QUATRIÈME LETTRE
SoMJEiAiRE. — Le système des germes morbiflques préexistants. — Un préjugé qui équiyaut à une ignorance. — Gomment M. Pasteur croit prouver que le corps est fermé à Tintroduction des germes. — - Gomment il croit prouver qu'il n'y a pas de germes de ferments dans le corps. — Une fameuse expérience sur le sang. — A quoi tient Terreur de M. Pasteur. — Étonnements. -r L'excuse des microbistes. — Démonstration par Tabsurde de la non -existence des germes morbiflques préexistants. — On n'a jamais' rencontré un de ces germes dans l'air. — L'itinéraire du choléra de Calcutta à Paris. — Gonclusion.
. Voulez-vous me permettre de rappeler une pensée qui m'est venue en écrivant ma précédente lettre et que voici ? a Si l'on cherchait bien, disais-je, au fond de toute erreur on trouverait une ignorance. »
Je ne peux pas vous le dissimuler, plus je cherche à pénétrer le système de la microbie^ pour le mieux connaître, afin de m'assurer que je ne m'égare pas en le poursuivant, plu» aussi cette pensée m'obsède. Je ne veux donc pas la perdre de vue, car, à mes yeux, elle sera l'excuse de ceux dont je combats les opinions erronées.
Il ressort de ma persévérante insistance, que Ton peut poser en fait incontestable que la microbien c'est-à-dire le système des germes morbiflques préexistants, repose sur un préjugé, — ce mot étant pris dans le sens de jugement précipité, — qui équivaut à une ignorance. La supposition que les liquides de l'intérieur de Torganisme animal ou végétal ne sont que des milieux comparables au moût, au vin ou à la bière contenus dans des vases inertes, est dans le même cas. Il en est encore ainsi de l'assertion d'après laquelle le corps des animaux est fermé à l'introduction des germes extérieurs. Si cela était vrai, le système, dans son état actuel, reposerait en réalité sur trois hypothèses dont aucune n'aurait été vérifiée par quelque expérience. J'ajoute que l'une d'entre elles, la première, celle qui est à sa base, ne peut pas l'être ; quant aux deux autres, qui sont plus spécialement du domaine de rexpérimentation.
elles n'ont paru vérifiées que parce que les résultats ont été mal interprétés; c'est ce qu*il faut mettre hors de doute avant tout. Je rappelle donc que M. Pasteur, tenant pour certaine la préexistence des microbes et pour vraie la théorie protoplasmique dans sa conception actuelle, n'éprouve quelque doute que sur un point : celui de savoir si le corps des animaux est impénétrable aux microbei. En effet, ayant aflSrmé la nécessité « d'admettre que, dans Tétat de santé, le corps des animaux est fermé à l'introduction des germes extérieurs », il ajoute aussitôt: « Toutefois, au sujet de cette dernière assertion, des expériences directes peuvent seules porter la conviction dans les esprits. 9
Il faut faire connaître ces expériences et, pour en bien saisir le sens et la portée, il faut se souvenir que M. Pasteur admet, a priorif que toute fermentation ou altération des liquides et des solides de l'économie animale comme de la bière, du vin ou du moût, a nécessairement pour cause première des ferments dont les germes proviennent de l'air atmosphérique. A ses yeux les liquides naturels des animaux et des végétaux, leur substance en général, sont purs de germes^ou de microbes ; dès lors ils sont naturellement inaltérables dans l'air pur!
« Allons donc, poursuit M. Pasteur, allons donc chercher dans l'intérieur des êtres vivants, en pleine santé, tel ou tel des matériaux qui s'y rencontrent pour les exposer dans l'état où la vie les a formés, au contact de Tair pur (1), (cesl-àdire privé de germes). »
Parmi les expériences qu'invoque le célèbre microbiste, je choisis celle qu'il a jugée la plus importante et qu'il considère comme fondamentale : sa fameuse expérience sur le sang.
Après avoir minutieusement décrit les appareils, les précautions prises contre les germes extérieurs et la façon dont ceux, de l'air du ballon qui devait recevoir le sang ontété détruits, M. Pasteur nous apprend que, grâce au concours de Cl. Bernard, il a pu mener à bonne fin son expérience. Bref, le sang d'un chien avait coulé presque directement du vaisseau, veine ou artère, dans le vase contenant Tair pur, qui devait le conserver indéfiniment inaltéré, c'est-à-dire sain, non malade. Après quoi l'appareil a été abandonné à lui-même, à des températures variables. Qu'en est-il résulté?
