‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 41 sur 55 · SI · texte numérisé non relu

SI

<E Le rapport entre les forces mentales et la matière ne diffère de la relation entre d'autres forcei physiques et cette même matière qu'en ce que les forces mentales se déploient uniquement dans les corps organisés, en particulier chez les animaux, et ne se propagent qu^aux produits qui leur ressemblent, tandis que les forces physiques générales ont une sphère d'action bien plus étendue dans la nature, »

ea est arrivé à écrire ce passage étçnnant i

« Cependant, comme les corps organisés eux-mêmes prennent leur racine dans la nature inorganique, puisque les animanx vivent d'animaux et de végétaux, et que les végétaux se nourrissent en partie do matières inorganiques, il demeure incertain si Vaptitude aux phénomènes intellectuels n'est pas inhérente à toute matière^ aussi bien que les forcée physiques générales, et si ce n'est pas seulement par Peffet des structures existantes qu'elle arrive à se manifester d'une manière déterminée (1). »

II ne faut pas dissimuler la gravité de cette conclusion d'un physiologiste aussi éminent, qui est aussi celle à laquelle aboutit Cl. Bernard avec toute TÉcole protoplasmiste ; car elle est destructive à la fois de la médecine et de la psychologie qui, si elle est vraie, deviendraient ainsi purement et simplement des dépendances d'un traité de physique et de chimie générales.

Pourtant, c'est seulement par abus de langage, et parce que l'on n'a pas l'idée nette de ce qu'est la nutrition, qu'on en arrive à formuler de pareilles énormités. En effet, si ce n'est pas un abus de langage, c'est une grosse erreur de croire que les végétaux se nourrissent de matières inorganiques, c'est-à-dire purement minérales. Je l'ai dit précédemment, les végétaux verts sont essentiellement minéralivores, comme les animaux sont essentiellement carnivores et herbivores. Les animaux mangent de la matière organique, animale ou végétale, ils ne s'en nourrissent pas; de même les végétaux ne se nourrissent pas de matières inorganiques : ils les mangent seulement, si l'on peut ainsi parler, pour les rendre aptes à s'en nourrir, comme font les animaux des aliments qu'ils prennent. Manducation et nutrition ne sont pas même chose. « Nutrition, disait le vieil Ambroise Paré, est parfaite assimilation de la chose qui doit nourrir, avec la partie qui doit être nourrie. »

Elle est très savante la définition du célèbre médecin et dépasse de cent coudées celles des modernes. Il faut bien le remarquer, pour Paré, ce n'est pas Valiment qui nourrit, c'est la chose qui doit nourrir l'animal qui se l'assimile, non pas

<1) J, IMueller: Manuel de physiologie^ t. II, p. &36.

seulement le Tout de cet animal, mais la partie qui doit être nourrie.

Sans doute, en disant que les animaux vivent d'animaux et de végétaux ; que ces derniers se nourrissent de matières inorganiques, Mueller, certes, ne voulait pas dire que vivre est synonyme de nourrir, ni admettre que la substance d'un animal, ou d'un végétal, la substance inorganique, passassent en nature dans l'animal et dans le végétal qui s'en nourrissent ; mais, il n'en a pas moins laissé dans l'ombre la nécessité pour l'aliment de devenir la chose qui doit nourrir et la nécessité pour celle-ci de sa parfaite assimilation avec la partie qui doit être nourrie.

Je sais bien que dans l'expression de la pensée de Hueller^ il y a bien plus vice de langage qu'ignorance des conditions de la nutrition, mais il n'en laisse pas moins dans le vague la part qui revient à l'animal ou au végétal dans le phénomène, et semble admettre que la structure môme procède des propriétés et des forces de la matière. Pour Paré, assimilation signiHc devenir parfaitement semblable ; or, dans le vague de sa pensée, Muller laisse croire que la matière des animaux, celle des végétaux et la matière inorganique se rend d'elle-même semblable à la substance de l'animal ou du végétal qui la mangent pour s'en nourrir. Ne dit-il pas lui-même, comme ne faisant pas de doute, que les corps organisés prennent leur racine dans la matière inorganique? Et cela ne revient-il pas à dire que, pour produire l'organisation, la vie et môme la pensée, la matière suffit?

