‹ La théorie platonicienne de l'amourChapitre 47 sur 69 · L'AMK RAISONNABLE EST UN DÉMON · texte numérisé non relu

L'AMK RAISONNABLE EST UN DÉMON

1)2 I^). Mais nos àmos sont des ilôf^radalioiis de ràmc universelle : II' nuMang'e esl le rniMnc, mais il n'a j»as la mC'mc pui'elé('il h), el. (jnels que soient les elToils des dieux inférieurs pour sauvef^arder ce prinei|)e divin que leur a conllé leur père (('»!) !)), il est très certain que nos àmcs reproduiront dune façon plus infidèle le modèle qui a servi au Démiurge. La doetrine du Phèdre n'est en somme qu'une autre expression de eelle-ei. Déjà nous avons eu plus d'un*; fois l'occasion d(^ rappeler comment, dans ce dialogue, Platon nous montre les âmes des dieux s'élevant jusqu'au sommet de la voûte céleste, puis passant de l'autre côté et s'arrêtant enfin sur le dos de cette voûte. La révolution du ciel entier les emporte alors et elles contemplent les choses qui sont en dehors du ciel. Dans ce lieu supra-céleste, domaine de la science vérit;d)le, est la Réalité sans couleur, sans forme, intangible et (pii pourtant existe véritablement, bien dilïérente de l'être soumis au Devenir et auquel ne convient qu'une connaissance changeante. Au nombre de ces réalités absolues, le Phèdre nomme, nous le savons, la Justice en soi, la Tempérance en soi, la Science, la Beauté (247 BC, 250 BGD). Or c'est à l'Intellect seul, on Fa vu (§ 128, s. med.), qu'il appartient, même dans les âmes divines, de jouir de cette contemplation (247 G), à laquelle ce qui est dieu doit lui-même sa divinité (249 G). En somme le rapport des dieux aux Idées ressemble fort à celui du Démiurge à ses modèles : de part et d'autre, elles apparaissent comme les objets d'une contemplation de l'Intelligence. Pareillement le Phèdre nous donne lui aussi une explication de la dégradation de nos âmes par rapport à cette contemplation. Toutes les âmes n'ont pas également réussi à la réaliser. Gelles qui ressemblent le plus aux dieux élèvent la tête de leur cocher vers la région qui est en dehors du ciel ; mais celui-ci a de la peine à maintenir son attelage : il y a des réalités qu'il aperçoit, d'autres qu'il n'aperçoit pas (248 AB, 249 G). Le Phèdre est très explicite à cet égard : toutes les âmes n'ont pas contemplé le même nombre d'Idées et elles ne les ont pas toutes contemplées pendant le même temps; quelques-unes, sans doute, n'ont même rien vu du

tout {loc. cit. et 248 D, 250 A, 251 A). Cependant, de même que nos âmes, selon le Timée, sont, au même titre que l'âme universelle, des images des Idées, de même le Phèdre admet que toute âme d'homme a nécessairement et par nature vu la Vérité : sans cela elle ne se serait pas passée dans un corps d'homme (249 B, E; cf. 248 CD). Ce qui prouve clairement en outre que la contemplation dont il est ici question est hien la contemplation par l'Intellect de ce que nous nommons proprement Idée, au sens platonicien traditionnel de ce mot, c'est que, aussitôt après avoir parlé de la vision de la Vérité, Platon précise que la connaissance humaine doit en effet se faire selon ce qu'on nomme etâoç, c'est-à-dire qu'elle doit être capable de saisir dans l'unité de la pensée ce qui se dégage de la multiplicité des sensations, et il ajoute que cette façon de connaître est une réminiscence des réalités supérieures ^^^, que notre âme a vues lorsqu'elle accompagnait les dieux dans leurs évolutions et qu'elle regardait de haut {{jizepihoïxja) ce que nous appelons aujourd'hui des êtres (249 BC).

Ainsi l'âme raisonnable, d'une part, a de l'affinité avec les dieux ; elle est de leur famille, et, d'autre part, elle est constituée de façon à connaître les Idées.

§ 130. — Mais, en même temps que cette âme participe ainsi à la vie des dieux et à l'immutabilité des réalités absolues, elle est aussi, nous le savons, liée à la condition d'un être soumis au devenir et à la mort. On a déjà vu comment le Phèdre explique la chute de l'Ame dans le sensible. L'opposition de ces deiix états de notre âme n'y est nulle part mieux marquée que dans ce passage où Platon compare notre pureté primitive, alors que, dans l'intégrité de notre nature, nous contemplions la splendeur des pures réalités, avec notre déchéance actuelle, enfermés dans le sépulcre du corps comme l'huître dans sa coquille (250 BC). Le Timée est encore plus explicite. Il met parfaitement en lumière cette association des éléments mortels avec la partie immortelhî do l'Ame : nous voyons en elïet le Démiurge charger les dieux inférieurs

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