‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 28 sur 55 · VINGT-TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIÈME LETTRE

SoHMAiBB. — Introduction. — Les éléments anatomiques se|onles auteurs. — Signification philosophique de la théorie cellulaire. — La cellule dans la théorie du microzyma. — Les microzymas et la conservation de la vitalité. — Les microzymas des roches calcaires et autres. — Les microzymas des roches sont les microzymas des organismes disparus. — Simplicité physiologique des microzymas. — Une parenthèse ouverte sur la demande de M. le Directeur de la Revue. ~ Une réclamation de priorité et de propriété à l'occasion des communications de MM. Duclaux et Pasteur.— Les microbes producteurs de diastases ou une nouvelle appropriation. — Les mots à signification indéterminée. — Confirmations. — Conséquences. — Une note à propos de lépithète de clérical.

Le débat concernant les organites et leur prétendue transformation en microbes ou vibrioniens, a soulevé la question de la nature des éléments anatomiques en général, des cellules en particulier et des microzymas; par voie de conséquence, il soulève celle des relations des microzymas avec les mêmes éléments et, par suite avec l'organisation. Oui, il s'agit de savoir si un tissu, une cellule ne sont pas vivants seulement en tant qu'ils sont constitués par les microzymas, lesquels, seuls autonomes, auraient la vie en soi pour la communiquer à Torganisme qu'ils construisent.

Il convient d'abord de rappeler, en quelques lignes, les opinions des auteurs touchant les uns et les autres.

J*ai déjà fait remonter à Richat, médecin d'illustre mémoire, la notion profondément expérimentale et philosophique que I4

vie et )a maladie ne se manifestent que dans les éléments anatomiques. Mais le point de vue élevé de Bichat a été négligé ou abandonné.

Selon les uns, M. Pasteur en particulier, un savant qui a a résolu le problème de la vie g, une organite est une production qui, n'étant ni animale ni végétale, et incapable de reproduction, ne saurait être réputée vivante. Nous savons que M. Bouchardat pense autrement; H. Pasteur a tort : un élément anatomique, une cellule quelconque sont, au contraire, en tant qu'orgauites, non seulement vivants, mais des organismes. Cette manière de voir n'est pas tout à fait celle de H. Cb. Robin: un élément anatomique est vivant, sans doute, mais non pas en tant qu'oi^aaite, c'est-à-dire structuré ; mais en tant que formé de substance organisée non morphologiquement définie ; bref une organite, une cellule quelconque, n'est pas un organisme. Selon M. G. Colin une cellule est bien UQ élément anatomique, mais n'est pas un être vivant.

De ces opinions contradictoires il faut rapprocher celle de M. Vircbow, qui est celle de Kiiss avant d'être la sienne. Selon Kilss unecellule, ce qu'il appelait un globule, est vivante parce <ia'eUe est un élément anatomique, c'est-à-dire parce qu'elle est structurée; selon M. Virchow elle est plus que cela : elle est l'unité vitale, ce qui est vivant per te, ainsi qu'il s'exprime. Dans cette théorie tout l'êlre procède de la cellule, sans cela tout dans cet être serait le produit de la génération spontanée. Alais la théorie de Kiiss et de M. Virchow n'a pas prévalu à cause de son insuffisance ou plutôt parce que la cellule 14'est pis vivante per se, puisqu'elle est destructible et transitoire; elle n'a pas en elle la simplicité qui convient à ce qui a la vie eu soi et qui, étant simple, n'est pas transitoire. Ce sont l'in-^ suffisance et certaines obscurités de la théorie cellulaire qui ont fait prédominer le système protoplasmiste et transformiste dans la science.

