TRENTE-DEUXIÈME LETTRE
SoHUAiiiE. — La force coercitive et l'organisation; le niDuvenienl et la fie.
— La Buppression da magnétisme, de la vie et de l'aellTlté transformatrice dea zymases par la chaleur. — Les zymasea et les acides comme agents tranetorma leurs. — DiiTérenees essentielles entre la forée coercitive et l'organisation. — Ce que les sols ou les méchants pourraient dire.
— Les microzj'maB et la cellule. — Les fondateurs français de la théorie celiulaire. — Il y a des élres qui vivent sous la forme nui cellulaire. — Pourquoi on a nié que la cellule fût vivante? — Les cellules qui trouvent réunies dans le même lieu toutes les conditions de leur formation et celles qui ont besoin du concours de deux organismes pour naître. — La cellule est un appareil. — Concludon.
Si je suis sang inquiétude en ce qui regarde un esprit comme te vAtre, je ne le suis pas au sujet de ce que plusieurs, qui n'y
voient pas plus loin que le bout de leur nez, penseront do ma dernière lettre et de ma comparaison. Cependant, en y regardant de près, est-ce un si grand tort d'avoir osé comparer la force coercitive dans Tacier et le magnétisme qu'elle retient, à V organisation dans la matière organisable et la vie qu'elle fixe? Est-ce un cas si pendable d'avoir pensé qu'il y avait quelque analogie entre le magnétisme, qui est du mouvement transformé, et la vie, que l'on dit être un mouvement ou une force et que l'on peut, par suite, concevoir comme un mouvement des particules primigènes de la matière organisable dans le microzyma? Mais ce que l'on nomme ici organisation, que Ton peut nommer là coercition, pour ne pas tomber sous les sens et pour ne pas être aperce vables au microscope, n'en sontr-elles pas moins choses aussi réelles que nécessaires? Pour être indépendantes, l'une de la substance de l'acier, l'autre de la substance de la matière organisable, la coercition et l'organisation n' ont-elles pas moins besoin de ces substances pour se manifester? N'en est-ce pas moins une étrange réalité que, se manifestant, l'une dans l'acier et l'autre dans la matière organisable, l'acier et la matière organisable n'en restent pas moins matériellement et chimiquement ce qu'ils étaient auparavant et ce qu'ils seront quand la coercition et l'organisation auront disparu ? Et l'étrange n'en est-il pas plus extraordinaire encore quand on voit ces substances ' rester ce qu'elles étaient après que, grâce à la force coercitive et à l'organisation, elles ont été animées l'une de magnétisme, l'autre de vie ? Et ces mouvements appelés vie, magnétisme, sont-ils plus étonnants que le mouvement commun, — cette chose étrange qui emporte dans l'espace le mobile qu'elle anime, qui passe de ma main en lui quand je lance le projectile, — dont nous connaissons les lois et que nous soumettons au calcul ? Ici comme là, le mouvement ne resterait-il pas identique à lui-même, indéfiniment, si rien ne venait le modifier ou l'arrêter ? Ici comme là l'objet qui est mû et se meut ne demeure-t-il pas ce qu'il était, matériellement et chimiquement?
Certes, qu'on le veuille ou ne le veuille point, ce sont là, de part et d'auti'e, des réalités avec lesquelles il faut compter. Mais si, comme je le disais en terminant la dernière lettre, l'analogie peut se poursuivre plus loin, il y a aussi, entre la force coercitive et le magnétisme, l'organisation et la vie, d'immenses différences.
Poursuivons d'abord l'analogie. La plus remarquable, c'est
qu'un aimant et un corps vivant étant soumis à certaines influences perdent l'un le magnétisme, Tautre la vie.
La plus étonnante de ces influences est celle de la chaleur.
Un aimant et un corps vivant, fût-ce un microzyma, soumis à un certain degré de chaleur déterminé, variable selon l'espèce du corps vivant, constant pour Taimant, perdent Tun le magnétisme, Tautre la vie.