C'est évident, la matière inorganique préexiste vraiment à tous les êtres organisés, mais sans qu*on soit autorisé à dire pour cela, comme Muellcr le fait avec les spontéparistes, qu'ils y ont leur racine. Le savant physiologiste reconnaissait qu'il demeurait au moins incertain si l'aptitude aux phénomènes intellectuels n'est pas inhérente à toute matière, mais il laisse indécise la question do savoir si les structures existantes, en qui ces phénomènes arrivent à se manifester, n'en sont pas directement issues.

Mais n-n, il n'en est pas ainsi, et c'est l'impuissance où l'on était de découvrir, ou de distinguer un organisme viv.mt préexistant quelconque, germe ou cellule, que la philosophie supposait, qui a conduit aux incertitudes qui troublaient l'esprit de Mueller» Or, aujourd'hui, l'existencL; d'un tel être organisé est certaine : le microzyma seul, qui est physiologiquement impérissable, peut être considéré comme l'être vivant per se. Et puisque cela est, c'est à prouver qu'un microzyma

peut naître de la matière inorganique que les hétérogénistes et les protoplasmistes sont acculés. L'existence du microzyma, et tout dans la science, oblige d'affirmer qu'après la création de la matière inorganique, une seconde création est survenue pour former, avec un petit nombre de corps simples de cette matière, l'élément structuré fondamental et lui communiquer, avec l'organisation, le mouvement et la vie, le mouvement propre qui est sa vie.

Oui, une seconde création I et instinctivement Mueller luimême croyait à sa nécessité ; lorsqu'il se demandait si « ce n'est pas seulement par l'effet des structures existantes que la matière arrive à manifester les phénomènes intellectuels », il considérait, en effet, l'organisme comme un système de monades en quelque sorte indépendantes les unes des autres, mais représentant par leur réunion la monade primaire ou la cellule7germe, et par conséquent, bien qu'il ne le dise point explicitement, vivantes. Mais, dans tous les cas, ces monades n'étaient pas supposées vivantes per se, car, il l'a dit expressément, elles ne sont pas des atomes, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas, physiologiquement, à l'organisme, ce que les atomes des corps simples le sont, physiquement, à la matière brûle ; elles sont périssables, a-t-il ajouté ; elles ne sont pas, comme aurait dit Bonnet, hors de l'atteinte des causes qui opèrent la dissolution des mixtes ; bref, leur vie n'est que ce que la matière l'a laite. Dès lors, bien que Mueller parlât des organismes comme de structures existantes, on comprend que pour lui les monades étaient pure matière et qu'il se posât^ dès lors la question embarrassante du conflit de l'âme et dcTorganisme. En somme, qu'importe la structure dans l'organisme, si la monade périssable est issue de la matière inorganique en vertu des seules forces de cette matière? Si elle n'est que cela, elle n'est que matière et c'est la matière qui pense !

Je fi'ai pas à m'occuper. du conflit de l'âme et de l'organisme; c'eàt un problème dont la solution est inabordable pour la chimie et pour la physiologie et qui sera encore, pendant longtemps, l'objet de disputes et de conjectures stériles. La physiologie et la chimie, en restant dans leur domaine, ont mieux à faire. Elles ont d'abord à se renseigner plus exactement sur-la constitution de l'être vivant et, ensuite, à rechercher de quelle nature sont les relations de son organisme avec le milieu cosmique. C'est de la notion expérimentale exacte de

ce qu'est un organisme que résultera l'explication vraie des relations dont il s'agit. Certes, on connaît les faits ; ils s'accumulent même depuis que Ton sait observer méthodiquement, mais ils restent stériles parce qu'on ne sait pas remonter à leurs causes.

Le milieu est le tout complexe qui est extérieur à l'être organisé; les aliments dont ces êtres se servent pour entretenir les conditions de leur vie et les renouveler, nous l'avons vu, doivent être considérés comme partie importante du milieu extérieur. Claude Bernard s'est occupé des relations de l'organisme avec les milieux; il importe de connaître les idées que les faits lui ont suggérées.

