‹ La théorie platonicienne de l'amourChapitre 42 sur 69 · LA DÉMONOLOGIE PLATONICIENNE · texte numérisé non relu

LA DÉMONOLOGIE PLATONICIENNE

tloctrinc dans la pliildsopliic de IMahin, il t'sl du moins inroiiU'staMc (lu'clli' est i-htv. lui Irrs sri'icusc cl (lu'cllc so inaiulitMil, [jrcsquo sans clian^^iMnoul, des i)i-oiniiM's aux derniers dialofcm's. I)";iprès {'Apologie, les dénions, enfants bâtards que les dieux ont eus de nymphes, y; è'x Ttvwv aXXwv (27 C-E), sont bien des êtres intermédiaires entre les immortels et les mortels. Dans le Gorgias, il n'est pas question, à proprtMnent parler, des d/'uions ; mais IMaton y attribue à l'homme sag-e el teuqiiM'anl un rùle analogue à eelui qu'il donne aux démons dans K» Uotujuct, et presque dans les mêmes termes : seul il peut être ami des hommes et des dieux, parce que seul il participe des uns et des autres; le ciel et la terre, poursuit Soerate, les dieux et les hommes sont, au dire des sages, mis en communication par l'amitié, par l'ordre (y.oc- •xidTf,;), par la tempérance (^wçpoauv/;) et par la justice, et c'est pour cela que l'Univers a reçu d'eux le nom d'Ordre des choses ou de Cosmos (507 E-508 A; comp. Théét. 173 E- 174 A). Ainsi la vertu est un principe de synthèse et d'harmonie analogue au principe ordonnateur qui unit et harmonise les éléments de l'Univers. Le rapprochement, qui s'impose, de la conception des démons et des facultés démoniaques dans le Banquet avec ce passage du Gorgias semble en partie confirmé par le Cratijle-, car Platon y rattache le mot {( démon » à l'étymologie oar(;j.a)v : l'homme sage est vraiment démon pendant sa vie et après sa mort (398 BG) .

Les démons tiennent une grande place dans les expositions eschatologiques du Phédon : chacun de nous, pendant sa vie, est conduit par un démon, et, lorsque la vie est terminée, c'est ce démon qui mène l'âme au lieu où l'on juge les morts; un autre la ramène dans cette vie, après qu'elle a fait son temps dans les enfers (107 D-108B, 113 D). Le même point de vue reparaît dans le X'' livre de la République. Au moment de recommencer leur nouvelle existence terrestre, les âmes sont appelées à choisir elles-mêmes leur démon, qui, après

leur doctrine des démons, que suivre " les anciens tliéologiens " (De Is. et Osir. 25, p. 360 E).

les avoir guidées dans les opérations qui précèdent le retour, les accompagne ensuite sur la terre (X, 617 E, 620 D-621 B). Mais nous retrouvons également dans la République lassimilation de Fhomme sage, vertueux, vaillant, avec les démons, dont il mérite les honneurs après la mort (V, 468 E- 469 B; VIT, 540 BC).

^ § 121. — Avec le Timée, les indications précédentes paraissent s'éclairer d'un jour tout nouveau et la démonologie se coordonne d'une façon précise aux idées essentielles de la philosophie platonicienne. Si l'homme sage est démon, ou tout au moins démoniaque, cela tient sans doute à la prédominance en lui de lame raisonnahle; car cette sorte d'âme, la seule parfaite, la seule qui soit, en somme, véritahlement âme. Dieu nous l'a donnée comme un démon ; elle réside aii sommet du corps, et, grâce à sa parenté avec le ciel, elle nous élève au-dessus de la terre comme une plante, non pas terrestre, mais céleste. Celui qui, appliquant son esprit à la recherche de la vérité, donne tous ses soins à la partie divine de lui-même et honore de son culte le démon qui habite en lui et avec lui, celui-là participe à l'immortalité dans la mesure où cela est possible à la nature humaine (90 A-C). Quant aux dieux créés, aux dieux fils de dieux, à ces dieux qui, sans être immortels ni indissolubles, ne souffriront cependant ni la dissolution ni la mort (41 AB), ne ressemblent-ils pas euxmêmes d'une façon surprenante à des démons ? Sans doute Platon les appelle expressément des dieux. Mais il n'en est pas moins vrai qu'ils servent, tout comme les démons, de lien entre le Dieu suprême, le Démiurge, et les mortels : ils ont une nature synthétique et constituent des intermédiaires indispensables. C'est à eux en effet qu'est confiée la mission de créer des hommes, parce que, si le Démiurge s'en chargeait lui-même, il créerait en réalité d'autres dieux (41 C). Or, d'un autre côté, la partie démoniaque de notre nature, ce n'est pas par ces dieux qu'elle a été faite : leur père s'est réservé de la préparer et ensuite de la semer ; il la leur donne donc toute faite (41 B-D; cf. 90 A : wç apa aùxo oai'jxova ôeoç IxâuTip [yjixwvJ oéâwxe). Ces dieux inférieurs ont un corps et une âme