Rap]>rochons tout de suite de ce fuit celui qui concerne les zymases. N'est-il pas re^narquable que les zymases, composés chimiques, vrais principes immédiats issus des raicrozymas, perdent, elles aussi, leur pouvoir transformateur, la force chimique qui est en elles, à ce même degré de chaleur qui tue les microzymas ? Et ne pout-on pas dire que la zymase sécrétée par l'être vivant emporte de celui-ci le mouvement qui la rend active?
Un aimant abandonné à lui-même, sans armature, perd de sa force. Une zymase perd de même peu à peu sa force transformatrice ; et les microzymas, sans être tués, c'est-à-dire sans perdre la faculté d'évoluer pour devenir bactéries, sont Sans le même cas : par exemple, les microzymas du pancréas et les gastriques, conservés pendant longtemps, perdent plus ou moins la force de digérer les matières albumînoïdes et conservent plus longtemps la propriété de fluidifier l'empois de fécule. Et nous verrons la conséquence remarquable de ce fait dans ses applications à la pathologie.
Et qu'il s'agisse d'aimant, de zymase (1) ou de microzymas,
(1) Il est remar()uable qu'une zymaàe n'exerce son activité transformatrice qu'en la perdant. On a comparé l'action des zymases à colle de l'acide sulfurique. La diastase et la sialozymase comme cet acide transforment la fécule en glucose et Ton a conclu qne leur activité était du même ordre. C'est une erreur. Si l'on soumet deux masses égales d'empois de fécule, l'une à lac» tion de l'acide sulfurique convenablement étendu, l'autre à celle de la sialozymase, à la température ordinaire, quoique la quantité de l'acide soit énorme comparée à celle de la zymase, son action sera indéfiniment nulle, tandis que la sialozymase opérera la transformation et le glucose se produira. Que fautil donc de plus pour que l'acide agisse ? Il faut, en plus, l'influence d'un certain degré de chaleur; bref, l'action de l'acide est fonction de la température. D'ailleurs, la chaleur seule, aune température plus élevée, produit sensiblement les mêmes effets; de sorte que la présence de l'acide suppléerait l'influence d'un certain degré de chaleur. La sialozymase, au contraire, opérera la transformation sans aucun secours. Sans doute un certain degré de chaleur exalte son activité, mais seulement Jusqu'à un certain degré au delà duquel elle l'annihile. Et si j'ajoute que Tactivité de la zymase s^exerce encore en abaissant la température jusque vers zéro, on peut dire qu'elle opère comme si elle agissait à la manière de la chaleur seule qu'elle aurait emmagasinée sous la forme de mouvement particulier. L'acide d'ailleurs reste ce qu'il était, tandis que la zymase, quoique restée substantiellement identique, a cessé d'être comme agent transformateur: sa force est épuisée.
la propriété se perd sans la perte d'aucune trace du substratum matériel. Ce qui disparaît n'étant pas de la matière, de même que pour l'aimant, on ne dit plus que c'est son âme, mais du mouvement, pourquoi n'en serait-il pas ainsi d'un microzyma, d'une zymase ?
Voilà certes de remarquables analogies. Les différences sont immenses.
La nature de l'acier etde la force coercitive sont telles, qu'un aimant, par les procédés d'aimantation, évoque le magnétisme, c'est-à-dire le mouvement vibratoire, d'une manière permanente, des particules primigènes de Tacier pourvu de force coercitive sans rien perdre de sa substance et de sa force.
Mais le mouvement vibratoire des particules primigènes de la matière organisable, dans l'organisation morphologiquement définie, .leur est si intimement imprimé, que la vie ne se peut transmettre que grâce à une perte de substance et de force sous la tbrme de microzyma.
