‹ La théorie du microzyma et la système microbienChapitre 7 sur 55 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

Sommaire. -* La microbie et l'histoire de sa conception. — Gomment M. Pasteur, non parasitiste, est devenu parasitiste. — One maladie du ver à soie et une conversion de M. Pasteur. — Maladies du vin et ferments de maladie selon M. Pasteur. — Des germes de ferments existentils dans le corps des animaux ? Gomment il aurait fallu agir pour coudure rigoureusement.

La micî'obie — c'est ainsi que M. Pasteur appelle le système des germes morbifiques préexistants — suppose que la cause de presque toutes nos maladies, surtout de celles qui sont infectieuses ou contagieuses, réside dans des germes invisibles, primitivement répandus dans Tair et ensuite disséminés de tous côtés, dans les eaux et sur la terre, lesquels, pénétrant en nous, s'y développeraient en parasites et nous rendraient malades. Raspaîl a été parmi nous le dernier représentant du système. M. Pasteur Ta repris pour son compte en lui donnant une apparence plus scientifique et plus expérimentale, et il assure volontiers que « médecins et vétérinaires s'emparèrent de la lumière que leur apportèrent les résultats de ses travaux ». S'il en est ctinsi, il importe de bien exactement connaître, dans ses origines et dans ses développements, un système qui s'est imposé aussi irrésistiblement aux médecins et aux vétérinaires, afin de le bien juger ensuite, après avoir recherché s'il est vraiment le résultat de l'application rigoureuse des principes de la méthode expérimentale.

Un élève et fervent disciple de M. Pasteur est allé d'un bond jusqu'à l'extrême conséquence du système, lorsque, dans un ouvrage dogmatique destiné à mettre en lumière et à exalter l'œuvre de son maître, il a écrit, sans en être étonné, que « M. Pasteur a eu le droit de définir d'un mot le charbon comme la maladie de là bactéridie^ au même titre que la gale est la maladie de Vacarus (1) » .

Il ne faudrait pas croire, pourtant, que l'on ait d'emblée conçu une semblable manière de voir. Avant d'en arriver là,

(1) £. Duclaux: Ferments et Maladies, p. 129.

H. Pasteur a dû, de bien loin, revenir sur ses pas, en br&lant hardiment les dieux qu'il avait adorés.

En 1865, époque où déjà il avait publié les résultats des travaux dont la lumière éclaira les médecins et les vétérinaires, et où il commença à s'occuper de la maladie des vers à soie appelée Fébrine, le système du P. Kircher était si bien oublié, Raspail avait si peu réussi à le faire admettre par la grande médecine, malgré Féchafaudage scientifique dont il l'avait étayé, qu'il n'est aucunement question des germes morbifiques de Tair ni de parasitisme dans les premières communications de M. Pasteur sur cette maladie ; bien mieux, il s*éleva avec force et conviction contre le sentiment de ceux qui soutenaient le contraire.

Cependant^ au moment même où il entreprenait ces études si nouvelles pour lui, il était en relation avec Davaine, qui s'occupait depuis quelque temps déjà des recherches sur le sang de rate qui ont illustré son nom. C'est à cause de cela qu'il est nécessaire d'en rappeler l'origine.

Vers 18S0 ou 18S1, avec Rayer, Davaine avait examiné microscopiquement le sang d'animaux morts du sang de rate et y avait observé des productions en forme de bâtonnets immobiles. L'idée ne leur vint pas qu'il y eût corrélation nécessaire entre la présence de ces bâtonnets et la maladie, une relation quelconque de cause à effet. D'autres observateurs confirmèrent plus tard la découverte de nos compatriotes, sans y donner plus d'attention. Ce n'est pas cependant que l'idée ne fût venue à personne de croire que les vibrioniens peuvent être cause de maladie, car nous verrons que, en 1841 déjà, Félix Dujardin s'élevait contre cette manière de voir. Mais en 1863, pendant les disputes concernant les générations spontanées qui agitaient les savants depuis 18o8, Davaine en vint à supposer que les bâtonnets, qu'il finit par appeler 5ac/éndte5, pourraient bien êtrel^s agents producteurs de la maladie charbonneuse; il Ta assuré : ce furent les recherches de M. Pasleur sur le ferment qu'il nomme butyrique, qui lui en suggérèrent l'idée.