La théorie cellulaire, qui place la vie non pas dans la matière en tant que matière, mais dans la cellule construite à l'aide de cette matière, est vraie pourtant, aussi philosophiquement qu'expérimentalement, non pas daus l'hypothèse de Ûuss et de Virchow, mais dans la théorie du microzyma seulement. Quoi qu'il en soit, la théorie cellulaire avait résolu le problème de l'organisation et de la vie dans un sens tout opposé aux idées de Kant dont j'ai parlé, de Millier et de M. Pasteur. Je ne peux pas . . . assez remarquer que ce der-

nier a défini les organites, comme «il a fait, pour, accentuer ridée que certaines cellules ne sont pas des organismes vivants ; il a été jusqu'à Textréme conséquence de son opinion en comparant un leucocyte, une hématie, etc., à un granule dami" dorif c'est-à-dire à un produit de sécrétion qui n'a qu'une apparence de structure plus ou moins rapprochée de celle d'un cristal. Mais l'opinion de M. Pasteur est sans valeur; en faisant cette assimilation il a été aussi peu histologiste que physiologiste. En vérité, il Ta été tout aussi peu lorsque, accordànl la vie à une cellule de levure, il Ta refusée à un leucocyte. Âh! c'est que s'il les avait regardés du même point de vue, il n'aurait pas pu comparer l'intérieur du corps au contenu d'un vase rempli de liquides divers.

M. Boucbanlat, en donnant une autre signification au mot organitey a reconnu, du môme coup, que les cellules ne sont pas seulement des éléments anatomiques, mais de vrais, organismes. Quoiqu'il ne l'ait pas prouvé, le savant professeur a raison. Il a admis, aussi, sans le prouver, que les cellules sont susceptibles de changer de fonction. Cela peut être vrai également, surtout dans certains états pathologiques, mais ne l'est que dans la théorie du microzyma que M. Bouchardat repousse 1

Oui, M. Bouchardat qui a})pelle organltes aies organismes que les histologistes ont fait connaître eu y comprenant ceux qui restent à découvrir », ne veut pas reconnaître les microzymas ; et pourquoi cela ? le voici : a Ce ne sont pas les microzymas de M. Béchamp, dit-il, car en admettant leur existence dans les dépôts de craie, en fait Je conservation de la vitalité il va beaucoup trop loin. » Cependant, il y a tels microzymas que M. Bouchardat veut bien consentira prendre en considération, mais alors ce sont des organites : « Quand au contraire, dit-il, M. Béchamp parle des organites du pancréas^ sur lesquels son fils a fait de si intéressantes expériences, là nous pourrions nous entendre (1). »

Au sujet des microzymas de la craie j'ai répondu que M. Bouchardat ne s'apercevait pas que la question n'était évidemment pas de savoir si j'ai été trop loin, mais si le fait était vrai. S'il avait étudié les microzymas de la craie comparativement avec ceux du pancréas, il aurait vu qu'ils sont morphologiquement semblables et de fonction différente à certains égards. En attribuant l'étude des microzymas du pancréas à

(1) BulUtin de VAcadimie de médeoinef 2* série, t. XII, 1299 [1883)«

mon fils, ce dont je ne me plains pas, car celui-ci a fait sur les microzymas des êtres supérieurs à leurs différents âges des recherches de la plus haute importance sur lesquelles j'aurai à m'appesantn% M. Bouchardat a prouvé qu'il i)e s*était pas assez occupé d'une question qui vous avait assez intéressé pour en faire le sujet d'une de vos remarquables études dans la Revue, celle dont j'ai parlé dansja premfère Lettre.

Pour ce qui est de pouvoir nous entendre au sujet des micfozymas du pancréas que M. Bouchardat appelle organites, cela est d'une impossibilité absolue. En effet, lorsque le savant hygiéniste appelle organite un mic'rozyma, il prend fa partie pour le tout, car, ainsi que je le lui ai dit, ainsi que noua le savons et ainsi que je veux maintenant l'établir, les microzymas ne sont pas seulement partie intégrante' d'une cellirle ou d'une organite, mais ils en senties facteure. Oui, les» microzymas, qui par évolution deviennent vibrioniens, peuvent dans des circonstances déterminées être facteurs de cellules.

Les microzymas facteurs de cellules ? Voilà, certes, une proposition qui devait paraître inattendue il y quelques années; elle l'est encore aujourd'hui pour ceux qui ne connaissent pas les faits. Pourtant, voilà le nouveau point de vue sous l^uel j'ai été peu à peu amené à étudier les microzymas.

