‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 40 sur 55 · TRENTE-NEUVIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TRENTE-NEUVIÈME LETTRE

Sommaire. — La loi de la quantité en physiologie et les vrais fondements de la théorie de la natrition. — Les systèmes des .germes. — Les systè^ mes de Ch. Bonnet. — Opinion de Cuvier sur les germes. — lia génération selon- Bonnet et Haller. — Les systèmes des germes depuis Blchat. -^ Le second système des germes et le système protoplasmique. — La vésicule et la cellule. — La cellule germe ou cellule primaire. — La cellule préexistante et l'unité vitale. — Le germe dans l'œuf est le fruit d'une nouvelle création. — La plus haute fonction de Torganisme. — Conclusion.

Pour présenter la loi de la quaatité, en physiologie, dans tout son jour, et aussi pour découvrir les vrais fondements de la

(1) « Quelques anatomisles, disait Buflbn, préoccupés des germes préexistants, ont cru de bonne foi qu'il y avait aussi des germes monstrueux, et que Dieu avait créé ces germes monstrueux dès le commencement; mais n'est-ce pas ajouter une absurdité ridicule et indigne du Créateur à un système mal conçu ?» A quoi Bonnet se contentait de répondre qu' « il ne fallait pas dire : Cela est sage, donc Dieu Ta fait; mais quMl fallait dire : Dieu Ta fait, dQnc cela est sage ; car on ne démontrait point que Dieu eût lait des germes monstrueux ». Ce n'était certes pas répondre à la sortie de Buffon!

Des germes préexistants il ne peut plus être question en fait de génération, lye système n'est plus admis, par M^ Pasteur et ses adeptes, que pour les germes morbifiques; qu'en dirait aujourd'hui BuII'on? Ne trouveraii-il pas que le système, méine réduit à ces termes, fait injure au Créateur?

théorie de la nutrition et la véritable cause de cette capitale fonction, il me paraît nécessaire de connaître plus exactement le système des germes et ses vicissitudes avant d'aboutir au système cellulaire. Après cela, la théorie du microzyma en paraîtra peut-être plus scientifique parce qu'elle apparaîtra plus adéquate aux faits.

Que la loi de la quantité, en biologie, telle que je Tai présentée, ne découle pas des lois statiques et des propriétés de la matière, cela ressort incontestablement des faits sur lesquels la théorie du microzyma repose et de ceux de la précédente lettre. Cette remarque, à elle seule^ s'il en était encore besoin, mettrait en évidence Terreur essentielle et fondamentale des protoplasmistes.

Mais qu'est-ce qu'un germe ?

Et, d'abord, quelle est la signification de ce mot? Je remarque avant tout qu'il est l'un de ceux que l'usage a consacrés; qu'il est employé avec d'autant plus de complaisance qu'il est plus vague ou que Ion s'imagine mieux connaître l'objet qu'il désigne ou, enfin, en avoir mieux pénétré le sens profond. Cependant, au fond, il en est de lui comme du mot ferment dont j'ai parlé. En effet, étymologiquement, selon Littré, XQxaoi germe désigne la chose conçue et a pour radical un mot sanscrit qui signifie ccmcevoir. Évidemment, cela ne préjuge rien au sens anatomique. Il en est de même de la définition qu'en a donnée M. Pasteur, qui l'emploie si volontiers; on sait que pressé par M. Ch. Robin de dire quelle signification il y attachait, il a déclaré que, dans les questions de fermentation ou de générations spontanées traitées par lui, « le mot germe voulait dire surtout origine de vie ». La déclaration n'était point compromettante, car elle ne contrarie ni ceux qui font procéf^er l'organisation et la vie de la matière et de ses vertus, ni ceux qui les croient liées à une forme déterminée. Dans tous les cas, ce n'était point cette idée vague, prêtant à équivoque, que les plus savants naturalistes ou les physiologistes et les chimistes d'autrefois avaient des germes.

Lorsque, pour s'expliquer l'origine et la formation des êtres organisés avec la constance de leurs caractères spécifiques, Ch. Bonnet imagina son système de Vemhottement et ensuite celui des germes préexistants universellement disséminés qui, l'un et l'autre, n'admettaient la vie que dans ce qui est primitivement organisé, enfermant le tout de l'être futur, prédestiné à devenir tel ou tel être et point tel autre, il est certain qu'il avait

ridée nette d'une constitution anatomique définie du germe ; naturellement il devait aussi avoir entrevu la grande vérité que je m'efforce de mettre en relief. En effet» il croyait, et Haller après lui, que le germe contient en miniature les organes futurs de Tétre vivant achevé résultant de son développement. Il a même pris le soin de nous dire à cet égard le fond de sa pensée : reprenant à son compte, en la précisant, une opim'on émise plus de deux mille ans auparavant par Empédocle, qui avait ingénieusement comparé les semences des plantes aux œufs des animaux, Ch. Bonnet assurait que « ce que la graine et le germe sont à la plante, l'œuf et Tembryon le sont à l'animal ». '