En 1865, l'étiologie du charbon conforme à la doctrine parasitique, malgré les importantes expériences de Davaine, était loin d'être fixée; si bien que, dans une Note présentée par M. Pasteur à l'Académie des sciences, au nom de MM. Leplat et Jaillard, ces médecins soutenaient que « l'affection charbonneuse n'est pas une maladie parasitaire; la Bactéridie n'en est pas la cause ; elle n'en est qu'un épiphénomène ». Sans doute.

M. Pasteur inclinait à croire à l'exactitude des observations de Davaine et à l'interprétation qu'il leur avait donnée, mais il refusait de se prononcer (1).

Voilà dans quelles circonstances M. Pasteur entreprit l'étude 4e la Pébrine, maladie des vers à soie qui sévissait épidémiquement dans le midi de la France, et qui était caractérisée micrographiquement par des corpuscules de forme elliptique doués d'un mouvement oscillatoire qui les avait fait appeler corpuscules vibrants ou oscillants.

Les savants étaient partagés d'opinion touchant leur nature. Les uns, M. Ciccone par exemple, y voyaient des éléments organiques du ver malade, se développant au moment de la métamorphose en nymphe ou en chrysalide ; d'autres les considéraient comme des cristaux d'urate ou d'hippurate d'ammoniaque. Mais des savants autorisés les regardaient comme des productions parasitiques : Lebert comme des végétaux microscopiques; M. Morren comme des vibrions ou quelque chose d'analogue ; Guérin-Méneville comme des hématozoaires.

j'ajoute qu'un savant illustre avait anême signalé a les études auxquelles on s'est livré en France et en Allemagne et qui ont jeté un jour inattendu sur la génération des parasites, souvent microscopiques^ qui vivent aux dépens des animaux peu volumineux, etc., etc. (2) ».

M. Pasteur va donc étudier la Pébrine. Comment appliquera-t-il ses études sur les générations spontanées et sur les ferments ? Se rangera-t-il à l'avis de Lebert, de M. Ciccone, ou de ceux qui croient que les corpuscules sont des cristaux d'urate ou d'hippurate, c'est-à-dire ni des végétaux ni des animaux? Quels seront, en somme, les résultats de ses observations ? Écoutez :

Dans son premier Mémoire, voici comment s'exprime M. Pasteur :

1® Sur la nature du corpuscule osdllanl. « Mon opinion présente est que les corpuscules ne sont ni des animaux ni des végétaux (dans une note M. Pasteur fait observer que c'est là une a opinion déjà émise pour la première fois par M. Ciccone »), . mais des corps plus ou moins analogues aux granulations des cellules cancéreuses ou des tubercules pulmonaires. Au point

(1). Comptes rendu des séances hebdomadaires de V Académie des Sciences, T. LXr, p. 302.

(2) Rapport de M. Dumas au Sénat (1865).

de vue d'une classification méthodique, ils devraient être rangés plutôt à côté des globules du pus ou des globules du sang, ou bien encore des granules d'amidon, qu'auprès des infusoires ou des moisissures. »

Je reviendrai sur cette singulière physiologie et histologie. En relisant cela je ne peux pas m^empécher de prononcer l'apophtegme que voici :

(( Si Ton cherchait bien, au fond de toute erreur on trouverait une ignorance. »

2*^ Sur V origine des corpuscules. « Si la graine (l'œuf du ver à soie) provient de parents dont les tissus ou les sucs nourriciers auront dû fournir les principes nécessaires au développement d'une quantité considérable de corpuscules^ elle participera davantage de leur constitution, et peut-être que dès le premier âge du ver le mal s'accusera par les corpuscules -ou par tous les symptômes difficiles à caractériser qui font 'préjuger qu'une chambrée n'aboutira pas, » c'est-à-dire que ies vers sont malades.

C'est bien là le langage d'un protoplasmiste.