Dans la savante étude que vous avez consacrée au célèbre physiologiste vous avez relevé une idée singulière, qu'il est nécessaire de méditer, d'autant plus qu'il y attachait une grande importance :

a Dans l'expérimentation sur les corps bruts, disàit-il, il n'y a à tenir compte que d'un seul milieu, c'est le milieu cosmique extérieur ; tandis que chez les êtres vivants élevés, il y a au moins deux milieux à considérer: le milieu extérieur ou extraorganique et le milieu intérieur ou intraorganique (1). »

Et cette distinction entre les corps bruts et les êtres vivants lui paraissait si capitale, qu'il la regardait comme une conception dont il revendiquait pour lui la découverte; en effet :

a Chaque année, ajoute-t-il, je développe dans mon cours de physiologie, à la Faculté des Sciences, ces idées nouvelles sur les milieux organiques, idées que je considère comme la base de la physiologie générale; elles sont nécessairement aussi la base de la pathologie générale, et ces mômes notions nous guideront dans Tapplication de Texpérimentation aux êtres vivants. »

Du milieu extérieur nous avons la même idée que Cl. Bernard : c'est ce qu'il appelle le milieu cosmique. Mais qu'est-ce que le milieu intérieur?

Vous avez répondu à cette question. « Ce milieu, dites-vous, est tout simplement l'objet même de la physiologie, c'est-à-dire cet espace caché à nos yeux où se développent tous les phénomènes intimes de la vie; vulgo : l'intérieur du corps. » Et, ayant dit que l'illustre physiologiste a été dupe de l'invention plus ou moins nouvelle du mot milieu organique, vous rappelez que Ch. Robin avait revendiqué pour lui et Verdèil cette invention du milieu intérieur (2) et toutes ses conséquences, telles que Cl. Bernard les énonce dans les termes suivants où le milieu intraorganique est Simplement Y organisme :

(1) Ë. Fournie: Claude Bernard et la méthode expérimenUUet p. 33.

(2) Loc. cit., p. 34.

c Noas avons, disait-i], d'une part, Vorganisme dans lequel s'accomplissent les phénomènes vitaux, et d'autre part le milieu cosmique dans lequel 4e8 corps virants, comme les corps bruts, trouvent les conditions indispensables pour ]a manifestation de leurs phénomènes.

> Les conditions de la vie ne sont ni dans Vorganisme, ni dans le milieu extërieury mais dans les deux à la fois. En effet, si l'on supprime ou si l'on QUére l'organisme, la vie cesse, quoique le milieu reste intact ; si d*un autre c6té on enlève ou si l'on vicie le milieu, la vie disparait également, quoique l'organisme n'ait point été détruit (1). »

Vous avez critiqué, en physiologiste et en médecin, ces singulières idées. Pour moi, je n'y vois que les conséquences de son système protoplasmique, et s'il ne s'agissait pas d'un savant si considérable^ je n'insisterais pas davantage, je renverrais à ce que j'ai dit de ce système et je dirais que ce sont là des puérilités. Mais il s'agit des idées d'un savant et sagace observateur ; or, ce sont de telles idées, aussi inacceptables, selon moi, en chimie qu'en physiologie générales, qui dominent dans i la science et qui sont acceptées, sans examen, par un grand nombre. Ce sont elles qui ont permis à M. Pasteur de comparer l'intérieur du corps à l'intérieur d'un tonneau de vin ou de bière, sans faire frémir un grand nombre de médecins, de physiologistes et méine d'bistologistes. Elles sont la cause des progrès que font sans cesse les doctrines les plus antiphysiologiques et les plus antimédicales. Hier c'était la microbie morbitique qui triomphait grâce à elles, et voici que se montre à l'horizon la doctrine nouvelle des ptoma'ines. Les maladies, après avoir été réputées des empoisonnements par les microbes, vont être considérées comme des empoisonnements par des alcaloïdes plus ou moins cadavériques. Ouf, grâce aux idées nouvelles de Cl. Bernard, les causes de nos maladies seront de plus en plus cherchées hors de l'organisme, au Jieu d'essayer de les découvrir dans cet organisme qui les produit.

