‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 29 sur 55 · VINGT-QUATRIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME LETTRE

SoMMAiRB. — Considérations générales touchant la ceUulogenèse et la génération spontanée. — Un postulatum, — Le plus grand tourment selon Goethe. — Lk formation mécanique de la cellule et la théorie cellulaire.

— Microzymas atmosphériques et ceUulogenèse. — La mère de vinaigre.

— Les microzymas de la mère de vinaigre facteurs de cellules. — Destruction mécanique et mort d^une cellule. — Résurrection d'une cellule par ses microzymas. — CeUulogenèse. embryonnaire. — Encore M. Pasteur. — Conclusion.

Je^vais donc, pour tenir ma promesse, considérer les microzymas sous un point de vue nouveau, et les montrer construisant les cellules et les tissus, tout ce qui fait les assises de Torganisation.

(1) Il est bon de ne pas ^laisser passer inaperçue une asserUon de». M. Pasteur que vous m'avez signalée : a II ne se gène pis même pour vous accuserd'étre clérical! » Je n'en rougis pas; mais pourquoi clérical et pas tout bonnement chrétien et catholique? Est-ce parce que mon patriotisme m'a porté à cédei; à de pressantes sollicitations, et à abandonner une situation enviée et enviable pour venir consacrer mes dernières forces au haut enseignement libre qui, à mes yeux, devait puissamment contribuer au relèvement en France des hautes études? Quoi qu'il en soit, le dévouement à la science et à la vérité n^aurait pas été assez puissants sui* M. Pasteur pour le décider à 'consommer un sacrlllce semblable à celui que j'ai consommé, qui. m'a valu les reproches de mes meilleurs amis et des rancunes dont souifrent les microzymas et avec eux leur parrain. C'est un tort de plus que M. Pasteur a voulu me faire. Mais un malheur ne vient jamais sans, son frère! Pendant que M. Pasteur et M. Duclaux faisaient leurs Communications ou qu'elles paraissaient, la Gazette de France (14 janvier 1885), dans un article intitulé a la Science athée », à l'occasion des microzymas, me rangeait parmi les sectateurs de la libre-pensée, me proclamait athée ou matérialiste, et plaçait mes recherches parmi les insanitéz^ les bouffonneries de la science. La veille, dansTl/niver^, chose étrange, dans un orticle intitulé « l'Ennemi de M. Pastpur », les travaux de celui-ci sont donnés comme ayant sauvé le spirituaUsme et « retardé de plusieurs années l'invasion en France du matérialisme allemand. » Est-ce siftiple coïncidence?

Oui, les microzymas, qui sont doués d'activité cliimique; qui sont seuls autdhomiquement vivants; qui, par évolution, peuvent devenir vibrioniens, sont aussi ce qui peut être facteur de cellules et de tissus.

Mais pour mettre en relief l'importance de ce point de vue il faut se reporter à ce que j'ai dit des protoplasmistes et des transformistes, y compris M. Pasteur et *ses disciples, qui ne voient dans ce qu'ils appellent protoplasma qu'un amas de principes immédiats sans rien de morphologiquement défini sur quoi la vie serait fixée. J'ai assez dit, pour n'avoir plus besoin d'insister, que, d'après ce système, tout dans un organisme : cellules, tissus, organes divers, est le fruit de la génération spontanée.

Or, la génération spontanée n'est pas ; il faut donc trouver la cause de la genèse cellulaire et tissuiaire. Les microzymas vivants, doués de vie propre et indépendante, sont cette cause et il n'y en a pas d'autre.

La démonstration a été fournie depuis longtemps ; et depuis qu'elle a été donnée, on aurait dû comprendre. Cl. Bernard, M. Pasteur surtout, qui avaient combattu l'hétérogénie, l'inanité des systèmes qui dominent dans la science. Mais les préjugés dont je parlais au début de ces Lettres, si ce n'est la mauvaise volonté de ceux qui étaient intéressés au maintien de ces systèmes, ont empêché de l'apercevoir ou de Tadmettre. Cependant, j'ose le dire, cette démonstration était complète et générale,- comprenant la genèse, par les microzymas^ non seulement des cellules comme celles de la levure de bière, mais des cellules embryonnaires des animaux. C'est après avoir considéré dans tous les sen^ et sous tous les points de vue certains faits simples, dont je vous parlerai, que j'ai enfin formulé le postu^ latum suivant, que je rappelais naguère dans une discussion à l'Académie de Médecine, savoir :

a Les microzymas sont au commencement de toute organisation. Ils sont ce par quoi un organisme^ une cellule, sont vivants. Plus généralement, encore : tout organisme est réductible au microzyma. »

Et ce postulaium, aussi nécessaire en physiologie que celui d'Euclide en géométrie, je le démontrais par le raisonnement et par les faits. Vains efforts. Et remarquez bien que je ne me bornais pas à exposer des idées que l'on pouvait combattre j[)arce qu'elles n'étaient pas comprises; je montrais dés fiaits d'expérience que ne pouvaient pas expliquer les systèmes admis, contraires à la fois au système protoplasmiste et à la

théorie cellulaire. Ces faits, qui intéressaient M. Pasteur d'autant plus qu'ils ruinaient ses doctrines microbiennes, on ne les avait pas contestés. Les intéressés, M. Pasteur en tète, se bornaient à les déclarer imaginaires, sauf à les tourner comme s'ils procédaient de leurs propres observations. Ah ! c'est qu'il ne suffit pas de posséder la vérité et de la faire briller! Il y a des cécités que Ton ne peut guérir parce qu'elles sont intéressées et voulues.

Certes, aujourd'hui, je comprends Goethe, défendant ses découvertes en histoire naturelle et gémissant de la continuité du triomphe dcH erreurs dont il avait réussi à se défaire, assurant avec amertume que a le plus grand tourment qu'on puisse éprouver est de ne pas être compris quand, après de grands efforts, on est arrivé enfin à se comprendre soi-même et à hien concevoir son sujet. On perd presque la tête, disait l'immortel poète, d'entendre répéter Terreur dont on est parvenu à se garantir, et rien n'affecte plus péniblement que de voir ce qui devrait nous unir aux hommes instruits et à grandes idées devenir la source d'une séparation à laquelle rien ne peut plus porter remède, n

Heureusement jo possédais assez d'histoire pour savoir que la raison, même chez les « hommes » dont parle Goethe, obéit souvent à des motifs du moment, que la même raison, mieux informée par la conscience, juge sévèrement et condamne dans l'avenir. Moi aussi, j'ai éprouvé quelque chose des tourments dont parle le poète de Weimar; néanmoins j'ai eu assez de foi dans la réalité de mes observations, et dans la justesse de leurs conséquences, pour ne me point laisser aller au découragement et rester persévéramment sur la brèche, tenant tête au plus tenace de mes contradicteurs, celui qui, plus que tous les autres, faisait obstacle à la manifestation de la vérité dans les esprits que ses moyens d'influence et sa haute situation prévenaient contre elle. Le mot d'ordre était donné : de tous les c6tés, en province. comme à Paris, il était de bon goût de se moquer des microzymas, d'en dire du mal et de soutenir qu'ils n'existaient pas; que je les avais inventés comme on crée des chimères. En tête des fidèles porteurs du mot d'ordre, même dans les livres, dans les conférences, jusque dans les Comptes rendus des séances hebdomadaires de l Académie des Sciences se trouvaient M. U. Gayon,. H. Duclaux ou M. Chamberland. Le maître lui-même donnait l'exemple; tous les moyeas lui étaient bons pour arriver à faire faire le silence

autour de la gênante théorie ou à la ridiculiser ; rintimidatien même a été mise en usage; et vous vous souvenez de l'incident du Congrès de Londres oiïi j'ai dû si vertement relever l'accusation que, moi présent, il avait osé lancer contre moi, soutenant que la théorie du microzyma découlait de ses travaux. Oui, M. Pasteur sait que les microzymas existent, il connaît toutes les conséquences de leur découverte; et il a cette théorie en si haute estime qu'il voudrait bien la faire sienne; car elle seule explique certains faits qu'il s'obstine, pour dérouter l'opinion, à donner comme la conséquence de travaux qui lui sont propres/

C'est Guichardin, je crois, qui, à l'usage des politiques, a émis ce bel apophtegme :

<K On crée le succès en assurant qu'il existe! »

M. Pasteur a suivi la maxime de Thistorien italien. Mais lorsque le succès ne repose que sur des équivoques, il s'appelle d'un autre nom ; à la fin il se trouve des consciences honnêtes que les abus révoltent. Laissons faire le temps et la lumière jaillira. Quoi qu'il en soit, la conclusion naturelle de ce qui précède, c'est que M. Pasteur sait fort bien que ses doctrines physiologiques et pathologiques sont le fruit d'un système à priori qui, lui-même, procède de l'esprit de système et non pas de l'exacte coordination de faits patiemment constatés.

Il y a longtemps, Fontenelle disait : a L'Académie des sciences ne prend la nature que par parcelles; nul système général, de peur de tomber dans l'inconvénient des systèmes précipités, dont l'impatience de l'esprit humain ne s'accommode que trop bien. »

M. Pasteur a été un impatient; son esprit s'est accommodé aisément d'un système qui n'a d'autre fondement que la vieille et gratuite hypothèse des germes préexistants universellement répandus, morbifiques ou nuisibles et bienfaisants. Au lieu de déterminer expérimentalement la valeur de l'hypothèse, il a donné comme en démontrant le bien fondé la constatation de faits qui,, exactement interprétés, aboutissent à la démonstration de sa fausseté.

Je reviens aux faits simples, dont je parlais, qui m'ont conduit à formuler mon postulatum et à découvrir enfin le mécanisme vrai de la genèse des cellules. '

Il serait intéressant de faire précéder ce que je vais dire de l'histoire des tentatives des physiologistes et des histologistes,

même de Schwaim, pour expliquer mécaniquement la formation des cellules. Les lecteurs que la question intéresserait la trouveront dans le volume des microzymas (1). Qu'il me suffise de rappeler que Kûss et H. Virchow combattaient et les expériences que Ton avait tentées et les explications que Ton donnait 9 et que, pour échapper à Thétérogénie, ces deux savants ont fini par regarder la cellule comme Tunité vitale dont procède l'organisation et la vie des organismes com- ■posés. Mais, nous le savons, la cellule, élément anatomique essentiellement transitoire, ne saurait être réputée vivante per se.

Rien n'étant plus satisfaisant pour l'esprit que de pouvoir remonter au point de départ précis d^une théorie scientifique^ je veux, en quelques lignes, exposer comment j'en suis venu à concevoir que les microzymas peuvent être facteurs de cellules.