3^ Sur la nature de la maladie, « Si l'on réunissait dans un même lieu une foule d'enfants nés de parents malades de la phtisie pulmonaire, ils grandiraient plus ou moins maladifs, mais ne montreraient qu'à des degrés et à des âges divers les tubercules pulmonaires, signe certain de leur mauvaise consti* tution. Les choses se passent à peu près de même pour les vers à soie (1) ».

Il est juste d'ajouter que M. Pasteur a le soin d'avertir (( qu'il désire que l'on sache bien qu'il parle en profane lorsqu'il établit des assimilations entre les faits qu'il a observés et les maladies humaines d. Il n'en reste pas moins que M. Pasteur n'a pas appliqué là, les études et les travaux dont a s'emparèrent médecins et vétérinaires » .

Dans la suite M. Pasteur accentuera encore davantage son opinion; voici à quelle occasion. Avant le célèbre savant et en même temps que lui je m'étais occupé et je m'occupais des générations spontanées, des ferments et de la pébrine. Sur cette dernière, mes observations avaient abouti, comme en d'autres occasions, à des conclusions diamétralement opposées.

Sur la pébrine je répétais, en 1866, ce que j'avais dit à la Société d'agriculture de l'Hérault, Tannée précédente, savoir :

i^ « J'admets que la maladie est parasitaire ; la pébrine atta-

(1) Comptes rendus^ t. LXI, p. 506*

que. d'abord le ver par le dehors; c'est de l'air que viennent les germes du parasite; la maladie n'est pas primitivement constitutionnelle. »

Je conseillais de faire grainer dans des locaux où l'on maintiendrait sans cesse une odeur franche de créosote et de conserver les œufs entre deux couches de coton, afin de les soustraire à l'invasion du parasite, et de faire les éducations dans les chambrées créosotées afin de tarir la fécondité des germes du parasite (1). •

Quelques semaines après, M. Pasteur publiait un second Mémoire où il s'exprime comme ceci :

1® « On serait bien tenté de croire, dit-il, quand on songe surtout que les corpuscules ressemblent beaucoup à des spores de mucédinées, qu'un parasite analogue à la muscardine a envahi les chambrées et que telle est la source du mal. Ce serait une erreur ».

2® Il regarde toujours le corpuscule « comme une production qui n'est ni végétale, ni animale, incapable de reproduction et qu'il faudrait ranger dans la catégorie de ces corps réguliers de forme que la physiologie distingue depuis quelques années par le nom d'organites^ tels que les globules du sang, du pus, etc. ». Plus loin M. Pasteur insistant dit : a Mes observations de celte année m'ont fortifié dans l'opinion que ces organites ne sont ni des animalcules, ni des végétaux cryptogamiques. »

3** Enfin concernant leur origine, il ajoute : a II m'a paru que c'est principalement le tissu cellulaire de tous les organes qui se. transforme en corpuscules ou qui les produit f2). »

Tout cela est très instructif pour celui qui veut aller au fond du système actuel de M. Pasteur. Il en résulte avec évidence que ce savant n'est pas le père du parasitisme contemporain« Loin d'avoir inspiré Davaine, c'est M. Pasteur qui s'est i nspiré des opinions de Davaine.

Je reviendrai sur ces déclarations pour faire voir qu'elles procèdent des idées, concernant l'organisation et la vie qui découlent du système protoplasmique. Je ferai ressortir la singularité de l'idée qui considère le globule sanguin et celui du pus comme les analogues du granule d'amidon et comme n'étant des productions ni végétales, ni animales.

Par quel chemin M. Pasteur est-il si prodigieusement revenu

(1) Comptes rendus^ t. LXH, p. 1341.

" (21 Comptes rendus, t. LXIII, p. 134, 141.

sur ses pas? Il importe de le dire; sans cela on ne comprendrait rien à cette histoire si actuelle!