Ces idées nouvelles répondaient à la préoccupation constante de Cl. Bernard, qui était celle-ci : « La science des phénomènes de la vie ne peut pas avoir d'autres bases que la science des phénomènes des corps bruts, et il n'y a, sous ce rapport, aucune différence entre les principes des sciences biologiques et ceux des sciences physico-chimiques. »

Cela posé, il prétend prouver que les conditions de la vie sont dans l'organisme et dans le milieu extraorganique à la fois, sans l'être dans aucun des deux facteurs. Et pour cela

(1) Loc. cit.| p. 35.

comment s'y prend-il ? Trè<* simplement, il supprime ou altère successivement l'Un des milieux, et, dans l'un et l'autre cas, la vie cesse ! En vérité, c'était prévu pour certains cas et pour certains êtres !

En eifet, et c'est évident, l'organisme étant supprimé^ le milieu extérieur n'aura plus rien à faire, car il n'y aura plus rien sur quoi il puisse agir. Mais si l'organisme est supprimé, deux choses peuvent arriver, ce mot ayant, dans l'espèce, deux significations ; car supprimer veut dire aussi bien « faire disparaître » qu* (( annuler ». L'annulation serait plus que la suppression et la mort de l'organisme; ce serait son anéantissement. C'est donc la seconde acception que l'auteur a eue en vue; mais alors la suppression n'implique pas nécessairement la mort de l'organisme ; ce peut être le mettre hors de l'influence du milieu extérieur, ce qui revient, par rapport à lui, à supprimer celui-ci. Par exemple, les insectes se nourrissent et consomment beaucoup d'oxygène; ils s'asphyxient et meurent d'inanition lorsqu'on les en prive. Eh bien l ils peuvent rester pendant fort longtemps sans manger, dans l'état de mort apparente qui résulte de la suppression de l'oxygène, sans perdre la faculté de revenir à la vie. Ils n'avaient donc pas cessé d'être vivants; ils n'étaient donc pas morts; car, n'être pas mort pour un être organisé, c'est être vivant; ils n'étaient pas morts, puisqu'ils n'avaient pas perdu la faculté de revenir à la vie; les morts ne reviennent pas à la vie. Mais je pourrais poursuivre cette idée, et montrer, s'il le fallait, une foule d'êtres qui peuvent rester vivants lors même qu'on les conserve dans le vide le plus parfait que nous puissions réaliser, ce qui est aussi une façon de les supprimer par rapport au milieu cosmique. H est vrai, pourtant, que CL Bernard a entendu parler du milieu intérieur des êtres vivants élçvés et qu'il s'agit ici de microzymas, do vibrioniens, de cellules, comme la levure de bière ou d'autres êtres inférieurs. On pourrait répondre, il est vrai, que ce n'est pas là l'affaire, et que cela n'importe pas, puisque, dans sa doctrine, le milieu intérieur des uns et des autres est formé du même protophasma. Voyons si les conséquences sont plus vraies dans les autres alternatives posées par le grand physiologiste.

« Si, a-t-il dit, on altère l'organisme ou si l'on vicie le milieu extérieur, la vie cesse également. » Il est certain que si l'on enfonce un poignard dans l'intérieur d'un organisme élevé, de façon à blesser assez fortement son cœur, ou si l'on vide le

milieu extérieur par une dose suffisante d'acide cy^nhydrique, la vie de cet organisme cessera infailliblement et le milieu extérieur non vicié sera impuissant à le faire revivre : Cl. Bernard savait bien pourquoi.

Mais on peut altérer autrement le milieu întérieur ; par exemple, d'un bélier ou d'un taureau on peut faire un mouton ou un bœuf, ce qui modifie ou altère assez profondément soa organisme: est-ce que pour cela le reste de leur milieu intérieur ne continue pas de vivre ? Il est vrai que leurs relations avec le milieu cosmique et avec d'autres étires seront quelque peu modifiées, mais enfin ils vivent, à l'état de mouton ou de bœul, pour faire d'excellente viande, ce que leurs milieux intérieurs n'auraient point fait à l'état de bélier ou de taureau. Certes, il n'est pas indifférent de devenir chapon ou de rester coq ; mais enfin le chapon vit à sa manière et sa chair devient succulente. Allons plus loin : est-ce que les malades, dont le milieu intérieur est plus ou moins profondément altéré ou lésé : un phtisique, un cancéreux, un goutteux, ne vivent pas? Et lorsque la maladie est devenue chronique, ne peuvent-ils pas fournir une longue carrière ?