Pendant que j'étudiais les microzymas atmosphériques, au point de vne de la solution du problème posé par les spontéparistes, j'ai été souvent frappé par un phénomène qui me parut étrange. Le plus souvent, les solutions de sucre de canne que j'exposais au contact de l'air de mon laboratoire ne me laissaient voir que les corpuscules très petits, les petits corps, que j'ai appelés les microzymas. Or, en ajoutant à cette eau sucrée, munie de microzymas, des sels minéraux appropriés, c'est-à-dire les matières minérales dont les cellules ont besoin pour se constituer, il arrivait que, plus ou moins rapidement, apparaissaient de véritables cellules, là où le microscope, malgré l'examen le plus attentif, n'en laissait pas apercevoir le plus simple rudiment. Et ces cellules, plus ou moins semblables à la levure de bière, devenaient quelquefois de véritables mycéliums de moisissures. Dans certains cas ces cellules déterminent une véritable fermentation alcoolique du sucre, avec dégagement abondant d'acide carbonique. Or, tandis que ces cellules se multipliaient les microzymas devenaient moins nombreux, disparaissant plus ou moins complètement ou devenant bactéries. En étudiant plus attentivement le phénomène, il me parut que, si les microzymas devenaient bactéries par évolution individuelle, il n'en était pas de même dans la formation des cellules. Lorsque celles-ci apparaissaient, il me sembla que plusieurs microzymas concouraient à la fois à leur production ; bref, qu'auparavant ceux-ci se groupaient en amas formés d'un plus

(t) L64 Alicrozymas^ etc. J.-B. Baillière et fils.

OU moins grand nombre, s'accolant les uns aux autres avant que la cellule apparût avec ses attributs.

Ces observations me conduisirent à examiner une production bien connue des botanistes et surtout des mycologistes : la Sfére de vinaigre. En étudiant avec le plus grand soin plusieurs échantillons très jeunes de cette substance, j'en vins à m*en faire une tout autre idée que celle des^ auteurs. On l'appelait Mycoderma ace^i, mais M. Pasteur a donné le même nom à une autre substance organisée microscopique qui possède des propriétés bien différentes. Pour éviter toute confusion, je lui maintiens son nom populaire.

La mère de vinaigi*e est cette production membraneuse, gélati^ neuse d'apparence, qui se développe dans les liquides fermentes qui deviennent vinaigre. On la considère comme étant de nature végétale ; elle est bien moins azotée que la levure de bière et ne contient que des traces de matières minérales. En réalité, sa composition élémentaire la rapproche de la cellulose plus ou moins souillée de matière azotée. Tout le monde est d'accord sur un point, c'est qu'elle est un végétal ; notion importante sur laquelle j'insisterai- quand je discuterai la question de savoir si les microzymas et les bactéries sont des animaux ou des végétaux.

L'examen microscopique de la mère de vinaigre est fort intéressant. Lorsqu'elle est jeune et pure^ elle apparaît, au microscope sous un fort grossissement, comme une mehibrane finement granuleuse. Si l'on dilacère cette membrane, les fines granulations s'échappent et on a sous les yeux une infinité de formes sphériques qui sont les microzymas; on. n'y découvre pas d'autre trace d'organisation. Bref, la mère de vinaigre n'est autre chose qu'une membrane formée par des microzymas simples, empâtés dans une matière hyaline sans structure qui en est comme la gangue. Il faut le répéter, elle n'a d'autre spé* cificité morphologique que celle des microzymas dont elle est un conglomérat. Dans des échantillons de mère de vinaigre vieille les microzymas sont entremêlés dans la membrane avec des formes linéaires ou courbes, qui ressemblent à des bactéries. Mais dans ce que je vais dire il s'agira exclusivement de celle qui est jeune et simplement finement granuleuse. ^ Pour mettre hors de doute que la membrane en question n'est histologiquement formée que de microzymas, il fallait prouver d'une part- qu'elle est douée d'activité chimique et, d'autre part, que ces microzymas peuvent devenir bactéries, sans autres formes structurées.

L'activité chimique de la mère de vinaigre^ je Tai mise en évidence presque dès le début de ces études» en montrant qu'elle transforme le sucre de canne, le fait fermenter et produit de Talcool (1). Mais elle est un ferment lent à Tégard des solutions de sucre de canne pur.

Pendant que la membrane séjourne dans Teau sucrée elle ne change guère d'aspect t on y découvre seulement des microzymas en voie d'évolution bactérienne, mais absolument aucune autre forme organique. Dans le vinaigre elle peut conserver indéfiniment sa constitution finement granuleuse. Dans l'empois l^évolution bactérienne est plus rapide,* mais incomplète, bien que la fluidification s^accomplisse et qu'une feimeutation alcoolique, acétique et butyrique se produise. C'est dans les milieux sucrés ou amylacés additionnés de carbonate de chaux pur et de bouillon de levure ou de bouillon de viande, que l'évolution bactérienne s'accomplit le mieux, le phis rapidetnent et le plus complètement, tandis que l'on y peut suivre les diverses phases déjà décrites de révolution. £n pfésence du cai'bonate de chaux^ du sucre de canne et d'une matière albuminoïde qu'elle puisse digérer, la fermentation est d'abord lactique, puis butyrique ; dans les mêmes conditio ns avec l'empois, la fermentation est surtout butyrique et acétique.

Les microzymas de la mère de vinaigre possèdent donc les propriétés générales des microzymas d'une origine quelconque. Mais si par évolution ils peuvent devenir individuellement vibrioniens et être ferments lactiques et butyriques, par groupement ils peuvent devenir cellules dont la fonction essentielle est d'être ferments alcooliques.

Les micr'ozymas de la mère de vinaigre et de la levure fao^ leurs de cellules. — Une solution de sucre de canne dans du bouillon de levure ou dans du bouillon de viande, convenablement phéniqués pour écarter l'objection relative aux germes de Vair^ est mise avec de la mère de vinaigre dans un appai^eil à fer^ mentation. La température étant de SO à 25 degrés centi|frades^ on constate, dès le lendemain, un dégagement de gaz ; qudqueâ jours après le gaz dégagé est de l'acide carbonique pulr comme si l'on avait employé la levure de bière pour ferment ; en moins 4'un mois tout le sucre était détruit et remplacé par les termes ordinaires de la fernientation alcoolique ; acide carbo-^ nique^ acide acétique, alcool, glycérine, etc.

Que s'était-il passé ? Dans ces conditions pûttlcuÙbres dé

(1) Comptés renduM du 4 arrU 1S64.

-ÎI3 —

notritioD, les mkroEjmas n avai^it pis éTolué pour devenir bactéries, mus avaieot formé des cellales sopcarbes^pius {irosses que odles de ia leTure de bière ; il y eu avait de libreis dans la liqueur; mais en examinant les portions de membrane non désagrégées, on y distinguait nettement des cellules en voie de formation au milieu d'amas de mkroivmas: on vovait d'sd)ord de ces amas ayant vaguonoit fi^parenoe d*une eellule sans omtours nettement déterminés; tout près il y m avait d'autres d<mt le contour était nettem^t circonscrit» comme une cellule achevée; et ces cellules. naissent ainsi, non pas à la surface de la manbrane, mais dans la profondeur; en exami* nant les bords des lambeaux, on voit de oes cellules achevées à moitié engagées dans la gangue hyaline qui les retient et prêtes à se dégager : par des pressions exercées sur la lame mince couvre-objet on les peut séparer et les distinguer libres t alors on voit parfaitement la xone formée par la membrane enveloppante. Bref, les choses se passent comme ceci : dand le milieu nutritif formé par le sucre, les matériaux x^rganiques et minéraux des bouillons, les microzymas se grçiipenty 9*ag^ gtutinent suivant une certaine Un dépendante de leur nature i sécrètent ou constituent la membrane qui les enveloppe et la cellule est produite; une cellule, organisme nouveau, douée des propriétés que ne possédaient pas les microzymas qui en sont les facteurs.

Ces résultats, j'en suis sûr, mon clier ami» doivent intérasseï! un esprit philosophique comme le vôtre.

Voilà, n'est-il pas vrai, des cellules qui n'existaient pas ot qui, sans les conditions de milieu réalisées, n'auraient jamais apparu; elles sont vraiment de nouvelle formatioui en quelque sorte formées de toutes pièces. Les savants qui auraient étudié le phénomène, sans tenir compte des microzymas do lu mcmbi*ane, les auraient proclamées le fruit de la génération spon^ tanée ou, avec M. Pasteur, auraient soutenu qu'elles proviennent de quelque germe de Vair tombé dans le milieu où elles ont apparu. Or» j'ai démontré que les bouillons de levure ou do viande sucrés, dans les mêmes circonstances expérimentalosi ne laissent jamais apparaître de cellules quelconques» ni mémo de vibrioniens.

Pourtant ces cellules de nouvelle formation ne peuvent pas être réputées formées par génération spontanée ; non» car elles l'ont été par les microzymas qui sont organisés et vivautç ; leur organisme est constitué par ces microzymas et leur Vi6 en

procède: il n'y a pas eu création d'une vie nouvelle, mais d'un organisme nouveau par ce qui était déjà doué d'organisation et de vie.

La première fois que j'ai parlé de ce fait intéressant, c'a été dans une C!ontérence que j'ai faite à Lyon, au Palais Saint- Pierre, en mars 4888. L'année suivante j'ai fait connaître à l'Académie l'expérience et les conclusions. Ces dernières méri*« tent d'être transcrites ici, car elles ont conservé toute leur valeur et leur actualité. Je disais :

* La nature du monde organisé étant une dans ses multiples manifesta- Mons, on peut considérer que les granulations moléculaires que J'ai nommées microzymaSf sont, dans les végétaux et dans les animaux, ab iemine et ab avo^ k9 travaWeuiti qui, les conditions favorables étant données, sofi( chargée$ de tisser des cellules .

» Dans les études sur la génération dite spontanée, le microzyma doit dorénavant être pris en considération.

» Cette théorie nonvelle de l'origine de la cellule n'infirme pas l'énoncé axiomaliqae de M. Virchow r omnk cellula e oellula. Une cellule peut dériver d'une autre cellule suivant un autre nipde, voilà tout. » (1).

J'ai dit tout à l'heure que, pour produire une cellule, les microzymas se groupent, s'agglutinent suivant une certaine loi dépendante de leur nature et j'ajoute maintenant, dépendante aussi d'un milieu conforme à cette nature. En effet, il ne faudrait pas s'imaginer que des microzymas quelconques, placés dans la situation de ceux de la mère de vinaigre^ produiraienti je ne dis pas les mêmes cellules^ mais une cellule/ Distinction importante dont il faut montrer la portée et la signification.

Je suppose que l^on remplace la membrane mère de vinaigre par de la fibrine, que j'ai spécifiée comme étant une espèce de fausse membrane à microzym^. Dans les conditions où les microzymas de la mère de vinaigre deviennent bactéries, ceux de la fibrine peuvent le devenir également ; mais où ceux-là forment des cellules ceux-ci n'en produisent pas. C'est que ces microzymas, bien que morphologiquement identiques; sont spécifiquement différents. Notion capitale dont les conséquences physiologiques, histologiques et pathologiques sont immenses.