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(AS K /i/i]^'\ Ils |),ir;iissi'iil vive les diiuix des astres ou, du nu)iiis, ceux des ('loilcs Jixcs (40 AB). C'est en efîct, semblct-il, dans les étoiles fixes que le reste des éléments de Tàine du nioiule. une fois mélangé par le Démiurge, a été déposé par lui, pour être seuié ensuite d;ins les |»lanètes, instruments du temi)s. alin de donner enfin la vie au plus religieux des êtres animés (41 \)-\l l)E)'^*. Ces dieux inf('i'ieurs ont pour fonction de recevoir après la mort cette portion de l'àme dont le Démiurge s'est réservé la constitution (41 D), et, de même, il promet, pour les âmes des justes, un retour à l'astre qui leur est propre (42 B). Or c'est à ces dieux créés qui, dans leur corps astral, ont reçAi les âmes humaines créées par leur propre créateur et qui les recevront de nouveau après la mort, c'est à eux qu'il appartient, d'abord, de joindre à ces âmes des corps mortels et de leur donner tous les compléments qui doivent résulter pour elles de cette union (comp. 41 D [fin du ch. 13] avec 42 A et D [s. fin.] ; cf. 43 A et 69 BC) ; mais leur tâche ne s'arrête pas là, elle consiste encore à pourvoir aux hesoins des êtres mortels, à les guider et à les gouverner (apy.^'"' ••• B'.ax.u6£pvav 42 E). N'est-ce donc f)as là, en définitive, la fonction propre des démons?

§ 122. — Il semble toutefois que le Politique abandonne cette idée, dont nous venons de suivre le progrès jusqu'au Timée, d'une sorte de communication, constamment assurée par des intermédiaires, du divin avec l'humain. Nous y voyons en effet non seulement que, sous le règne de Cronos, les démons étaient les pasteurs et les nourriciers des espèces animales et Dieu lui-même celui des hommes (271 DE; cf. aussi Tim. 23 CD, 24 D, 26 D; Critias 109 B sqq.), mais que, dans un état contraire à celui-là et dont notre état actuel est l'image, les hommes n'ont à compter que sur eux-mêmes pour se gouverner et pour se protéger (274 B-D). Il serait superflu d'aborder à ce sujet la question délicate de savoir s'il convient

153. Sur les âmes des Astres, cf. Lois, X, 897 C, 898 G-899 D; XII, 967 AB, DE,

154. Cf. sur tout ceci Zeller 819, 2, qui me paraît avoir raison contre Martin II, 151.

d'expliquer cette différence en supposant, comme on le fait d'ordinaire, que le Politique est antérieur au Timée. On remarquera seulement que, la doctrine du Timée étant le développement naturel des doctrines antérieures, l'abandon de cette doctrine, avant ou après le Timée, ne serait pas moins surprenant. D'autre part, les Lois, comme nous allons le voir, nous ramènent à la doctrine du Timée, sans renoncer cependant, pour l'essentiel, à celle du Politique^^^.

En effet, de ce que la protection, en quelque sorte spécifique, exercée sur les hommes par les dieux a disparu, il ne s'ensuit pas que toute providence particulière de la part des démons ait été abolie, ni qu'elle soit devenue impossible. Or tel est précisément le point de vue des lozs. Nous y voyons en effet que, sous le règne de Cronos, les cités des hommes (suivant le Politique 271 E, elles n'existaient pas alors) étaient administrées par des démons. D'autre part, si maintenant il n'en est plus ainsi, du moins faut-il s'efforcer d'imiter de toute manière ce qui se passait sous le règne de Cronos, et, « obéissant, dans notre conduite publique et privée, à ce qu'il y a en nous d'immortel, d'administrer nos maisons et nos cités en donnant le nom de loi à ce qui est le lot de la Raison. » (IV, 713 C-714 A) La conciliation de la doctrine du Politique avec celle de Timée est manifeste : la croyance aux démons n'est donc pas abandonnée. D'autres exemples le prouvent. Platon veut-il montrer implicitement que la science des nombres est le moyen de lier l'opinion à la Dialectique, c'est-à-dire les hommes aux dieux (V, 747 B; VII,

155. L'exposition du Politique est, en ce qui concerne la question qui nous occupe, assez flottante. C'est, dit d'abord Platon (271 E), Dieu luimême qui est le pasteur des hommes; les démons sont ceux des animaux Mais un peu plus bas (274 B) le pasteur des premiers hommes est appelé démon; puis (274 D) ce n'est plus d'un démon qu'il est question, comme tout à rheure, ni du Dieu suprême, comme auparavant, mais d'une pluralité de dieux (xb (xèv âx ^loi^). Au surplus, il y a toujours ceci de commun entre le Timée et le Politique, c'est que l'espèce humaine, dans son ensemble et comparativement aux autres espèces animales, est essentiellement dans un rapport plus direct et plus immédiat avec ce qu'il y a de plus haut dans la divinité.

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