En poursuivant mes études sur le corpuscule oscillant, j'ai démontré successivement que sa substance est de nature végétale; qu'il est un vrai ferment; qu'il est capable de multiplication» c'est-à-dire de reproduction en dehors des tissus du ver : pour cela je le cultivais dans une infusion de la substance des vers à soie; c'est ce qui m'a mis sur la voie du mode de sa multiplication, non seulement dans le milieu de culture artificiel, mais dans le ver même. M. Balbiani, de son côté, en savant naturaliste qu'il est, fit voir que le corpuscule vibrant est une psorospermie. M. Pasteur découvre alors, à son tour, que le corpuscule vibrant n'est pas ce qu'il avait cru. Il vit clairement que ce n'était pas une erreur de croire au parasitisme de lapébrine. M. Pasteur est évidemment convaincu que sa conversion a été spontanée. Autrement on ne comprendrait pas comment, pour justifier son système en pleine Académie de médecine, il aurait pu s'écrier « qu'instruit des travaux nombreux des naturalistes et médecins italiens sur la pébrine, travaux mêlés de graves erreurs, ce qu'on ignorait, comme eux il aurait fait fausse route » !

Le sujet est trop grave pour glisser légèrement sur cet incident. (( Ce qu'on ignorait! » Mais non, ce n'est pas cela: M. Pasteur avait à choisir, comme moi, entre l'opinion de Lebert et celle de M. Ciccone. Il s'est rangé à l'avis du dernier et, malgré les avertissements qui lui montraient qu'il se fourvoyait, ses observations le portèrent à le confirmer. Non, M. Pasteur n'a pas rectifié sa route sans combattre ceux qui lui indiquaient le bon chemin. C'est donc gratuitement que, poursuivant, en parlant de lui-même, il assure qu' « il peut être utile de s'écarter des voies tracées pour se créer des sentiers nouveaux, qu'on y découvre souvent de nouveaux horizons ; que le travail est plus dur, mais plus marqué d'empreinte personnelle et originale (1)». Le plus curieux de l'affaire, c'est que, en médecine comme en physiologie, M. Pasteur s'est trompé toutes les fois qu'il a suivi sa propre inspiration. Il s'est trompé sur la pébrine qu'il regardait comme constitutionnelle ; je montrerai qu'il se trompe quand il regarde le charbon f le choléra, la phtisie, etc., comme maladies parasitaires.

Mes démêlés avec M. Pasteur au sujet des maladies des vers

(1) Bulletin acaU. méd., a-^*» série, t. XII, p. 511.

à soie n'étaient pas finis en 1869. En même temps que la pébrine, j'étudiais la maladie appelée flacherie. Après l'avoir considérée du même point de vue que la pébrine, je démontre que c'est une maladie à microzy mas morbides. J'en reparierai à propos de la tuberculose. A cette époque mes idées étaient complètement arrêtées, au sujet des vibrioniens dans les maladies. J'expliquais leur présence sans faire intervenir les germes de l'air. M. Pasteur, au contraire, ira de plus en plus vers le système du P. Kircher.

Lorsque M. Pasteur eut été converti au parasitisme de la pébrine, il se fit dans ses idées une grande révolution; il brûla résolument ses vaisseaux et devint un parasitiste aussi convaincu qu'il avait été antiparasitiste déterminé. Pour lui, qui n'avait pas invoqué jusque-là les germes morbifiques de l'air pour expliquer les maladies des vers à soie, toutes les maladies contagieuses seront le fait de ces germes et il les réputera parasi tiques.

Pour connaître le système actuel de M. Pasteur, il faut reprendre les choses d'un peu plus haut. En 1866 parut son ouvrage sur le vin ; il est intitulé : Études sur le vin, ses maladies et les causes qui les provoquent. Notez que le savant chimiste, se servant du langage vulgaire, emploie le mot maladie pour désigner les altérations du vin.

