‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 32 sur 55 · VINGT-NEUVIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGT-NEUVIÈME LETTRE

SoMMAiRK. — Observations justes et désintéressées sur la microbie. — Remarques à ce sujet. — Les ferments organisés ne sont pas des êtres vivants d'une nature à part. — Les microzyinas du poumon, du sang, dans l'état de santé et dans Tétat pathologique. — Les sciences naturelles selon Guvier et la chimie. — Une vue profonde de Cuvier touchant les organes. — Observation à ce sujet. — Et la vie? — Réponse de Voltaire, de Littré. — Newton. — La vie et les fonctions qui résistent à la mort, selon Bichat. — La doctrine de Bichat et la théorie cellulaire. — L*crganisation et la vie, selon Lavoisier. — Ce que Lavoisier n'aurait jamais avancé. — Une critique par un vitaliste. — La doctrine de Bichat et Liebig. — Conclusion sur une assertion du docteur Mayer, de Heilbionn.

• Ces lettres, que vous accueillez avec tant de bienveillante amitié dans la Revv^e médicale, j'ai commencé à les écrire après une Communication que je venais de faire, à l'Académie de médecine, sur le rôle pathogénique des microzymas. Cette communication a inspiré à H. le docteur F. de Ranse les lignes suivantes, que je vous demande la permission de remettre sous vos yeux :

c M. Béchamp, a dit notre très distingué confrère, est venu de Lille pour rappeler à l'Académie de médecine, en présence, ou plutôt à rencontre de la théorie microbienne de M. Pasteur, la doctrine qu'il défend depuis 1868, et qui attribue les maladies infectieuses à une évolution morbide des microzymas normaux de l'organisme. Les microbes que M. Pasteur fait toujours venir du dehors, qui, d'après lui, constituent des espèces animales oo végétales, et qui, à ce titre, remonteraient de génération en génération jusqu*à l'origine du monde, ces microbes, disons-nous, trouveraient leur genèse dans l'économie vivante : ce serait les microzymas, dont on peut observer, suivant les conditions, l'évolution en bactéries, bactéridies, etc.

3> Quelque nom que Ton donne aux éléments de l'organisme vivant dont les microbes, trouvés dans des produits pathologiques, semblent pouvoir dériver, on ne saurait, dans l'état actuel de la science, ne pas tenir grand compte de cette possibilité d'origine des microbes. Les réserves qui s'imposent ainsi à l'endroit de la théorie parasitaire s'accroissent encore des incertitudes; parfois des contradictions dont les partisans de cette théorie nous offrent de fréquents exemples. Ainsi, après M. Koch, M. Cornil a décrit le bacille de la tuberculose; or, d'après M. Klebs, il ne serait pas démontré que ce bacille soit un être organisé. En tous cas, il ne serait pas l'agent de transmission de la tuberculose ; cet agent résiderait dans des micrococcus qui ont échappé à M. Koch. La technique microscopique paraît jouer un rôle capital dans la découverte et la détermination de ces micro-organismes ; mais, si chaque procédé d'examen ou d'analyse donne lieu à des résultats différents, que conclure de ces résultats (1) ?

(Ij Gazette médicale &• série, t. V, p. 218.

C'est évident ; l'observation est aussi juste que fondée et* désintéressée. Et cela est d'accord avec ce que je di:sais précédemment (16® et n^ lettres), touchant les dissidences relatives au prétendu microbe du choléra dont MM. Pasteur, Koch, Strauss et Roux ont donné le spectacle. Ces savants ne s'accordaient ni sur la forme, ni sur le siège, ni sur la présence ou l'absence dans Tair du parasite, dont tous admettaient la réalité nécessaire. M. Duclaux, c'est là que je Voulais en venir, n'est pas plus certain de ce qu'il avance quand il affirme que tel microbe, dont il fait une espèce nouvelle, en se fondant exclusivement sur l'apparence micrographi(|ue, est vivant, ou quand il soutient que tel microzyma ne l'est pas. Il n'est pas plus certain de ce qu'il avance lorsque, pour expliquer la fonction productrice du ferment soluble, il imagine que la granulation moléculaire sort imprégnée de la zymase du lieu dont elle provient; mais il ne s'aperçoit pas que l'hypothèse se retourne contre lui, lorsqu'il admet à son tour que tel mi" crobe, la levure de bière par exemple, est vraiment producductrice de zymase ; on peut aussi lui demander pourquoi cette zymase ne serait pas celle du milieu dont la levure est issue et qui l'imprégnait I M. Duclaux a beau se débattre contre l'évidence : les difficultés, les contradictions de toutes sortes que le système microbien présente, que Ton commence à apercevoir, que M. de Kanse signale, ne peuvent être levées que par la théorie des microzymas, seule capable de lier ces faits.