« Le sang; dit M, Pasteur, ne se putréfie pas, même aux
(1) L. Pasteurj Études sur la Mdre, p. 46.
plus hautes températures de ratmosphêre ; son odeur reste celle du sang frais, ou prend Une odeur de lessive (1). »
Voilà l'expérience et le résultat sur lesquels M. Pasteur s'appuie pour aflBrmer Timpénétrabilité du corps aux germes extérieurs, et pour conclure que le sang est un liquide pur, inaltérable au contact de l'air pur. Je dis que Thypothèse n'a paru vérifiée que parce que l'expérience a été mal interprétée. En effet, dans son livre, M. Pasteur a consigné quelques détails d'une extrême importance qui, à mes yeux, justifient mon assertion.
1** « Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, dit M. Pasteur, l'oxydation directe des principes du sang n'est pas très active; après une exposition des ballons dans une étuve à 25** ou 30*, pendant plusieurs semaines, ou n'observe encore qu'une absorption de 2 à 3 pour 100 d'oxygène, lequel est remplacé par un volume sensiblement égal d'acide carbonique. »
2® a Dans les circonstances dont je viens de parler, où le sang du chien exposé au contact de l'air pur ne se putréfie pas du tout, les cristaux du sang se forment avec une remarquable facilité. 9
3® « Dès les premiers jours de son exposition à Tétuve, lentement à la température ordinaire, le sérum se colore peu à peu en brun foncé. »
Ap « Au fur et à mesure que cet effet se produit, les globules du sang disparaissent et le sérum et le caillot se remplissent de cristaux très nets, teints en brun ou en rouge. Après quelques semaines, il ne reste plus un seul globule sanguin ni dans le sérum ni dans le caillot... (2). »
Pour conclure comme il a fait, M. Pasteur a été obligé de négliger ces détails, ou de n'en pas tenir compte après les avoir constatés.
En réalité, le sang s'est profondément altéré : U s'est caillé, ses globules se sont détruits, des cristaux du sang y ont apparu; l'oxygène a été absorbé, de l'acide carbonique s'est dégagé; enfin, il a pu prendre une odeur de lessive. Bref, au bout de peu de temps, le sang mis au contact de l'air pui n'est plus du sang.
Voilà donc que H. Pasteur est « allé chercher la pureté dans un liquide naturel d'animal en santé d, et l'a exposé « dans
(1) Ihid, p. 4a.
(i /6id, p. 49.
— so —
l'état mâme où la vie: l'a' formé, au contact de l'air pur t, et ce liquide ne s'^t pas conservé inaltéré. Le sang s'étaot altéré, pourquoi le savant chimiste n'a-t-ll pas dit qu'il était devenu malade ? Tout simplement parce qu'il n'y a pas vu- de microbes comme ceux qu'il aperçoit dans le vin ou la bière détériorés!
Quoi qu'il eo soit, H. Pasteur ne pouviiit pas mieux interpréter son expérience, car, selon lui, il n'y a rien de vivant dans le sang sorti du vaisseau ; le globule rouge lui-même n'est pas vivant; c'est «n organite, une production qui n'est ni végétale ni animale.
H. Pasteur et ses élèves ont tait aussi des expériences sur le lait, sur la viande, sur l'uriue, sur les œuts qui devaient également démontrer que ces matériaux ne contiennent rien qui détermine leur altération spontanée, je veux dire sans l'intervention de germes extérieurs. Exactement interprétées, elles prouvent, comme l'expérience sur le sang, le contraire de ce que l'on voulait prouver. J'y reviendrai dans une autre lettre pour le constater. Ces expériences, qui avaient été faites surtout dans l'intention de démontrer que les corps des animaux ne recèlent point de germes de bactéries ou de vibrioniens, en d'autres termes point de microzymas, oui, ces expériences, sont la vérification de celles qui démontrent l'existence de ces microzymas.
Hais, ce qui me confond, c'est que M. Pasteur n'ait pas vu que, les germes de l'air ayant été éliminés, les changements survenus sont des effets sans cause si le saug ne contient rien de vivant après sa sortie du vaisseau, Comme celte mémorable expérience m'a été opposée pour nier les microzymas, il faudra bien que je fasse voir ce que H. Pasteur y a négligé, afin de l'interpréter au profit delà théorie du microzyma.