Il est superflu de rappeler que l'aimant, qui perd son magné-* tisme par l'action de la chaleur, perd du même coup la force coercitive, qu'on peut lui rendre par la trempe. Mais le microzyma qui perd la vie, en apparence, ne perd pas l'organisation > sans qu'on lui puisse rendre ce qu'il a perdu autrement qu'en faisant rentrer sa substance dans le torrent vital.
Il serait oiseux de pousser plus loin ces parallèles. J'ai voulu montrer qu'il n'était point nécessaire d'imaginer des qualités occultes, comme les vertus de transformation dont se contente M. Pasteur, quelque vie physique ou chimique selon le même savant, pour expliquer les phénomènes de la vie. Puisque ce qui disparaît quand un microzyma cesse d'être vivant, une zymase d'être active, un aimant d'attirer le fer, un mobile de se mouvoir, un corps chaud ou lumineux de rayonner, disparaît sans perte de substance matérielle, pourquoi ne pas reconnaître que c'est du mouvement qui disparaît en se transformant dans tous les. cas? Si nous admettons qu'il en est ainsi, tout devient plus simple et nous rentrons dans les vues de Newton, de Lavoisier, qui consistent à chercher l'explication des phénomènes dans la nature, et dans la nature des choses et non dans les rêveries de l'imagination personnelle. Sans doute il ne faut pas juger la simplicité d'une théorie par notre facilité à la concevoir ; mais lorsque celle que l'on propose nous paraît la plus simple, s'accordant, d'une part, avec les faits les mieux constatés, ainsi qu'avec tous les phénomènes, et, d'autre
part, avec les théories rigoureuses de la géométrie et de la mécanique, nous sommes fondés à la regarder à la fois comme Traie et comme démontrée.
L'organisation, comme je Tai définie, est un fait. La définition tient compte, ce que l'on n'avait pas fait, de la nature variée et variable de la matière organisable dans chaque forme définie appelée microzjraa. Oui, les propriétés des microzymas dépendent à la fois de la nature de la substance organisable et de Torganisation. C'est par l'organisation que les particules primigènes de la matière deviennent capables d'être animées des divers modes de mouvement plus ou moins semblables, variés de forme et d'intensité, comme ceux que la mécanique décrit et calcule — quand il s'agit du son, de la chaleur, de la lumière» de rélectricité, du magnétisme, — et c'est par elle que s'explique comment les microzymas sont vivants chacun s^lon son espèce, sa nature et sa destination.
Dans un microzyma on constate aisément plusieurs modes d'activité. Il peut évoluer pour devenir vibrionien: c'est un mouvement d'expansion ; les microzymas en se groupant peutant être facteurs de cellules en vertu d*ua mouvement attractif ; il peut produire des zymases : c'est un mouvement se transfor*mant en force chimique, créant la force chimique transformatrice; il peut se nourrir, se multiplier, assimiler et désassimilar, ce qui. suppose plusieurs forces en action. Or, chacune de ces activités, et il y en a d'autres, peut être considérée comme un mode 4^ mouvement. Dans un microzyma il y aurait donc plusieurs mouvements superposés l Oui ; et cette consé* quence même est d's^^cord avec la géométrie et avec la mécanique ; et nous en trouverons l'application à la pathologie, car un microzyma donné peut devenir morbide et transmettre la morbidité qu'il a acquise.
Et que les sots ou les méchants ne viennent pas dire que c'est là du matérialisme.
La théorie que j'ai esquissée, concernant l'organisation et la vie, explique ce que j'entendais quand je disais que la matière devient vivante par transcendance. La transcendance, elle est tout entière dans la construction de l'organisation morphologiquej:pent déterminée, et dans le mouvement qu'elle a été rendue capable de recevoir, de conserver et de transmettre, toujours le même, de chaque espèce vivante à la même espèce à travers les âges, La transcendance elle est dans les faits, dans la nature des cbQS0s vues cojOAjQPte elles doivent l'être et non
dans des explications imaginaires comme en conçoivent ceux qui osent dire que la théorie du microzyma est une doctrine matérialiste.
