‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 34 sur 55 · TRENTE-UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TRENTE-UNIÈME LETTRE

Sommaire. — La maladie selon la médecine et selon les protopiasmistes.— N'est susceptible de maladie et de mort que ce qui est doué d'organisation et de vie. — La maladie dans le système microbien. — Les microzymas, la vie, les dialhèses et la maladie. — Idées de Babinet concernant la matière et la vie. — La matière, l'organisation et la vie. — Qu'est-ce que la matière organisable, l'organisation et la vie au sens physiologique ? — Développements selon la doctrine de la thermodynamique. — Analogies explicatives. — L'organisation est le tout de la physiologie.

La maladie, nous sommes aussi impuissants à la définir que les géomètres le mouvement, les nombres, et l'espace ; nous en parlons cependant comme sachant à nos dépens qu'elle est une cruelle réalité; et Pidoux, dans un énoncé plein de justesse^ résumant la croyance commune aux plus grands médecins a dit :

« La maladie naît de nous et en nous. »

De votre côté vous avez dit que ; « La maladie naissait des conditions anormales de la vie » ; ce qui n'est pas contradictoire avec l'énoncé du célèbre médecin philosophe. Les conditions anormales peuvent naître d'accidents qui modifient le milieu en nous, de nos imprudences, de nos fautes, de nos excès comme de nos privations, du mal moral même ; mais dans tous les cas, c'est nous qui sommes malades, et la maladie^

nous en avons l'intuition et souvent la démonstration, se traduit par un mal physique qui s'imprime en nous par des lésions.

Or, au sens physiologique, qu*est-ce que nous? Esl-cc Teau qui entre dans notre corps pour près des quatre cinquièmes? Sont-ce les autres composés chimiques divers qui forment le reste ? Si nous ne sommes que cela c'est donc l'un ou l'autre de ces composés chimiques divers qui est malade ou tous ensemble. Se figure-t-on de l'eau, du chlorure de sodium, du phosphate de chaux, de l'urée, de la créatine, de Thématosinc, de l'albumine fébricitants, cholériques, syphilitiques, etc ? Non, c'est absurde ; M. Pasteur lui-même, lui qui parle des maladies de la bière, du vin, ou du moût, n'oserait le soutenir. Mais je ne veux pas revenir sur ce que j'ai dit sur ce sujet dans la neuvième lettre, qu'il faut relire,, et je demande à M. Pasteur de nous dire quoi devient malade dans le vin, ou en nous, quand un microbe y pénètre pour s'y développer en parasite. Si ce n'est aucun des composés que j'ai énumérés, sont-ce a les vertus de transformation que Véhullition détruit ^^ dont, d'après M. Pasteur, sont animés les composés chimiques de l'intérieur du corps î Mais alors sa doctrine est la même que celle des vitalistes purs, qui considéraient la maladie comme étant dans le principe vital lui-même.

Non, ce n'est pas un composé chimique,' ni quelque qualité occulte semblable aux vertus de transformation qui devient malade; mais avec Bichat, pour qui il « était évident que les phénomènes raorbifiques résident essentiellement dans les solides et que les maladies ne sont que des altérations des propriétés vitales qui siègent dans ces parties», il faut soutenir que c'est ce qui est structuré et vivant.

Oui, il faut soutenir comme une vérité première et de bon sens la proposition suivante :

« N'est susceptible de maladie et de mort que ce qui est doué d'organisation et de vie ».

Cette proposition étant vraie, les doctrines microbiennes sont fausses. Avant de passer outre, je veux le faire voir clairement.