Lorsque la cellule a été regardée comme étant l'unité vitale, on a justement dû supposer qu'elle devait être vivante per se. Cela était philosophiquement nécessaire d'après ce que j'ai dit plus haut ; mais on n'a pas remarqué que la cellule n'a pas le genre de simplicité qui convient à un tel être. Car, ce qui est physiologiquement .simple ne peut pas êti'C transitoire et doit être physiologiquement indivisible et indestructible. Le micro- 2yma, s'il est vraiment l'unité vitale doit avoir le genre de simplicité dont je viens de parler. Le possède-t-il vraiment ? * Dans la réponse à M. Bouchardat, concernant les microzymas de la craie, après avoir dit que la question n'était pas de savoir si j'ai été trop loin en fait de conservation de la vitalité, « mais si le fait est vrai et s'il est conforme à la notion de simplicité dont je parlais; » j'ai ajouté : a Le temps viendra certainement où l'on sera étonné de n'avoir pas compris que lés microzymas devaient nécessairement exister dans tous les terrains de sédiment, même les paléozoïques où je les ai retrouvés et où ils représentent les restes vivants des êtres disparus. »

Le€ microzymas géologiques représentent les restes iwàitts

des êtres dispatiis et ces restes vivants se retrouvent dans .certaines roches calcaires et autres des terrains les plus anciens ! Telle était en effet la conclusion déduite de mes observations^ que j'avais inscrite dans une Communication à FÂcadéàiie des sciences. J'ai même tenté, dans la mesure du temps dont je pouvais raisonnablement disposer, de vérifier cette conséquence de mes recherches, et le résultat confirmatif a été consigné dans une Conférence que j'ai faite il y a près de dix ans au Congrès de Nantes de l'Association française pour l'avancement des sciences. Vous pouvez bien le penser, mon cher ami, si Ton s'est mis à sourire des microzymas en général ; on a particulièrement ri des microzymas de la craie l ! N'est-ce pas M. Pasteur qui a écrit ceci ; « Le lait, le sang, les œufs, Vinfor sion d'orge^ etc., même la craie, en contiennent, et nous avons maintenant, piquante découverte à coup sûr, l'espèce microzxf' ma cretœ (1) ».

Eh! bien, M. Pasteur, lui-même, découvre aujourd'hui les microzymas dans la matière cérébrale après que d'autres en avaient déjà vérifié l'existence dans le lait et dans le sang ; il en viendra à les découvrir dans la cra^e et dans d'autres roches. Quoi qu'il en soit, c'est du fait de l'existence des microzymas dans les couches terrestres, depuis la surface jusque dans la profondeur, dans les terrains néozoïques jusque dans les paléozoïques, que résulte la démonstration de leur simplicité et de leur vitalité conservée. Elle résulte aussi de l'expérience décisive de la Conférence du Congrès de Nantes, laquelle permet de s'assurer que de la destruction totale d'un animal enseveli dans le carbonate de chaux pur, avec accès d'air pur, il reste les microzymas. Pour vérifier le fait il suffit d'attendre une dizaine d'années la fin* de l'expérience.

J'en étais là de cette lettre et j'allais poursuivre, lorsque, ouvrant la Revue médicale du 10 janvier, j'ai* été' surpris de lire en première page et en titre^ vos souhaits ce de bonne et heureuse année ». Ma surprise, égale à ma reconnaissance pour tant de bonne amitié, a augmenté à la lecture de votre véhémente philippique. Si je m'en voulais d'avoir été devancé dans l'expression de mes vœux à l'occasion du jour de l'an, vous vous figurez aisément combien mes regrets sont devenus vifs après vous avoir lu. •

(1) Pasteur : Études sur la bière, p. 120 (1876)... M. Pasteur en disant infmion d'orge^ a dit une contre-vérité : j'ai parlé des microxymas de torge.

Merci, mon cher ami.