Cette théorie, qui est la négation du transformisme est précisément le contraire des doctrines matérialistes. Et pour couper court à toute discussion sur cet objet» permettez-moi, cher et savant ami, de remettre sous vos yeux un court passage de la fin de mon Mémoire sur les matières albuminoïdes dont je vous ai déjà parlé comme ayant été le sujet d'un rapport dei J.-B. Dumas. Parlant du système transformiste concernant l'aibumine primordiale, je disais :
« Certainement, l'albumine, etc., seront un jour obtenus par synthèia chimique totale; mais pour cela on n*aura pas créé quelque chose de vivant, ni même capable de s'élever spontanément à la dignité du plus humble organisme vivant. Non, car la vie n'a pas pour support un composé chimique ou un amas de composés chimiques ; elle a pour support un appareil struc* turé, construit avec ces matériaux en vue d'un but déterminé; et dans cet appareil ainsi construit, on ne peut pas dire, quand il manifeste les phéno» mènes vitaux, quel est celui des principes immédiats qui le composent» l'albumine, le composé ternaire — corps gras ou hydrate de carbone, la ma* tière purement minérale et l'eau ^ qui est la hase physique de la vie, caf^ pour cette manifestation régulière, ils sont tous également nécessaires. J'ose l'affirmer, appuyé sur des recherches dirigées depuis longtemps en vue de la solution de ce problème, l'hypothèse d'une albumine primordiale spontament formée est purement gratuite. Partout, toujours, ce que l'on a pris pour une albumine, pour un flocon d'albumine, est accompagné de l'orga* nisme élémentaire (microzyma) qui a présidé à sa synthèse et l'a opérée »(1).
C'est parce que les microzymas sont tout ce que j'ai dit : morphologiquement déterminés et vivants, physiologiquement simples, résistant à la mort, qu'ils sont partie constituante constante, nécessaire, essentielle de tout organisme vivant. C'est parce qu'il en est ainsi que la vie n'a pas pour support la matière tout court et qu'il n'y a pas de génération spoa-^ tanée.
Il faut montrer maintenant que sans obscurcir aucune vérité acquise, la découverte des microzymas peut lier entre eux tous les faits épars, empiriquement constatés autrefois, et ceux qui l'ont été depuis mes premières recherches, et dont elle a fourni l'explication à la fois rationnelle et expérimentale même en pathologie* Nous comprendrons alors comment la théorie qui en a découlé illumine les grandes doctrines médicales qui ont toujours prévalu, dans les bons esprits, contre les empiétements des systématiques et des empiriques.
(\) R€eu$U dei mémoires des SwwUs Mrtmgêrs, etc., t. XXVI1I«
Ce n'est pas assez d'avoir démontré que le microzyma est l'unité vitale irréductible à une forme plus simple; il faut encore avoir une idée nette de ce qu'est la cellule, pour se figurer exactement en quoi consiste un organisme composé de cellules, d'organes formés de cellules et de microzymas. FI faut rechercher surtout en quoi la vie d'un microzyma est modifiée lorsqu'il fait partie intégrante d'une cellule.
On a dit de la cellule qu'elle n'est pas un être vivant, et par suite, pas un organisme. A cette assertion de quelques auteurs on pourrait opposer celle d'autres auteurs qui non seulement l'ont regardée comme vivante, mais comme Tétant per se, autonomiquement. Hais il ne s'agit plus d'assertions, il faut des preuveis.
Pour se faire une idée nette de l'organisation et de la vie d'une cellule il faut quitter les voies battues.
Posons nettement la question.
Il y a quarante-trois ans Gaudichaud disait :
c Les physiologistes se sont demandé quels sonl les tissus priaiitifs des végétaux? l^es uns forment-ils les antres?
Et il pensait qu* c ils auraient résolu la question » s'il leur était venu à la pensée de se proposer celles-ci :
. a> Connail-on des végétaux qui soient primitivement cellulaires? — Oui.