Naturellement, l'expérience sur le sang qui est fort bien faite, et les autres, si elles prouvent précisément le .contraire de ce que H. Pasteur a voulu leur faire prouver, ruinent par la base deux des hypothèses sur lesquelles la microbie est fondée. Ces expériences sont pourtant celies sur lesquelles on se fonde pour admettre comme démontré qiielesmatériaux contenus dam Vin- It'rieuràes êtres vivants sont plus ou moins comparables au trontenu. (fun tonneau de moût, de vin ou. de bière, et que les maladies de ces êtres ne sont que le résultat de l'altération de ces matériaux par des parasites semblables aux ferments qui gâtent le moût, le vin et la bière et que, abusivement, on appelle les ferments des maiadiei de ces liquides. . . ,
Je vous l'avoue, je surs surpris qu'un chimiste comrjie M. Pasteur n'ait pas reculé devant l'emploi d'un pareil langage jusque dans le titre d'un livre.
Mais les altérations du vin, de la bière ou du moût, par les prétendus parasites dont parle M. Pasteur, ne sont que des fermentations spéciales ou nouvelles, par des ferments spéciaux ou nouveaux qui succèdent à ceux qui ont fait fermenter les moûts ou qui agissent à côté d'eux. Comment n'a-t-on pas aperçu le paralogisme qui est sous cette manière de parler?'
Peut-on dire qu'une fermentation quelconque est une maladie? Oui, peut-on dire, sans choquer le bon sens, que la fermentation alcoolique du sucre par la levure de bière, que la fermentation lactique du glucose ou la butyrique de la fécule par des vibrioniens donnés, sont les maladies du sucre, du glucose ou de la fécule ? et que la levure de bière et les autres ferments en sont les agents, les parasites morbifiques ?
En posant la question dans ces termes, je parle à mon point de vue, car M. Pasteur aussi bien que Davaine, dont il a do^ cilement suivi les errements, ainsi que les savants qui ont accepté le système des germes morbifiques comme démontré, sont excusables; ils ont adopté purement et simplement les principes de la physiologie de leur temps, d'après lesquels la vie réside non pas dans ce qui est morphologiquement défini, mais dans ce qui l'est seulement chimiquement ou, du moins, par sa constitution physico-chimique, Sdiisi que s'exprimait Cl. Bernard, l'auteur de cette formule du système protoplasmique. Bref, l'excuse de ces savants est qu'ils sont ou étaient protoplasmistes.
Depuis longtemps je m'élève contre cette manière de voir en démontrant, conformément à mes recherches sur la génération spontanée, que les théories admises des blastèmes et des protoplasmas sont insuffisantes parce qu'elles sont incomplètes. Je soutiens que ce qui est vivant est nécessairement structuré (de structusy bâti), c'est-à-dire morphologiquement, défini. Le vin, la bière, le moût, le sucre, les matières fermentescibles en général, ne sont pas vivants, parce qu'ils ne sont pas structurés ; voilà pourquoi on ne peut pas dire qu'en s*altérnnt par une cause quelconque, fût-ce sous l'action d'un ferment organisé, vibrionien ou autre, ils sont malades. Ce n'est pas en tant que corps chimiquement composés ou constitués que nous devenons malades et que nous souflfrons, mais en tant qu'organisés, structurés ; et je l'ai démontré, nous le sommes jusque dans les moindres particules de notre substance.
Et en m'exprimani ainsi je me défends d'être un novateur, je prétends rester dans la tradition médicale la plus autorisée. Aucun grand médecin dans le passé n'a cherché la cause des maladies de Thomme hors de l'homme : aucun n'aurait été adepte du système de la ndcrobie» Dans le présent, je me sens d'accord avec tous les grands médecins qui ont combattu ce système : avec MM. Jules Guérin, Dujardin-Beaumetz, Fauvel, Jaccoud, Pater, Bouchardat et vous ; je le suis avec Bichat lui-même sans parler de mes maîtres ou anciens collègues des Facultés de Paris^ de Montpellier et de Strasbourg.