Dans l'intérêt du sujet je ne devais négliger aucune contradiction, laisser dans l'ombre aucune objection élevée contre la notion que les microzymas sont vivants ; c'est pour cela qu'il était indispensable de discuter à fond les assertions de M. Duclaux et de les réduire à néant. Il en est résulté qu'on n'a pas pu prouver que les granulations très ténues du pancréas ne sont pas des microzymas et, en outre, quoi qu'on en ait, que sur la question particulière, si grave, si importante au point de vue de l'organisation, de l'origine des zymases on a purement et simplement confirmé la théorie. M. Duclaux s'est fait l'avocat d'une mauvaise cause.

Oui, MM. Pasteur et Duclaux ont été obligés de reconnaître que les ferments organisés, appelés par eux microbes^ sont les producteurs des zymases; et s'ils ne veulent pas convenir qu'elles sont formées par les microzymas comme par les autres ferments organisés, c'est certainement parce qu'ils ne veulent pas voir ou ne comprennent pas encore que leur production dans

les organismes supérieurs n'est pas une fonction générale de ces organismes, mais qu'elle y est localisée dans des appareils spéciaux, dans des cellules, dans les microzymas de ces appareils; c'esl aussi parce qu'ils s'imaginent que les ferments organisés sont des êtres vivants d'une nature à part et qu'ils n'ont pas ridée nette de ce qu'est l'organisation et la vie, non seulement dans les êtres supérieurs, mais dans un microbe. Oui, ces messieurs et les autres parasitistes parlent môme couramment des micrococcus (nom qu'ils ont arbitrairement donné aux microzymas), même de ceux dont ils ne peuvent constater la présence que sur des êtres encore en vie, comme étant des microbes et comme vivants. Mais ne leur demandez pas sur quelle preuve ils fondent leur affirmation. D'autres nient que telle forme décrite par tel auteur soit vivante; ne leur demandez pas non plus le motif de leur négation. Surtout ne demandez pas à MM. Pasteur et Duclaux ce que c'est que la vie? car ils vous répondraient par une conception physique ou chimique et vous parleraient de vertus de transformation, de voie de continuelle transformation, c'est-à-dire par des mots et des qualités Qccultes dont arbitrairement ils supposent que la matière est douée. Mais après cette introduction, je reviens à mon sujet.

La fonction productrice des zymases est une fonction générale des microzymas, car dans chaque centre d'organisation s'accomplissent nécessairement des mutations de la matière, qui sont une condition de la vie, et qu'à ces mutations il faut une cause; c'est ce que M. Dumas avait compris quand, dans le rapport dont j'ai parlé, il demandait: « Quel rapport existe- t-il entre la matière animale abondante, coagulable, paraissant destinée à fournir les matériaux des organes, et ces ferments en petite quantité dont la présence semble toujours annoncer la destruction prochaine des combinaisons altérables auxquelles ils sont associés? » Sans les microzymas la présence des zymases ne s'explique pas et sans elles certaines de ces transformations seraient des efiets sans cause!