Une autre observation encore. Le grand physiologiste a dit que si l'on enlève ou vicie le milieu extérieur, la vie disparaît quoique l'organisme n'ait point été détruit. Certes, cela est vrai dans certains cas ; mais s'il n'a pas été détruit, n'a-t-il pas été modifié en quelque chose ? Cl. Bernard le savait bien et ses expériences sur l'oxyde de carbone ont fait connaître, dans ce cas particulier, quelle est la partie du milieu intérieur qui a subi la modification cause de la cessation de la vie.

La mort elle-même ne détruit pas l'organisme et il y a des cas de mort subite, foudroyante. Les individus, un moment auparavant pleins de vie. et de santé, ont certes laissé un orgeinisme non détruit et ils ont succombé en plein milieu extérieur, souvent pour en avoir abusé. On se demande vraiment pourquoi Cl. Bernard ne s'est pas demandé pour quel motif le conflit des deux milieux a cessé, et puisque, en apparence, rien n'était changé,, pourquoi il ne recommence pas et ne reproduit pas la vie.

En tout ceci Cl. Bernard m'apparaît comme embarrassé ; il voit bien dans le milieu .intérieur quelque chose de particulier ; mais ce quelque chose, il ne sait pas le définir. Au fond, il n'est pas vrai que dans l'organisme altéré et mort par la suppression du milieu extérieur, il n'y ait plus rien de vivant ;

nous savons le contraire; mais Q. Bernard ne voulait pas reconnaître ce qui y reste plein de vie, et, à sa suite, d'autres n'ont pas voulu le reconnaître non plus. Cl. Bernard était aveuglé par son système et vous avez justement fait remarquer que a si la conception du milieu intérieur tel qu'il le présente était réelle, il n'y aurait aucune différence entre le corps vivant et un milieu chimique quelconque » ; aussi démontrezvous qu'elle est fausse et ne repose que sur une illusion. La grande erreur de Cl. Bernard a été de croire que le milieu intérieur , c'est-à-dire l'organisme, était dépourvu d'activité propre et autonome. C'est pourquoi il ne voyait pas qu'en supprimant le milieu intérieur il supprimait la cause réelle et unique des phénomènes biologiques qui résultent du conflit de ce milieu et du milieu extérieur (1).

(1) Oui, Cl. Bernard était embarrassé; il était tourmenté de ne pou?oir pas se figurer la vie, ni la comprendre, ni la définir, Après en aroir imaginé deux formes : la vie réelle et la vie idéale , il 8*en figura trois autres :

1* La vie latente, qu'il appelait la vie non manifestée. Cette sorte de vie existe dans les êtres qui peuvent être desséchés sans périr: les rotifères, les tardigradei», les anguillules du blé niellé, les infusoires enkystés, les ferments figurés, les graines, les spores.

2* La vie osciUantef qu'il définit la vie à manifestation variaUe^ existe dans les végétaux qui sont engourdis pendant l'hiver; dans tous les invertébrés dont le froid atténue la vie; les vertébrés à sang froid sont dans le même cas ; et parmi 1^ mammifères les hibernants. L'œuf, même celai des animaux à sang chaud, oflîre aussi un exemple de vie oscillante, puisque son travail évolutif peut être ralenti pu activé suivant les conditions de température, etc.