Mais on peut objecter, avec raison celte fois, que cela neprouTe pas contre Teiistence possible d'organismes microscopiques morbifiques dans l'atmosphère. En effet, je le reconnais, ils peuvent y exister; ils peuvent même, nonobstant la constitution histologique des êtres vivants, telle que la conçoit et la démontre la théorie du microzyma, porter le désordre, la maladie et la mort dans l'économie de ces êtres. Mais la question n'est pas de savoir si, accidentellement, ces organismes ou leurs germes, comme on dit, sont répandus autour de nous; elle est plus haute. Il s'agit du système du P. Rircher, rajeuni par M. Pasteur, et de ce qu'ils appellent germes de maladie, invisibles ou visibles ! •
Quelle est donc l'hypothèse fondamentale du système, celle qui ne peut pas être expérimentalement vérifiée, disais-jeplus haut, et que M. Pasteur admet comme une vérité première? la voici r
Primitivement^ à l'époque indéterminée où la vie a apparu sur notre globe, où tout ce qui est vivant a été créé, en même temps que les végétaux d^abord et tous les animaux ensuite, ont été créés aussi les germes des ferments et ceux des organismes microscopiques morbifiques. Ces germes ont donc, dès l'origine, été disséminés dans l'atmosphère et de là répandus en tous lieuX; dans les eaux et sur la terre.
Et je vous prie de le remarquer, mon cher ami, il n'y a là aucune exagération. L'hypothèse fondamentale la voilà, telle que M. Pasteur l'admet comme un axiome; car ce savant, dans ses recherches sur la génération spontanée, la suppose comme évidente a 'priori et comme démontrée a posteriori^ par ses expériences. Oui, avec moi, M. Pasteur reconnattque la génération spontanée n'est pas, est une chimère. Et quand je dis moi avant lui, c'est que c'est historiquement vrai et nécessaire à ma thèse.
Donc les végétaux et les animaux ont été créés en même temps que les germes des microbes ou que les microbes destinés à les rendre malades et à. les faire mourir.
Je n'examine pas le point de vue philosophique de Thypothèse. Je refuse d'examiner si elle n'a pas quelque chose de monstrueux pour un esprit qui admet la Providence de Dieu comme M. Pasteur Fadmet.
Mais ces germes de microbes M, Pasteur les a-t-il vus ?
Je remarque que les microbes pasteuriens sont surtout des vibrioniens; or, Pouchet demandait à M. Pasteur qu'il lui montrât un œuf de bactérie ou de vibrion. Le savant chimiste a cherché les œufs des microzoaires vibrioniens et a renoncé à les découvrir (1) ; il reste cependant qu'il a cru à l'existence des œufs des bactéries, et c'est pour n'avoir pas pu les apercevoir ou les décrire qu'il a conservé l'appellation vague de germe (2).
Maintenant n'est-il pas évident que, dans les termes de l'énoncé, sans lesquels le système de la mtcrobie n'a pas de signification, non seulement il n'est pas démontré, mais il est indémontrable? Dès lors, ne pouvant pas prouver directement que l'hypothèse est erronée, j'en suis réduit à la méthode indirecte, la démonstration par V absurde, en me servant au besoin d'arguments terre à terre.
I. Les germes des parasites causes de nos maladies, s'ils avaient primitivement existé dans l'air auraient attaqué tout le monde, faibles et forts, car il est inexact que l'entrée des corps leur soit refusée.
J'ai admis que les microzymas atmosphériques pénètrent en nous par la respiration ; on sait d'ailleurs, par les recherches de M. Villemin, que la tuberculose peut être communiquée en mêlant aux aliments la matière tuberculeuse des phtisiques après l'avoir desséchée et pulvérisée ; par celles de M. Chauveau, que l'on communique la clavelée en insufflant, par la trachée, de la poussière de virus claveleux desséché et pulvé-
(1 ) L . Pasteur : Mémoire swr le» corpuscules organisés qui existent dans l'atmosphère. (Ann. Ch. Physique, 3« série, t. LXIV, p. 29.)
(2) a... Dans toutes les questions que j'ai eu à traiter, qu'il s'agisse de lermentation ou de générations spontanées, la mot germe voulait dire surtout origine de vie, » In Etudes sur la 6tère, p. 302. C'est pour répondre à M. Ch. Robin, qui ne voulait pas, fort justement, qu'on «employât le mot germe, si l'on ne pouvait pas spécifier que le germe est de nature végétale ou animale » que M* Pasteur a écrit la triomphante déclaration que je viens de transcrire. Ailleurs, M. Pasteur dit qu'il a eu a recours systématiquement aux dénominations les plus vagues. » Ibid. p. '303.
risé. Les germes, dans Tétat de sauté, sans efraetion» sans déchirure d'aucune sorte, peuvent donc s'introduire dans l'intérieur des corps vivants.