En 1868, Davaine publiait ses Recherches physiologiques et pathologiques sur les bactéries. Dès le début il s'exprime comme ceci : « Les êtres vivants, dit-il, offrent dans lenr organisme des milieux variés, qui pourraient être envahis par les vibrioniens s'ils n'étaient préservés par un épiderme protecteur ou par d'autres moyens. » Il faut se souvenir de cela. Le savant médecin inoculait à des plantes grasses des substances végétales réduites en putrilage par une altération semblable à celle que l'on connaît sous le nom de pourriture ; il étudiait ensuite ce que devenaient les bactéries du putrilage inoculé dans le tissu du végétal, les altérations pathologiques de celui-ci et l'influence delà chaleur sur le végétal contaminé; imitant eu ceci ce que M. Pasteur faisait par le chauffage des vins pour empêcher l'altération ou pour l'arrêter. Alors, Davaine de s'écrier : a Est-il nécessaire de faire remarquer la parfaite conformité du résultat de ces dernières expériences avec les observations de M. Pasteur sur les maladies du vin? (1) » J'ai mon-

(1) Comptes rendus j t. LXVl, p. 499.

tré ailleurs en quoi Davaine se trompait et que ce n'était pas ce qu'il inoculait qui se développait (1).

Enfin, en 1876, M. Pasteur fit paraître ^es Études sur la bière, C*est là qu'il faut aller puiser la preuve que je n'ai rien exagéré en disant qu'il compai*e l'intérieur du corps des animaux au contenu d'un vaee inerte rempli de vin ou de bière.

Là, le savant auteur parle couramment des maladies du moât, de la bière, du vin et des ferments de ces maladies» Il y est même question de l'inégale résistance du vin et de la bièa*e, à contracter des maladies. « L'expression de ferments de maladie est justifiée, dit M. Pasteur, par cette circonstance; que la multiplication de ces ferments s'accompagne de la production de substances acides, putrides, visqueuses, amères, qui impressionnent désagréablement notre palais quand nous buvons de la bière. »

Pour ma part, je vous l'avoue, je ne vois pas en quoi la présence^ dans la bière altérée, des matières qui impressionnent désagréablement mon palais est la justification du fait que les ferments qui les ont formées sont des ferments de maladie, plutôt que des ferments spéciaux. Mais il faudra insister sur ce point, afin de rechercher si nous n'avons pas là l'indice de quelque embarras caché.

Quoi qu'il en soit, voici comment M. Pasteur, après Davaine, en arrive à justifier l'opinion que les maladies de l'homme et des animaux sont le résultat de l'introduction de germes de ferments dans leur intérieur.

Après une dissertation sur les générations spontanées et sur les germes atmosphériques, se préoccupant de la difficulté de soustraire les liquides de ses expériences à la présence de ces germes et d'opérer sur des liquides purs qui en soient exempts, M. Pasteur imagine la méthode qui « consiste à aller chercher la pureté dans des liquides naturels d'animaux ou de plantes » . Le savant chimiste admet que les liquides naturels dont il s'agit ne contiennent pas de germes de bactéries ; il ne le démontre pas, mais il s'écrie :

« Ne serait-il pas difficile de comprendre que les liquides qui cin^ulent dans les organes du corps des animaux, le sang, Turinc, le lait, l'eau de l'amnios, etc., pussent receler des germes d'organismes microscopiques? Ck)mbien ne seraient pas nombreuses les occasions où ces germes, s'ils existaient dans les

(1) Les Microzymas, etc., J.-B. BaiUière et fils.

liquides de réoonomk, pourraient se multiplier T Vraisemblablement, avec de pareils hôtes, la vie deviendrait pramptement impossible ; témoin le cori^ des maladies que beaucoup des meilleurs esprits sont portés aujourd'hui à attribuer à des développements parasitaires de cette nature (1). »

Mais comment agiraient ces germes développés en parasites? Écoutez la réponse :*

« Lorsqu'on voit la bière et le vin éprouver de profondes altérations parce que ces liquides ont donné ctsile à des organismes microscopiques qui se sont introduits d'une manière invisible dans U^r intérieur, où ils ont ensuite pullulé, comment n'être pas obsédé par la pensée que des fiiits du môme ordre peuvent et doivent se présenter quelquefois chez l'homme et chez les animaux (2) »?

