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Üne pareille science est parfaitement légitime. La fin surnäturelle de l'homme ne détruisant pas sa fin naturelle, une Politique peut bien s'édifier en ne considérant que celle-ci. Mais elle sera évidemment insuffisante, puisque, en fait, l'homme à une fin surnaturelle, Aussi, le théologien ne saurait-il la faire sienne purement et simplement ; il devra l'étudier sous la lumière de la théologie, par rapport à la fin surnaturelle et ne conserver en définitive, que les solutions de la science politique naturelle, qui gardent toute leur vérité sous cette nouvelle lumière.
Or, en tant que Politique naturelle, il est certain que saint Thomas a considéré l’œuvre d'Aristote comme de premier ordre. Le fait seul de l'avoir si abondamment commentée en serait une preuve suffisante. À sa Métaphysique, il est resté parfaitement fidèle ; la, foule d'observations positives recueillies par Aristote lui sont apparues comme éminemment précieuses à utiliser. Bref, on peut dire que saint Thomas a fait sien dans la Politique d’Aristote tout ce que sa théologie pouvait en intégrer. Et c’est en fait une très grande partie.
Aussi ne pouvons-nous admettre ni l'opinion de Baumann, car
saint Thomas n’a évidemment pas fait sienne toute la pensée politique d’Aristote, ni celle d’Antoniades, car il en a fait sienne une grande part. « Pour nous, en conséquence des principes que nous venons de poser, nous considérons les Commentaires comme nous fournissant toutes les notions, toute la « matière » de la Politique propre de saint Thomas, quitte à en modifier les solutions, s’il y a lieu, eu égard aux principes posés dans la Somme et dans le De regimine Principum.
Ajoutons que la question spéciale que nous devons étudier est de celles où saint Thomas n’a guère eu besoin de « christianiser » la pensée d'Aristote, au moins dans ses grandes lignes (16). Aussi, pourrons-nous utiliser grandement les Commentaires.
4° A raison de ces liens très étroits entre la pensée d’Aristote et celle de saint Thomas, à raison aussi de l'attitude moins historique que doctrinale que nous adoptons pour ce travail, nous nous préoccupérons moins de déterminer la part respective d'Aristote et de saint Thomas dans les théories que nous rencontrerons, que de connaître le dernier état de la pensée « aristotélo-thomisie » à leur sujet. Et cela sera très conforme à l'attitude même de saint Thomas, qui a voulu très humblement n'être que le transformateur chrétien de la philosophie d’Aristote.
(16) Nous verrons plus loin (2 Partie, Ch. IV) en quel sens.