Je connaissais, pafla rubrique: « Académie des Sciences » du Temps^ les communications de MM. Duclaux et Pasteur qui ont soulevé votre indignation. Le savant et spirituel rédacteur scientifique du journal m'avait fait connaître la découverte des microbes bienfaisants; n^is j'étais loin de me douter de l'étendue et de f importance de cette découverte que me révélait votre Lettre et que m'a confirmé, le lendemain, le Compte rendu de la séance de l'Académie. Pour habitué que je sois aux façons de faire de M. Duclaux et de M. Pasteur, je n*ai pas laissé de m'étonner encore. L'acte m*a paru si grave que, sur-le-champ, j'ai rédigé une réclamation de priorité en règle. C'est là, surtout, ce qui m'a empêché de vous envoyer, la semaine dernière, cette 23^ Lettre, avec « la petite parenthèse » que vous me mettiez en demeure d'y introduire pour « démontrer la r.éalité du plagiat Duclaux-Pasteur ». Je vous obéis comme je le dois à votre amitié; j'ouvre donc la parenthë^e et j*y introduis la réclamation môme, telle que je l'ai envojée :

« Sur rorigine des microsymas et des vibrioniens de Voir et du sol, à propos d'une communication de M. Duclaux. — Les plus illustres savants : Pascal, Leibnitz, Lavoisier ou Dumas, ont réclamé la priorité et la propriété de leurs découvertes. Je prie l'Académie de me permettre et de me pardonner de les imiter. Une communication récente de M. Duclaux m'y oblige.

^ Dès le début de sa communication (1), M. Duclaux parle de la destruction des matières organiques du sol par les microbes comme d'un fait depuis lonsrtemps démontr'é. Il résulte de l'ensemble de la Note que les microbes en question sont ceux dont M. Pasteur aurait découvert les germes dans l'air. C'est le point précis du sujet de ma réclamation.

}» li me, faut, avant tout, préciser la signification .du mot microbe. Je remarque, d'abord, que ce mot (étymologiquement mal formé et de sens vague) a été originairement employé par M. Pasteur pour désigner les microorganismes qui, d'après lui, primitivement créés morbifiques et répandus dans l'air, seraient la cause productrice des maladies. Je remarq'ie ensuite que ces microbes, considérés par M. Pasteur comme des parasites dans les organismes rendus malades, ne sont autre chose que des vibrioniens. Bref, le mot micivbe désignait les vibrioniens nuisibles dont les germes préexistent dans l'air commun. Je remarque, enfin, que, généralisant, on a fini par admettre que,

(1) Compt9S rendus, t. G, p. 66.

dans Tair, dans le soi, dans les eaux et ailleurs, il y a dos microbes^ c*est-à-dire des yibrioniens non nuisibles, mais utiles, dont l'origine serait également atmosphérique.

V J'ai, autrefois, moi aussi, soutenu l'hypothèse de Bonnet et de Spallanzani concernant l'universelle dissémination des gérâmes des organismes qui apparaissent dans les infusions exposées à l'air ; et, il m'importe de le répéter aujourd'hui, avant M. Pasteur, je m'étais servi de l'hypothèse pour combattre à nouveau, par une méthode nouvelle, l'erreur spontépariste. J'ai fait davantage. Pendant que M. Pasteur cherchait en vain les prétendus germes ou œu& des vibrioniens, qu'un de ses élèves avouait, naguère encore, échapper à notre investigation, je faisais connaître les microzymas comme étant, non seulement des ferments organisés, mais ce qui par évolution peut devenir yibriotiieo en passant par des phases évolutives que nous avons décrites, M. Estor et moi» et dont j'ai donné de nouveaux exemples dans plusieurs Communications à l'Académie. Les Comptes rendtis, depuis 18S7, contiennent tout ledévelop-. pement de Thistoire des microzymas. Je rappellerai seulement que c'est précisément à l'occasion de l'étude de la craie, des autres calcaires, des marnes, des argiles, c'est-à-dire des matériaux minéraux du sol qui contiennent des microzymas, que pour la première fois j'ai nommé ceux-ci à l'Académie. Rela* tivement aux microzymas de la craie, c'est dans une lettre à M. Dumas qu'ils ont été officiellement signalés (1).

