LA DÉMONOLOCIK 1>LAT0NIC1ENNE
SJI AI), CD ; S'I'l I U'j".' Il iv\|tiim<' ('('Ile pcnsiM' cinlisaiil {|ii'()n lie pciil (Mit, aux yeux des li(iiilliirs, im rlic dixiii, ou un (It'num, nu un Iu'I'ds, (|u'à la coudilioii de pos.si'dci' celle sriiMicc i\ II, 8IS nC). La croyance à des dénions prolecleurs de clia(|iif honinie apparaît dans les Lois comme dans le Phédon (IX.877 A; V, 730 A, 7i7 E; X, Oon A ; XI, 914 H). Enfin le fait ({ue Platon priMid soin de délermincr les honneurs qu'il convient de rendre aux démons (IV, 717 H; \'II, 71M) A, 801 E; \III, 848 D); qivil veut attribuer un démon particulier à chaque classe de citoyens (V, 738 D; VI, 771 D) — implique qu'il n'a pas renoncé à sa doctrine des démons médiateurs.
Si, à vrai dire, le Phèdre, que nous avons cru pouvoir considérer comme un des derniers dialogues, ne fait aucune place à cette notion, ce n'est qu'une apparence, comme nous le verrons plus tard en reprenant, d'après le Phèdre, la théorie de l'Ame (§ 127 et § 128 «. med.). Ces démons qui suivent les dieux dans la révolution qu'ils accomplissent autour du Ciel et dans la région supra céleste (246 E-247 A) pourraient bien n'être en efïet que les conducteurs de nos âmes et peut-être celles de nos âmes elles-mêmes, qui ont le mieux réussi à marcher sur la trace des dieux et qui ont eu le plus complètement et le plus longtemps la jouissance du spectacle des Idées, Ainsi le Phèdre serait l'expression la plus profonde de la démonologie platonicienne; mais nous ne serons en état de le prouver, qu'après avoir étudié, ce que nous allons faire tout à l'heure, la théorie de l'Ame.
§ 123. — En résumé la théorie des démons médiateurs ne semble pas être pour Platon un pur symbole, mais l'expression d'une croyance positive. Il suffirait, pour le prouver, de l'importance prise dans la suite par cette conception, tant chez les successeurs immédiats de Platon, comme Xénocrate et Philippe d'Oponte, l'auteur probable de VEpinomis, que dans l'École sto'icienne, ou chez des platoniciens pythagorisants et éclectiques, tels que Plutarque, Maxime de Tyr et Apulée, ou enfin chez les Néoplatoniciens purs. Au reste, cette croyance, chez Platon, est intimement liée aux exigences
g'énérales de son système. Entre le monde d'ici-bas et le monde snpériem', quel qu'en soit le nom : régions habitées par les ^ieux, ciel peuplé par des astres qui sont eux-mêmes divins, ou plutôt encore monde supra-céleste des pures Idées, entre ces deux sphères Platon a besoin d'intermédiaires, afin qu'elles ne demeurent pas isolées l'une de l'autre et que l'inférieure puisse participer de la supérieure, sans que la pureté de celle-ci en reçoive néanmoins aucune altération. Mais ces intermédiaires, il faut qu'ils soient assez nombreux pour que la relation des deux mondes puisse être assurée jusque dans les détails, autant du moins que le permettra la constitution même du monde d'ici-bas, réfractaire par nature à la stabilité et à l'ordre. Ces intermédiaires, ces moyens-termes de la relation, ce sont les démons ; ils assurent à toute chose dépendante la réalisation de sa fin essentielle, pour autant qu'elle n'y résiste pas. L'Amour est au nombre de ces médiateurs. L'Amour, qui unit les êtres, établit une communion entre la terre et le ciel. Il est une relation perpétuellement mouvante entre le Non-Ètre et l'Être. Cependant le Non-Être qui subsiste en lui est un non-être relatif, dans le dénuement duquel il y a du désir et une aspiration vers l'Être. A l'être qui lui a donné la vie, il manque, à vrai dire, la possession calme et durable; mais ce qui lui appartient tout au moins, c'est l'ingéniosité qui peut procurer les joies, sans cesse renouvelées, de l'acquisition éphémère du bon, de ce bon qui s'est oiîert à lui avec le charme de la beauté.
§ 124. — Or cette fonction médiatrice que Platon attribue à l'Amour est aussi celle qu'il donne à l'Ame, de la façon la plus expressive, dans le mythe du Phèdre. Il faut remarquer tout d'abord que c'est à propos du délire de l'Amour que Platon, avec une brusquerie bien faite pour éveiller notre attention sur le rapport intime de ces deux choses, introduit son exposition sur les propriétés et les fonctions de l'Ame (245 G). En second lieu la forme du mythe, avec les comparaisons qu'elle admet (246 A), est employée pour parler de l'Ame comme elle l'a été, dans le Banquet, pour parler de