3* La vie constante et libre appartient aux animaux les plus élevés en organisation, dont la vie s'écoule d^un cours constant, <c n'est pas soumise aux alternatives du milieu cosmique et reste la même à travers des conditions extérietnres mobiles et souvent opposées ». Et pourquoi en est-il ainsi ? « Parce que le milieu intérieur ne change pas ; » seulement ici le milieu intérieur, ce n'est plus l'organisme, c c'est celui qui enveloppe les organes, les tissus, les éléments des tissus. > Et ce milieu, distinct de tout ce qui est structuré, possède une vertu extraordinaire ; « il fournit à ranimai supérieur comme une atmosphère propre et à température constante dans le milieu cosmique toujours changeant. » L^animal supérieur « est un organisme qui s'est mis lui*méme en serre chaude, et que dès lors les rariations cosmiques n'atteignent pas ». Et pour nous faire comprendre cela, on nous apprend que c'est dans le milieu qui entoure et baigne tous les éléments anatoMiques c que la vie s'accomplit et s'écoule 2>. La fixité de ce milieu, qui a est la condition de la vie libre, indépendante », sup- >pose, dit Cl. Bernard, c un perfectionnement de ce milieu (organisme), tel que les variations externes soient à chaque instant compensées et équi- -libi^ôes. » L*>animal élevé n'est pas indifférent au monde extérieur ; c il est au contraire dans une étroite et savante relation avec lui, de telle fa)^ que son équilibre résulte d'une continuelle et délicate compensation établie comme par la plus sensible d^sbàlauces.»—- Oui, Cl. Bernard est uik homme emtitrvassé qui cache son embarms sous des formules et des plurMes 4>ùi'accord fait souvent défaut.

La tie est tà bien liée à Tcurgatiisme, non pas m tant que milieu chimique, mais en tant que morphologiquement déterminé dans toutes ses parties, qu'il y a des êtres qui restent vivants, dans le sens vulgaire du mot^ lors même qu'on les soustrait à toutes les conditions extérieures de milieu. Si cette vérité n'est pas aperçue, c'est que l'on n'a jamais en vue que les élres élevés. Sans doute un mammifère que l'on ne iVûQfirrirait pas ou que l'on empêcherait de respirer pendant un temps trop long, cesserait de vivre en tant que mammifère et ne pourrait plus, ensuite, ni respirer, ni se nourrir : mais pourquoi? Au contraire, un vibrion, un rotifère, un tardigrade pourront êlre desséchés et soustraits à l'air et à l'alimentation sans mourir. Pourquoi? Oui, dans les deux cas, pourquoi? C'est que ce sont des machines vivantes et que la vie dans ces machines ne tient pas uniquement à leur protoplasma, c'est-à-dire à leur substance chimique.

Non, encore une fois, la vie en général et les vies particulières ne résultent pas du conflit dont parlait Cl. Bernard. Mais, lui-même, lorsqu'il parvenait à s'abstraire de son système favori et à considérer les êtres vivants en eux-mêmes, il en arrivait à penser comme tous les philosophes, quant à leur origine et à leur développement. Il est nécessaire de le montrer parlant comme aurait parlé Ch. Bonnet : « S'il fallait, disaif-il, définir la vie d'un seul mot, je dirais : la vie, c'est la création.... Ce qui caractérise la machine vivante, ce n'est pas la nature de ses propriétés physico-chimiques, si complexes qu'elles soient, mais bien la création de cette machine qui se développe sous nos yeux dans des conditions qui lui sont propres et d'après une idée définie qui exprime la nature de l'être vivant et l'essence même de la vie... Ce qui est essentiellement du domaine de la vie et n'appartient ni à la physique, ni à la chimie, ni à rien autre chose (1), c'est l'idée directrice de cette évolution vitale. — Dans tout germe vivant, il y une idée créatrice qui se développe et se manifeste par l'organisation. — Pendant toute sa durée; l'être vivant reste sous l'influence de cette même force créatrice, et la mort arrive Idrsqu'elle ne peut plus se réaliser. Ici comme partout, tout dérive de l'idée, qui, elle seule, crée et dirige... C'est toujours cette même idée vitale qui conserve l'être, en reconstituant les parties vivantes désorganisées par l'exercice ou détruites par les accidents et par les maladies, 9 (1) Et par conséquent point à la matière 1

Tout a'est pas expérimental dans cette nouvelïe oonceptioa de ia Yie ; mais tel que cela est, cela n'est-il pas la n^tdoa de ce que rillustre .physiologiste $t écrit sur le conflit des deux milieux et sur ses autres conceptions de la vie? Mais du moment qu'il admet un germe vivant, il arrive à la mêifne conclusion que Bonnet et il est évolutionniste en cessant d'être ilroto{>ku3mist^.

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