3> Gonnait-on des végétaux qui soient originairement composés de tissus yasculaires? — Non.
9 Gonnait-on des végétaux qui, avec une organisation primitivement cellulaire, deviennent cellulo-vasculaires? ~ Oui (1). «
A ces questions on peut ajouter celle-ci ;
Connaît-on des végétaux qui avec une organisation cellulaire peuvent vivre indépendants, se multiplier en conservant indéfiniment cette organisation? — Oui.
(1) la théorie cellulaire, appliquée spécialement à la botanique, a d^abord été largement développée par Gaudichaud, presque en même temps que Mirbel et celui-ci après Turpin. Voici comment s'exprimait Tillustre botaniste :
« Je supposerai qu'une cellule vivante, isolée, provenant d'un végétal quelconque et soumise aux conditions qui sont les plus favorables à la végétation, peut continuer de vivre, de s'accroître, et enfin de se convenir en un végétal complet, c'est-à-dire en un embryon on un bourgeon qui appartiendra au groupe végétal d'où provenait cette cellule, et très exactement à la même espèce, et sera aussi.du même sexe si la plante était dioïque...» G'est tout à fait la formule de M. Virchow. Dans ces termes elle est aussi inexacte que celle de Thistologiste prussien appliquée aux animaux; mais elle prouve à quel point Gaudichaud croyait à l'autonomie de la cellule.
La cellulo-genèse de Gaudichaud était tout aussi erronée que celle de Turpin, qui croyait que la cellule naissait de ses globulins. Mais où il était profond physiologiste c'est lorsqu'il soutenait qu'il n'y a pas « dans les végétaux de fonctions physiologiques sans qu'il y ait en même temps fonctions organogéniques, > etc. Comptes rendtiSj t. XIV, p. 977 à 991 (1842). .
La théorie cellulaire conduisait nécessairement à poser ces questions; et dès qu'il était possible de définir un végétal ou un animal, un organisme quelconque comme primitivement cellulaire et surtout pouvant vivre et se multiplier sous la forme cellulaire, la théorie était l'aile.
Oui, il est certain que la levure de bière et une foule d'êtres analogues sont unicellulaires et peuvent indéfiniment être cultivés et reproduits sous l'organisation purement cellulaire. Mais on refuse de regarder ce fait si considérable.
M. Duclaux a fait de longs raisonnements pour se çon-» vaincre que les cellules animales ne sont pas comparables à celle de la levure. Et c'est parce que l'on ne peut pas, en effet, prendre telle cellule animale ou végétale pour l'élever à part et la cultiver comme on élève et cultive celle-là, que l'on s'imagine qu'elle n'est pas un organisme et n'est pas vivante. Ces insuccès prouvent seulement qu'elles sont d'un ordre particulier, ne pouvant régulièrement manifester les phénomènes et les phases de leur existence que dans leur milieu naturel, dans le lieu où elles sont nées, pendant le fonctionnement régulier de toutes les parties de l'organisme composé auquel elles appartiennent. Mais j'ai assez expliqué que cet ordre de cellules est transitoire, ainsi que les circonstances de leur destruction, pour n'avoir plus rien à dire sur ce sujet. Je rappelle seulement que la levure elle-même, cette cellule si vivace, si personnelle et si résistante, meurt vite et se détruit si, au lieu de la conserver dans le produit de la fermentation, on la met dans l'empois de fécule..