Selon M. Duclaux» l'interprète autorisé des idées de M. Pasteur, celui-ci aurait démontré que le charbon est la maladie de la bacteridie, comme la gale est la maladie de VacaruSj ce qui veut dire que la gale comme le charbon sont les maladies de Tacarus ou de la bactéridie en nous ; l'insecte et les vibrio-

niens porteurs de la maladie seraient donc malades. Les vrais médecins n'ont jamais parlé ainsi : ils disent que la gale est une maladie de la peau déterminée par une irritation occasionnée par la présence du sarcopte, mais ils n'ont jamais pensé que rinsecte fût malade lui-même. La* présence des entozoaires et autres parasites peuvent rendre malade, mais on ne peut pas dire qu'ils le soient ; et souvent o/est parce que nous sommes maladeS; ou que nous réalisons pour eux des conditions favorables de milieux, qu'ils envahissent nos tissus, nos humeurs ou nos organes. Sans doute, une maladie peut être communiquée par des vibrioniens ou par des microzymas. Mais daus la doctrine microbienne, qui suppose la préexistence des microbes morbifiques, on ne peut pas dire qu'un vibrionien, ou tel mU crobe qu'on prétend spécifier, est lui-même malade ; car un être quelconque vit pour lui-même et sa vie suppose la santé. 0'ailleurs, en supposant même qu'ils aient la maladie en eux, puisque selon M. Pasteur l'organisme ne constitue pour eux qu'un milieu de culture semblable au vin ou à la bière, il faut soutenir qu'ils communiquent cette maladie à ce qui est purement chimique et, par suite, ne pouvant pas être dit vivant, ni malade.

Tenant donc pour certain que la maladie naît de nous, en nous, n'est-il pas évident qu'on ne peut pas, sans absurdité, dire qu'un composé chimique ou une qualité occulte devient malade et souffre. 11 faut, au contraire, soutenir, avecBichat, que c'est ce qui est organisé et doué de vie. Or, il est désormais hors de doute que l'intérieur du corps humain, des animaux, etc., n'est pas simplement un milieu inerte, sans spontanéité et de nature purement chimique. Contrairement au système pasteurien, il est certain qu'il n'est plus difficile de comprendre que cet intérieur, dans toutes ses parties, recèle la vie dans un organisme élémentaire pouvant devenir vibrionien, le microzyrna; lequel est non seulement compatible avec la vie, mais sans lequel la vie n'existe pas.

Oui, physiologiquement, la vie de l'ensemble, la vie en nous, résulte des microzymas qui sont autonomiquement vivants. D'eux procèdent toutes les activités de l'organisme ; les activités histogéniques et transformatrices des cellules et des tissus ; les activités physiologiques, chimiques, calorifiques, dynamiques et motrices; bref, toutes les activités que le physiologiste considère, ainsi que vous l'avez magnifiquement reconnu et que je l'ai rappelé. Non, tout cela ne résulte pas

de qualités occultes gratuitement attribuées à la matière ; mais a pour siège des réalités concrètes, visibles, tangibles, qui sont ces mômes microzymas. Et ce n*est pas tout ; il est démontré que les microzymas subissent une évolution fonctionnelle, depuis l'œuf, pendant le développement, jusqu'à l'état adulte. Cette évolution, qui nous montre les microzymas, dans un centre organique donné, acquérant peu à peu les activités de l'état adulte, expliquera comment les microzymas sont ce par quoi on est doué de tel ou tel tempérament ; ce par quoi on est lymphatique, scrofuleux ou affecté de telle ou telle diathèse; ce qui peut devenir morbide, produire des maladies en nous et les transmettre si elles sont contagieuses ou infectieuses; ce qui explique aussi la guérison. C'est ainsi qu'en pathologie même les microzymas jouent un rôle considérable. En fait, toutes les formations anormales, concrétions, tubercules et fausses organisations, dans les tissus, dans les organes, dans les vaisseaux, ne s'expliquent que par une déviation fonctionnelle des microzymas.

Il peut paraître difficile de comprendre et d'admettre que le microzyma puisse être doué d'autant d'aptitudes à la fois ; pendant longtemps cette considération m'a arrêté ; je ne pouvais pas non plus me figurer qu'il en puisse être ainsi ; mais, après avoir bien réfléchi, j'ai enfin reconnu que la difficulté est la même dans la théorie du protoplasma, laquelle suppose en outre la génération spontanée et conduit à croire à la microbiatrie.