Quelle singulière confusion de langage et d'idées ! Quoi qu'il en soit, n«ms voilà bien loin des idées qu'on avait en 1865 au sujet de la pébrine. Evidemment M. Pasteur a subi le contrecoup d'opinions qui n'étaient pas siennes; lui même en fait la remarque : « Des médecins très autorisés, dit-il, s'accordent maintenant à penser que les questious de contagion et d'infection trouveront, dans une étude approfondie des ferments, des solutions aux obscurités qu'elles soulèvent.... C'est un insigne honneur pour mes recherches qu'elles soient considérées comme la source à laquelle ils ont puisé leurs premières inspirations. » Il me parait évident que si les médecins dont parle M. Pasteur, avaient été mieux instruits, avaient possédé des notions plus exactes touchant la corrélation de l'organisation et de la vie, ils auraient été plus réservés, et chez H. Pasteur l'obsession moins puissante. Mais gràce à Tinfluence des idées de ces médecins sur son propre esprit, l'obsession a pris le dessus en maîtresse absolue, le doute a peu à peu disparu et M. Pasteur a fini par croire que :

y En définitive, on peut conclure rigouremement que lesKquides de l'économie, le sang et l'urine, par exemple, peuvent donner asile à des ferments divers, au sein même des organes, quand des causes extérieures viennent à faire pénétrer dsms ces Uquides les germes de ces ferments et que des maladies plus ou moins graves en sont la conséquence (3). »

Il est impossible de ne pas remarquer combien tout cela est

(1) L. Pasteur. Études sur la bière, p. 40.

(2) Loc. cit. p. 42.

(3) Ibid. p. 46.

hésitant et hypothétique : on peut conclure rigoureusement^ peuvent et doivent I des assertions» des suppositions, pas une démonstration; M. Pasteur le sent bien; aussi cherche-t-il à fournir quelque preuve à l'appui de ses hypothèses. Â la demande : Pourquoi ces germes ne pénètrent-ils pas dans les liquides qui circulent dans les organes des animaux? M. Pasteur répond qu'il est nécessaire que « des causes extérieures les fassent pénétrer», mais que^c par contre^ on doit admettre que dans l'état de santé, le corps des animaux est fermé à l'introduction de ces germes extérieurs (!)• »

C'est la reproduction de Thypothëse de Davaine dont je di« sais qu'il fallait se souvenir, a On doit admettre! » Pourquoi ? On ne le sait pas. Mais M. Pasteur, tenant pour vrai tout le reste, n'éprouve quelque doute que sur ce point. En efiet, aprèo avoir émis cette opinion, il ajoute immédiatement après: a Toutefois, au sujet de cette dernière assertion, des expériences directes peuvent seules porter la conviction dans les esprits 9.

En effet, en matière aussi grave, lorsqu'il s'agit, de la santé et de la vie des hommes, il ne suffit pas d'être obsédé par l'idée qu'une opinion est plus ou moins acceptable, d'émettre des assertions et des suppositions qui peuvent être gratuites, pour en arriver à dire « qu*on peut conclure rigoureusement » que telle chose (k peut et doit » arriver.

Nous sommes, nous hommes, si directement intéressés dans la question qu'une démonstration directe, précise, est ici nécessaire. Il faut qu'on puisse tenir un langage comme celuici : (k C'est un fait non contesté que, des germes morbifiques existent normalement^ primitivement dans l'air que nous respirons, dans l'eau que nous buvonS; et que, dans l'état de santéf notre corps est fermé à l'introduction de ces germes. » L'expérience directe de M. Pasteur consiste, sans doute, à prendre dans Fair un de ces germes ; ensuite, par une cau^e extérieure, à le faire pénétrer dans les liquides de l'économie pour en suivre et en constater la multiplication. Il montrera ainsi que tel germe produit le choléra, tel autre la pustule maligne, tel autre le cancer ou la syphilis, la scrofule ou la phtisie, etc. Enfin, comme une maladie est guérissable, il nous montrera ce que devient le microbe pendant la convalescence et la guérison ; de la même manière qu'on donne la gale avec l'acarus et qu'avec la guérison on constate sa disparition. N'oublions pas, en effet, que, selon M. Duclaux, (1) im. p. 46.

M. Pasteur « à eu le droit de définir d'un mot le charbon comme la maladie de la Bactéridiey au même titre que la gale est la maladie de Vacarus » . L'espace me manque pour dire aujourd'hui en quoi consiste Inexpérience directe de M. Pasteur,

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