Et cela est aussi vrai d'un globule de levure que d'un animal donné ou de l'homme. En voulez-vous la preuve? La voici :

Le pancréas digère les matières albuminoïdes autrement que l'estomac. Dans le pancréas en même temps que la pancréazymase se forment des composés cristallisables parmi lesquels la leucine et la tyrosine. Dans les digestions gastriques artificielles ces corps ne se produisent pas; or, j'ai démontré qu'ils

se forment dans les. digestions artificielles par microzymas pancréatiques et M. J. Béchamp parla pancréazymase. Eh! bien, la leucine et la tyrosine peuvent apparaître dans la fermentalion alcoolique par la levure de bière, en petite quantité ; mais abondamment par la levure toute seule abandonnée dans Teau à Tautophagie (1). Et ce n'est pas tout: M. J. Béchamp a démontré que les digestions des mêmes matières albuminoïdes par la papa'ine, une zymase végétale, formaient également ces composés cristallisables. H. Duclaux, que ces faits gênaient, les a passés sous silence. xN'on, non, les ferments organisés ne sont pas des êtres vivants d'une nature à part, puisque voilà la levure, un végétal inférieur, et le Carica papai/a, un arbre, rappro(;hés, par la fonction zymasique, des animaux et de rhomme.

Sans doute je suis loin d'avoir étudié avec autant de soin et de détails les microzymas de tous les tissus ; mais il résulte des faits concernant ceux du foie, du pancréas, de Testomac, du sang, des amandes, etc., que les microzymas des différents organes et systèmes organiques possèdent, chacun selon sa nature, une ou plusieurs fonctions déterminées et que, morphologiquement identiques, ils sout fonctionnellement différents.

La fonction toute spéciale et si caractéristique des microzymas du foie, du poumon, du sang, de décomposer Teau oxygénée mérite encore une mention. Certes M. Dumas avait raison de penser que l'eau oxygénée devait se former dans le sang artériel, lieu où l'oxygène acquiert une si grande énergie comburante. Ne vous paraît-il pas admirable que dans le globule sanguin, le lieu ou s'accumule l'oxygène, là où l'eau oxygénée devait se former se trouvaient aussi réunis les agents de son incessante destruction : l'hémoglobine et les microzymas? Le bioxyde d'hydrogène finit par tuer les microzymas du sang, puisqu'après son action ils n'évoluent plus pour devenir bactéries; l'hémoglobine en est altérée; or si l'eau oxygénée s'accumulait dans le sang, qu'adviendrait-il ?

Il y aurait un grand intérêt à étudier les microzymas du sang, du poumon, du foie, etc., dans l'état pathologique du même point de vue que dans l'état de santé. Qui sait si la lièvre, les phénomènes dits inflammatoires ne sont pas liés à

(1) A. Béchamp. Comptes rendus^ t. LXXIV, p. 184. Et je faisais observer que tout l'intérêt de celte observation était dans le fait que la levure forme la leucine et la tyrusine physiologiqueraent, sans ferment étranger et sans phénomène de putréfaction.

une céKaine diminution des microzyraas avec perte de la propriété de décomposer l'eau oxygénée ?

Mais cette recherche du rôle jouée par les microzyures dans révolution pathologique sera plus utilement entreprise après que j'aurai développé les conséquences qui me paraissent découler, quant à Torgaaisation et à la vie, de la nature et des propriétés de ces microzymas.

J'ai assez insisté, dans les premières lettres, sur ce que la chimie est, à l'égard des sciences naturelles, uuq science maîtresse, sans laquelle celles ci ne peuvent rendre compte de rien dans les questions d'origine. Nous avons vu qu'elle seule explique les phénomènes d'ordre purement chimique s'accomplissant dans les corps vivants et découvre leurs causes; qu'elle éclaire même la physiologie et l'histologie eu démontrant la nécessité de l'élément organisé vivant pe7' se pour la manifestation des phénomènes vitaux. Et si Guvier pensait avec raison que « toutes les sciences naturelles n'en forment réellement qu'une seule, dont les différentes branches ont des connexions plus ou moins directes et s'éclaircissent mutuellement, » c'est que la chimie forme le lien de cette grande unité.