Un mot, maintenant, avant de passer outre, sur Tassertion qu'une cellule peut dériver d'une autre cellule suivant un autre mode que la dérivation ordinaire ; ce qui nous conduira à mieux comprendre la notion de dépendance de nature dont je parlais.

(1) Conclusions concernant la nature de la mère de vinaigre et des micrO'àymas en général. Pli cacheté ouvert le 12 avril 1869. Comptes rendus, t. LXVIII, p. 877.

(Test on iUtooima el classique, exjdiqué par Cagiiitrd4iatoiir> que la levure de bière ensemencée dans le motki du brasseur ou daos le bouillon de levure sucrés s*y multiplie* La cellule de levure {urocède d*une autre cellule par bourgeonnement. Cest la dérivation cellulaire.

Dans les 19* et 20* Lettres j*ai parlé de la destruction» par régression» de la levure (daoée dans des milieux où elle ne trouve pas d'aliments qu'elle puisse consommer ; les microiy^ mas deviennent libres et subissent alors révolution vibrio^ nienne.

Hais la levure peut être détruite mécaniquement* Il est évi^ dent que l'on peut, par le broiement à la molWtte, sur une pla* que de verre dépoli, réduire la levure en poussière* Cette destruction, avec un peu de patience et de temps, peut être si complète, que le microscope ne laisse plus apercevoir aucun globule de levure» Un organisme broyé,. réduit en poussière, fôt-ce une cellule, est un organisme mort : cela est encore évi*dent. Voilà donc la levure détruite et, en tant que cellule^ absolument morte. Sa matière pourtant n*est pas anéantie ; qu'est^elle devenue ? Au microscope on ne distingue des débris de la levure qu'une infinité de granulations moléculaires, agi* tées du mouvement brownien, au milieu des matériaux solubles de son stroma. Ces granulations moléculaire sont-elles les microzymas de la levure ? assurément, puisque Je broiement, à cause de leur excessive petitesse, ne peut les atteindre.

Eh ! bien, ces microzymas étant placés dans les mêmes conditions expérimentales que la mère de , vin'aigi'e, deviendront bactéries où les microzymas de celle-ci le deviennent, formeront des cellules où ils les forment. Bref, la cellule de levure peut ressusciter par ses microzymas.

Telle est la démonstration qu'une cellule peut procéder d'une autre cellule suivant un autre mode que la pi*olifération ordinaire. Il serait trop long de déi^rire tous les détails de cette expérience extrêmement délicate, aussi importante par .ellemême qu'elle est bistologiquement significative. Le Mémoire où ces détails sont rapportés a été lu à rAcadémie des sciences, le 23 octobre 1871, grâce à la bienveillance de M. DumaSiCt inséré aux Annales de chimie et de physique la mênie année (1). A cause de son importance, ce Mémoire a été reproduit

(1) Recherches sur la nature et l'origine de$ ferments; Annalei de oblmie et ()e physique, V série, tome XXIUt P*.443*

dans le volume eonsaoré à Thistoire des microzymas avec de nouveaux développements (1).

Il fallait démontrer que la généralisation comprise dans les conclusions concernant la nature de la mère de vinaigre et des microzymas en général était légitime. Dans le Livre des microzymas^ j'ai rapporté les expériences de divers auteurs, notamment celle de M. Onimus, touchant la génération spontanée des leucocytes, qui vérifient les miennes et qui ne sont explicables que dans la théorie du microz^ma, ces savants n'ayant tenu aucun compte des granulations moléculaires cou** tenues dans les humeurs qu'ils employaient.

Pendant que je m'occupais de la cellulogenbse des ferments identiques ou analogues à la levure de bière, nous entrepreiiionS; M. Ëstor et moi, l'étude du rôle des microzymas pendant le développement embryonnaire. Les résultats de nos recherches n'ont été publiés qu'en 1873 (3) • J'avais découvert depuis longtemps et décrit le mode de multiplication des microzymas du vitellus d'œuf de. poule. A un moment donné on ne découvre dans ce vitellus, en fait d'éléments organisés, que des microzymas. Dans tout ce travail, en suivant jour par jour le développement des principaux tissus ou cellules, nous avons surpris les microzymas se tassant, se groupant sous la forme de sphères, puis s'enveloppaht pour constituer la cellule embryonnaire. Oui, les choses se passent là absolument comme pour la genèse des cellules par la mère de vinaigre. Jamais nous n'avons va qu'une cellule embryonnaire procédât d'une autre cellule. Jîref,' les conclusions formulées en 1869, conséquences d'observaitions qui remontent bien plus haut, se trouvaient vérifiées, le postulatum démontré dans toute son étendue.

£t, on terminant, je dois dire que M. Pasteur n'a pas manqué de tenir pour non avenues des expériences qu'il prétend expliquer par les ; germes de l'air. C'est lui-même qui a écrit ce qui suit :

« M. Bécbamp pose cette hypothèse que la mère de vinaigre est un coni^oménit de microzymas, et, comme il ne voit pas que, dans ses expériences, rorigiùç des bactéries on des cellules de levure provient d^ensémencements spontanés qui n'ont aucun lien avec la mère de vinaigre su^^ }<h quelle il opère, il arrive à cette conclusion : « Dans les expériences que je » viens de résumer, les choses se sont passées comme si le microzyma, éer- » taines conditions favorables étant données, était le fticteur et desbaciérieè » et des cellules. >

(1) Lei micrê9ymas, ek., p. 454 et suivantes,

(2) Comptes rendus, t. LXXV, p. 96».

H. Pasteur a cru réduire à néant cette série d'expériences en en rapportant d'autres qui n'ont aucun lien avec elles, et il en a imposé à ses lecteurs. Mais il faut finir ; dans une autre lettre nous verrons quelles sont les conséquences les plus éloignées de ces expériences, ce me sera une occasion d'exposer à nouveau l'étrange physiologie spiritualiste de M, Pasteur.

VINGT^INQUIÈME LETTRE

SoKKAiRE. •— État de la question touchant la nature des microzymas. -«

Sont-ils animaux ou sonl-jls végétaux?

Au début de la quatorzième Lettre je faisais remarquer que les préjugés qui dominaient dans la science et les efforts de M. Pasteur pour obscurcir les conséquences de la découverte des microzymas, avaient eu prise même sur un esprit philosophique et scientifique comme est le v6tre. J'y promettais de revenir sur le résumé de l'état de la question telle qu'elle se présentait à vos yeux en 1878, c'est-à-dire deux ans après la publication des Études de M. Pasteur sur la bièrcp ouvrage dont j'ai eu souvent à parler et qui parait avoir été ,CQnçu et spécialement écrit pour préparer l'édification du système que plus tard il a appelé les doctrines microbiennes. Pour que ces doctrines parussent vraies il fallait que la théorie du micro^ zyma parût fausse : aussi M. Pasteur, nous Favons vu» a fait tout ce qui était en son pouvoir pour le faire croire.

Le moment est venu de tenir ma promesse et de dégager ainsi les raicrozymas des erreurs dont leur découverte a été l'occasion*

L'année même où paraissait l'ouvrage de M. Pasteur dont je viens de parler, M. Nencki, à propos d'une étude sur les granulations moléculaires du pancréas que j'ai déjà citée, disait : elles sont évidemment les mtcrozymas de Béchamp ou coccos de Billroth, la même chose que le Monas crepusculum d'Ehrenberg (1). »

Deux ans plus tard vous disiez de votre côté :

(1) M. Nencki : Zersetxung der Gélatine und dç$ Eliu;eis.m bei der FaUlnUs, mit Pancréas, p. 35^ Bern, 1876« J. Dalp,

■ Quand on arrire net le microscope t U limita dm âlémenU pereeptIMM, OD le irouve en présence de pelita corpuiculei qui ont été désigoéi pat le; anteura sou» différents noms ; Afonoi crepuievtum (Ehrenbcif), Monades (Hueter), Moglaéa (Cohn), Microiporon-tepUcvm {Klein), Microcoixus (Hallier), Microiymat (Btehamp). •

Cepenâant vous donnez une grande attention au Mémoire qun aous avions publié en 1870, H. Estor et moi, et vous montrez comment nous avions distingué, sous le niHn de miciozymas, des granulations moléculaires qui ne rentraient dans aucune des quatre catégories que M. Cli. Robin avait décri» Us ; vous raj^lez même que les granulations moléculaires des cellules animales que nous avions en vue sont, en appnreEce, identiques à celles que j'avais depuis longtemps bÎ" gaalèea dans la craie et que j'avais caractérisées comme étant des fârments. Enfin, ayant exposé la théorie qui découlait des faits observés, vous dîtes :

0 Da moment que mterozymas et baclérlei ne «ont qoe les formel évolulit es l'un m£me organlime, MM. Estor et Béchamp ont accamulè >ur le* iiiLrroifma^ tontes les propriétés qu'on avait accordées séparément h ces ilinu orfiaolsmea. DoD leulement le nlcrozyma préside & l'évolution de la matiJtte organique vivante dans les conditions normales, mais encore il est le lacienr Indispensable de tontes les maladies, et point n'est besoin de fuii'e intervenir, comme le proresae M. Psateur, l'introduction dans l'orgsni^me et l'action da germes étrangers, c L'être vivant, dit H, Eator, rempli de mlcrozj'mas, porte donc en ïui-méme, avec ses microphftes-ferments, les éléments essentiels de la vie, de la maladie, de la mort et de la des- IruetïDn. >

1 Djs assertions aussi graves et qui ne tendent à rien moins qu'à faire considérer le corps vivant comme un agrégat i'aniimux ftntunti (l'Idée n'est pas neuve d'ailleurs] ont dû soulever beaucoup d'opposilion, et c'est

I La tactique des opposants n'a pas répondu peul-fitre t ce que ia science pnuvail désirer. Au lieu de démontrer que les mlcroz^mas ne font pas prée i:ii;minl tout ce que HH. Estor et Béchamp prétendent, on a laissé de cAté les microjiymat des cellules et an a conservé les mîcrococcos en ajent soin de coisidérer ces derniers non plus comme des particules animales, mais ci>iiime de petits éléments végétaux qui se multiplient par scission. >

lit vous ajoutez, d'après M. Nepveu, qui vulgarisait en Fiance les travaux de M. Billroth :

ï D'après cette dernière théorie, le eoceos aérait le genre de plualeurs eEi|>eces et variétés désignées bous les noms de megùcoccot, mesococcoi, micrO' vtiri'oi, ttnptoùocco), oKoooKot, eoceo-bactérie, etc. (1).