Je vais essayer d'établir solidement cette théorie si nécessaire à la médecine, en recherchant en quoi consiste la vie et l'organisation dans un microzyma.

Et je rappelle une dernière fois pourquoi on ne peut pas nier qu'un microzyma est organisé et vivant.

N'est-il pas vrai, on admet sans conteste qu'une bactérie, un vibrion et ce que l'on nomme micrococcus ou microbe en point, monococcus sont organisés et vivants? Or, je l'ai démontré, ce que l'on appelle microccocus sont des microzymas ; or, ces microzymas deviennent vibrioniens par évolution. De plus, depuis que j'en ai donné la preuve, tout le monde reconnaît que les vibrions, voire les bactéries peuvent, par régression, de diverses manières, redevenir microzymas; les bactéries, à cause de cela, on les a même, improprement,, appelés schizo^ my cèles 9 schizophycètes ; ce qui, à tort, nous l'avons vu, fait

supposer que les bactéries^ les vibrioniens eu général, sont de nature essentiellement végétale.

Et à ce propos laissez-moi invoquer là manière de voit d'un savant qui n'était ni chimérique, ni finaliste; Babinet disait, en parlant des êtres organisés : a Chaque être vivant est un ensemble isolé du monde entier et tin tout ayant en soi un germe de reproduction; » expression aussi juste que caractéristique. Or, nous savons qu'un germe de reproduction est ce qu'il est par ses microzymas. Eh bien! la nouvelle caractéristique du microzyma est de n'avoir pas de germe et pourtant de pouvoir se multiplier; et il en est ainsi parce qu'il ' est à lui-môme son germe, car il est l'unité vitale irréductible, ce par quoi les autres germes sont formés.

Et un tel savant reproduisant la pensée de M. W. Thomson, disait encore, très justement, que : ff Dans les sciences d'observation, la mécanique, la physique, la chimie nous font connaître les propriétés qui distinguent les corps purement matériels ; par exemple, le mouvement, la vitesse, le choc, la dureté, le poids, l'étendue, la chaleur, la couleur, la composition élémentaire, les réactions mutuelles. Là point de vie^ point de reproduction, point de spontanéité, point d^organisa-' tion, point de mouvement volontaire. r> Là, disait-il ensuite, « nous reconnaissons tout de suite une organisation qui déroge à toutes les lois de la mécanique, de la physique et de la chimie des corps purement matériels. » Et Babinet était si pénétré de ces vérités, il croyait si bien que o nous ne pouvons ramener les uns aux autres les phénomènes des^tres organisés et ceux des corps bruts », qu'il y voyait la nécessité « d'y reconnaître un principe nouveau, — la vie, l'organisme ou tel nom qu'on voudra lui donner, — pourvu qu'il soit bien admis qu'ils contiennent deux principes distincts, ■— la matière et la vie » (1).

Mais la matière d'un être vivant quelconque est-elle quel* conque aussi ? Non, elle est de nature déterïuiûée quant aux corps simples qui la composent et à la nature des combinaisons qui y entrent; c'est donc une expression trop générale que de dire : « La matière et la vie / » et en même temps ce n'est pas assez. Il n'y a pas seulement deux principes distincts, dans un être vivant comme dans un microzyma, il y en a trois : la matière, V (organisation et la vie.

(1) Babinet : Étudie» $t Lectures, t. I, pag« 93-94.