Selon Cuvier encore «tous les organes d'un même animal forment un système unique dont toutes les parties se tiennent, agissent et réagissent les unes sur les autres; et il ne peut y avoir de modifications dans l'une d'elles, qui n'en amènent d'analogues dans toutes. » Et Ton sait que c'est sur ce principe qu'il a (( fondé la méthode pour reconnaître un animal par un seul os, par une seule facette d'os. »

C'est là l'expression d'une vue profonde. Mais comment et pourquoi en est-il ainsi ?

Il y a des chimistes et même des physiologistes de race qui nient qu'il y ait quelque chose d'autonomiquement vivant dans un organisme vivant ; qui nient qu'un élément anatomique soit un organisme et soit vivant. Cela me parait étrange depuis longtemps et c'est parce que c'est étrange que je veux insister.

On croit pourtant, avec Cuvier, que toutes les parties d'un être vivant se tiennent et sont solidaires les unes des autres. Mais pourquoi ces parties, ces organes sont-ils doués d'activités distinctes? Quelle est la cause de l'activité qui est en eux? Pourquoi l'un a-t-il de l'influence sur l'activité de l'autre? etc., etc.

Sans doute on imagine, pour l'explication, un protoplasma, c'est-à-dire une matière vivante qui serait douée de toutes les aptitudes requises. J'ai assez exposé que la théorie dont il

s'agit consiste à accorder r« qui est en question, savoir: si la vie procède de la matière comme cd procèdent certaines propriétés chimiques et physiques, par combinaison ? pour n'avoir plus à y revenir ; j'ajoute seulement que les protoplasmistes ne s'aperçoivent pas du paralogisme que voici : Le protoplasma, quûH^UV DOD morphologiquement constitué, est vivant ; il forme les éléments anatomiques structurés qui ne sont ni des organiiimes, ni vivants; de telle sorte que ce qui est réputé personnellement vivant pour former li's parties, cesse de l'être dès que ces parties sont formées.

Miiis, je le répète, la théorie du protoplasma est fausse oui[i('Oiiip!ète; elle est fausse en ce qu'elle aboutit à la génération spontanée ; elle est incomplète parce que l'on ne comprend pas comment ce qui n'a pas de parties produise .un être qui en possède.

L'erreur vient de ce que l'on a perdu de vue les enseignements fie Bichat qui plaçait les propriét^is vitales dans ce qui cet structuré. L'anatomie générale que l'on appelle déd&igneusemcTit l'anatomie microscopique n'est plus qu'une science descriptive, On s'ingénie à décrire les formes des éléments et leurs VJirialions sans s'enquérir de la fonction des objets décrits. Et avec M. Pasteur, tant son influence a été et est encore désastreuse, on a fini par n'accorder la vie à des objets microscopiques que lorsque ces objets, sous le nom de microbes, sont découverts dans l'air, dans le sol ou dans des organes malades dans lesquels on admet que des germes invisibles ont pénétré pour s'j développer en parasites. Hais du moins quelle idée de la vie ont-ils pour ces microbes? J'avoue que je n'ai pas pu le savoir: B M. Pasteur soutient que ce sont des êtres vivants à part, et c'est tout, o

Essayons donc ào nous faire une idée des lumières que l'his- Idire des microzymas nous fournit pour la solution du problème de l'organisation et de la vie.

Je répète d'abord que les protoplasmistes en sont revenus, avee une erreur en plus, au préjugé de la matière vivant* de la physiologie d'avant Lavoisier. Ce préjugé, si préjudiciable à la physiologie et à la médecine, a été la cause principale qui a fait négliger les vues si originales, si profondes et si élevées «]g liicliat.

tjiielle idée se fait-on de la vie au siècle présent, au moment aduelï pour ainsi dire.

n VA la vie? vous me direz bien ce que c'est; » Et Voltaire

de répondre : « C'est la végétation avec le sentiment dans un corps organisé (1). »

Littré en son Dictionnaire ne répond guère mieux. Vie : a En général, état d'activité de la substance organisée, activité qui est commune aux plantes et aux animaux. Chez les plantes la vie est constituée par deux fonctions : la nutrition et la génération; chez les animaux il y a en plus la contraction et la sensibilité (2). »

Cela me remet en mémoire une pensée de Newton, citée par M. Dumas, que voici :

« Dire que chaque espèce de choses est douée d'une qualité occulte spécifique, par laquelle elle a une certaine puissance d'agir et de produire des effets sensibles, c'est ne rien dire du tout. »

Oui, dire de la vie ce qu'en dit Littré avec les protoplasmîstes, c'est rien dire du tout.