'- CiB coccos proviendraient toujours des germes de l'air ou des divers liquides, d'après certains auteurs. D'après quelques autres (Billrotb, Henssen, l.iiileis), il y a toujours, h l'étal normal, des germes dans le sang. >

(Il ITepvéu. Du rôle du organismes infériews dons les lésions cMntrgi~

— il9 — Enfin Toos conduei :

c n esl éTidtfit, d'apiès cft qui précède, qoe Thisloire Mtnfrile d«s c«r» puseoies Infiniment pHils désirés sons las «mois de iiirf«syM«»> nijief»^ roooof, eoeros, ele.« n est pas encore établie d^ouie manière snfisante, «t ciQil est, par eoiâéqQent, tiien difficile de se prononcer nettemenl à lewr sujet an milien des théories cobtradidQîres qni les concernent (t), »

Yoilà sons quel aspect les choses se présenlaieni à vous en iS78. Oui, où nous avions regardé oonune microiymas animaux et ceux des cellules et ceux qui peuvent être Ubrest dans les humeurs, les auteurs qui avaient vérifié leur pré« sence et accepté la démonstration de leur vitalité» ont rdfbsé de tenir compte de ceux des cellules et ont r^^ardé les autres sous le nom de coccos, comme étrangers à l'orgamsation et comme étant des végétaux ou des germes.

Les préjugés empêchaient les savants de se mettre à notre point de vue et de voir avec nous, que les microsymas forment une nouvelle catégorie d*6tres vivants. Et il n*est peut* être pas inutile de faire observer qu'il y avait un peu de notre faute.

Je dois l'avouer, nous avons eu. tort, dans le Mémoire que vous avez cité, pour nous faire entendre, de sacrifier à Tusage. Nous aussi, nous avons employé les mots à la mode de germes et de microphytes. li fallait, comme je le pensais d'abord, répudier ces termes comme vicieux et fkux. Les microzymas, en effet, quand on les considère dans leurs rap* ports avec l'organisation animale ou dans leurs relations avec les vlbrioniens qui proviennent de tissus animaux, ne sont ni des germes, ni des microphytes.

Plus tard j'ai répudié cette fausse non^nclature, reconnais* sant avec D. Stern que « s'il n'y a rien de plus dangereux, de plus haïssable en politique que les mots vagues &, leur emploi est tout aussi nuisible et haïssable dans la science.

Précisons donc, avant d'aller plus loin, ce qu'il y avait de démontré, à l'époque dont il s'agit, à l'égard des microzymas.

Sans remonter plus haut, il convient de rappeler que, de 1863 à 1876, j'ai successivement découvert les microzyma$ atmosphériques, ceux de la craie ou des roches calcaires, des terres cultivées ou des garrigues et des eaux. J'en ai rapproché ensuite les granulations moléculaires notées par M. Berthelot dan(3 certaines de ses expériences sur les fermentations. Enfin, j'ai été amené à leur comparer certaines granulations

(1) E. Fournie. Application des scimces à la médeoiive, p. 676, 677, 678,

moléculaires des tissus, cellules» humeurs des animaux et des végétaux de tout ordre. J'ai démontré que tous ces microzymas d'origines si diverses sont morphologiquement identiques et de Tordre des dernières grandeurs observables au microscope ; qu'ils sont doués» chacun selon sa nature, d'activité chimique, au même titre que les organismes également microscopiques que l'on appelle ferments figurés; mais qu'ils sont les plus petits de ces ferments (d'où leur nom); or, j'admettais avec Çagniard-Latour que les ferments figura sont vivants; donc les microzymas Tétaient également. Mais je ne m'en suis pas tenu là et j'ai prouvé, en outre, qu'ils sont vivants parce que, par évolution, ils peuvent devenir Vibrioniens ; et, je n'ai plus besoin de le dire, c'est avec M. Ester que nous avons définitivement établi que les microzymas animaux peuvent subir cette évolution à même les tissus.

Oui, voilà ce qui, pour moi, était irrévocablement démontré ; les microzymas, quelle que soit leur origine, sont des êtres vivants, et parce qu'ils sont doués d'activité chimique et parce que, par évolution, ils peuvent, les circonstances étant favorables, devenir Vibrioniens.

• Et il convient de rappeler aussi que M. M, Nencki, en 1876, après avoir vérifié, sur le pancréas, la naissance, à même son tissu, de Vibrioniens, déclara ceci ;

« A ma connaissance', c'est À. Bécbamp qui, le premier, considéra certaines granulations moléculaires, qu'il nomme microzymas, comme étant des ferments organisés et qui défendit sa manière de voir avec résoluUon contre diverses attaques, »

Enfin, le même savant, ayant rappelé en trois propositions nos résultats, ajoute :

à On voit que les recherches postérieures de Billroth et de Tiégel ne sont dans leurs résultats que la confirmation de ces trois propositions (1). »

M.' Ch. Robin, qui avait écrit sur les granulations moléculaires et qui en avait fait une classification, ne laissa pas de s'occuper des microzymas. Il importe, pour la clarté du sujet, de connaître la manière de voir d^un savant si compétent. Il disait en 1871 :

« Les nombreux granules très fins, de volume uniforme, d'aspect très caractéristique, que le microscope montre dans les mucus^ h la surface des cellules épithéliales, linguales, intestinales, et dans beaucoup de déjections intestinales, qui, à la surface des porte-objets laissés dans les macérations, etc., à la surface des Infusions^ forment ce que Burdach appelait la couche mti-

(f ) M. Nencki, loc, cit.

queuse primordiale et Pouchet la pellicule proUgèrê, d'un auteur à l'autre, ont reçu des noms très différents, ,. Suivant M. Bécbamp (1867-1868), ces corpuscules qu'il a nommés fntcroy^/mo^, et que l'on connaissait sous le nom de granulations moléculaires^ sont capables de se développer en bactéries ou en vibrions^ qu'ils proviennent d'un tissu végétal ou d'un tissn animal, pourvu que l'on réunisse de bonnes conditions. 9

Mais, après avoir sommairement exposé les conséquences des faits que j'ai rappelésT, le savant auteur conclut que :

« Ces vues resteront à l'état de suppositions pures tant que la nature chimique de ces granules d'origines si diverses restera ignorée, tant qu^on n'aura pas montré quelles sont les actions chimiques qui se passent dans leur propre substance, suscitent les actes de fermentation et autres dont on les dit être cause à l'égard des éléments anatomiques et dos bumenrs au sein desquels ils sont plongés (1). «

Je comprends l'embarras de M. Robin ; mais je ne peux pa» m'empécher de remarquer combien son langage était différent de celui de M. Pasteur cinq ans plus tard; en savant conscien* cieux et honnête il ne conteste pas les faits et les conséquences déjà entrevues qui en découlaient; mais il connaît les diilicuk tés du sujet, il veut des éclaircissements, car il aperçoit clairement que la nouvelle théorie est intimement liée à celles de la fermentation, de l'organisation, et des actes chimiques qui s'accomplissent dans l'organisme pendant la vie.

Plus tard, M. Ch. Robin, dans l'article a Germes » du Dic^ tionnaire encyclopédique des Sciences médicales (1882)^ a consacré plusieurs pages aux microzymas, où se trahissent les mêmes préoccupations. Je n'en veux citer que les lignes sui*vantes ;

c Sans dire d*où il arrive dans l'œuf, d'après M. Béchamp, le microzyma procéderait de l'œuf; l'origine des microzymas se confondrait avec celle de l'être et de l'organe qui les contient; là il évoluerait parallèlement à l'élément anatamique* Il y aurait évolution fonctionnelle qui aboutirait & la spécificité des usages de chaque organe, à autant de sortes de microzymas ou ferments organisés qu'il y a de propriétés spécifiques des produits de

ces organes

' » Les physiologistes consldèr-ent les actes biologiques comme reconnalssanl pour condition d'existence l'arrivée à un certain degré de développe* ment des organes, de leurs cellules constitutives, de la composition de la substance iném^ des éléments : or, d'après M. Béchamp, il n'y aurait là qu'ilhision; c'est au microzyma qu'il faudrait reporter ce qu'on attribuait aux unités anatomiques de nos tissus ; c'est à un végétal et non à l'animal qu'il faudrait attribuer ce qui se passe en celui-ci (2). y>

(\) Ch. Robin, Traité du microscope; p. 927 et 928 (1871). (2) JWc«. encycl. Se, méd., 4« série. U VIII, p. 599.

Ces ligues m'expliquent rembarras de l'illustre histologiste* La difficulté qui l'arrête, la voici : Le microzyma est un végétal^ dit-il, et c'est à ce végétal qu'il faudrait attribuer ce qui se passe dans l'animal, et non à l*animal Iui-<méme, sans que nous sachions comment il arrive dans l'œuf dont procède cet animal,

La difficulté la voilà tout entière dans un mot : le microzyma serait un végétal; et ce mot, comme celui de germe ^ étant pris dans un sens vague, a amené toutes les confusions dont les microzymas ont été victimes. Et je reconnais que, pour avoir sacrifié aux usages, qui voulaient que les ferments organisés fussent des végétaux, j'ai moi-même prêté le flanc, puisque j'ai consenti à dire que les microzymas sont des miorophytes ferments.

La difficulté a été facile à lever, j'y reviendrai ; mais M. Robin oublie qu'à la base de son système et de celui des protoplasmistes, il y en a une bien plus énorme, puisque le tout de l'organisme procéderait du blastème ou du protoplasma, c'està-dire de la matière purement chimique; j'ai assez montré que ces systèmes sont physiologiquement et chimiquement inadmissibles pour n'avoir plus besoin de le faire de nouveau.

M. Robin a écrit l'article dont j'ai cité les passages précédents, après mes communications, à l'Académie des sciences et à l'Académie de médecine, sur le pancréas. Il est curieux de constater l'impression pr3duite sur ' vous par ce travail et de comparer votre manière de voir à celle de M. Robin. Vous avez fait de mon mémoire sur les Mici'ozymas pancréatiques le sujet d'un de ces articles qui vous conduisent aussitôt sur les sommets. Les lecteurs de la Revue se souviendront que ces Lettres sont écrites à propos de sa publication.

Vous avez cru devoir reproduire en entier la lettre que j'avais eu l'honneur d'adresser à M. Dumas sur les microzymas du pancréas ; j'y démontrais que ces microzymas résumaient en eux toutes les propriétés connues, comme agent transfCHrmateur chimique, du suc pancréatique ; et vous en avez aussitôt donné le commentaire suivant qui est de main de maître et que je reproduis en entier, sans y changer. rien.

« Certes, disiez-vous, on ne saurait exiger une expérience plus probante, et comme, d'un autre côté, elle a donné des résultats analogues sur d'autres organes glandulaires, on est autorisé à conclure que les granulations moléculaires connues sous le not^i de microzyma sont bien les agents des transformations vitales dans les glandes. . , .