Il importe de bien savoir quelle est la matière d'an microzyma. Dans la sixième lettre, j'ai expliqué comment iQ corps simples sont nécessaires et suffisants pour constituer le substratum matériel des corps vivants, et parmi ces corps le car* bone est le premier. Le carbone uni à l'hydrogène, à l'azote et à l'oxygène, forme ce qu'en chimie on appelle matière organique, et il n'y a pas de matière organique sans carbone, il n'y a pas de matière organique sans carbone, si bien qtie Dumas disait de ce corps qu'il est un corps simple organique. Aux quatre corps désignés peuvent se joindre dans une molécule organique, le soufre, le phosphore et le fer; de telle façon qu'une molécule organique peut être formée de 2, de 3, de 4, de 8, de 6, de 1 éléments différents. C'est là ce qu'on appelle les principes immédiats organiques, lesquels, individuellement ou réunis^ même associés à une quantité convenable de substances purement minérales, ne sont pas vivants et ne peuvent pas spontanément le devenir.

Mais tous les principes immédiats organiques ne peuvent pas, indistinctement, concourir à la formation d'un microzyma ou d'un élément anatomique proprement dit; il n'y en a qu'un certain nombre, de ceux qu'on désigne comme matières albuminoïdes, protéiques, gélatinigènes, hydrates de carbone, lesquels, comme la fécule, la cellulose, l'inuline, la lichénine, etc.. quoique pouvant être identiquement de même composition, c'est-à-dire isomères, n'en sont pas moins substantiellement différents. Et il faut encore noter ceci : on sait en chimie qu'un même corps simple, ou un composé, peut revêtir des propriétés physiques et chimiques fort dissemblables sans cesser d'être substantieliemeat le même corps : ce sont les états albtropiqttes^

Et, chose très digne d'attention, certains isomères ne sont pas pour cela des allotropes, mais ils peuvent eux-mêmes subir des modifications allotropiques (1) • Et ce genre de modification peut aller jusqu'à changer la fonction chimique. On ne sait pas expliquer cette étrange propriété de la matière ; on les produit à volonté, ou constate que la chaleur spécifique n'est pas la même dans deux états allotropiques du même corps, etc. ; mais si l'on n'en sait pas davantage, on sait avec certitude que

(1) On connaît plusieurs états allotropiques du soufre, du phosphore, etc. Il y a de même plusieurs modiûcations allotropiques d'isomères tels que la matière amylacée, la cellulose ou d'autres corps tels que l'albumine Tosséine, etc.

les éléments y sont restés les mêmes et qu'on peut souvent, à volonté, passer d'un état allotropique à Tautre. Mais chose également très digne d'attention, les états allotropiques des principes immédiats organiques qui peuvent servir à Torganisation sont stables; les moyens purement chimiques ne permettent pas de les changer, il faut l'influence de l'organisme vivant. Voilà donc déjà un fait considérable : la matière, dans les corps simples ou dans les combinaisons peut, posséder des propriétés qui ne dépendent pas essentiellement de la composition élémentaire. Je dis, ne dépendent pas essentiellement, car si de même qu'il n'y a pas de sulfates sans acide sulfurique, il n'y a pas non plus de matière organique sans carbone ; en effet, il faut bien se garder de croire que les propriétés des combinaisons, même organiques, dépendent de l'arrangement des atomes composants ; elles dépendent surtout, au contraire, de la nature différente de ces composants. Voilà pourquoi il n'y a pas de matière organique sans carbone et pas de matière organisée sans les matières organiques que j'ai spécifiées. Ces réserves étant faites, reconnaissons donc, déjà, ce grand fait, qu'il y a des propriétés de la matière qui ne sont pas expliquées par la composition.

, La composition des microzymas répond à la composition élémentaire générale des corps organisés ; en outre des principes immédiats organiques dont cette composition révèle la nature, ils renferment des principes immédiats purement minéraux, qui restent sous la forme de cendres quand on les a incinérés et qui sont composés par quelques-uns des mêmes 16 corps simples qui suffisent à constituer leur substance.

Le premier caractère des microzymas est d'ordre chimique. Leur composition élémentaire, d'après ce que je viens de dire, quoique sensiblement la même ou identique, pourrait correspondre à celle de corps bien différents quoique de même composition. De façon que des microzymas, différents par leurs fonctions physiologiques, pourraient bien être différents par l'état' isomérique et allotropique des principes immédiats qui ont servi à les construire.