Oui, voilà ridée qu'avait Bonnet du germe. Un germe pour lui était un corps organisé au sens anatomique ; l'être vivant achevé n'est que le résultat de son évolution et c'est là ce que, dans ses œuvres, il a précisé avec beaucoup d'insistance : <i Tant de faits divers que j'ai rassemblés en faveur de l'évolution, disait-i], prouvent assez que les corps organisés ne sont point proprement engendrés^ mais qu'ils préexistaient originairement en petit. Il s'agit donc, pour expliquer le grand mystère de la Génération, d'assigner les causes physiques qui opèrent les premiers développements de ces corps ; car si rien n'est produit, tout se développe, et il n'est pas plus de vraies générations que de vraies métamorphoses. » Et s'appuyant sur les recherches de Halier, il soutenait que a l'Embryon préexiste dans l'œuf à la fécondation (1) ». Mais Haller lui-même en était arrivé à adopter la manière de voir du grand naturaliste de Genève : « Après avoir incliné fortement vers Vépigenèse, dit-il, feu mon regrettable ami, M. de Haller, avait été ramené par les faits à Vévolution, qui l'avait elle-même conduit à Vemboitement ; il s'en est expliqué ouvertement dans sa grande Phy^ siologie (2). »

Je ne voudrais pas soutenir que Bonnet fît le mot germe synonyme à! embryon; mais, j'en suis assuré, lorsqu'il n'y voyait pas de parties comme on en voit dans l'embryon d'une graine, c'est qu'il pensait qu'elles étaient trop petites pour y être visibles. Il admettait certainement que le germe « contient actuellement en raccourci toutes les parties essentielles à la plante ou à l'animal qu'il représente (3) d. Et ailleurs : <( Toutes les par-

(1) Cb. Boonet. Considérations sur les corps organisés; t. VI, p. 318-324.

(2) Ibid., p. 426

(3) /Wd., i. V., p. 106.

tics coexistent à la fois; leor invisibilité ne tient qu'à leur transparence et à leur petitesse (1). »

En 1810, Cuvier ne pensait pas autrement; agitant la question deTorigine et de la formation des êtres organisés, il écrivait :

Le seul point qoi soit certain, c'est que nous ne T07008 autre chose qu'un développement, et que ce n'est pas à rinstant où elles defiennent visibles pour nous que les parties se forment; mais qu'on nous fait remonter à leur germe foutes les fois qu'on peut aider nos sens par des instruments plus parfaits : aussi, dans presque tous les systèmes de physiologie, commence- t-on par supposer Tôtre vivant tout formé an moins en germe ; et bien peu de physiologistes ont-ils élé assez hardis (faisant allusion anx spon té pariâtes) pour vouloir déduire d'un même principe et sa formation primitive et les phénomènes qu'il manifeste une fois qu'il jouit de l'existence: l'admission tacite de cette existence est même si nécessaire que c'est sur la liaison réciproque des diverses parties que repose jusqu^à présent pour nous l'unité de l'être vivant... (2)

Et cette conception était si absolue, que Bonnet croyait le germe existant dans l'œuf et dans la graine avant la fécondation, celle-ci ne réalisant qu'une des conditions de son développement. Cette conséquence de son système (3), il ne la formula toutefois qu'après s'être demandé si la matière séminale ne serait pas a le véhicule du gei*me, et la graine ou l'œuf, le logement- destiné à la recevoir? » Et il l'a^-ouait: <r Ce sont là deux hypothèses qui se disputent la préférence, et leur combat n'est pas près de finir. r> Sommes-nous sur ce point beaucoup plus avancés?.

(1) Ilnd^ t. V., p. 427.

(2) Rapport kislorlgue sur les progrès des sciences naturelles depuis 4789, etc., p. 235.

(3) Le système des germes est une œuvre de la jeunesse de Bonnet ; il est le résultat de ses méditations. II me parait intéressant de rapporter, d'après lui-même, sa conception première.

a J'avais admis, dit'il^ l'évolution comme le principe le plus conforme aux faits et à )a saine physiolologie. Je supposais que tout corps organisé préexfstait'è la fécondation et que celle-ci ne faisait que procurer le développement du tout organique dessiné / auparavant en miniature dans les graines ou dans l'œuf. » (Considérations sur les corps organisés. Préface.)

D'autre part, la philosophie ayant compris Timpossibilité où elle était d'expliquer mécaniquement la formation des êtres organisés, a imaginé heureusement. qu'ils existaient , déji en petit, sous la (orme de germes ou de corpuscules organisés. Et cotle idée a produit deux hypothèses qui plaisent beaucoup' à Irf raison :

a La première, V Emboîtement, suppose que les germes de tous les corps organisés d'une même et^pèce étaient renfermés les uns dans les autres, et se sont développés successivement. »

Mais, comme étonné de cette supposition, il cherche à l'expliquer en

Quelle que soit la part de vérité que renferme la doctrine de Bonnet, il est bon de rappelisr que si cet esprit si philosophique et d'ailleurs si sage posait en principe que « tout corps organisé croit par développement^ » c'est qu' a au moment où il commence d'être visible, on lui voit très en petit les mêmes parties essentielles qu'il offrira plus en grand dans la suite ». Or, disait-il, a quelque effort que nous fassions pour expliquer mécaniquement la formation du moindre organe, nous ne saurions en venir à bout ». Et c'est cette impossibilité qui lui fait ajouter : a Nous sommes donc conduits à penser que les corps organisés qui existent aujourd'hui existaient avant leur naissauce dans des germes ou corpuscules organiques. L'acte de la génération peut donc n'être que le principe du développement des germes. »

s'aidant des inOniment petits de Leibnitz et de la notion de la divisibilité de la matière.