Je vous l'avoue, je suis plutôt avec Bichat, commençant comme ceci les fameuses Recherches physiologiques sur la vie et la mort.

« On cherche, disait-il, dans des considérations abstraites la définition de la vie; on la trouvera, je crois, dans cet aperçu général : La vie est V ensemble des fonctions qui résistent à la mort. »

Cela est plein de lumières. Mais donnons encore le commentaire suivant qu'il avait ajouté :

a Tel est en effet, continaait riUustre savant, le mode d^existence des corps vivants, que tout ce qui les entoure tend à les détruire. Les corps inorganiques agissent sans cesse sur eux; eux-mêmes exercent, les uns sur les autres, une action continuelle; bientôt ils succomberaient s'ils n'avaient en eux un principe permanent de réaction. Ce principe est celui de la vie; inconnu dans sa nature, il ne peut être apprécié que par ses phénomènes : or le plus général de ces phénomènes est cette alternative habituelle d'action de la part des corps extérieurs, et de réaction de la part du corps virant, alternative dont les proportions varient suivant Page. »

Je retiens de cette citation un aveu, c'est que, selon Bichat, le principe de la vie est inconnu dans sa nature. Il est clair que ce grand homme le concevait comme distinct de la matière, loin de le croire, en dérivant ou se confondant avec elle.

Mais ce principe permanent de réaction, où et comment le concevait- il agissant? est-il uni à toute la substance du corps vivant, à la façon de la force vitale barthezienae ou des vertus

(1) et (2) Littré, Dictionnaire d& la langue française,

de transformation imaginées par M. Pasteur ? Non ; il admellait que les propriilés vitales sont des propriétés de tissu. Ce qui TtTient à dire qu'elles sont l'apanage de la matière organisée, atritcturée, figurée.

Et TOUS l'avez dit excellemment :

a La doctrine de Bichat, par sa grandeur et sa simplicité, fermait la porte à

bF:s«coup d'bjpoIhèiessuraDnéesqai, jusque-là, avaient inutilement encombré la science; elle l'onvrait toute grande, au contraire, aui recherches, aux iiivnsli gâtions nouvelles, en un mot su progrès. L'idée seule de propriétés riUitei ou de tissv provoquait les investigations minutieuses des organes et |ioii)sait naturellement les travailleurs vers l'expérimentation physiologique il) ..

Oui, c'est la gloire immortelle de Bichat d'avoir conçu que les propriétés vitales sont des propriétés de tissu. C'est par un i'ITcrt surprenant de génie qu'il s'est élevé à cette hauteur. C'est pour ne l'avoir pas compris qu'on en est peu à peu revenu à la notion de la matière vivante sans structure que l'on nomme maintenant 6ias(eme oa protoplasma . Et "on y est revenu malfiré les efforts de Rùss, et de M. Virchow après lui, pour faire admettre que les propriétés vitales sont des propriétés de cel~ luks.

Voyons maintenant quelle a pu être l'influence de Lavoisier sur Bichat. Je l'ai déjà dit, Lavoisier ayant découvert que toute niaûëre est réductible en corps simples, c'est-à-dire minérale par ses composants, avait découvert du même coup qu'il n'y a pas de chimie spécialement organique, puisqu'il n'y a pas de matière organique par essence. Mais s'il ne devait pas parler (le matière organique, il a distingué lescorps organisés. Dans un chapitre curieux « Sur les combinaisons de la lumière et du calorique avec les différentes substances », il a été amené à ficrire les lignes suivantes, où l'on découvre sa pensée intime touchant l'organisation et la vie.