Il y a une autre cause à l'illusion commune. Une^ cellule de levure, on sait comment elle procède d'une autre cellule semblable. Mais on ne connaît pas toujours l'origine d'une cellule, de telle sorte qu'on a pu vouloir démontrer qu'un leucocyte, par exemple, est le produit d'une génération spontanée. Une telle cellule, comme les cellules vitellines, les hématies, les globules du pus , les cellules embryonnaires , ne procèdent pas d'une autre cellule préexistante; elles sont formées de toutes pièces par les microzyraas, comme nous avons vu qu'il s'en forme par ceux de la mère de vinaigre et comme la levure de bière se forme à l'aide des microzymas qu'on en isole par broiement. La différence, c'est que j'ai pu artificiellement composer le milieu où ces microzymas peuvent les former et où étant formées elles peuvent vivre et fonctionner; tandis que les microzymas animaux, chacun selon leur espèce, ne les pro-
duisent que dans les milieux et dans le lieu où elles doivent jouer leur rôle, aussi longtemps que ce rôle est nécessaire. Non, une cellule ne procède pas nécessairement d'une autre cellule; j'ai dit que j'avais vainement recherché Fosséine dans le vitellus de Tœuf de poule ; on y rechercherait en vain telle ou telle matière albuminoïde dont on constate l'existence dans te poulet. De même ce serait inutilement qu*on prétendrait y découvrir ia cellule d'où procéderait celle de telle ou telle partie du même poulet. Sans doute le vitellus contient ce que Ton a appelé globules ou sphérules vitellins ; mais ces cellules éaor* mes sont essentiellement éphémères; elles sont sans cesse formées par les microzymas vitellins, et sont sans cesse détruites, mettant leurs mycrozymas en liberté; si bien qu'au moment de l'incubation on n'en découvre plus aucune. De telle sorte que, toutes les cellules, tous les tissus du poulet sont le résultat de l'activité histogénique des microzymas vftellins, comme les composés chimiques qui n'existaient pas sont le fruit de leur activité chimique.
La cellule étant formée par les microzymas est donc vivante ; et elle est un organisme, puisqu'elle est formée de parties dont les microzymas sont les facteurs. Et cette cellule est un organisme dont les fonctions multiples sont dominées, caractérisées par les fonctions de ses microzymas; en d'autres termes une cellule est ce que ses microzymas l'ont faite ou la feront par la suite; car une cellule étant faite, elle ne devient capable de jouer son rôle définitif que lorsque ses microzymas ont euxmêmes acquis toutes leurs propriétés, en vertu de la loi du changement de fonction dont j'ai déjà dit un mot.
En résumé, ce que l'expérience démontre avec précision, c'est que la cellule animale en général et la cellule végétale, malgré la croyance de Gaudichaud, de Kûss et de H. Wirchow, n'est pas vivante per «e, n'est pas l'unité vitale. Être vivant per w, c'est être simple, non transitoire; c'est résister à la mort physiologique comme le microzyma. Mais de ce qu'il en est ainsi, de ce que la cellule a une existence dont la durée est limitée; de ce qu'on ne peut pas la cultiver, on n'a pas le droit de conclure qu'elle n'est pas vivante ! Est-ce que la durée est un élément dont il faille tenir compte pour caractériser un être comme vivant ? Est-ce que les douves, les ascarides, les taenias, les trichines, etc., ne sont pas vivants par ce qu'on ne peut les étudier que là où on les découvre?
S'il y a des cellules qui ne naissent que pour êtres détruites â
bref délai, dont le caractère le plus singulier, disait Kûss, est la mobilité de leur coiistitution, il y en a qui mettent un ttès long temps à atteindre leur perfection et à devenir capable^ de jouer le rôle pour lequel elles ont été forméeâ.
Celles-là, chacune dans le lieu où elle doit fotlctiôiiùôf» rencontrent toutes les conditions de leui^ développement coinplet : elles restent identiques à elles-mêmes, quoique d'appà^ rences difiérentes, selon qu'elle sont au repos ou tû activité^ jusqu'au moment où elles finissent leil^ carrière.
Celles-ci, au contraire, ne tmuvent pas réunies, dans le lieu où elles naissent, toutes les conditions de leur développement achevé. Ces cellules, intéressantes entre toutes, sont celles qui sont destinées à devenir Toeuf .
C'est un fait, pour être fécond Tœuf a besoin du concours de deux cellules nées dans deux individus distincts par le sexô et, conséquemment, par leur nature.