<E La première hypothèse, dit-il, est un des grands efforts de l'esprit sur les sens. Les différents ordres d'infiniment petits^ abîmés les uns dans les autres, que cette hypothèse admet, accablent Timagination sans effrayer la

raison La raison envisage avec plaisir la graine d'une plante ou l'œuf

d'un animal comme un petit monde peuplé d'une multitude d'êtres organisés, appelés à se succéder dans toute la durée des siècles. Les preuv3s qui établissent la division de la matière à Vindéfini servent donc de base à la théorie des enveloppements.., »

Longtemps après il est revenu sur rEmboitemeni et s'est exprimé comme ceci : a Od a beaucoup parlé de l'emboitement des germes ; ce mot est impropre; les germes ne sont pas de petites boites insérées les unes dans les autres: ils étaient les parties intégrantes des premiers Touts organisés sortis immédiatement des mains du Créateur. j>

La seconde, la Dissémination^ su p^osQ les germes semés de tous côtés. Elle fait Qc de l'air, de Teau, de la terre, et de tous les corps solides, de vastes et nombreux magasins, où la nature a déposé ses principales richesses.

3> Là se trouve en raccourci toute la suite des générations futures. La prodigieuse petitesse des germes les met hors de l'atteinte des causes qui opèrent la dissolution des mixtes. Ils entrent dans Tintérieur des plantes et des animaux; ils en deviennent même parties composantes, et lorsque ces composés viennent à subir la loi des dissolutions, ils en sortent, sans altération, pour flotter dans l'air ou dans Teau, ou pour entrer dans d'autres corps organisés. »

La seconde hypothèse suppose, en. outre « que les germes ue parviennent à se développer que lorsqu'ils rencontrent des matrices convenables, ou des corps de même espèce, disposés à les retenir, à les fomenter et à les faire croître. Il n'y a que les germes qui contiennent des Touts organiques, de même espèce que celui dans lequel ils se sont introduits, qui s'y développent. Portés dans lécorce d'un arbre, ils s'y arrêtent, ils y grossissent peu à peu, et donnent ainsi naissance aux boutons, aux racines, aux branches, aux feuilles, aux fleurs et aux fruits. Portés dans les ovaires de la femelle ou dans les vésicules séminales du mâle, ils y sont le principe de la génération du fœtus. » (Considérations sur les corps organisés, t. V; p. 83-86.)

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d^ttaot il ^h idées sur la ^^éuéralicnL si ne k» éoBaaài pvseîr-

tttte paçtî i<^ isiUsntsisMiàU: sur iuuLxé des ooBJtsotsBvs poar acteâadre aa mû* hss^ \ro^ s&eriliex a funiriiatMBu liât si^ac âne boime ^koe dttiinzâilte : r Ceu dass œt «spiit ^ae jt: hâisarde de }MiL;âti' iim:^ sodis^ sot èa, çéaêraliaa .Si.)

Efi résatûé. t^jnsifiA a iioazixté le sr«Uisc de» semés pi^eeufituils psiiee qti^. suftb le çernte. k Toat de Tèbne fiffgriww et ses jnojiidres or^^^ioes serai^iit les pfodoits de la «poolaiiiée, eest-à-dire uu e£et saijis eanse: laqoelk; i»e reeukat pa^ les prol^iaaiiktes.defaat laquelle ii'av^t pas reeulé Ci. iSemîirà et ne raeok pas M. fîastesr kfsfa'^il ne T03t daAs r<£uf ri^:» de \ivâ.sl jii^r it^ mais sispleasit de la ]iia!j*Vre et uiij cause ooouik: qu'il a tyimméB i< lerte de Uaiislonnatloii >.

B(M3ii<.'t D'îgDondt cerie^ pas qu aTânt r<Baf il y a « la vegimle qui se d^Lache de fovaire et tombe par la trompe daas la m;2triœ ; que h graioe, avant la iecondatioD. n'est parallaneflàt qa'one vt-ûcni^ pjeine d^une liqaear limpide, dans laqoeDe les flieilieurs microscopes ne déooavreot aucime iiaoe d^embryon >

1 Oa \a:m\ «e deiBUider tfy^m*-u\. Rcmoet V> prenail pour rnii'ïlirr T boUemetit aif^t U éLs^emiTtatï'/n. \ï oe eo3cil:aii p» da U>Bt. Après afôr eofifUtè qoe dans œ qa'îl Tfnait d exposer sar la génénlioB, l^jrpalkëfie des f^^ruité répa&dos panoat parïtit être l'ârpc^thëse doonuiale, ii ajoute : « Ce a'ett pft% qa^f j aïe rejeté e^:le de^ j?enne^ esvelo;*pés les ms dass les antre!» : j «I toujoart regardé les diffîeoilés qu'on fait «tmire œHe htjp»tbéte toMwe^ àibh xiion^ir»^ qui terratseot i'ima^iiiatîon, et que la raiscin terr4i>«e a ton Unir. lUis j*aî eru devoir préfêrernn «vstèflQe dont la raison et ytm}i^in.itXiffa s'ajee-ifumodeot eçalffxoeot. Pourqnoi n^ pas complaire on peu a i itast^natUm, qoand la raîMo ie permet? >

Il / aurait un ismt<i intérêt a eniM^œr la îa<^oo dont Bonnet se servait de fe* hyhUoLi^ ^'^yiir eipilquer les faits qa U observait : il en ressortirait que le^deux *jU«^mes noot d'antre raison d*étre qa'nne néeesulé métaphjsiqoe. Bonnet n^a pav plus prouvé TeuÀtenee d un seul de ses germes, que M.Pasfenr un »eul de ^es germes morbi&qae». Sculemient Bonnet obéissait à la pblkrftophie, tazidi» que M. Facteur s'est C&it l'esdave de l'opinion préeonnie d'autrui : du P. kircfaer, de Kaspail et de Da^aioe.

