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rêts privés pour en faire jaillir l'intérêt commun ; à éviter les discussions qui s’éternisent et qui mettent obstacle à l'œuvre du gouvernement. Mais quel est le pouvoir qui permet au chef unique de jouer ce double rôle ? C’est le pouvoir de décision.
= Disons donc que le régime modèle devra comporter un pouvoir de décision unique.
20 Par contre, nous avons vu quelle était, aux yeux de saint Thomas la supériorité du pouvoir d’un groupe au point de vue de la préparation et de l'examen des affaires : « plures consiliantes super aliquo plura possunt videre quan unus (339) ». Il ne s’agit plus ici de décision, mais de compétence.
Le régime modèle devra faire appel à toutes les compétences et, pour cela, comporter une élite chargée de l'examen des affaires.
3° L’Aristocratie a encore l'avantage de mieux récompenser la valeur que les autres régimes, en répartissant les fonctions publiques suivant le mérite. De ce point de vue de la justice distributive, unité royale ou liberté démocratique poussées à leurs extrêmes limites créent une certaine injustice — soit en réservant le pouvoir à un seul, soit en permettant à tous, sans distinction, d'y accéder.
Mais la justice distributive exige-t-elle nécessairement que foutes les fonctions soient rigoureusement proportionnelles au mérite ? L'existence d’une fonction royale, recrutée du reste selon la valeur, mais de soi non partageable, et dont le titulaire ne sera pas toujours si éminent qu'il justifie pareille différence — l'existence de cette fonction royale serait, sans doute, contradictoire avec une application très stricte de la justice distributive; mais, si l’on songe que la justice distributive n’est en somme que secondaire par rapport à la justice générale, qu’elle se réfère à l’aspect honorifique du pouvoir qui ne peut nous faire oublier son caractère primordial de fonction, on concluera avec nous que cette exigence de l’Aristocratie sera suffisamment respectée si tous les postes, y compris le plus élevé, sont recrutés selon la valeur et tous en dehors du plus élevé, répartis suivant une rigoureuse égalité proportionnelle.
4° Quant au principe démocratique, sa supériorité est, nous l'avons vu, essentiellement d'ordre psychologique. La liberté politique n’est pas, aux yeux de sainf Thomas, un droit absolu pour tous mais elle est pratiquement souhaitable pour l’ensemble du peuple, parce qu’elle constitue pour lui une satisfaction, un ferment de patriotisme et une attache avec le régime. Les termes mêmes du texte sur le Régime Mixte attestent que c'est bien en ce sens que saint Thomas l’envisage ici : « Per hoc enim consevatur pax populi, et omnes talem ordinationem. amant et custodiunt. »
. Mais quel est le degré de liberté nécessaire pour répondre à cette exigence ? nous avons vu précédemment qu’il y a toute une gamme de libertés, depuis la simple liberté du sujet, qui consiste à être
(339). Pol. III, x1v, $ 6.
commandé en homme intelligent et conduit à sa vraie fin, jusqu'à celle du citoyen-prince, qui comporte une participation au pouvoir, même le plus élevé. Entre les deux se situe ce que nous avons appelé la liberté commune, qui consiste à avoir quelque part au gouvernement sans cependant pouvoir y participer complètement et s'élever aux plus hautes fonctions.
Or, que recherche-t-on ici ? wne liberté telle qu'elle donne au peuple la conscience d'être l'un des rouages du gouvernement et crée par là un état de satisfaction générale. Cela n'implique par forcément une liberté absolue, telle que la concoit la Démocratie à l’état pur, mais seulement une « liberté commune », dont la mesure et les modalités resteront d'ailleurs à préciser. Or, seule la liberté absolue serait incompatible avec l'existence d'un pouvoir royal et une élite recrutée par le mérite. Ici encore disparaît l’antimonie qui semblait, au preinier abord irréductible entre le principe démocratique et le principe aristocratique ou royal.
5° On voit en même temps que la liberté ainsi conçue et délimi- 4ée, ne suppose plus un régime essentiellement orienté à la liberté, comme la Démocratie, et se concilie donc très facilement avec l’orientation à la vertu qui est celle de la Royauté et de l’Aristocratie, et qui doit être aussi, de toute évidence, celle du Régime modèle.
On voit, par ces quelques indications, quelles sont les bases sur lesquelles pourra s'opérer la combinaison de ces trois régimes à première vue incompatibles, et quelles seront les grandes lignes du Régime Mixte. Saint Thomas résume tout cela en disant : « Tel est tout régime qui combine bien la Royauté — en tant qu’un seul commande — l’Aristocratie — en tant que plusieurs sont au pouvoir à raison de leur vertu — et la Démocratie — en tant que les gouvernants peuvent être choisis parmi le peuple et par lui. » L'unité, la justice distributive, la liberté, sont bien là dans leurs exigences essentielles, et pourtant on ne peut dire que le régime: ainsi obtenu soit purement et simpiement une Royauté, une Aristocratie ou une Démocratie. Ce sont bien là les conditions de réalisation d’un régime mixte.
Mais ce ne sont encore là que les lignes très générales de la constitution du Régime Mixte. Il serait intéressant de pénétrer plus avant dans le détail même de sa composition, Mais il nous faut, dès l’abord, renoncer à une trop grande précision. Elle serait d’ailleurs contraire aux intentions mêmes de saint Thomas qui n’a voulu dresser qu’an plan très général du régime modèle.