Pour comprendre que la cellule-œuf ne procède pas d'une prolifération cellulaire, comme le veut une fameuse théorie, mais qu'elle est le fruit d'une création incessante, il faut avoir présent à l'esprit le processus hystogénique qui produit l'ovaire, dans celui-ci la vésicule de Graaf et dans celle-ci la cellule qui sera l'ovulo. C'est une bien étrange chose que la longue préparation et le grand travail qu'il faut, de la part de l'organisme, pour mener à bien un ovule et ramenéf à maturité. L'examen attentif des faits montre, à l'évidence, que cela tient à l'activité histogénique et chimique des micTozymas/ L'ovule ne procède donc pas d une cellule qui préexistait daUs le vitellus. Eh bien ! ce grand et long travail ne suiBt pas pour faire de l'ovule un œuf. Il faut que, parallèlement, daud un autre organisme, en vertu d'un processus semblable, doit d'abord formée une cellule qui deviendra ce que l'on a appelé Yaoule m&ky lequel, à un moment donné, parvenu à maturité, contiendra les spermatozoïdes. L'ovule mâle, non plus, ne provient pas d'une cellule préexistante, mais les faits prouvent qu'il est le résultat de l'activité des microzymas. Pour que Tovule devienne l'œuf fécond il faut que le contenu de l'ovule mâlô y pénètre : les spermatozoïdes et peut-être les microzymas qUi les accompagnent, etc.
Et c'est d'une machine construite au prix de tant d'eiforls, n'atteignant sa perfection dernière qu'après un temps variable selon l'espèce; dans la substance de laquelle on constate un arrangement anatomique d'une excessive délicatesse, sans
lequel elle n'atteindrait pas la fin pour laquelle elle a été construite ; dans laquelle la matière organisable même change incessamment à mesure qu'elle se perfectionne et s*aclièvc ; oui» c'est d'une machine destinée à devenir un homme, un mammifère^ un oiseau, un reptile, un poisson, un -mollusque, un insecte, etc., qu'on ose dire qu'elle n'est pas un organisme, qu'elle ne contient que de la matière sans structure, telle que la vie Vélabore, ainsi que s'exprime M. Pasteur 1
Ne nous payons pas de mots et disons hardiment que, physiologiquement, la cellule-oéuf, comme toute cellule, est un appareil de fonction spéciale, construit par des microzymas qui en sont les rouages nécessaires en même temps que les modiiicateurs chimiques et bistogéniques incessants, pendant sa formation et après, lorsque, placés dans des conditions nouvelles, le développement commence, se poursuit et s'achève.
Oui, la cellule-œuf est un appareil de fonction spéciale, con^me la cellule hépatique, pancréatique, gastrique, sanguine, nerveuse, etc., sont des appareils de fonctions spéciales; et ces cellules, dans tous les cas, deviennent ce que deviennent, fonctionnellement, les microzymas qui les ont construites !
Mais au point de vue physiologique, pour en dégager certaines conséquences relativement à la pathologie, il y aura nécessité de développer cette idée que, dans l'organisme achevé, à chaque fonction correspond ainsi un appareil spécial* Cette notion est trop importante pour être énoncée seulement en passant. Je termine donc cette lettre par l'observation que j'ai déjà souvent faite, savoir, que dans l'œuf, l'appareil dans lequel se développe l'être qui y est en puissance, tout serait Je produit delà génération spontanée si les microzymas n'y étaient pas; que dis-je, l'œuf lui-même, Yovule et Vœuf mâley seraient le fruit de ce mode imaginaire de génération.
Et maintenant on peut voir clairement l'erreur de Gaudichaud qui croyait qu'une cellule quelconque issue d'un végétal pouvait reproduire ce végétal et l'eri'eur de M. Virchow qui croyait la cellule-œuf la dérivation cellulaire d'une autre cellule ! Quant à l'erreur de M. Pasteur elle est la même que celle des spontéparistes !