U en est de même du système des moiécujer orgamiqua imaginé par Bnflbn, qui était spontéparî«^te. Qu'e»*t-^e qne ees moieeules orgapiqnes ? Ce sont des êtreti imaginaires qui procurent inditférefcment Sa formation et Taceroissèment des erii»taux, le développement et l'accroissement des végélanz et des animaux, i>s nujUU'uOri or^aniquea que Bnffon suppose toujours actit^cs^ partout répaoduev tyinaïue les ^'«^rmes de Bonnet, sont supjtosées vivanles, maîjs jMJtnt organn'^f. y ai eiit^jsè ailleurs fes Mirroznmas. etc. Première conU:reu*:ti, 1<: s\Nt(;me de ButTuo en le mettant eu («arallele avec celui de Bonnet, i'en di<» un mot ici parce que Ton tend â rapprocher les nderozymat de ces molécules organiques, comme on le» avait confondus avec les microooccus. Ce sont des confusions non permises.

Mais il était égaré par Topinion qui voyait dans le ver spermatiqm ce qui devait se développer dans la vésicule venue de Tovaire^ et qui croyait voir dans « le globule des étamineSy comme un petit œuf qui œntient le germe de la plante future », et qui devait se développer dans la vésicule où il pénétrait. Bref, Bonnet ne comprenait pas des faits qui devaient, mieux compris, devenir le fondement de l'embryologie moderne.

La physiologie nouvelle, celle qui fut la conséquence du mouvement imprimé par les découvertes de Bichat à Tanatomie générale, conserva la notion du germe. Ayant mieux compris le seus des observations qui avaient laissé Bonnet insensible, elle avait fini par reconnaître l'importance des découvertes de Begnier de Graaf, desquelles il résultait qu'avant l'œuf et la graine il y a l'ovule, et que le germe qui y naît, la fécondation étant survenue, n'est point la miniature de l'être organisé et de ses organes futurs, comme le croyaient Bonnet et Haller. Elle reconnut ensuite que les rudiments des organes ne deviennent pas visibles par l'effet seul du grossissement, car ils ont un assez grand volume dès leur première apparition, mais qu'ils sont simples et que c'est seulement peu à peu qu'on voit naître les parties complexes de l'organe primitivement simple.

L'anatomie de l'ovule fécondé ne laissa plus de doute, et dans celui de la poule, ce que l'on nommait le germe qui est destiné à devenir l'embryon^ sous les plus forts grossissements, on ne voit rien de semblable à ce que l'on pourrait appeler un rudiment d'organe.

La notion ancienne du germe fut cependant conservée; mais au lieu d'admettre qu'il est la miniature de l'être organisé à venir, on supposa qu'il contient la force qu'on a appelée orgor^ nisatrice. Cette force on admit qu'elle était créatrice, intelligente même (voir le Manuel de Physiologie de J. Mueller), se manifestant suivant une loi rfgoureuse. Elle crée tous les organes comme autant de parties nécessaires à la réalisation de ridée de l'être organisé particulier, plante ou animal, qui existe virtuellement dans le germe. Bref, dans la nouvelle conception, le germe ne contient rien de primitivement organisé, de figuré, pouvant être considéré comme un rudiment d'organe; il ne contient que de la matière, mais la force organisatrice y existe avant même que les futures parties de l'être vivant soient sé.parées. En d'autres termes, le germe est bien encare le Tout de l'être, non pas comme radmettait l'hypothèse de Bonnet, mais le Tout en puissance; dans ce Tout potentiel, c'est seulement

quand la force créatrice entre en jeu que ses parties entrent en acte.

Dans le nouveau système comme dans l'ancien, le germe existe donc encore comme un Tout distinct des autres parties de l'œuf, dont les matériaux sont exclusivement destinés à la nutrition du germe devenu Tembryon; la force créatrice continuant d'agir pour la formation et le développement des parties.

Les deux systèmes donnaient satisfaction, Tun comme l'autre, à la loi de la quantité : le premier, en ce que le germe était le Tout déjà déterminé de l'être en miniature; le second, en ce que le germe contient la raison suffisante du môme Tout, de son développement et de sa conservation. Dans Fun et Tautre système un germe est déjà un organisme donné et non tel autre.

Il convient de remarquer, cependant, que le nouveau système, en repoussant Tanciennc hypothèse, ne voit plus dans le germe que de la matière amorphe, unie, il est vrai, à la force organisatrice. Or. que cette force soit réputée créatrice, voire intelligente, elle n'en est pas moins une influence occulte, et je ne vois pas en quoi elle diffère de la force productrice des spontéparistes ou des vertus de transformation dont M. Pasteur se contente.