a. L'organisation, le seotimeat, le mouvement ^pontiiné, la vie, n'eiiste qu'à I.L sjrfaee de la terre et dans les lieui eiposés à la lumière. On dirait que Ij Table du llambeau de Promélhée était l'expression d'une vérité philosophique «lui n'avait point échappé aui anciens. Sans la lumière la nature i:\Mi. sans vie, elle était morte et inanimée : un Dieu bienfaisant, en sppoF' iiint la lumière, s répandu lur la surface de la terre l'organisation, le eentimtnt et la pensée.

l' Mais ce n'est point ici le lieu d'entrer dans aucuns détails sur les corps iirgtniaés; c'est i dessein que j'ai évité de m'en occuper dans cet Ouvrage.

(1) E. Fournie : Apjilica'ion des sciences à la médecine, p. 110-

et c'est ce qui m'a empêché de parier des piiénomènes de la respiration, de la sanguiflcatioD et de la clialeur animale. Je reviendrai un jdnr sur ces objets (1) ».

N'estril pas vrai, mon cher ami, que pour Lavoisier, — dont ks découvertes mémorables ont fait évanouir tant de chimères : Talchimie, la transmutation, le phlogistique, la matière organique par essence et par destination, — les notions d'organisation, de sentiment, de mouvement spontané, de vie, étaient notions corrélatives ? Certes, celui qui avait découvert que toute matière est minérale par ses composants élémentaires n'admettait en aucune façon que Torganisation et la vie dérivassent naturellement des corps simples. La substance des corps organisés lui apparaissait sous un jour si particulier, qu'il ne voulait pas s'en occuper dans un traité de chimie ordinaire. Certainement pour lui l'organisation n'était pas quelque chose de vague comme le conçoivent les protoplasmistes ; mais quelque chose de concret; de défini qui veut être étudié à part et dont l'existence suppose un Auteur. Sans doute, on peut le croire, comme à Bichat plus tard, la vie ne lui apparaissait point comme une entité abstraite, principe vitale archée, unie on ne sait comment à la matière et capable de créer des' combinaisons chimiques, ainsi que se l'imaginait M. Pasteur parlant des substances naturelles telles que la vie les élabore, et un autre chimiste éminent, Ch. Gerhardt, disant : « Je démontre que le chimiste fait tout l'opposé de la nature vivante : il brûle, détruit, opère par analyse; la force vitale opère par synthèse, elle reconstitue l'édifice abattu par les forces chimiques. »

Certainement, Lavoisier n'aurait avancé rien de semblable, car lui aussi croyait fermement que l'attribution d'une qualité OQpulte spécifique, en vertu de laquelle chaque espèce de chose aurait une certaine puissance d'agir et de produire des effets sensibles, n'explique rien. L'organisation et la vie, l'une supposant l'autre, étaient pour lui, non des abstractions ou des qualités occultes, mais des réalités liées au substratum matériel, en dépendant, dans une certaine mesure, et n'en dérivant pas, mais apportées par un Dieu bienfaisant en même temps que la lumière comme condition de leur manifestation.

Je dirais volontiers ceci : pour Lavoisier comme pour Bichat, cette corrélation est l'expression d'un fait; et ce fait est vrai, indépendant des dissertations sur le pourquoi et le comment!

(1) Lavoisier : Traité de Chimie élémentaire, t. I, p. 202. Édition des libraires associés (1805).

Et ce fait est aussi vrai que celui-ci : quatre corps simples, le carbone, l'hydrogène, l'azote et l'oxygène, nécessaires, avec un petit nombre d'autres, suffisent à former l'infinité des combinaisons organiques et, comme substratum, la multitude des corps organisés. Une philosophie sophistique peut ne pas s'en contenter ; mais c'est assez pour la science à qui les réalités sufiisent.

Ce que je veux encore constater, c'est que Lavoisier, en faisant intervenir Dieu, a reconnu la nécessité de la Puissance créatrice pour, avec la matière minérale, produire les êtres que l'on nomme vivants, affirmant ainsi que c'est par transcendance que la matière devient organisée et vivante en môme temps.