» Reste à savoir si cette manière dô' voir est susceptible d'être généralisée.

de te ne« Ailksi. fur iui|V. 4iiii»$ Wt$i «I min |«$ càtt<fcM> |«t 4é$ fv^

tisso cMJQMliCi les ttras éltsU^ves e( les celhiles d'«fiilMKii«i «ty< liMlt» nojavE «i le«r pwliiihwii ; iIms les Muckâs o« kisscm tftf^ViMiNil 4i^ c^ les proeédès diniipBs {m seecMnd plui} |NB«r W cottsitkrar^ nii ^livil de T«e ■écuiqae, q[iie li sabstune proléîqtte et <;o«lr»ctiW <yH i>Mifcm«ll les fibres ceflaies; dams les cdlmles mefTettses, enfii. on ne ^hièrcèfm |^ le secret de U perocfilMm et de TeictUtiom aux mouv^memU datt U c\^aii« positiom chîmiqae des grammlatioiis mioiéeiilaires qa'ellei rentonieiit^ |>ar<*^ que ee serait peine inolile, aais on dira» qii'em tiraml à leur naïU^ioK <in( ceJlmles acqmièient la propriété de produira le seiitimi»t et l>itdl«lH^ motrice.

> En etamimant aimsi le) microiymas non pas au point de tue ettlu$iv^ ment dûnûque, mais an point de rue pliysiologlque, e*e$t^*din^ au i>oiiU de Yue qniemdmse tous les procédés capables de nous montrer «&a«lv>iiiMt les actes si rariés de la Tie^ la théorie de MM. Béehauip et Kstor i^t acceptaMe; die satisfut Tesprit et n*est nullement en opposition avec ea que noos savons des lois générales de la rie,..*., (i), »

Je n'ai pas hésité à remettre sous vos yeux et ceux de vt><» lecteurs cette page un peu longue mais magistralement pimstVi Oui, Yoilà bien les microzymas vus comme ils doivent VtVti\ dans leur ampleur, sous deux points de vue. Je vous ferai seulement remarquer que le point do \ue physiologique ne m'avait pas échappé, puisque je montrais les niicroxymas facteurs de cellules, les constructeurs des parties de Torganisiae et» par Suite, les agents de tout le devenir de cet organisme. J'aurai à montrer que le rôle physique et physiologique que vous voulez qu'on étudie dans les microzymas de certains contres organiques n'est pas contradictoire avec le rôle chimique \ on ne pouvait démontrer leur vitalité que par leur activité chimique, laquelle est possédée par les microzymas des cellules nerveuses eux-mêmes. Mais j'aurai Toccasion de montrer dans quelles conditions certains microzymas des oi*ga-

(1) R9vu$ médicak, 5 février 1881, p. 185.

nismes composés acquièrent et manifestent leur double activité chimique et physiologique et je reviens à la fm de votre article concernant les microzymas du pancréas :

« Pourquoii y dites-vous, MM. Estor et Béchamp, non Contents de faire jouer aux microzymas un rôle que nous croyons légitime dans fétat physio— logique, étendent-ils ce rôle à Tétat pathologique, bannissant ainsi toute la classe des maladies parasitaires si incontestablement établies? —Sridemment sur ce point l'esprit de système les a entraînés trop loin I »

Voilà comment les eiforts de M. Pasteur^ pour rajeunir de vieilles hypothèses et pour obscurcir les conséquences de la découverte des microzymas, ont eu prise même sur vous. Il est vrai pourtant que, dans la suite de votre article, où vous examinez l'œuvre de ce savant, après avoir fait observer qu'il d ne soupçonne même pas l'existence de la spontanéilé morbide » vous dites qu' a il fui est facile de s'en faire une idée, en considérant que (dans l'organisme) les microzymas sont susceptibles de devenir bactéries, en dehors de toute inoculation «t de toute pénétration des poussières atmosphériques » (1).

C'est ce fait capital, admis par vous sans restriction dans ces dernières lignes, que les microzymas, dans certains états pathologiques, peuvent subir révolution bactérienne en dehors de toute pénétration des germes des poussières atmosphériques, qui nous a empêchés, M. Ëstor et moi, de regarder comme parasitaires les maladies, contagieuses, infectieuses ou non, où des Yibrioniens apparaissent ; nous avons soutenu, par conséquent, que ces Yibrioniens, loin d'être la cause de la maladie, en sont d'abord, au contraire, l'eifet. J'aurai à discuter, plus tard^ le parasitisme pasteurien. Je continue donc.

Mais, dans l'avant-dernière Lettre, j'ai été plus loin t d'accord avec ce que j'avais soutenu dans les premières, j'ai contesté qu'il existât primitivement des microzymas^ des getines dé microbes quelconques, morbifiques ou bienfaisants, dans l'atmosphère; appuyé de preuves expérimentales, j'ai montré que les microzymas ou les Yibrioniens qu'on rencontre dans Taii* eommun, près du sol, proviennent des organismes actuellement vivants ou qui vivaient aux époques géologiques et que l'on retrouvé dans certaines roches et dans la terre cultivée ou cultivable.

Cet ensemble de faits et de conséquences était trop nouveau et certainement trop inattendu, trop contraire aux idées reçues^ aux hypothèses admises, pour être accepté sanà opposition.

(l) Loc* oit» p« 226.

am ÊPOmvt I» àâts ocKls; «mis «ift wAidè JT^iAles caeaàgï2C»as ai ai dKrckait Tt^xplioaliMi ttefes «Été aalre dkwtîim. Les ub mrcM|iiait ks genres prâexistiMs 4é Tair maiia, ks avoftici b ^cnéntHMi sp<win«fe> On M ^i^mI aliMilyi ■! pss <xiBv«Bir fiK ks nkmtnMs it|)|MatiMtt«iil 1 une mlcgoik dTètres dont od ne donpcûHMil ni r«ii$t«nce^ ni fcs propriéftés. Et cela eCadt toot ntturd : ks st\;uitH Mis pmtnphiBMstes et ptos on moins tnnsfonaBttts^ k s|Mit»itltsle IL Pxstamr oomme ks antres, admettaient une mati^ xivanl^ per je» Uastème on protoplasma, où n existe rien de stnietw^^ de moqdioiagiqncaMnt détini dont procèdent r<Nf^nisati<in et toole Fadmlé fiitoin de l'organisme composé qui, luinmème^ ne contient rien d^aatonomiquement virant et, il finit k l^Vi^er aTÔc insistance, qu'avec M. Pasteur ils companent au contenu d'un vase inerte rempli de moàt, de bière ou de vin«

Soyez*ai eertain, mon cher ami, si au lieu de voir les dioses comme eUes aont^ j'avais simplement signalé les granu^ latioos moléculaires comme douées d*activité dùmique, saus aller au dsik, sans essayer de démontrer qu'elles sont vivaule«s parce qu'eUes sont structurées; surtout sans souteiiir qu^elles sont ce qu'il y a d'essentiellement vivant dans la cellule et le tissu ou l'organe, on n'y aurait rien trouvé à redire^ Ou n*a été prompt à se scandaliser de ce que je les avais nommées d^uu nom nouveau, qui n'existait pas dans le vocabulaire scieuti* fique, que parce que je rompais ainsi avec les systèmes admis et parce que je prétendais faire de la découverte des microxymas le point de départ d'une réforme devenue nécessaire des idées reçues concernant Torganisation et la vie.

Cest parce que les savants n'avaient aucune idée d*étfo3 organisés comparables aux microzymas^ qu'après les avoir reconnus à leur tour, ils leur donnèrent différents noms tin^s des connaissances en histoire naturelle qu'ils avaient, l\i nu voulurent pas tenir compte de ce que je les avais caractérisés par la double propriété d'être chimiquement actifs comme les ferments organisés et d*être capables de devenir Vibrioniens par évolution.

Les uns disaient que c^étaient des Monades et particulière-' ment le Monas crepusmlum ; les autres des Micrococcus^ des Coccosy des Mictospoton, etc. M. Pasteur ou ses disciples^ so corn** plaisant dans le vague de son système de nomenclature^ les Ont appelés Corpuscules germes^ microbes en point, etc. Laissons là les mots vagues et voyons ce que signifient les autres.

Les monades ou Monadina d!Èhrenherg forment la cinquième famille des Infusoires, les Monadiem de Félix Dujardin. Le premier' genre de cette famille est le genre monas. Or les monadiens sont des animaux que Ton prétend spécifier avec certitude comme tels; des animaux nus, de forme arrondie ou qblonguSf variable^ sans expansions et à un seul filament flageU liforme. Nous n'avons pas réussi» M. Estor et moi, à voir aucune trace d'appendice à aucun microzyma proprement dit* Quant au monas crepusculum^ Dujardin s'est refusé à l'inscrire parmi ses espèces : il n'existe pas (1). Dans tous les cas, ni Ehrenberg, ni Digardin n'ont jamais dit que les monades devinssent vibrioniens. Bref, les microzymas ne sont pas des Monades.

Les micrococcus ou microcoques sont certainement des végé' taux. M. Hallier, entre autres, les a décrits comme étant très ténus et pouvant, à la manière des conidies, reproduire le végétal dont ils sont issus. Les microzymas ne peuvent jamais produire, par évolution individuelle, que des Vibrioniens : ils ne sont donc pas des micrococcus ; ils le sont d'autant moins que les micrococcus de Hallier sont munis d'un cil vibratilel

Les Microsporon sont des champignons ; rien de leur histoire ne se rapporte aux microzymas.

(1) Voici ce qu'endit Dujardin: «Plusieurs des monades décrites et figurées par Etirenberg, à Beriin môme^avec les moyens actuels d'observation (en 1841), ne seront assurément pas plus reconnaissables [que certains autres dont il venait de parler); telles sont le Monas crepusculum qui, dlt>il, est hyalin^ globuleux, agile et Carnivore, long de O^^.iKJSâ, et qu'il représente par de petits ovales d'un millimètre envii'on(*). »

Et à propos de son Bacterium termo Dujardin parle du Monas termo de Millier comme étant, d'après MUller lui-même, de tous les animalcules oiTerts par le microscope, « le plus petit et le plus simple, paraissant échapper au pouvoir du microscope composé qui ne permet pas de décider s'il est globuleux ou discoïde ;» et ajoute qu' « il ne peut pas s'empêcher de penser que dans certains cas Millier a pris pour des infusoires les molécules actives de Robert Brown qui se voient si bien dans toute infusion trouble, et que plus souvent) il a eu devant les yeux le vrai Bacterium termo dont le moti' yement n'est pas une simple titubation sans changement de lieu* (**)» Évidemment Dujardin avait vu les granulations moléculaires de» macérations^ oW-à-dire les microzymas des substances organisées macérées, agitées du mouvement brownien de titubation, mais pour lui comme pour tout le monde alors, et depuis, ce n'était rien que ces molécules dites actives pàrcô qu'elles n'avaient que le mouvement de titubation ou brownien.