IL — r^i démontré que Tair contient normalemwt, en grande quantité, des microzymas d'une ténuité extrême. J'ai fait voir aussi que les ferments de la fermentation vineuse existent tout développés sur le raisin, même avant la maturité, avec des microzymas ; et le fait a été confirmé longtemps après par M. Pasteur, qui a cru l'avoir découvert le premier. Les germes morbifiques existeraient, non seulement dans l'air que nous respirons, dans l'eau que nous buvons, mais à la surface de tous les fruits, légumes et substances que nous mangeons.
Ils pourraient donc s'introduire en nous et par la voie pulmonaire et par la voie digestive. Pour l'air seul, M. Dumas 9 démontré qu'à Paris, un homme qui fait seize inspirations par minute en admet dans ses poumons 8,000 litres, oui, huit mille, par vingt-quatre heures. Or, je m'en suis assuré, à Montpellier et à Lille, c'est par centaines de mille que les microzymas sont contenus dans 100 litres d'air ; que l'on juge par là du nombre énorme de germes qui arrivent dans les voies respiratoires avec l'air inspiré ; il y en a certainement un grand nombre de retenus par l'énorme surface respiratoire humide et visqueuse des poumons ! Le canal alimentaire combien en reçoit-il avec l'eau que nous buvons, avec nos autres boissons et avec nos aliments? £t notez que je néglige, pour en parler plus tard, les microzymas du lait, de la viande ou autres substances crues ou même cuites que nous consommons.
III. — Mais, dans le système microbique, tout le monde devrait être sans cesse malade. Je dis plus, la maladie étant la conséquence et la condition à la fois du développement et ' de la multiplication parasitique des germes, la terre devrait être depuis longtemps dépeuplée. Dans l'hypothèse que la moindre fissure est l'occasion de Tintroduction d'un microbe, toute blessure en permettant la pénétration, aucune ne devrait guérir, toutes devraient être mortelles. On ne veut pas voir que cela n'est pas; voilà pourquoi la peur du microbe est devenue si grande, qu'un savant vulgarisateur a recommandé de ne plus épousseter les appartements de peur de soulever quelque microbe malfaisant blotti dans un coin oublié.
Et que Ton ne vienne pas dire que les germes morbifiques ainsi que les vrais parasites, ne s'attaquent qu'à ceux qui sont
prédisposés par la misère physiologique à contracter les ma-^ ladies parasitaires ; non, cela n'est pas, car dans les conditions ordinaires, les malingres» les vicieux ne sont pas plus atteints, toutes choses égales d'ailleurs, par les maladies contagieuses du cadre nosologique, que les autres.
IV. — Voici une considération tirée de la prqpagaticm du choléra. Dans l'hypothèse microbienne, malgré la &cile dissémination d'objets d'une aussi exquise petitesse que celle que Ton sqppose au& germes invisibles, comment se fait-il que le choléra, né près des bouches du Gange, y soit resté confiné pendant si longtemps, c'est-à-dire pendant des siècles ?.Comment se fait^il qu'après la grande épidémie asiatique de 1817, il n'ait atteint Paris qu'en 1832 ?
L'histoire a conservé l'itinéraire de la cruelle maladie depuis Calcutta jusqu'à Paris, en notant ses étapes successives et les ravages qu'elle y a exercés, Il est fort intéressant de suivre sur une mappemonde, comme je viens de le faire d'après des documents d^'à anciens (1), cet itinéraire, depuis la péninsule hindoustanique jusqu'à Paris à l'ouest et à l'est jusqu'à Canton et Pékin.
Le choléra^ endémique depuis des siècles au Bengale veis les bouches du Gange, se montre au sud vers Test, en 1817, successivement à Djessore, à Malacca et à Java où il sévit épidémiquement en faisant des ravages effroyables.
£n 1818, l'épidémie éclate en même temps au sud-est, à B<H*néo et à Calcutta, traverse la péninsule et arrive à Bombay.