La matière, dans un microzyma, sans être d'essence spéciale par destination, comme la matière organique des savants d'avant Lavoisier, est donc particulière. Elle ne constitue pas, à proprement parler, un composé chimique, et elle n'est pas physico-chimiquement constituée ; mais elle mérite une dénomination qui ressort de la nature des choses : c'est

matière organisable. Et celte dénomination eiprjme deux choses : la première, qu'elle est formée de certaines combinaisons complexes du carbone associées h certaines combinaisons minérales nécessaires ; la seconde, qu'elle est digne ou rapable de recevoir rorganisatioû, ce qui suppose qu'elle ne peut pas s'en douer elle-même,

La matière organisable, c'est un fait, n'existe que dans les i'orps organisés ; aucune trace n'en existe ailleurs que dans L'es êtres. La matière organique peut être faite de main de cliimiste, à l'aide des corps simples lavoisiériens , et c'est là la magnifique démonstration que la science doit à M. fierthelot. La matière organisable ne se tbrme que par et dans l'organisme vivant à l'aide des matt'riaui qu'il trouve dans le milieu ambiant. Eo effet, le végétai forme la matière organisable de SCS différentes parties en n'employant que de l'eau, do l'acide carbonique, de l'ammoniaque ou des nitrates et des matières minérales du sol : il est minéralivore. La cuve du hrasseur ne contient pas une trace de. la matière organisable que contient la cellule de levure qui s'y multiplie après y être luie des microzymas qui l'ont formée. Pas un atome de la matière organisable qui forme les organes du poulet n'existe dans t'œuf avant l'incubation; et la poule, avant de pondre, ne contient pas une trace des mafériaux de l'œuf d'où sortira le poulet, si ce n'est les microzymas de l'ovule ! J'ai vainement cherclié l'osséine ou les matières gélatinigènes dans le blanc et dans le jaune de l'œuf. C'est pendant le développement que les microzymas d'abord et les autres parties vivantes ensuite, fabriquent les matières organi sables des tissus à naître, chacune selon son espèce et sa destination. Que parle-t-on du protoplasma initial dont seraient issus tous les corps vivants!!

Non, non, l'existence même de la matière organisable suppose l'organe, l'appareil, le microzyma, la cellule qui la forme, la produit, dans le lieu oii elle s'organise. Voilà une iV)tîon importante, capitale, qu'il faut ajouter aux précédentes et qui les domine. Elle nous servira à comprendre comment on peut l'approcher les phénomènes chimiques des corps vivants des [ihénomènes de la fermentation.

L'organisation, maintenant, en quoi consiste-t-elle î Je remarque d'abord qu'il ne suffit pas de constater un certain arrnngement appelé structure pour dire qu'il y a organisation. Un granule d'amidon est évidemment structuré; le microscope

et certains procédés d'observation mettent cette structure en évidence. Et quoique M. Pasteur Tait comparé à une orgaiiite, au globule du pus ou du sang, il ne peut pas être réputé organisé au sens physiologique. D'abord il n'o.st pas formé de matière organisable et ensuite il n'est pas vivant, n'étant doué d'aucune activité physiologique et n'ayant pas en soi le germe de sa propre reproduction. Et la preuve que l'apparence structurée ne suffit pas pour qu'on dise qu'il y a organisation et vie, c'est qu'on a contesté la vie de la cellule de levure, et que M. Pasteur a considéré le globule du snng et du pus comme n'étant pas vivants, ni végétaux, ni animaux l

Par contre un corps peut être vraiment organisé, formé de matière organisable, structuré, sans qu'on n'aperçoive en lui aucune apparence de structure, sans qu'on y puisse constater de parties. J'ai dit que c'est sur cette absence d'apparence qu'on s'est fondé pour nier qu'un microzyma fût vivant.

Mais alors qu'est-ce que c'est que l'organisation? Voici la définition que je propose comme découlant de la nature des choses.