(*1 Dujardin : Histoire naturelle des xoophytes'lnfusoires. Encyclopédie Roret(1843)j p. 278.

(♦♦1 IM,, p. 213.

Quant aux corpuscules germes, aux micf*obes en point, j'en laisse le mérite de la dénomination à M. Pasteur : elle ne signifie rien ou signifie tout ce qu* on veut.

* Laissons tout cela, comme étant purement hypothétique et sans valeur, et venons aux vibrioniens.

J'ai montré dans les précédentes lettres que les microzymas sont liés aux vibrioniens, chacun selon son espèce, comme le têtard est lié à la grenouille ; mais j'ai dit aussi que l'analogie polymorphique s'arrêtait là et que, si, par évolution, le microzyma peut devenir bactérie, une bactérie, par régression, peut se transformer en microzymas. Bref, le microzyma me paraît être la forme vibrionienne la plus stable ; en effet, un microzyma, dans son milieu naturel et physiologique, dans l'organisme dont il fait partie intégrante, conserve indéfiniment sa forme.

Cela posé', il est évident que les vibrioniens sont ce que sont les microzymas. Selon M. Pasteur les premiers sont animaux; ils sont végétaux selon M. Ch. Robin et aussi selon les savants qui les nomment schizomycètes ou schizophycètes. Ce désaccord ne doit pas surprendre ; il y a longtemps que les naturalistes sont embarrassés lorsqu'il s'agit de se prononcer sur la nature vraie des êtres qui sont aux confins des deux règnes. Mais à l'égard des vibrioniens il n'y avait pas eu d'hésitation autrefois : Ehrenberg et Dujardin les considéraient comme des Infusoires et ceux-ci comme des animaux. Les microzymas ét,ant vibrioniens, comme les têtards sont batraciens, seraient donc animaux ; et si le Monas termo de Mûller était un microzyma, il est clair que Mûller aurait soutenu que les microzymas sont animaux. Voilà ce que disent les naturalistes I Mais que disent les faits ?

Ah! les faits sont impitoyables; ils affirment que les naturalistes ont tort de soutenir, les uns que les vibrioniens sont animaux, les* autres qu'ils sont végétaux.

En réalité, les vibrioniens, en y comprenant les amylobacters de M. Trécul, sont ce qu'étaient les microzymas dont ils proviennent par évolution. Or, cela est incontestablement démontré, les microzymas sont ce qu'il y a d'anatomiquement vivant dans un animal aussi bien que dans un végétal, de quelque ordre que ce soit, et qu'ils peuvent devenir bactéries à même les tissus. Évidemment, puisqu'il en est ainsi, les microzymas sont animaux dans les animaux, végétaux dans les végétaux. Ils ne 'sont donc pas des végétaux dans l'animal; pas plus qu'ils ne sont des animaux dans le végétal.

Voilà, mon cher ami, ce que l'observation et l'étude patiente des faits affirme avec certitude. Oui, il faut le redire, ce qui précède le fait bien ressortir, les microzymas appartiennent à une catégorie d'êtres organisas dont les naturalistes n'avaient auonne idée; leurs moyens ordinaires de classification ne leur sont point applicables, pas plus que les notions communes de t'nmilie, de genrs et d'espèce. La chimie seule permet de les disliDguer par leurs forictions. Ils soût morphologiquement iditntiques, niais de fonction différente dans l'œuf, dans le sang, dans le poumon, dans le foie, daiis les glandes stomacales et intestinales, dans le pancréas, dans les muscles, dans \vi os, etc. ; dans la graine, dans la fleur, dans la feuille, dans la racine, etc. Quant à la question de savoir s'ils sont avant l'œuf ou la graine, elle est tout aussi insoluble que de savoir si l'œuf a {H^édé la poule ou la poule l'œuf.

Mais cette lettre est déjà bien longue, je m'arrête. Dans la piocljaine je développerai les conséquences qui découlent, (juant à l'organisation et à la vi«, de la nature des microsymtis.

vingt-sixiKme lkttre

SoHHAiBB. — Le» mlrrozymas, l'orgaDisatioD et U yh'. — Ua genre do

prcnviiquIabieDsati mérite.— Les microzymas gastrique» reconnaa, admis i>t niés. — Ce qu'un microbisie ne devait pas accorder. — Histoire des microzyma» pmcréattques et gastriques. — Interveniion postérieure de fjciii savants par des reclierches iacomplëtes et imparfaites. — Hèduction ilu problème à sa plus simple eipression, — La rÉalité des (ails rétablie. — Une gageure.

Je vous ai promis de développer, dans cette Lettre, les consrqucnces qui découlent, quant il l'organisation et à la vie, de l:i découverte des microzymas et de leur nature. Je vais tenir rii;i promesse en insistant sur certains faits que je n'ai fait qu'indiquer et sur certaines questions que je n'ai fait qu'eflloiirer.

Je ne sais si j'ai réussi à convaincre les lecteurs de la Revue MHiiaie que les microzymas constituent une catégorie nouvelle d'rtres vivants. Mais si, malgré mes efforts, des doutes subsistent encore dans quelques esprits, j'espère qu'ils seront dissipés par lui genre de preuve qui a bien son mérite.

M. Dadaux, le métafAysicien du système miorobien, le saTStnt qui, à l'imita tîon de son maître, avait traité d'imaginaire tout ce que j'ayais publié sur les microzymas, consent enfin à constater que j'ai vraiment découvert dans les microzymas du pancréas et des glandes gastriques quelque chose de très particulier. 11 y met sans doute de la mauvaise volonté, mais onfin il a écrit ce que voici :

c Cest M. Bécharap qui a le premier montré, pour le pancréas d*abord, pour l*Gtomac ensuite, que l'on pouvait trouver dans oes organes^ et isoler par des procédés convenables; des granulations très ténues capables de manifester à un haut degré les propriétés des glandes auxquelles on les emprunte. Les formes qu'il leur attribue n*ont rien de caractéristique, et sont celles de tons les éléments granuliformes contenus à Tintérieur des cellules vivantes. U. fiéchamp les considère comme vivantes, et comme produisant par sécrétion leur diastase caractéristique; mais il n*a donné aucune preuve sérieuse en faveur de cette opinion. En les baptisant même du nom de fnicrozyma, qui lui avait déjà servi à tant d'usages, il .a introduit luimême la confusion dans son sujet et masqué sa découverte* Mais ces granu* lations sont chargées de diastases. C'est ce qu'a démontré M. Gautier en lavant joumalièrement, au travers d'un diaphragme de terre de pipe, des granulations insolubles provenant d'une dissolution dé pepsine. La vingtième eau de lavage avait encore une activité sensible. »

Bfalgré la mauvaise grâce qu'il y met, M. Duclaux ne reconnaît pas moins dans ces lignes le fait important qui vous a tant frappé, savoir : les microzymas du pancréas et de l'estomac manifestent à un haut degré les propriétés des glandes auxquelles on les emprunte. Oui, malgré les finesses, lés sophismcs et les obscurités voulues dont il a noyé sa pensée, M, Duclaux a été obligé de reconnaître aux granulations moléculaires de deux organes glandulaires importants une autonomie fonctionnelle, indépendante et distincte, comme celle des glandes elles-mêmes. Mais Taveu est considérablement atténué, et il ne pouvait guère en être autrement. En effet, si M, Duclaux avait admis que les granulations très ténues du pancréas et de Tcstomac sont des microzymas, c'est-à-dire sont vivantes et constituées sur le modèle d'une cellule, il aurait été obligé d'admettre trois choses que j'avais démontrées : la première, qu'elles sécrètent comme les cellules; la seconde, qu'elles sont autonomes et appartiennent, en tant qu'éléments anatomiques structurés, en propre à la glande et à l'organisme dont celle-ci fait partie; la troisième, qu'elles sont capables, par évolution, de dévenir vibrioniens. Évidemment, le disciple de M. Pasteur ne pouvait pas autant accorder; il lui en aurait trop cotUté

d'affirmer la vérité tout entière et il avait trop intérêt à la voiler; c'est ce qu'il faut bien mettre en lumière.

Mettons-nous à la place de M. Duclaux et tenons compte de son passé.

Ce savant s*est constitué depuis longtemps l'apôtre du système microbien et le détracteur de la théorie du microzyma; ne lui faudrait-il pas une droiture peu commune pour avouer qu'il s'est trompé et qu'il a des torts?

Ne voulant avouer ni l'un ni l'autre, M. Duclaux est obligé de nier que les granulations très téaues dont il s'agit soient quelque chose d'organisé et de vivant, c'est-à-dire des microzymas semblables de forme à ceux de Pair, des eaux, de la craie et des terres; il me blâme donc de les. avoir baptisées du nom de microzymas qui, dit-il avec tant de grâce, m'avait déjà servi à tant d'usages, masquant ainsi ma découverte en introduisant la confusion dans mon sujet. Certainement cela part d'un bon naturel et du grand souci qu'a ce savant de la clarté autant que du vrai. Il est oyigé de la nier, car s'il accordait que les granulations très ténues sont vivantes, il faudrait, pour rester fidèle au système pasteuiien, soutenir qu'elles sont des microbes provenant de germes atmosphériques qui auraient pénétré dans les glandes, et de là dans les cellules, pour s'y développer en acquérant les propriétés que je leur ai reconnues et qu'il a été forcé de ne pas nier.

Or, plusieurs motifs empêchent M. Duclaux de soutenir cette thèse : le premier, c'est qu'il faudrait prouver qu'il existe des germes de ces microbes pancréatiques et gastriques dans l'atmosphère; le second, c'est qu'il faudrait contredire M. Pasteur, qui a affirmé que dans l'état de santé les corps des animaux sont fermés à l'introduction des germes;. le troisième, c'est qu'il y a trop de microzymas dans ces glandes pour que l'air en puisse fournir une quantité suffisante pour en peupler les glandes stomacales et pancréatiques de tous les mamniifères, pour ne parler que de ceux-là, qui existent sur la terre; en effet un pancréas moyen de bœuf en contient près de sept grammes, un peu plus un peu moins ; ce qui, exprimé numériquement, représente plusieurs milliers de milliards de ces microzymas dans le pancréas d'un seul bœuf!

Pour rester fidèle à son passé, M. Duclaux devait donc écrire sur les microzymas pancréatiques et gastriques dans les termes qu'il a employés. Tout en reconnaissant les faits comme exacts, il fallait les empêcher de paraître une conséquence de mes

autres recherches et de fortifier la théorie qui en découle ; pour cela il fallait les amoindrir 'en essayant de leur fournir une explication différonte de celle qui ressort des faits mêmes.

