchardat se range à l'opinion du savant berlinois.

Page 1