9 Enfin, dans un mémoire du 10 septembre 1866, intitulé : « Du rôle de la craie dans les fermentations butyrique et lactique et des organismes actuellement vivants qu*elle contient (2) ; » je disais en terminant : « Les microzymas se retrouvent partout : ils accompagnent plusieurs autres ferments. Ils existent dans certaines eaux minérales, dans les terres cultivées, où sans doute leur rôle n'est pas secondaire. . . »

» Après avoir ainsi démontré que les microzymas des calcaires, etc., et des terres cultivées agissent comme ferments, je poursuivis les conséquences de la découverte et, en 1866, dans une Ck)nférence publique, de celles dont M. V. Duruy s'était fait le promoteur, je résumais ces recherches et je disais :

x> Enfin, dans tous les phénomènes de combustion lente, » appelés par M. Liebig érémacausiCy on peut noter la pré- » sence de granulations moléculaires mobiles, analogues aux

(1) AnnaUs de chimie et de physique, V série, t. VI; p. 251.

(2) Comptes rendiu, t. LXIII, p. 451.

» m^^rozymas. Et ce n'est pas tout : examinez le terreau, la » terre de nos garrigues, la terre mélangée de fumier, et » vous y découvrirez, sans surprise maintenant, des foules de » ces mêmes microzymas et qutlquefois de véritables bactéries, D c*est-à-dire des organismes plus élevés que les microzymas, » et ce sont eux qui sont chargés de transformer la matière » organique des engrais en acide carbonique, en carbonate » d'ammoniaque, et dans les matériaux absorbables que les » racines des plantes utiliseront au profit de la végétation ; » c'est grâ'^e à leur influence que l'oxygène appqrte son cony cours à la combustion des dernières portions de la matière » organique dans le sol (1) ».

» Et l'on avait si peu l'idée du rôle des vibrioniens dans le phénomène de la combusticm de la matière organique des engrais que, ainsi que je 'e fai'^ais remarquer, Paul Thenard, M. Hervé Mangon et d'autres savants expliquaient cette, combustion par la réduction du peroxyde de fer.

» J'avais aussi commencé des recherches sur la nitrification et, à propos d'une communication de M. Reiset sur l'origine du gaz nitreux dans la fermentation alcoolique du jus de betterave, je disais : « M. Dumas a admis une fermentation nitreuse et, pour ma part, j'ai toujours vu, dans la ns^ture, les efHo'escenres de salpêtre accompagnées de microzymas analogues à ceux de la craie. Je reviendrai sur ce 8ujet » (2).

» Il faut se reporter à c^tte époque pour se figurer les haussements d'épaules de certaines personnes à l'annonce de pareils résultats. Il est certain que M. Pasteur a employé la craie dans ses expériences sans se douter qu'elle contenait des microzymas. Et tout cela a été vérifié par M. Dehérain, par M. Mûntz et par d'autres en en rapportant la découverte à M. Pasteur. Je n'ai pas réclamé alors, car ces savants pouvaient ignorer l'auteur de ces observations. Mais du moment que M. Pasteur et ses élèves laissent dire, j'ai dû, pour ma dignité et par respect pour l'Académie qui m'avait fait l'honneur de publier mes travaux, dissiper le malentendu.

D En résumé, la question se pose maintenant en ces termes : Les microzymas et les vibrioniens atmosphériques ont-ils pri' mitivement été disséminés dans l'air pour de là tomber sur la

(1) De la circulation du carbone dans la nature et des intermédiaires de cette circulation. Exposé d'une théorie chimique de la vie de la cellule organisée. Conférence faite à Montpellier dans l'hiver de 4866, Paris,' Asselin, 1867. .

