OBJECTION DE I,.\ PRÉDESTINATION DES AMES
il y est (jucsiioli du désir de riminortalilé, naturel î\ l'hiimanilé el (|iii si> inanifoste par \c désir de la ^'•loire, mais aussi do la ^éiiériiliou. comino inovoii do salisl'airo ce désir (IV, 721 BC; il'. \ I. 7715 E). D'autro i)art, nous l'avons déjà \n{^ 122), après avoir repris, à peu de chose près, les vues du Politique sur le rè^ne de Cronos, Platon nous indique la possibilité de le rétablir, niènie dans notre état actuel, en obéissant à ce qu'il y a en nous d'iumiortel (IV, 7I3E-714A).
Bref nous avons bien en nous-mêmes le moyen de réaliser l'union de notre condition mortelle avec l'immortalité, que possède essentiellement, et que ne peut perdre, la partie raisonnable de l'Ame, celle en qui se réalise, dans sa pureté, la nature propre de cette substance.
§ 134. — Une seconde difliculté est relative à la condition même des âmes. Toute âme humaine, dira-t-on, est raisonnable. Si, d'autre part, toute âme raisonnable est un démon et précisément en tant que capable de reprendre contact avec l'Intelligible, on s'explique mal que Platon n'accorde pas également à toutes les âmes humaines un privilège qui, leur appartenant par nature, ne semble pas comporter de degré. On comprend, à la rigueur, si on s'en rapporte aux expositions du Timée, que toutes les âmes ne soient 'pas des âmes humaines; ce n'est pas en effet pour toutes les âmes, mais seulement pour les âmes destinées à animer le plus religieux des êtres vivants (41 E), celui qui est fait pour partager le nom des immortels (41 C), que le Démiurge a fait un nouveau mélange des éléments de l'âme du monde. La conséquence en est, comme le dit le Phèdre, que toutes les âmes ne voient pas la Vérité et que celles-là seules qui l'ont vue animent des corps d'hommes (249 B, E; cf. 248 A, C, D). Mais pourquoi, encore une fois, toutes les âmes humaines ne sont-elles pas pareillement traitées? Pourquoi les unes voient-elles un plus grand nombre, d'autres un moins grand nombre des réalités absolues (248 AB, D, 249 C, 250 A, 251 A)? Or c'est précisément d'après ces différences que s'établit entre les âmes une hiérarchie des incarnations. Celle qui a vu le plus grand nombre d'Idées anime le corps d'un homme qui aimera la
sagesse ou la beauté, qui aura le culte des Muses (c'est-à-dire sans doute de la philosophie) et de FAmour. Viennent ensuite l'âme d'un roi respectueux des lois ou puissant à la guerre, puis d'un politique ou d'un administrateur; les deux places suivantes appartiennent aux devins ou aux initiateurs (à ceux sans doute qui n'ont qu'une routine professionnelle, dépourvue de toute philosophie), aux poètes et aux imitateurs en général (voir § 93, p. 84), les trois derniers rangs sont ceux des artisans et des laboureurs, des sophistes et de tous les flatteurs, enfin des tyrans (248 D-E). Que signifierait cette hiérarchie prédéterminée des âmes, cet ordre des élus et des réprouvés, si toutes les âmes humaines, comme telles, participent au divin ?
§ 135. — Il ne semble pas cependant que cette prédestination soit incompatible avec l'assimilation aux démons de la partie raisonnable de l'iVme. Qu'importe en effet qu'il y ait une prédestination si, d'une part, cette prédestination n'est pas définitive, et que, d'autre part, elle puisse être momentanément suspendue par la Mix [xo^pa? Si en effet toute âme n'est pas actuellement démon par sa partie raisonnable et se trouve ainsi incapable de communiquer avec le divin, elle peut, du moins, grâce à une faveur spéciale, en devenir capable accidentellement. De plus, dans de nouvelles périodes d'existence, elle peut être l'objet d'une prédestination nouvelle.
On sait ce que sont la ôeia [xoîpx et la Oeia [xavia : par elles nous devenons capables de faire des inventions dont nous serions complètement incapables dans notre état normal; elles nous élèvent en quelque sorte au dessus de nous-mêmes ^^^ Or, bien que, dans la République (IX, 571 D-572 B), Platon semble dire que c'est à l'engourdissement des âmes inférieures, la Raison seule restant éveillée, qu'est due la divination pendant le sommeil, dans le Timée il expose une doctrine, non pas foncièrement différente, (îomme un examen
166. AprA. 22 BG ; Ion 534 B ; Mémn 99 B sqq. ; Banq. 203 A ; Phèdre 244 A, 245 B, 265 AB; Lois III, 682 A. Cf. sur la question Zeller II 1*, 594, 4 et supra § 126.