‹ La Théorie du Régime Mixte chez Saint-Thomas d'AquinChapitre 12 sur 46 · II. — NOS SOURCES · texte numérisé non relu

II. — NOS SOURCES

Pour résoudre la question ainsi posée, il faut, nous l'avons dit, avoir recours à l’ensemble de l’œuvre politique de saint Thomas.

__ Indiquons en quoi consiste principalement cette œuvre politique, c'est-à-dire la partie de ses œuvres formellement consacrée à des notions ou problèmes politiques. Maïs en remarquant que dans toutes les autres parties, on peut relever des passages intéressant la politique. I1 serait certainement très utile de fouiller de ce point de vue même des ouvrages essentiellement religieux comme les Commentaires sur les Evangiles, ou sur saint Paul, etc... Nous n'avons pu malheureusement nous livrer à un pareil travail, qui demanderait des années de labeur, et qui n’était évidemment pas indispensable pour le problème que nous avons à traiter.

Les ouvrages où saint Thomas traite expressément de problèmes politiques et qui ont servi de base à notre étude sont : la Somme Théologique, le De Regimine principum, les Commentaires sur la Politique d'Aristote. On peut y ajouter la lettre adressée par saint Thomas à la duchesse Alix de Brabant sur les Juifs, De regimine Judaeorum, où sont posés quelques principes intéressants.

(8) « Sed contra est quod populus Israël de pulchritudine ordinationis comimendatur Numer. XXIV, 5 : Quam pulchra sunt tabernacula tua Jacob, et tentoria tua Israël ! sed pulchritudo ordinationis populi dependet ex principibus bene institutis. Ergo per legem populus fuit circa principes bene institutus. » l | ;

LAS ÉTA

Mais l'utilisation de ces sources appelle quelques remarques :

1° Le De regimine principum n'est pas entièrement de saint Thomas. La part qui lui en revient s'arrête au Liv. If, ch. 4. La suite est sans doute de Tolémée de Lucques, ot s'écarte si visiblement de la manière et même de la pensée de saint Thomas AE nous ne saurions l'utiliser en aucune manière (9) ;

2° Les Commentaires sur la Politique d’Aristote ne sont pas non plus entièrement de saint Thomas (10), On admet que seuls les quatre premiers livres sont de sa main, mais il est fort probable que de reste a été écrit par un disciple très fidèle, sans doute d'après des notes de lui. Le style et la pensée sont identiques dans tout l'ouvrage, Aussi croyons-nous qu'il nous est permis de nous servir de ces quatre derniers livres tout en choisissant de préférence nos références dans les quatre premiers. Cela paraîtra plus légitime encore après la remarque suivante,

3° Il s’agit de savoir l'emploi que l'on peut faire, en général, des commentaires sur la Politique d’Aristote. Dans quelle mesure nous livrent-ils la pensée personnelle de saint Thomas ? Tous ceux qui ont fait appel à ces Commentaires ont eu à se poser la même question. Les réponses les plus diverses y ont été apportées :

Pour Baumann (11), ils expriment les idées propres de saint Thomas : pour Antoniades (12) celles d’Aristote seulement. Pour Crahay (13), il y a accord complet entre les deux, ou, s’il y a parfois. désaccord, saint Thomas le dit expressément, Pour Feugueray (14) enfin, qui nous paraît le plus près de la vérité, l'intérêt essentiel des Commentaires est de nous renseigner sur le lGngage politique de saint Thomas. C'est une clef pour pénétrer ses autres ouvrages politiques.

La question ne saurait être résolue d'un point de vue purement: historique. Pour la résoudre, il faut faire appel aux rapports géné-:: raux de la pensée d’Aristote et de celle de saint Thomas, et à: leur : conception respective de la Politique (15).

Pour Aristote, évidemment, la Politique est une science naturelle. Or, quelle est l'attitude de saint Thomas, théologien catholique et philosophe, vis-à-vis de la conception d’une politique naturelle ?

(9) V. sur ce point : R. P. Mandonnet : Les écrits nue de Saint Thomas d'Aquin (Rév. Thom., 1909, p. 268.)

(10) Cf. Jourdain : La Philosophie de Saint Thomas, t. I, p. 88.

pe Baumann : Die Staatslehre des heiligen Thomas von Aquino, p. ‘4-0.

(12) Antoniades : Die Staatslehre des Thomas ab Aquino, p. 5.

(13) Crahay : La Politique de Saint Thomas.

(14) Feugueray : Essai sur la doctrine politique de Saint Thomas d'Aquin, p. 18.

(15) On peut se poser la même question pour l'Ethique et lui apporter la même réponse.

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