Et cette constatation, je devais la faire, voici pourquoi : Un de nos très savants confrères, H. le D' Yitteaut, un vitaliste de vieille roche et très convaincu, peu de jours après mes communications à l'Académie de médecine sur les microzymas, et en particulier sur ceux du pancréas, me faisait l'honneur de m'écrire que mon « système tendait, au fond, à faire prévaloir les idées qui ont cours», c'est-à-dire le matérialisme. En effet, dit-il ; <!i Je vous ai déjà fait observer que derrière vos microzymas il fallait admettre quelque chose pour les vivifier. Je crains que vos découvertes ne tournent contre le spiritualisme. » Et, comme c'est après un dîner, où il avait été question de mes communications, qu'il m'écrivait, il terminait ainsi : « Inutile d'ajouter que les croyants qui étaient là furent de mon avis. »

C'est très singulier. Mais il est clair que M. Vitteaut ne considérait pas l'organisation et la vie du même point de vue que moi. J'espère que le savant docteur, s'il continue à lire Ja Revue médicale, est maintenant détrompé. Ce quelque chose qu'il fallait admettre derrière les microzymas^ il doit voir que je l'avais mis dam les microzymas, ce qui valait mieux et ce qui, à mes yeux, loin de nuire au spiritualisme, doit le plus fortement le faire prévaloir.

Quoi qu'il en soit, Lavoisier ne s'est pas autrement prononcé sur l'état de la matière dans les corps organisés, et les méchants ne lui ont pas laissé le temps « de revenir sur ces objets, d C'est Bichat qu'il faut regarder comme son continuateur. C'est lui qui a conçu cette grande idée que la vie est liée aux tissus, aux parties solides de l'organisme, refusant les propriétés vitales aux parties fluides, c'est-à-dire aux parties non structurées,

non organisées de cet organisme. Et le docteur Jules Robert Mayer, de Heilbronn, Fauteur fameuK du principe de VÉquivavalence entre la chaleur et le travail mécanique, dans un <k Mémoire sur le mouvemeut organique dans ses rapports avec la nutrition » a remarqué que Liebig lui aussi « fixe le siège de la force vitale exclusivement dans les parties solides de l'organisme a et que, selon le même Liebig, « il n'y a pas de force vitale dans les parties amorphes ou tluides (1). » Et cette notion s'impose si bien, la doctrine de Bichat est si bien le fruit d'une observation exacte, que, nous Tavons vu dau$ la sixième lettre, M. Ch. Robin lui-même la reconnaît. En effet, ce savant a formellement énoncé cette vérité, que les attributs les plus élevés de l'organisme vivant, — la nutrition, le développement, la naissance, la reproduction, l'innervation, la contractilité — ne se manifestent que comme des attributs de ce qui est structuré dans les parties du corps vivant.

Mais, nous le savons déjà, la doctrine de Bichat est méconnue. Le D' Mayer a même vivement critiqué les vues de son compatriote Liebig. Il se demande « quel sera l'effet de la force vitale après la mort ?» Et il répond : « D'après la théorie de Liebig (2) le cadavre, avant d'entrer en putréfaction, devrait développer une grande somme d'effet mécanique ou de chaleur : il n'en est rien t^ Enfin, revenant à la charge, il se demande encore : « Que devient la force vitale après la mort?» (( Rien », dit-il, et il conclut : « Donc la force vitale n'est rien. « Nihil fit ad nihilum : » une force ou cause qui disparaît sans avoir agi n'est pas une force (3) . »

Eh bienl la force que Mayer croit perdue, qu'il croyait devoir se manifester sous forme de chaleur ou de mouvement, se retrouve tout entière dans les microzymas et se manifeste par des effets chimiques.

(\) Mémoire sur le mouvement organique, etc., p. 63.

(2) La théorie de Liebig sur le mouvement organique.

(3) Mayer, Le mouvement organique, p. 71.

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