(2) Comptes rendus, t. LXVI, p. 547.

terre, pénétrer dans ses profondeurs et dans lés eaux? C'est la thèse de. M. Pasteur. •

)D Ou bien, au contraire, les microzymas et les vibrioniens du sol, des eauK et de tout ce qui vit sur la terre, dans les eaux et dans l'air, ne seraient-ils pas l'origine de ceux que Ton rencontre dans Tatmosphère ? C'est la thèse que j*ai soutenue dans mes Communications à l'Académie avec preuves expéri* mentales à l'appui.

\> Je soutiens que, primitivement, il n'y a pas de germes de vibrioniens, c'est-à-dire de microzymas dans l'air, ni de nuisibles, ni d'utiles. Un ne les rencontre dans les régions atmo&«> phériques assez voisines de la terre que parce que le vent les y dissémine en soulevant les poussières de la surface. Les microzymas et les vibrioniens du sol et des eaux n'ont d*autre origine, j'en ai fourni les preuves, que la désagrégation des ro<-hes des terrains néozoïques et paléozoïques, les déjections quelconques des animaux et des végétaux de tous les ordres et les détritus de leurs cadavres.

» Mes recherches, antérieures à celles de M. Pasteur, pour avoir eu le même point de départ, ^ont ainsi abouti à des con-t olusions tout opposées aux siennes.

» Et j'ose le dire, cette théorie n'est pas imaginaire, ainsi qu'on s'est plu à le dire ; elle est tout expérimentale ; non seulement il n'y a en elle rien d'hypothétique, mais elle est adéquate aux faits, à des faits découverts par moi, contrôlés, vérifiés par ceux-là mêmes qui les niaient d'abord, o

Je ne ferme pas encore la parenthèse ; le plagiat est plus étendu.

Dans la réclamation adressée à l'Académie, je n'ai visé que les mia^obes du ^o\ et leurs fonctions. Mais, dans sa Note, M. Duclaux parle aussi des microbes producteurs de diastases comme d'une de ces découvertes qui découlent des travaux de M. Pasteur sur les microbes ; de son côté, en maître reconnaissant, M. Pasteur, en ses « observations relatives à la Note de M. Duclaux » parle a des travaux non moins, distingués que son élève a déjà produits sur le rôle des microbes dans la digestion, » On, ne peut pas être plus audacieux en fait d'appropriation. La réclamation qui concerne celle-ci viendra .en son temps et je vous en ferai part; car il ne m'est pas possible de reconnaître que la découverte de la production des diastases par les microbes procède des travaux de M, Pasteur, ni que M. Duclaux puisse être autorisé à accepter les .compli-

ments que son maître lui adresse si bénévolement. Ces déccmvertes ne leur appartiennent pas plus que celle qui a motivé ma première réclamation.

En attendant» avant de fermer la parenthèse, je veux faire voir la manière qui permet aux deux savants associés d'en imposer au public et de lui faire croire qu'on est inventeur quand on n'est . . . pas même imitateur. Peut-être MM. Pasteur et Duclaux se croient-iU malins ; mais, .comme le disait naguère un confrère de M. Pasteur à l'Académie française, « la malice qui sert à tout, ne suffit à rien. » En définitive c*est toujours la sincérité et l'honnêteté scientifique qui finissent par avoir le dernier mot : votre lettre indignée le proclame trop hautement pour que cela ne soit pas vrai.

La malice est dans l'emploi systématique d'un mot : on met microbe à la place de microzyma ou de tel autre organisme qu'on ne veut pas spécifier. C'est parce que la foule est aisément dupe des mots, M. Pasteur le sait bien, qu'il emploie celui de microbe comme le plus vague qu'il ait pu employer. Il s'est dit que plus la signification du mot sera vague, plus il fera fortune; naturellement on attribuera à M. Pasteur toute découverte qu'il abritera sous le nonî du microbe. Au fond, il semble qu'il lui est bien indifférent d'avoir raison, pourvu que le public le croie l'auteur des découvertes ainsi abritées.