L'organisation c'est l'aptitude acquise par la matière organisable à être constituée morphologiquement pour manifester les phénomènes vitaux. Et pour que les principes immédiats organiques et minéraux prochains de la matière organisable puissent devenir cette matière constituée morphologiquement, il faut la présence de ce qui est morphologiquement constitué et déjà ou encore vivant. Je dis encore vivant; car la matière organisable constituée en organisation et vivante qui a perdu la vie par un procédé quelconque, ne peut pas faire de matière organisable avec les matériaux qui pouvaient lui servir auparavant. Bref, V organisation, c*est ^arrangement de la substance organisable dans une forme définie en vue d'un but déterminé.

Maintenant qu'est-ce que la vie dans un système ainsi constitué. Paut-il, avec l'École dont Babinet semble partager les vues, dire que la vie est un principe nouveau? Ou bien fautil soutenir qu'elle est quelque principe de mouvement communiqué au microzyma, c'est-à-dire à ce qui est organisé, à l'origine des choses? Personne n'en sait rien. Mais si l'on n'en sait rien il y a cependant un fait considérable qui peut faire pencher vers la seconde hypothèse. Ce fait, le voici : les microzymas subissent, pendant qu'ils se multiplient dans l'organisme qui seudéveloppe, une évolution fonctionnelle qui lui fait acquérir peu à peu les propriétés qu'il possédera dans Tétre

adulte. Ne faudrait-il pas soutenir que le principe qui les anime varie avec leurs fonctions? ce qui est contradictoire avec ridée qu'on peut se faire d'un tel principe. Mais il y a une difficulté de plus : les microzymas des divers centres d'organisation sont réellement différents par leurs fonctions : on ne peut pas confondre un microzyma pancréatique et un gastrique; le microzyma du sang avec celui du cerveau, etc., ils sont physiologiquement vivants pourtant; il faudrait donc admettre que le principe de yie est diflférent dans chacun, etc., etc. Et si ce principe est appelé force vitale, on voit qu'il en faut admettre d'autant d'espèces que nous constatons d'activités physiologiques diverses non seulement dans les microzymas d'un même être, mais des diverses espèces d'êtres. En vérité, il ne faut pas, sans nécessité, imaginer ainsi des entités. N'esl-il pas plus convenable d'admettre, avec Newton, que les particules primigènes dans la matière organisable, dans là forme organisée, ont été mises en mouvement en même temps que l'organisation était faite? Et qu'il y a autant de sortes de mouvement de ces particules qu'il y a d'activités constituées et que ce mouvement se transforme à mesure que l'évolution fonctionnelle s'accomplit?

Oui, on peut considérer l'organisation comme le lieu d'application et d'action de la force qui produit le mouvement que nous appelons vie. L'organisation a pour effet de communiquer à la matière organisable la propriété de conserver ce mouvement, lequel se transformerait parallèlement à la composition de cette matière pendant l'évolution histologique, physiologique et fonctionnelle.

Pénétrons dans cette idée.

Soient les microzymas dans l'œuf : la vie, c'est le mouvement vibratoire des particules primigènes de l'organisation dans ces microzymas (1). A mesure que, sous les influences physiques et chimiques nécessaires pour chaque espèce (pour l'œuf de poule, la chaleur et Tair), le développement se fait, le mouvement vibratoire initial est transformé; la transformation est accusée par les changements corrélatifs qui sur-

(1) Je dis : l'organisation et non pas la matière organisée. En effet, il résulte de la définition même qu'il n'y a pas de matière organisée. Comme une horloge est l'instrument où le génie de Thomme a mis la force qui en fait mouvoir les rouages pour indiquer l'heure, indication qui est le produit de la force, ainsi, l'organisation est Tinstrument où le Créateur a mis la force qui manifeste ses effets par les phénomènes appelés vitaux et par les produits chimiques engendrés sous son activité.

