‹ La théorie platonicienne de l'amourChapitre 44 sur 69 · LA FONCTION MIIDIATIUCR I)K I/AME · texte numérisé non relu

LA FONCTION MIIDIATIUCR I)K I/AME

r Amour. (h\ d'jiiui's l'cxposilioii du Phèdre, la iialurt' do l'Amt' est csstMdicdlt'iiKMil s\ Mlli(''li(|ii(\ eu ce sens d'ahord (|iio touti' àmc l'sl litM' ;ï un corps vivaiil, puis en cet îiiitre ipie toulo àiMo est conipostk; d'éléments hétérogènes. P]n cIlVl, |)our('t' qui conreriie le pirmiei- point, tout ce qui s(^ uuuit sans rt'ct'voii' son niouvemenl du dehors, le Ciel et le inonde enlicr de la (l('Mi('M'alioi), lien! son mouvement de l'Ame, .qui est ce qui se uumiI soi inènu; (245 C-246 A). L'Ame semble donc inséparable de ce quelle a pour fonction de mouvoir, étant elle-même automotrice. iVussi les immortels sont-ils dt'linis, autan! du moins (pi'une telle définition est possible, des vivants im[)érissal)les. qui ont une âme et aussi un corps, mais unis lun à l'autre de toute éternité (240 CD). De plus, il iwus est affirmé avec précision que TAme, prise dans sa totalité, exerce sur la totalité de ce qui est sans âme une action tutélaire (-a^a r, &jyjri r.x^noq èr.'.\).=\v:-x: tou à(]^u)ro'j), ce qui signifie sans doute que au corps de l'Univers est liée nécessairement une âme de l'Univers, qui administre ce corps : elle parcourt, ajoute Platon, le ciel tout entier, prenant différentes formes; mais elle ne peut remplir ces fonctions ordonnatrices, par lesquelles se constitue le Cosmos, qu'à la condition d'être parfaite (240 BC). Est-ce à dire que cette perfection soit synonyme de simplicité absolue et exclusive de toute composition? Non; l'âme même des dieux est un attelage double, avec son cocher. Mais, tandis que, pour les âmes des immortels, la constitution des chevaux et du cocher est excellente et faite d'éléments excellents, pour les autres âmes elle est mélangée : les deux chevaux ne se ressemblent pas; l'un est bon en lui-même et dans ses éléments; c'est le contraire pour l'autre (240 AB; cf. 253 C-E). De même, le l^if7iée nous montre, on le sait, l'âme du monde comme une âme composée (34 C-30 D); le monde est un animal, modelé lui-même sur l'Animal-en-soi (30 D, 34 C, 37 CD) et la totalité du corporel (-av to aiù\ixT:Qz<Mq) est logée au sein même de l'Ame (30 DE). Toutefois ce sont là des rapprochements qui, j'en conviens, prêtent à contestation et auxquels il faudra consacrer plus tard (§ 138) une discussion spéciale.

§ 125. — Ail reste, dira-ton, on prouve peut-être de la sorte que la nature de l'Ame est synthétique, comme est celle de l'Amour; on ne prouve pas que l'âme soit quelque chose d'intermédiaire entre la sphère supra-sensible et la sphère sensible, comme sont justement les démons et, par conséquent, l'Amour lui-même, puisque c'est un démon. En effet, d'après l'exposition du Phèdre, l'àme mortelle et l'âme immortelle ne diffèrent, en quelque sorte, que par leur siège; elles ont même constitution. Donc, soit qu'on envisage le temps où les âmes des dieux et les nôtres vivaient d'une même vie, soit qu'on s'en tienne à l'état actuel dans lequel elles sont séparées, dans un cas comme dans l'autre, nous nous trouvons en présence de deux sphères entièrement distinctes et les âmes n'ont pas pour office de les réunir, mais elles habitent l'une, ou l'autre. C'est au contraire la fonction propre des démons de combler l'intervalle des deux sphères et d'établir un commerce entre les âmes divines et les âmes humaines {Ba?iq. 202 E sq.); ils seraient inutiles, si des âmes pouvaient remplir le même rôle.

55 126. — Assurément, les âmes divines n'ont pas à quitter pour venir vers nous la béatitude dont elles jouissent; rien n'est plus exact. Quand les dons de la grâce, si l'on peut appeler ainsi la Oet'a [jLoïpa du Ménon (99 B à la fin ; Phèdre 245 C; cf. § 136 et § 157) viennent favoriser un mortel et qu'il est en proie à quelqu'une des formes du délire (ôeîa [xavi'a) dont il est question dans le VhMre (244 A-245 B; cf. 2G5 AB), il faut bien comprendre ce qui se passe : ce n'est pas le dieu qui descend dans le mortel, de telle sorte que la chute d'un dieu serait, pour ainsi dire, la condition de l'ascension d'un mortel ; les dieux se diminueraient en venant habiter, fût-ce temporairement, en nous. Mais ils ignorent l'envie {Tim. 29 E, cf. 71 D ; Phèdre 247 A) ; ils ne refusent donc pas de faire part à quelques-uns d'entre nous, et à certains moments de notre vie, d'une sagesse surn;iturelle. Le Phèdre est, à cet égard, très explicite : c'est vraiment un don '^^ et, s'il y est

156. Voir 244 A: otà [jiav(«;, Ôeîa... ôôaei ôt6o(j.évyii; — 244 C : OeÎoc [AOt'pot — '

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