L'affaire est de trop haute importance pour que je puisse me borner à cette affirmation ; je dois montrer que M. Dùclaux n*a pu le faire que grâce à un sophisme en voilant soigneusement la vérité et l'histoire. Je le dois d'autant plus que M. Duclaux écrit à lombre de M. Pasteur et que ses écrits empruntent quelque chose à l'autorité qui s'attache à la position de ce savant; d'ailleurs la citation est empruntée à l'un des volumes de rEncyclopédie chimique de M. Fremy (1), ce qui lui donne un autre genre d'importance.

En premier lieu, est-ce sérieusement que M. Duclaux écrit que les formes attribuées par moi aux microzymas pancréatiques et gastriques n'ont rien de caractéristique, parce que ce sont celles de tous les éléments granuliformes contenus dans l'intérieur des cellules ?

Je suis vraiment peiné de voir ce sophisme employé par un savant qui doit connaître ce dont il parle.

« Mais, monsieur », pourrais-je lui crier, « voilà plus de vingt ans, je ne cesse de répéter, comme je le fais dans ces Lettres, que les microzymas sont morphologiquement identiques et, par suite, que leur forme n'a rien de caractéristique. C'est par leur activité et leur fonction chimique qu'il m'a été possible de les distinguer. Et vous le savez bien, il en est de vos micro6e5 comme des microzymas : vous ne pouvez pas toujours conclure de la forme à la fonction. »

Laissons cela et arrivons à l'assertion principale de la citation : selon M. Duclaux, « je n'ai donné aucune preuve sérieuse que les granulations très ténues du pancréas et de Testomac sont vivantes et produisent par sécrétion leur diastase caractéristique. — Au contraire, ces granulations 'sont chargées de diastases et c'est ce que ,M. Gautier a démontré. »

Cela veut dire que je me suis fait illusion sur les preuves que j'ai données de la vitalité des microzymas en général et de ceux du pancréas ou des glandes gastriques en particulier ; si ces derniers possèdent les propriétés de la pancréatine ou de la pepsine, ce n'est pas grâce à un phénomène physiologique, mais bien parce que, en tant que granulations inertes, ils sont issus de glandes pancréatinigènes ou pepsigènes, imprégnés, les uns de pancréatine, les autres de pepsine ; de

(1) Encyclopédie chimique de M. Frémy : Microbiologie, p. 157.

plus, M. Gautier aurait démontré que cette explication de M. Duclaux est la vraie.

Voilà, dans sa crudité, l'asserlioû qui sert à M. Duclaux à écarter les microzymas pancréatiques et gastriques comme gênants pour le système microbien. A y regarder de près, ello n'est lutre que la vieille affirmation de M. Pasteur que les granulations moléculaires sont encore quelque chose d'indéterminé; M. Uuclaus, docilement soumis à la pen^e du maître, prétend faire cesser l'indétermination en soutenant qu'elles ne sont ni organisées, ni vivantes. Il faut donc, sur ce point précis, vider une TÎeille querelle. Si l'assertion de M. DuclauK est fondée, il faut supprimer la théorie du microzyma; si elle est erronée, et coatrouvée, la découverte de la fonction et de la vitalité des microzymas pancréatiques et gastriques fortifie singulièrement les autres faits sur lesquels cette théorie est fondée et, par voie de conséquence, elle ruine le système microbien tout entier.

Lti débat vient à propos, puisqu'il est question des conséquences qui découlent de la nature des microzymas quant àl'or- {,'aiiisalion et à la vie.

Il faut reprendre les choses de pius.haut, car les microzymas du canal digestif ont déjà une histoire.

!Vle5 premières recherches sur les microzymas pancréatiques sont antérieures à 1875. J'ai d'abord reconnu qu'ils saccharilient très rapidement l'empois de fécule, ce qui les distingue des microzymas du foie dont l'activité transformatrice est au contra ire très f^ble. Pour écarter l'objection relative aux germes de I'a{mûsphère,jeles ai laissés séjourner à l'air, sousl'eau, pendant imismois: eh bien ! chose très signilicative, ce contact ne supprime pas leur activité, mais la diminue au point que l'empois n'est plus saccharifié, mais seulement fluidifié (1).

Cependant, à celte époque je n'avais pas encore complètement n'sok le problème. La démonstration que les propriétés chimiquss du pancréas sont concentrées dans ses microzymas a été fournie seulement six ans plus lard dans la LetlreàM, Dumas que *ous avez publiée. C'est que certaines difficultés concernant la manière d'isoler les microzymas à l'état de pureté ii'L>nt été levées qu'en 1880 ; la Lettre à M. Dumas a été communiqué à l'Académie le 17 janvier 1881 (2)

m Toir : les Micfrozymas aux dff Og n me^epl9

Jhèm de M. 1. Bëchamp, in Thèses de Mon pe e pour 1875 (2) Comptet rmdus, t. XCII, {(. 142 Be ue nédKa 5 é rier 1881

L'année suivante j*aî publié les recherches sur les microzymas de l'estomac et des glandes gastriques ; elles ont été communiquées à l'Académie dans deux Lettres à M. Dumas, le 27 fé\rier et le 27 mars (t).

Si la séparation des microzymas pancréatiques a présenté de grandes difficultés, elles Font été bien d'avantage, presque insurmontables, quand il s'est agi des microzymas gastriques.

Les procédés employés ont été sommairement décrits dans les Notes des Comptes rendus ; ils l'ont été avec détail dans deux Communications à l'Académie de médecine: en 1881, pour les microzymas pancréatiques (2) ; en 1882, pour les gastriques (3).

M. Ducfaux connaissait ces publications ainsi que les discussions auxquelles elles ont donné lieu à l'Académie des sciences et à l'Académie de médecine. Dans lea discussions les préjugés protoplasmistes se sont donné carrière ; il serait trop long de les reproduire ici pour faire connaître les preuves que j'ai données, à la -fois que les granulations pancréatiques et gastriques sont vivantes et qu'elles sont sécrétantes. M. Duclaux se borne à dire de ces preuves qu'elles ne sont pas sérieuses ; mais il accepte comme démonstrative l'expérience par laquelle M. Armand Gautier croyait prouver que les granulations ne sont qu'une modification insoluble de la pepsine ou de la paucréatine. Cependant mon très partial contradicteur n'est pas tout à fait convaincu de ce qu'il a d'abord avancé, car, aussitôt après la citation de tout à l'heure il ajoute :

« Sont-ce quelques-unes de ces granulations qui .se dissolvent, et qu représentent alors une modiûcation insoluble de la pepsine, ou bien cèden elles seulement à l'eau de lavage la diastase dont elles se seraient antérieurement imprégnées ? On ne le sait, et la question est certainement difficile à résoudre; mais la seconde explication est évidemment plus conforme, non seulement à l'ensemble des faits que nous connaissons sur les diastases, mais à une foule d'autres phénomènes connus... i»

Évidemnient, dirai-je à mon tour, M. Duclaux n'est sûr de rien, ni si les granulations se dissolvent, du moins quelquesunes, ni si elles sont simplement imprégnées de diastase ; dans tous les cas je le défie de montrer un seul cas de l'histoire de ce qu'il nomme les diastases qui s'applique à son explication.

Soyons historiquement plus exact que M. Duclaux et prouvons que ce savant avait un intérêt très grand à ne pas re-

• (1) Comptes rendus, t. XCIV, p. 582 et p. 879.

(2) Bulletin de V Académie de médecine, S** série, t. X, p. 630.

(3) Ibid., 2e série, t. XI, p. 296.

connaître que les granulations gastriques et pancréatiques sont des microzymas.

A Tépoque où j'ai publié la Note sur les microzymas pancréatiques, M. Duclaux n'avait encore rien écrit sur les microbes producteurs de diastases, ni sur la digestion à ce point de vue; les Comptes rendus de l'Académie des sciences, en 1881, ne contiennent aucun travail de lui. Il importe d'ajouter que M. Gautier ne s'était pas non plus occupé de l'étude des granulations moléculaires.

Or, huit jours après ma Note sur les Microzymas gastriques et leu7* pouvoir digestif, M. Armand Gautier faisait présenter à à l'Académie, par M. Vulpian, une Note intitulée : « Sur les modifications sohible et insoluble du ferment de la digestion gastrique. » M. Gautier y déclare que ses expériences sont encore incomplètes, mais ifju'il se hâte de les publier, « obligé qu'il y est par ma Note ».

Je ne veux retenir de cette Note que ceci :

«c Ces particules, dit Tauteur, qui ne sont probablement que les granulations du protoplasma des cellules peptogënes, représentent donc une pepsine insoluble très active. .« Elles représentent un état transitoire de la pepsine... J'ai la preuve que cette pepsine insoluble se transforme lentement dans Teau pure en pepsine soluble... L'action de ces corpuscules n'est nullement entravée, pas plus que celle de la pepsine même, par l'acide cyanhydrique, qui empêche la vie des vibrioniens et de tout ferment figuré. »

Enfin, M. Duclaux intervient à son tour, huit jours après M. Gautier, par une Communication présentée par M. Pasleur. Il y déclare que le « caractère incomplet de ses recherches n'échappera à personne » ; mais les Communications récentes de M. Béchamp et de M. Gautier l'amènent à en parler. M. Duclaux y formule une sorte de léclamation de priorité en disant qu'il a exposé ses recherches en 1881 dans son cours de la Sorbonne ; qu'une petite partie seulement en a été publiée, la même année, dans les- Annales agronomiques et dans son livre Ferments et Maladies, en 1882.

Dans cette Note l'auteur nous apprend que :

« L'intérieur de l'estomac d'un animal renferme d'ordinaire une foule de ferments divers... diverses espèces de levures, des filaments mobiles et immobiles, et surtout du ferment lactique... La plupart de ces ferments sécrè-, tent des diastases qui se mêlent à celles que sécrètent les cellules de la muqueuse et qu'on n'élimine pas facilenxent sur Tanimal vivant. Quand on veut étudier le produit propre aux glandes gastriques, le meilleur moyen est de sacrifier l'animal en digestion « de laver à grande eau, pendant quelque^ minutes, l'intérieur de l'estomac et de faire ensuite une macération de la muqueuse. »

Il résulte de cette citation que les diastases de Testomac ont une double origine ; les glandes gastriques et les ferments qui les sécrètent. Dans une autre Note, celle du 20 mars (1), relative à la digestion pancréatique, M. Duclaux décrit les ferments et les microbes des conduits pancréatiques et Itur reconnaît une certaine activité transformatrice.

