‹ La Théorie du Régime Mixte chez Saint-Thomas d'AquinChapitre 34 sur 46 · IT. — COMMENT S’OPERE LA COMBINAISON DES TROIS RÉGIMES COMPOSANTS · texte numérisé non relu

IT. — COMMENT S’OPERE LA COMBINAISON DES TROIS RÉGIMES COMPOSANTS

Ce n'est pas tout de poser le principe d'une combinaison entre trois formes aussi dissemblables que celles dont nous parlons. Nous

(336) V. sur ce point P. Pègues. La théorie d i i Thomas. {Rev. Thom., 1911, p. 591 et s.) RES

savons qu'il ne peut s'agir d'accoler purement et simplement des institutions empruntées à chacune de ces formes ; une combinaison est autre chose qu'une simple juxtæposition, et cela, aussi bien en Politique qu'en physique. Il faut, selon la loi de toute mixtion, que, de la combinaison de ces trois types de régimes, naisse un régime qui ait son caractère propre, qui soit formellement différent de chacun d’entre eux et qui, pourtant, possède les qualités de tous les trois.

Mais comment cela sera-t-1l possible ? les principes propres aux régimes qu'il s’agit de combiner ne sont-ils pas incompatibles ? peut-on songer à concilier des exigences aussi opposées, par exemple, que l'unité et la justice distributive, le pouvoir absolu et la liberté ? En étudiant précédemment chacun de ces principes, nous avons vu qu'ils aboutissaient logiquement et nécessairement à des régimes de fout point différents. La réponse est qu'il ne peut s'agir évidemment, en combinant ces principes, de les conserver dans leur forme absolue, dans toute leur rigueur et avec toutes leurs conséquences logiques. Aussi bien est-ce la loi de toute mixtron, tant politique que physique, de ramener les principes qu'elle combine à une certaine moyenne (médiocritas), de les tempérer les uns par les autres : « Non debent manere qualitates in toto suo vigore et cruditate, sicut sunt in elemenhis, sed temperari ad invicem (337) ». C'est donc sous cette forme tempérée que nous retrouverons dans le Régime Mixte les principes royal, aristocratique et démocratique : « Unum regimen iemperatur ex admixtione alterius (338) ».

Maïs cela ne suffit pas. Il nous faut préciser cette notion de « tempérament », voir ce qu'elle signifie en pratique. Il ne s’agit pas seulement, en effet, comme on pourrait le croire au premier abord, de rogner plus ou moins arbitrairement chacun des principes composants et de les ramener, au sens courant du mot, à la médiocrité. On n’aboutirait ainsi qu'à un vague compromis entre les régimes en question, non à une combinaison vraiment originale et supérieure. Les « tempéraments » dont nous parlons doivent être non l’idée direc trice, mais un résultat de la mixtion.

Sur quoi va donc se fonder la combinaison en question ? Sur cette observation que les diverses supériorités relevées plus haut au profit des régimes simples n'étaient vraies chacune que d’un certain point de vue, ne répondaient directement qu'à une exigence particulière du bien commun. Nous devons donc nous replacer successivement. à chacun de:ces points de vue, le délimiter exactement et nous demander dans quelle mesure tel ou tel principe s'impose de ce point de vue. Gela nous livrera les grandes lignes de la constitution du Régime Mixte.

1° Nous avons vanté la supériorité de la Royauté au point de vue de l'unité. En quoi consiste-t-elle exactement ? A coordonner les inté-

(337) Jean de Saint Thomas, loc. cit.

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