vieiiucnt : muUiplicatioQ des microzymas, formation de nouveaux éléments anatomiques (cellules embryonnaires, etc.), formation de principes immédiats nouveaux, absorption d'oxygène, dégagement d'acide carbonique, actions chimiques diverses; les nouvelles vibrations sont la cause de l'activité manifestée par les nouveaux microzymas qui concourent à la formation de nouveaux éléments anatomiques, qui forment de nouveaux centres organiques d'activité ou d'énergie, d'où procèdent de nouvelles formations et de nouveaux changements chimiques et physiologiques ; de façon que^ bientôt, il n'y a plus rien de ce qui était primitivement dans l'œuf; tout s'étant transformé, la matière organisable, l'organisation, la vie. Et à la fin, quand l'organisme est développé, il arrive un moment où les microzymas devenus adultes ont acquis toutes les propriétés qu'ils posséderont désormais dans chaque centre d'activité et d'organisation. Et, chose bien digne d'attention, ces microzymas sont producteurs des zymases, lesquelles, non organisées, mais des principes immédiats^, sont douées de certaines activités chimiques ou physiologiques des microzymas dont elles proviennent. Ces zymases sont donc, elles aussi, capables de conserver une partie du mouvement vibratoire qu'elles ont emprunté aux microzymas et qu'elles peuvent manifester et dépenser sous la forme d'énergie chimique transformatrice.

Il faut, par analogie, montrer en quoi l'hypothèse est plausible.

Bien que très éloignée, il y a quelque analogie entre les propriétés de la matière organisable et celles de la matière qui peut devenir un aimant; entre l'organisation qui peut devenir le lieu d'application de la force qui est la vie et l'acier qui est le heu de l'application de la force qui le fait devenir un aimant. Autrefois Thaïes expliquait les propriétés des aimants par l'âme qu'il y supposait, c'est-à-dire par une force spéciale. Grâce au génie d'Ampère le fluide magnétique est devenu une dépendance du fluide électrique. Or l'électricité a été ramenée au mouvement transformé. De façon que, comme la chaleur, la lumière et l'électricité, le magnétisme est devenu une dépendance delà thermodynamique.

Cela posé, il faut considérer ceci : de même que la matière organisable est seulement ce qui a l'aptitude à revêtir l'organisation, pour devenir le lieu d'application de la force appelée vie, de même aussi l'acier — un certain carbure de fer — est seulement ce qui a l'aptitude à revêtir l'état moléculaire qui

lui permet de devenir le lieu d'application àa la forci; appelée magoélisme et de la conservor. En etleL, l'acier quelconque n'est pas et ne devient pas spontaDémcul un aimant; déplus, l'étant devenu par l'influence d'un ainaant, il ne conserve pas naturellement la force acquii^c. Pour que l'acier puisse devenir un véritable aimant, c'est-à-dire puisse conserver la force magnétique ou plutôt le mouvement transformé qu'elle représente, il faut, par certaines actions physiques, notamment par la trempe à un certain degré de température, lui communiquer ce que l'on a appelé la force coercitive, c'est-à-dire un certain arrangement moléculaire qui lui permet de retenir le magnétisme acquis par l-'aimantation. Exactement do la même manière que la maliÈre organisable ne devient vivante, capable de conserver et de communiquer la vie, que grâce à l'étal morphologique défmi appelé organisution dans un microzyma.

Ce qu'il y a de certain, c'est que l'énergie actuelle, le mouvement vibratoire n'est pas plus spontanément acquis par la matière dont un aimant est fait que par !a matière dont a été fait un microzyma ; il faut, de part et d'autre, qu'il soit communiqué par ce qui le possède après l'avoir reçu. Seulement, la force coercitive peutêlre communiquée par l'intervention de l'bomme; mais, pour faire l'organisation il a fallu cello de Dieii et c'est pour cela que l'organisation est le tout de la physiologie.

L'analogie se poursuit plus loijt entre l'aimant et l'orgaaisation vivante. Mais c'est assez pour aujourd'hui.

Page 1