Un protoplasmiste affirme aussi que la matière contient la raison sulfisante du Tout de tous les organismes possibles ! Voici le langage d'un savant qui croit au Pouvoir créateur; M. Naudin, parlant du protoplasma, dit : a Un protoplasma primordial; uniforme, instable, éminemment plastique où le JPouvoir créateur a tracé d'abord les grandes lignes de l'organisation, puis les ligues secondaires et descendant graduellement du général au particulier, toutes les formes actuellement existantes, qui sont nos espèces, nos races et nos variétés. »

Voilà donc que le système nouveau aboutit à la môme conséquence que le système protoplasmiste; l'invocation d'un Pouvoir créateur ou d'une Force créatrice intelligente no fait rien à l'affaire, car dans l'un et l'autre, il faut toujours le faire remarquer, les organes et leurs éléments anatomiques naissent par génération spontanée et, comme disait Bonnet, l'explication de leur formation est purement mécanique (1).

(1) Que j'aime bien mieux la noble franchise do Bonnet! « Tout ce que je viens d'exposer sur la généraUon, dit-il quelque part, on ne le prendra, si l'on veut, que pour un roman. Je suis moi-même fort disposé à l'envisager sous le même point de vue. Je sens que je n'ai satisfait qu'imparfai-

Je l'avoue sans détour, le système des germes préexistants, malgré ses difficultés, ses obscurités, aurait mes préférences, si je n'avais quelque chose de mieux à mettre à sa place, car il me donnerait Texplication de la loi expérimentale de la quantité. Je comprends qu'un germe fait pour devenir un éléphant devienne un éléphant, et non pas indifféremment un ciron ou un fflobule de levure, car, en vertu de sa loi, cela ne lui est pas indifférent: tandis qu'il est indifférent à une matière pure-* ment chimique, comme est le protoplasma, unique, multiple et même primordial, non morphologiquement défini, c'est-àdire amorphe, de s'accumuler en un mammouth ou de se réduire aux dimensions d'un vibrion .

Le point de rencontre du nouveau système des germes et du système protoplasmiste est visible: dans l'un et l'autre les organes et les éléments anatomiques de l'être vivant sont les produits de la génération spontanée. Le même vague des suppositions se retrouve dans l'un et l'autre. On comprend qu'ils ne satisfassent point les physiologistes philosophes qui ont souci de la dignité de la science et qui sont amoureux de la méthode expérimentale.

C'est pourquoi on a cherché à remplacer les deux systèmes des germes par un autre qui fût plus d'accord avec l'observation et avec les faits. Voyons comment on y est parvenu.

C'est de l'étude plus attentive de l'objet que, du temps de Bonnet, on connaissait et décrivait sous le nom de vésicule, que l'on nomma ensuite cellule, que naquit la théorie cellulaire. La cellule, après les travaux de Schwann, fut d'abord considérée comme l'élément anatomique le plus important de l'organisme; elle en fut enfin regardée comme l'élément primitif, celui dont tout le reste procède. Bref, on imagina une cellule primaire, qui contient la force du Tout, dont toutes les parties élémentaires du corps et des organes proviennent. Il est clair que cette cellule primaire, pour ceux qui Tout imaginée, n'est autre chose qu( le germe; cest ce qui ressort avec évidence de ce passage du Manuel de Physiologie de J. Mueller : « Les éléments de l'organisation, dit-il, tirent leur origine première des cellules, comme

tement aux phénomènes. Mais je demanderai %i l'on trouve que les autres hypothèses y satisfassent mieux. » Et il fait lànlessus deux réflexions : « 1" Il ne saurait se résoudre à abandonner une aussi helle théorie que Test celle des germes préexistants y pour embrasser ties explications purement mécaniques; 9 2* «Il lui parait qu'on aurait dû tAcher d'approfondir davantage la manière dont s'opère le développement, avant que de chercher à pénétrer celle dont s'opère la génération. » (Considérations sur les corps organisés, t. V, p. 114). C'est un conseil que j*ol suivi sans le connaître.

toutes les parties élémentaires du corps animal, et les cellules elles-mêmes proviennent toutes de la cellvUe primaire^ c'est-àdire ei^u germe, qui contient la force du tout. ï> Et nous allons voir que c'est là le fond de la pensée de M. Virchow lui-mèmey qui, dans la forme seulement, diifère de Bonnet.

Telles sont les diverses phases par lesquelles l'antique idée de germe a passé. Cette idée, si nette et si déterminée en Ch. Bonnet, a seulement revêtu une autre forme en J. Hueller d'abord, puis en M. Virchow. Le germe ou la cellule primaire n'est plus, sans doute, le Tout en miniature, mais il est une cellule de nature particulière et non pas une cellule quelconque. Cette cellule primaire, on la suppose primitive ; elle contient implicitement la raison suffisante de la reproduction de toutes les autres cellules, dites secondaires, que J. Mueller en distingue soigneusement ; en effet, si la cellule primaire contient la raison suffisante du Tout (explicitement), les cellules secondaires ne produisent que leurs semblables.