Et dans une Note postérieure (1) M. Duclaux dit encore ; .

a II n'est pas douteux que les ferments nMnter?iennent dans la digestion pour produire des diastases qui s'ajoutent à celles de l'organisme et pour transformer ensuite à leur profit une portion des matériaux formés... x>

M. Gautier et M. Duclaux nous ont informés qu'ils ont présenté à UAcadémie des expériences incomplètes; très incomplètes eh effet et ils auraient pu ajouter très imparfaites et superficielles. Pour résoudre un problème de physiologie fort obscur et délicat, l'un, M. Gautier, va chercher les éléments de son étude dans des pepsines commerciales plus ou moins pures sinon altérées ; l'autre, M. Duclaux, compliquant le plus possible une question déjà si difficile, examine les productions organisées d'un estomac en pleine digestion, sans s'enquérir et sans tenir compte de ce que les aliments y introduisent par euxmêmes. Le premier décrit des granulations et -même des corpuscules associées en forme de 8 et conclut que ce sont choses dépourvues d'organisation et de vie, soutenant sans preuve que ce sont des corpuscules de protoplasma qu'il croit, a priori, non vivantes ; le second voit diverses formes, même dans les conduits pancréatiques et soutient que tout cela ne sont autres choses que des microbes dont rorigine, bien entendu, étrangère à l'organisme, est de provenance aérienne.

Pour moi, j'ai réduit le problème à sa plus simple expression. J'étudie le suc gastrique d'un chien muni d'une fistule artificielle et les granulations de ce suc chez l'animal à jeun ; de même j'isole exactement le pancréas et de celui-ci les granulations moléculaires. Dans ces conditions je n'ai rien d'étranger mêlé aux microzymas, rien de ce que MM. Gautier et Duclaux voient dans des produits de manipulations industrielles ou dans un estomac en digestion. J'ajoute que les traitements qui me fournissent ces microzymas isolés et purs supposent des lavages si prolongés, avec des dissolvants divers et à l'eau, qu'il ne reste plus • rien des sucs des glandes ; ce dont je me suis assuré expérimentalement, de façon qu'il ne reste rien de

(1) Comptes rendus, t. XCIV, p. 808.

(1) Ibid, p. 878. . .

la supposition de U. Duclaux. que ces granulations seraient imftTégnées de ce qu'il nomme improprement diastases.

Muis, H. Duclaux, qui avait d'abord souteau la dissolution dus granulations par l'eau et s'était ensuite demandé si quelquesunes seulement se dissolvaient, a mal readula manière de voir de M. Gautier. Dans la discussion à l'Académie de médecine ci: dernier a été beaucoup plus explicite. Il s'est exprimé en CCS termes:

» Les graDulalions, qui sont cerUinement celles du protoplasme des ^■lanJj pepsigèa«9, s'AydraUat lenlemcnt sous l'influeDce de l'eau et se ij'QiisftriiKiit ainsi en une pepEiue solubte loui à tait pure (1) ■.

Oela signifie que ces granulations ne sont autre chose qu'une substance chimique, un principe immédiat insoluble i|ui ^e modifie sans cause pour devenir soluble. J'ai amené ilaiis la discussion M. Gautier à faire la déclaration suivante, qui légitime cette interprétation :

t .h persisle à peoser, dit-iJ, que ces granuialioQS conalituent un ferment cbimi']ue, une pepsine insoluble, sans ur^^anisatLon et sans vie, qui se IninaflTme lentement dans J'eau en un ferment soluble par un phénomène cDnipsrable à la modiflcation de l'amidon passant de l'état insoluble à l'éUt soliibls » (3).

(À'ia est exactement conforme au système protoplasmiste qui li'inltaet que des principes chimiques immédiats dans le proto- ])iasma. Il est nécessaire de donner in extenso la réponse que j'ai faite à M. Gautier :

' Dins son hypothèse, disais-je, ces granulations ne sont pas organisées (t. bii:n qu'inïO lubies, elles se transforment en un produit soluble! Pourqui<i V Quelle est la cause de cette transformation? Disparaissent- elles si liit'n lu'il n'en reste rien ï M. Gautier ne le dit pas. Voici ce qu'il dit :

lia décigramme (^) de ces corpuscules lavés à fond, en renouvelant chaque jour l'eau distillée, produit d'une manière continue et durant plus de diï jours, des litres (?] d'un liquide doué d'un pouvoir peptonisant considérable ! Que reste-t-il après ce long lavage ? o

n Pfur moi, dans les traitements de ces granulations par l'acide cbtorhydi'jque étendu, j'ai obtenu des liquides doués d'un grand pouvoir digealff; mais les microzymas ne disparaissent pas; ils conservent leur apparence de granulations moléculaires; et c'est ici qu'éclate le désaccord le plus complet natre M, Uautler et moi : selon lui il ne doit rien rester, car une sniitance insplubte qui se transforme en produit soluble, sans changer de nature, ne laisse pas de résidu, quelle que soit la cause provocatrice de la iranstiirmation. Mais aussi, selon moi, il n'y a pas transformalion de ta ijriuiu'xitionen matière soluble, mais fm'malion par elle d'une substance sobdtle, grùce !l sa constitution de production organisée (3) •>,

(I) aulletinde FAcadémie de médecine, t. XI, p. 314. (::l Ibid. p. 351.

|3) MA. p. 3«.

Si M. Duclaux avait eu le respect de la vérité, il aurait résumé cela et donné les autres preuves fournies du fait que les mîcrozymas sécrètent comme la cellule de levure. Il est certain aujourd'hui que MM. DuclauK et Gautier n'ont pas prouvé que les granulations se dissolvaient, ni toutes, ni même seulement quelques-unes. M. Gautier, du reste, a renoncé à sa comparaison de sa pepsine insoluble avec le granule d'amidon, lequel d'ailleurs ne se transforme pas spontanément dans l'eau en produits solubles; il faut nécessairement l'intervention d'agents transformateurs appropriés. Si la prétendue pepsine insoluble de M. Gautier, formée de granulations moléculaires d'une substance purement chimique, était un principe immédiat comme la fécule et non des microzymas, c'est-à-dire quelque chose de vivant, d'organisé à la manière d'une cellule, la formation par elle de la pepsine, c'est-à-dire d'une substance soluble, serait un effet sans cause.

Dans la même discussion, j'ai aussi réfuté l'assertion absolument fausse de M. Gautier, suivant laquelle l'acide cyanhydrique tue tous les ferments figurés. Cette assertion tendait, à sa manière, à prouver que les microzymas gastriques ne sont pas vivants parce que l'acide cyanhydrique ne tarit pas leur activité. J'ai prouvé que même la levure de bière manifeste ses activités en présence de fortes doses de ce poison (1).

Ah! Monsieur Duclaux, vous qui traitez si légèrement les preuves, si vous aviez voulu êtres érieux, vous auriez tenu compte de ma Réponse à M, Gautier, intitulée ; « Sur la cause des transformations moléculaires, chimiques, physiologiques et histologiques dans les étf'es vivants (2) ». Vous n'auriez pas négligé, surtout, cet autre fait capital, sur lequel j'ai tant insisté dans les Notes, dans les Mémoires et dans la discussion, savoir : que les microzymas du pancréas et des glandes gastriques peuvent, par évolution, devenir bactéries. Je disais :

a Je dois ajouter que je n'ai pas conclu seulement des faits que je viens de faire connaître, à rorganisalion des microzymas gastriques, mais aussi de ce fait très remarquable, que tous les microzymas que j'ai étudiés, y compris ceux des glandes pepsiques (et pancréatiques), sont susceptibles, par évolution, de devenir bactéries à même les tissus, en passant par les formes intermédiaires de microzymas associés en 8 de chiffre et en chapelets de grains. On ne nie pas qu'une bactérie ne soit organisée et vivante : comment ce qui le devient ne le serait-il pas? (3). »

(1) Ibid. p. 349.

(2) Ibid. p. 626.

(3) Ibid. p. 352.

Il ne reste donc rien de l'argumentation de M. Duclaux tendant à refuser aux microzymas gastriques et pancréatiques l'organisation et la vie.

Ce ?,avaat pourrait d'ailleurs voir retourner contre son système r;issiTlion que les microzymas en question maairesleot leurs pro- |jrn|irii'!tésdige8tives parce qu'ils sont imprégnés des diaslases de r^slddiac ou du paucréas. Mais est-ce que les microbes de l'cstouKic, aaxquels il attribue l'organisation et la vie avec la propriélô de -icréter les diastases, ne sont pas issus d'un milieu qui conliiiiL ces diastases? Quelles autres preuves que celles que j'ai iDiiiiiius invoque-t-il donc? Je lui répète, encore une fois, ce que j'ai rL'[>ondu à M. Gautier : o La pepsine n'est pas le produit il'iiix' dissolution par hydratation des granulations insolubles; trari^lormation à laquelle, d'ailleurs, on ne voit pas de cause drunninante au sens chimique. Elle est un produit de sécrétion physiologique. Bref, il n'y a pas de pepsine insoluble se Iransl'ui'jiiant spontanément en pepsine soluble, pas plus qu'il n'y a de liaiicréutLae insoluble devenant pancréatiue soluble; mais il y a des niii'iozymas, organismes insolubles en tant qu'organisés et vivants, iliii produisent sans cesse 'et sécrètent à propos, dans l'animal vtVLKit, par un acte de leur nutrition et de leur multiplication dans lu glande, la pepsine, la pancréatine, nécessairement solulilrs. et ils les produisent encore pendant quelque temps, lorsque, i'iaiii isolés des glandes ou des cellules glandulaires qui les con- U'Liaii'ut, on les metàinfuserdansl'eauouen présence de quelque luaiiVu transformable dans les conditions où leurs fonctions peuvent s'iixercer. »

l'A maintenant, étant donné que M. Duclaui s'est Constitué le ili'li'iisour des doctrines microbiennes, ce savant pouvait-il adiiiilli'ii que les granulations pancréatiques et gastriques, douées des |iropriélés déterminées qu'il a reconnues lui-même, sont des iMkii];^ymas? Évidemment non; en effet, s'il avait accepté comme (LtLiiii le fait fondamental sur lequel la tliéoWe du microzyma ri'l"i^e, savoir, que les microzymas peuvent devenir vibrioniens par rv'clution, non seulement quand on les a isolés des tissus ou •Il s ivllules, mais dans l'organisme à môme les tissus, c'en élait liiil ilus doctrines microbiennes qui reposent sur la négation de cf lait. C'en était fait aussi des travaux de M. Pasteur et des siiiis propres. D'ailleurs, il semble que M. Duclaux a fait la gayi'i inique voici: «Je parie, se serailril dit, que je combattrai efficartihcnt la théorie du microzyma et que je ferai croire que les fiiilb dont cette théorie a amené la découverte sont la consé-

quence du système microbien, des découvertes de M. Pasteur et des miennes. ^ Et M. Duclaux, nous le verrons, a tenu son pari. Il n'en reste pas moins qu'il a été obligé de reconnaître deux choses : les microzymas gastriques sont doués de fonctions déterminées;* ils ne viennent pas des germes de Tair. Concession importante arrachée par l'évidence!

Page 1