£n 1819, il apparaît au sud dans deux directions à la fois : aux âes Moluques, à l'île de France et à l'île Bourbon.
En 1820, il se montre à Test dans l'empire birman pour al 1er en Chine, vers le nord, à Canton et à Pékin.
En 1821, il est à l'ouest, en Perse, en Arabie et, en Turquie d'Asie^ à Bassora et à Bagdad .
En 1823, remontant de l'Arabie vers le nord, il apparaît au pied du Caucase, sur les bords de la mer Caspienne d'où il passe en Sibérie, pour atteindre les régions polaires, où il arrive en 1826,
De 1826 à 1830, il pénètre au cœur de la Russie et fait de nombreuses victimes à Moscou et à Saint-Pétersbourg.
En 1831, il passe de l'Arabie en Egypte. La même année, il apparaît en Pologne, et successivement en Autriche, en Bohême, en Hongrie et en Prusse ; arrive en Angleterre, franchit
(1) BelaJMrge et Ifoiuieret, Comfwnd. ds méd. prat.
la Manche, se montre à Calais le 15 mars et enfin atteint Paris le 6 janvier 1832. Plusieurs départements sont ravagés, mais pas tous ; des localités isolées sont épargnées.
Je n'insiste pas sur Finvasion de l'Amérique, ni du Portu* ga], de TËspagne^ de l'Italie, etc., etc., mais je me demande comment, la maladie étantce que suppose la microbie, les germes atmosphériques morbifiques ont d'abord été confinés daDS une région de la péninsule hindoustanique et, ensuite, ont mis quinze ans à atteindre la France et successivement, jusqu'en 1837, le reste de l'Europe où le choléra n'avait jamais sévi épidémiquement. Les germes pourtant, avaient pour véhicule, non seulement l'air^ mais les voyageurs, les objets transportés par eux, et les marchandises. Quand on connaît la vitesse des courants atmosphériques, tout cela est inexplicable.
V. Nos pères ont imaginé les quarantaines pour s'opposer à la propagation de pareils fléaux, et nous avons vu que l'Académie de médecine venait d'affirmer leur utilité contre l'invasion du choléra gangétique. On peut tirer de l'utilité préservatrice constaté^ des quarantaines un argument contre le système microbien.
Si des germes morbifiques avaient été primitivement déposés dans un lieu de l'atmosphère, rien ne pourrait les empocher de se disséminer au delà ; ils passeraient outre à rétablissement des quarantaines, pour aller, renforcés, porter au loin la maladie et la mort. Les quarantaines, loin d'être préservatrices, seraient nuisibles, car elles deviendraient des nids à microbes, puisque le système admet que la maladie a poiir cause la présence du microbe et sa pullulation ! En effet, si la maladie y éclatait, elles deviendraient des centres d'autant plus actifs de la multiplication des microbes et de leurs développements parasites, qu'un plus grand nombre de personnes les encombreraient, et, comme je le disais, de microbes renforcés. Or, on a pu contester l'utilité des quarantaines, mais personne n'a pu les déclarer nuisibles.
Ahl je comprends bien que M. Fauvel ne soit pas un adepte du système!
Par leur utilité démontrée, les quarantaines prouvent donc, à leur tour, la fausseté du système microbien.
J'ajoute, mais pour y revenir, que, d'après le système, une épidémie loin de s'épuiser ne devrait pas finir.
Bref, la microbie est erronée dans son principe: il n'y a pas de germes morbifiques préexistants. £n outre, les deux autres
hypothèses, qui étaient plus spécialement du ressort de Texpérimentation, savoir : la fermeture du corps et Vanalogie du contenu de ce corps avec le vin^ le moût, ou la bière, n'ont pas été vérifiées. Le système microbien ne repose donc que sur des idées préconçues ou fausses. Mais il soulève d'autres difficultés majeures dont il faut se préoccuper, car il y a des faits incontestablement démontrés qui font illusion : oui, il est cer-* tain qu'il existe des organismes microscopiques, appelés de divers noms, qui, indubitablement, peuvent communiquer la morbidité qui est en eux I Le système étant erroné, il faut trouver l'explication de ces faits et déterminer à la fois l'origine et la nature de ces organismes. C'est ce que fera la théorie du microzyme en dissipant l'ignorance qui a fait imaginer le système du P. Rircher et qui est l'excuse de ses modernes adeptes.