Oui, le vague et l'indétermination des mots, voilà ce que M. Pasteur a cherché pour abuser ceux qui n'y regardent pas près. Lui-même, du reste, nous en avertit; c'est ainsi .qu'un jour, pressé de dire ce qu'il entendait par le mot germe^ il s'est borné à répondre : « Dans toutes les questions que j'ai eu à traiter, a-t-il dit^ qu'il s'agisse de fermentation ou de génération spontanée, le mot germe voulait dire surtout origine de vie (1) ». Allez donc demander la description micrographique d*une origine de vie I Ailleurs : a J'ai eu recours systématiquejnent aux dénominations les plus vagues, telles que celles de mucor, de torulas, de bactéries, de vibrions. . . Ce n'est point là d^ l'arbitraire ^, ajoute M. Pasteur en guise d'explication» (( l'arbitraire est bien plus dans l'adoption de règles définies de nomenclature, appliquées à dos organismes mal connus qui ne diffèrent ou qui ne se ressemblent que par des caractère dont on ignore la signification véritable » (2).

Microbe ne signifie rien et signifie tout ce qu'on voudra; le

(1) Études sur la bière, p. 302.

(2) Études sur ia bièrey p. 303.

mot étant de la signification la plus vague possible, permettra de tout contenir. On dira microbe producteur de diastase et le tour est joué; pourvu que l'organisme producteur soit d'ordre microscopique, cela suflBt. *

J'ai assez montré que, dans )a première acception, les m-crobes sont deis organismes morbifiques et des vibrioniens. Ce que M. Pasteur a appelé doctrine microbienne devrait s'appeler doctrine vibrionienne. S'il avait employé l'expression vraiment scientifique on aurait trop aisément vu qu'à certains égards la doctrine procède de la théorie du microzyma. Du reste, les personnes plus préoccupées des affirmations sans preuves de M. Pasteur, que de remonter aux sources, ont pensé, en effet, que la théorie du microzyma n'était que le système microbien présenté sous une autre dénomination. « Vos microzymas ne sont que des microbes déguisés I ^ me disait un jour, dans une discussion, un membre de l'Académie de médecine, i'ai eu le droit de répondre que c'étaient au contraire, les microbes qui étaient des microzymas déguisés : nous en avons aujourd'hui la preuve, et cette preuve a été fournie, une fois de plus, par M. Duclaux et par M. Pasteur.

Je voudrais encore vous dire ce que je pense [de l'idée bizarre de M. Duclaux de faire germer des haricots êi des pois dans la terre stérilisée, arrosée avec du lait, et des observations qu'elle a suggérée à M. Pasteur : mais cela m'entraînerait trop loin. J'aurai l'occasion d'y revenir.

En résumé, il y a dans la communication de M. Duclaux plus qu'un plagiat ; il y a le genre de malhonnêteté scientifique qui consiste à fausser la vérité historique et à faire faire ainsi fausse route à la science.

Je ferme la parenthèse, en faisant remarquer à vos lecteurs que M. Pasteur et M. Duclaux ne font, en somme, que confirmer les faits fondamentaux qui ont été le point de départ de la théorie du microzyma. Oui, sans s'en douter et ceirtainement sans le vouloir, MM. Duclaux et Pasteur ont contrit)ué à la manifestation de ce fait, que j*ai été si lent à publier, savoir, que les couches terrestres recèlent des microzymas et que ceux-ci ne sont pas, naturellement, physiogiquement, la proie de la mort 1 Le microzyma est donc bien ce qui est vivant per se^ ce en quoi la vie persiste après la destruction cadavérique de l'organisation : voilà un caractère qui manque absolument à tous les organites, à toutes les cellules, à tous les autres éléments anatomiques sans exception et voilà

comment le microzyma est ce qui fait les assises de Torganisation.

Je montrerai cela dans la prochaine lettre; il en résultera que si les microzymas sont ce qgi résiste à la destruction cadavérique de l'organisation, ils sont aussi, ce par quoi l'organiiiation est faite : en d'autres termes, les microzymas qui, par évolution, deviennent vibrionicns, soit hors de l'organisme, soit dan^ Torganisme pendant l'état pathologique, sont ce qui, dans l'état physiologique, construit les cellules et tous les autres éléments anatomiques (1).

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