11 serait curieux de montrer que le point de vue de J. Mueller n*a été ni celui de Schwann, ni celui de Henle; je ne veux pas revenir sur ce que f ai déjà dit de la cellule et de la théorie cellulaire, ni sur les considérations que j'ai présentées dans les trentième, trente-deuxième et trente-troisième lettres, mais il m'importe de mettre en regard l'idée de Mueller, touchant la cellule primaire, avec l'idée de Gaudichaud, qui a été plus tard celle de Virchow.

Selon Gaudichaud, le Créateur a primitivement répandu les germes de tout ce qui est vivant; mais» un végétal étant tbrmé par (e développement d'un de ces germes, une cellule quelconque provenant de ce végétal, les conditions favorables étant réalisées, pourra reproduire ce végétal. Chaque cellule provenant d'un végétal est donc le germe de ce végétal. M. Virchow n'est pas allé tout à fait aussi loin, bien qu'il regarde la cellule comme étant < l'élément organique per se; » selon lui, la cellule est Vunité vitale. Il affirme qu' « une seule forme élémentaire (la cellule) traverse tout le règne organique restant toujours la même. On chercherait en vain à lui substituer autre chose^ rien ne peut la remplacer... ; que l'animal, comme le végétal, représente une somme d'unités vitales, qui portent chacune en elle-même les caractères complets de la vie. » Enfin, niant absolument la génération spontanée, le célèbre savant affirme que « sans la préexistence de la cellule, aucune forme vivante ne peut exister; à elle sont liées la marche et la

conservation de la vie (1). Si bien qu'il énonce enfin son « omnis cellula a cellula» d

A part rhypothèse que lo gcrmo est la miniature de Tétre achevé, je ne vois pas en quoi le système des germes préexistants diffère du système des cellules préexistantes.. Ces germes ou cellules, M. Vircbow, pas plus que Bonnet, ne les a vus . Et sans remonter, avec Bonnet, avec Gaudichaud ou avec M* Virchow, à Forigine des choses pour découvrir de quelle manière ont été créés ces germes ou ces cellules préexistantes, — ce qui serait une tentative aussi vaine qu'impuissante, — on peut affirmer que personne n'a découvert et n'a pu voir^ dans les êtres vivants actuels, quelque chose possédant les vertus de ce qu'on appelle le germe ou la cellule primaire, c'est-à-dire de ce qui est supposé contenir la raison suffisante de la reproduction de l'un quelconque de ces êtres par évolution. Ces germes ou ces cellules sont des créations de l'imagination, nées du besoin qu'a la philosophie d'échapper à la génération spontanée et de s'expliquer la constance dans la forme et dans la grandeur, dans les qualités et dans la quantité, dans la reproduction et dans la conservation de l'infinité des espèces, sans invoquer exclusivement les propriétés et les forces de la matière* En d'autres termes, c'est parce que la philosophie armée de l'expérimentation n'a pas pu découvrir dans la matière ' seule la raison suffisante de la production des êtres vivants, qu'elle a cherché et a fini par imaginer les germes et les cellules préexistants.

Mais j'ai assez montré que la cellule, toute cellule, étant un être ou une forme transitoire, ne pouvait pas être ce qui est vivant per se, comme se le fif,;ure M. Virchow; en fait, ce savant n'a pas prouvé que la cellule fût cette chose. J'ai fait voir, au contraire, d'accord avec l'histologie et avec l'embryologie, que l'œuf ne procède pas primitivement d'une autre cellule ; que non seulement il n'en procède point, mais que pour former la cellule complète qui deviendra l'œuf il faut, de toute nécessité, le concours de deux cellules différentes, nées séparément dans deux êtres distincts de sexe différent. En outre, j'ai fait voir qu'aucune des deux cellules dont le concours est indispensable ne naissait elle-même d'une autre cellule ; d'accord avec les recherches les plus délicates des embryologistes et des histologistcs, on constate toujours que deux cellules naissent, dans

(1) Virchow, PatMogie cellulaire, pp. 7 à 11.

chacun des deux organismes factears, d'un amas amorphe de matière granuleuse, dont les granulations actives sont essentiellement des microzymas. En toute vérité, on peut affirmer même que la formation de toutes pièces de ces cellules, par les mici^zymas, est une création nouvelle, et constitue la plus haute fonction de chacun des deux organismes dans lesquels elles sont créées. C'est si bien la plus haute fonction de ces organismes, celle à laquelle h partir de la nutrition toutes les autres concourent, que pour amener ces cellules à maturité, c'est*-à-dire à devenir capables de remplir à leur tour leur fonction, il faut un temps variable selon les espèces et les conditions de leur vie : dans l'espèce humaine, par exemple, il faut, pour chacun des deux facteurs, depuis l'état fœtal, la longue durée qui précède la puberté. Et ce n'est pas tout ; en effet, qui ne sait que les individus pubères peuvent n'être pas nubiles? . J. Mueller avait déjà aperçu une partie de cette vérité lorsqu'il a dit a qu'un nouveau Tout ne peut se produire, comme cellule primitive ou germe, que par le concours de toutes les cellules diverses... parce que la force du Tout se maintient intégralement la même dans toutes les molécules diverses de tissus, et les domine toutes (1) ». Mais l'illustre physiologiste n'avait entrevu que la moitié de la vérité, puisque, encore une fois, pour for- ' mer le germe dans l'œuf ou la cellule qui, finalement, la représi^nte, il faut le concours do la force de deux Touts, du Tout qui produit l'ovule femelle et du Tout qui produit l'ovule mâle.

