L'AME RAISONNABLE EST UN DÉMON
d'ajoul(M' à son (i'u\ ic propre ce par quoi des êtres, pourvus (l'un priiu'ipr iinmorlrl et divin, seront copondant des ;uiiluaiix moilcls ('il (.1), \'l A); puis nous assistons au travail des (lieux inférieurs l'aronnanl le corps niorlcl, i'aronnant une ànie inorlelle et la séparant de l'àine innnortelle afin de ne pas souiller eelle-ei, la divisant enfin en deux, alin de séparer l'une de l'autre la partie nu'illeure et la partie pire de cette àme mortelle ((il) C-71 1), 72 D).
Jj 131. — Nous trouvons donc en résumé dans la partie supérieure et vraiment essentielle de l'Ame la caractéristique de la nature des démons. Elle est intermédiaire entre l'immortel et le mortel ; comme elle unit en elle une double nature, tenant à l'immortel par son origine, au mortel par sa chute, elle peut s'élever au-dessus de la vie terrestre et se rapprocher, par la réminiscence, de son divin séjour. Elle efTectue donc, comme un démon, la liaison du Sensible et de l'Intelligible. Sans prétendre que les âmes raisonnables soient, pour Platon, les seuls démons, on peut assurer, je crois, que toute sa démonologie le conduit à la doctrine qui s'affirme si nettement dans le Timée, que le Phèdre ne dément pas, bien au contraire, et qui subsiste avec des changements et des additions dans les philosophies postérieures ^^^.
164. Xénocrate, qui, tout en gardant l'idée platonicienne de démons médiateurs, s'en écarte cependant en distinguant, comme on sait, de bons et de mauvais démons, a continué, au témoignage d'ÂRisTOTE (Top. II, 6, 112 a, 37 sq. ; cf. Zeller II, 1', 1023, 3, 4), de considérer, avec son maître, l'àme vertueuse et sage comme le démon de chacun de nous. Parmi les Stoïciens, Posidonius (Sextds Empir. adv. Math. IX, 71) considérait de même les âmes, en tant qu'immortelles, c'est-à-dire les âmes raisonnables, comme n'étant pas autre chose que les démons. Enfin une conception analogue de l'Ame me paraît avoir été dans la pensée de Plutarque, lorsqu'il nous conte, comme un mythe capable de nous faire toucher la vérité, ce que vit Timarquc de Ghéronée, quand il descendit dans l'antre de Trophonius (De Gen. Socr. 21 sqq., p. 589; 22,591 sqq. ; cf. 20, 589 G); voir aussi De Pyth. orac. 21, p. 404, et De An. procr. in Tim. 27, 7, p. 1026, où l'enthousiasme prophétique et l'enthousiasme de l'Amour sont considérés comme le résultat de l'union de la nature immortelle à notre nature mortelle. — Quant à Plotin, il distingue, on le sait, les démons
§ 132. — Il faut convenir toutefois que cette théorie qui fait du Nous un démon et qui tend ainsi à lier l'Amour à l'Ame proprement dite, suscite quelques difficultés.
Tout d'abord, pour que l'âme raisonnable pût être appelée véritablement un démon, il faudrait, semble-t-il, qu'elle fût capable, dans le temps môme où son essence divine se trouve unie à un corps, de sortir de ce corps pour retourner temporairement vers le séjour divin d'où elle est issue. Or, dans le Phèdre, Platon déclare de la façon la plus précise que les âmes, même quand elles ont pratiqué l'amour philosophique, ne recouvrent leurs ailes qu'après avoir achevé leur existence mortelle (256 B, cf. D). Bien plus, nous voyons ailleurs (249 A) que l'Ame doit avoir opté trois fois de suite, à mille ans d'intervalle, pour ce genre de vie où l'amour s'unit à la philosophie, pour qu'elle ait le droit de reprendre ses ailes et de revenir auprès des dieux. De même, d'après le Timée, il semble bien que le retour des âmes à l'astre dont elles sont originaires (42 B, CD) ne puisse avoir lieu qu'après la mort. Au surplus, quand l'Ame est envisagée dans -son existence corporelle, Platon ne nous dit pas qu'elle s'envole, mais qu'elle tend à s'envoler et qu'elle en est impatiente (251 B-D)
qui sont des puissances de l'Ame universelle, par lesquelles elle administre le Tout pour le bien général [Enn. III v, 6 s. med.), et ceux qui sont des puissances de notre âme (iftiJ. iv, 3 in.). Mais Plotin admet une hiérarchie des démons : car notre démon particulier est toujours la puissance immédialement supérieure à celle que nous exerçons et cette puissance préside à notre vie sans agir elle-même; si nous vivons de la vie sensitive, nous avons pour démon la Raison (to Xoyixôv) ; si nous vivons de la vie rationnelle, notre démon, c'est l'Intelligence (voO?) (iv, 3; cf. III V, 7 5. med.). C'est le cas pour l'homme vertueux : celui-ci est donc un démon, ou vit selon un démon; il en est ainsi en effet quand le principe directeur de sa conduite est une puissance supérieure encore à l'Intelligence, à savoir le Bien lui-même, et ce démon alors est véritablement un dieu (iv, 6 début). Tous les démons qui sont ainsi des puissances de notre âme sont des Amours, qui résultent du désir qu'a l'Ame du bien et du beau ; tous les Amours conformes à la nature et qui ne sont pas pervertis sont donc, en somme, des démons essentiels à l'Ame (III v, 6, 7). Mais l'Amour qui mène l'Ame vers le Bien, de même que le démon qui dirige celte âme, n'est pas véritablement démon, mais dieu (v, 4 fin).