En résumé, le système des cellules préexistantes n'a d'autre raison d'être, comme celui des germes préexistants, qù'dniè nécessité philosophique ; mais une nécessité de premier ordre, que la raison et l'expérience proclament avec la même énergie. Oui, la raison conçoit, dans tous les temps, que la vie ne réside pas dans la matière, mais dans quelque chose de primitivement organisé et de vivant per se. Ce quelque chose les naturalistes, les physiologistes et les histologistes l'ont cherché en vain, et ne l'ayant pas trouvé ils l'ont supposé.

Longtemps après la publication des Recherches microscopiques de Schwann, voici ce qu'écrivait J. Mueller pour compléter la citation de toute l'heure :

L'organisme, considéré dans son ensemble, est un système de particules jusqu'à un certain point indépendantes les unes des autres, qui se complètent réciproquement, de manière à constituer ensemble un seul

(1) Manuel de physiologiey t. II, p. 537.

Tout, et qui possèdent l'aptitude k reproduire leurs semblables; il se compose pour ainsi dire de monades secondaires, ayant leur cause dans la monade primaire du germe, et qui, par leur réunion, représentent explicitement cette monade, ou la cellule du germe.

Mais que sont ces monades?

Je dois faire expressément remarquer, ajoute Maeller, que j'entends ici par monades, non des atomes, mais les parties primitives organisées et périssables^ dont tous les tissus organiques sont originairement composés, d'après Timportante découverte de Schwann, parties qui, bien qu'au service de la force plastique du germe, dififèrent les unes des autres eu égard à la matière et aux forces, et possèdent l'indépendance en ce sens que, malgré la domination exercée sur elles par la puissance du Tout qui les englobe, elles n'en ont pas moins le pouvoir de produire en elles et bors d'elles leurs semblables... (1)

Comme la notion de germe est dominante! et que Hueller était loin de la théorie cellulaire !

Mais aujourd'hui même les histologistes sont partagés d'opinion sur la question de savoir si la cellule-germe provient d'une cellule primaire ou préexistante^ ou si elle est le fruit d'une génération spontanée comme le croyait Schwann, qui s'imaginait qu'elle se formait par cristallisation du Cytoblast^pie (c'estrà-dire blastëme générateur de cellule ou protoplasma) comme un cristal d'une solution saline. Malgré M. Remaketen reconnaissant que cet embryologiste a prouvé que les cellules des embryons proviennent de cellules préexistantes ; malgré M. Virchow, qui est arrivé à la môme conclusion dans ses recherches de pathologie cellulaire; malgré la constatation de la génération endogène et de la multiplication par division des cellules, il y en a qui refusent d'admettre, disant que c'est un dogme scientifique, que les cellules nouvelles proviennent de cellules préexistantes, soutenant qu' « on ne saurait jamais prouver d'une manière péremptoire que des cellules ne puissent se former spontanément » ; et même « qu'il sera impossible de démontrer qu'il ne se développe point des éléments d'une manière spontanée au milieu de tissus presque inaccessibles à nos recherches» (2),

C'est clair, aucun des systèmes des germes ne repose sur une donnée expérimentale certaine, puisque, plus de deux siècles après la capitale découverte de la vésicule de Graaf, on n'est pas encore fixé sur l'importante alternative qui divise les savants, savoir : le germe et la cellule sont-ils préexistants, ou

(1) Mueller, Manuel de Physiologiey section III : Du conflit de Vàme et de l'organisme, t. II, p. 537.

(2) H. Frey, Traité d'Histologie^ traduction PaulSpielmann, p. 106, (1877).

sooWik les fruits de la génération spontanée? C'est même la seconde alternative qui a les préférences du plus grand nombre, CL Bernard et M. Pasteur entête.

Tout ce que j'ai écrit jusqu'ici dans ces lettres, tontes mes recherches prouvent qu'il n'y a ni germes, ni cellules primaires préexistants et que, pourtant, la génération spontanée n'est pas ! pas plus pour une cellule primaire qui serait le germe, que pour les cellules secondaires c au milieu des tissus inaccessibles à nos recherches ». Ce sont les microzymas partout présents dans un organisme ; les microzymas, éléments primigènes orga* nisés, ayant la vie en soi, qui font les uns et les autres ; ce sont ces microzymas qui, dans tous les sens, empêchent de dire qu'il y a génération spontanée de cellules, de tissus et d'organes, pendant le développement embryonnaire et après, aussi bien qu'auparavant. Il n'y a de préexistant que le microzyma, car il n'y a de vivant per se et de physiologiquement impérissable que lui. C'est le microzyma qui fait le germe et tout son devenir. Les microzymas vivants j9^ «9^, morphologiquement déterminés, susceptibles de changer de fonction, sont seuls capables de nous donner rtxplication de la grande loi de la quantité et, en même temps, celle du phénomène de la nutrition, ainsi que nous Talions voir.

QUARANTIÉÎVfE LETTRE

Sommaire. — Vue d'ensemble touchant la loi de la quantité en biologie et les admirables harmonies qui en ressortent. — La nutrition est une grave question. — La définition savante d'Ambroise Paré de la nutrition. — Les êtres organisés n'ont pas leur racine dans la matière inorganique. ^ Deux créations successives. — La matière intraorganique et la matière extraorganique : une étude sur Cl. Bernard à ce sujet. — Trois vies nouvelles d'après le même savant embarrassé. — Cl. Bernard, l'idée créatrice et le germe vivant. — Conclusion.

Je crois qu'il résulte clairement de la dernière Lettre la preuve que si aucun des systèmes imaginés pour expliquer le l'ait primordial de l'organisation et de la vie ne satisfait pleinement l'esprit, c'est parce qu'aucun n'est expérimental et adéquat

aux faits. Aussi est-il arrivé qu'uQ savant et un histologiste de profession, comme M. Frey, conclut à la génération spontanée de la cellule dans le même sens queSchwann lui-mêine. C'est le triomphe du système protoplasmique. .

A mon avis, la notion supérieure de quantité, incompréhensible dans ie système des protoplasmistes, est seule capable de trancher la difficulté et de faire comprendre pourquoi chaque espèce, choque individu dans l'espèce, se différencie des autres espèces et des autres individus.

C'est parce qu'il est indifiérent aux ooniposés chimiques qui entrf^nt dans la composition des corps organisés de s'accumuler en masses de diverses grandeurs, qu'il faut de toute nécessité que cette indifférence soit maîtrisée. Or, elle ne peut pas l'être par la matière elle-même et on dirait qu'en imaginant les germes préexistants qui seraient la miniature de l'être futur, ou qui contiendraient en puissance la force du Tout de cet être, les anciens avaient trouvé la cause qui oblige la matière de ne s'accumuJer que jusqu'à un certain point, dépendant de la nature du germe, c'est-à-dire de l'être à venir dont celui-ci serait le Tout potentiel.

La notion de germe, ou de la cellule primaire, qui serait ce , germe, expliquait pourquoi ladifférentiation dont je parlais se fait non seulement dans la taille, le volume. Iles dimensions et les autres apparences des organes extérieurs, mais aussi dans les organes intérieurs et dans les relations quantitatives qui les lient au Tout, et entre eux, suivant un rapport fixe et presque invariable dans l'état de santé. De sorte que la forme, les dimensions, la structure intime, les qualités, les propriétés dépendantes des aptitudes fonctionnelles de ces organes sont, elles aqssi, rigoureusement fixées et dans un rapport déterminé avec la quantité et les qualités des tissus, fibres cellules divers de ces organes. Mais ce n'est pas tout : la notion du germe expliquait pourquoi les relations des différents organes entre eux et avec le Tout sont, à leur tour, dans un rapport déterminé avec le genre de vie, la nature des aliments et la manière de les appréhender, de les digérer et de transformer les produits digérés, après leur absorption et leur assimilation, pour en user au profit de chaque partie, chacune selon ses besoins. Quoi qu'il en soit de ces conséquences du système des germes, c'est parce que chaque individu dans l'espèce est réellement', personnellement, une quantité de nature et de qualité particulières, qu'il est doué de telles dispositions et propriétés

déterminées et spéciales de ses orgaiies, de ses-' élémeats aaatomiques, de ses cellules et de ses itricfozymas, c'est-à-dire de ce qui est exclusivement vivant en lui, qu'il est constitué avec tel ou tel tempérament, telle ou teBe diAifarèse et qu'il ressent d'une manière qui lui est propre les influences diverses des milieux, des agents et des adiments, qu'on appelle à oaose de f. cela idiosyncrasie^

Et c'est parce que cela est physiologiquement vrai que ce l'est aussi pathologiquement ; de lEknrte que Halle avait énimcé une vérité hautement scientifique lorsqu'il a dit qn' <z aucune personne n'est précisément malade comme une autre et qu'on ne peut donner de nos infirmités que des portraits individuels ».

Cette vue d'ensemble concernant la loi de la quantité n'a rien d'arbitraire : elle ressort des faite mêmes. Il y a longtemps déjà que les physiologistes ont coutume de peser, de mesurer les viscères, et de noter la constance du ra[^ort des poids, des volumes, des longueurs de ces viscères, au poids, au volume ou à la longueur d'un autre viscère et de les comparer au poids ou au volume du corps. Us ont aussi déterminé la quantité du sang, compté le nombre de ses globules et en ont rapporté les nombres à l'unité de poids ou de volume du corps ou à sa masse. MM. Bouchardat et Sandras ont même noté « l'ampleur du pancréas chez le pigeon et la petitesse du canal intestinal comme une de ces admirables harmonies dont une étude attentive nous révèle chaque jour l'existence », afiirmant ainsi que le pancréas, par son ampleur, devait suppléer à l'absence de quelques glandes dans un intestin plus petit. Des exemples analogues se retrouvent partout dans les êtres organisés. C'est une conséquence de la loi de quantité et des rapports qu'elle met en évidence.

Mais quelle est la cause de cet étonnant et si harmonieux emsemble, qui a frappé deux observateurs sagaces dans l'un de ses détails?

Les systèmes des germes et cellules préexistants donnaient une réponse satisfaisante à cette questicm; mais les faits ne sont pas venus les vérifier et leur ont donné tort: il n'y a ni germes ni cellules de cette sorte; et les savants en sont arrivés à ne découvrir comme préexistante que la matière; si bien que J. Mueller, cet esprit si distingué et si vraiment supérieur, écrivant sur « le conflit entre l'âme et l'organisme », .après avoir dit que :

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