‹ La théorie platonicienne de l'amourChapitre 51 sur 69 · DISCUSSION — LA OEIA MANIA ET L'AMOUR · texte numérisé non relu

DISCUSSION — LA OEIA MANIA ET L'AMOUR

superficiel iioiii-rail le faire ci'oin', mais plus |U'(''cist' siii'ccîtte question : (MIc nous apprend eu elle! eouiuieul la partie déniouiatpu' de l'ànie trt)U\t' uu)yeu de se faire entcMidre dans des liouïuies inférieurs, ehez lesipiels à d'autres égards elle seinltlei-ail faire défaut. D'après cette doctrine la divination dans le souinieil ou dans le délire serait une sorte de réllexion des objets de la pensée raisonnable sur la surface d'un des or^aïu's de l'ànie inférieure, le l'oie, lorsque cette surface reste lisse et polie : « l'inspiration » (èttîttvou) partie de la pensée peint des images sur le foie comme sur un miroir (71 Cl); cf. 72('). Mais, si cette action de la Raison est réelle, elle n'est, il est vrai, ipr'indirecte, et c'est à la Raison môme qu'il faut restituer le soin d'interpréter les visions divinatoires du sommeil ou de l'entliousiasme (71 I)-72 B). — En ce qui concerne le délire causé par l'amour, il y aurait lieu, semble-t-il, de faire appel à une tliéorie analogue, bien que Platon ne le dise pas expressément. En effet, la semence animale émane directement de la moelle; celle-ci, constituée par la matière cérébrale et par la moelle épinière est, aux yeux de Platon, la substance où sont attachés les liens qui unissent l'Ame au cor|)s et font prendre, en quelque sorte, racine aux êtres mortels. Or, dans cette moelle, semence universelle (zavjTrsp'jia) des mortels, tous les genres d'àmes ont été plantés, et, de même qu'il y a une moëlle-encéphale dans laquelle, comme en un champ fertile, a été semée la semence divine (sans doute celle qui correspond à la partie divine de Fâme), de même à la moelle du cou et du dos doit correspondre (bien que Platon parle de l'àme entière), l'àme passionnée (73 B- 74 A; cf. 77 D). Les parties génitales, liées à la portion de notre corps qui est le siège de l'âme appétitive, sont comparables à un animal rebelle à la Raison et qui s'efforce pourtant d'être le maître (91 A-D; cf. 86 CD). Mais, d'autre part, au même endroit, Platon nous rappelle que le sperme vient de la tête. Par conséquent, alors même que, dans la folie amoureuse, la partie démoniaque ou divine de notre âme semble être le plus complètement abolie, elle manifeste encore, on vient de le voir, son existence d'une façon indirecte.

Au surplus, nous trouvons, dans le Phèdre lui-même, un passage dans lequel on peut voir une adaptation, au cas de l'Amour, de la théorie du Timée sur la divination. Les émanations de la beauté (y; toD xâXXouç aTroppo-i^), dont le bienaimé est la source, sont réfléchies par l'amant comme dans un miroir et elles reviennent ensuite vers le bien-aimé, dans l'âme duquel elles raniment la vertu des ailes et auquel elles communiquent l'amour (255 B-D; cf. 251 BC^"). Le bien-aimé, c'est celui en qui se trouve une image de la Beauté absolue, occasion de la réminiscence; c'est en outre celui en qui l'amant croit avoir retrouvé son dieu et en qui il veut s'en façonner une image aussi parfaite que possible (252 D- 253 C). Il y a donc dans le bien-aimé une image des objets de la Baison et son âme, à cause des émanations qui s'échappent de lui et des pensées qu'il inspire, apparaît comme vraiment apparentée aux dieux ou aux Idées. Par suite ces émanations qui, se réfléchissant sur l'amant, ont fait naître en lui l'enthousiasme erotique, ont une analogie remarquable avec ces inspirations de la Baison, qui, se réfléchissant sur le foie, font naître l'enthousiasme divinatoire. De part et d'autre, nous n'avons pas atîaire à la Baison même, ni à ses objets, mais à des images de la Baison et de ses objets. Or ces images, il appartient à la Baison seule, dans l'amour comme dans la divination, de les utiliser comme il convient, sans se laisser duper par elles, sans les prendre pour des réalité inhérentes à la substance qui ne fait que les réfléchir *^^

§ 136. — D'autre part, en même temps que les dons de la grâce divine fournissent à la partie démoniaque de l'Ame le

167. C'est la théorie de l'îVspoç et de l'àvxépwç [cf. Dugas L'amitié antique 10 sq.] ; comparer la théorie des miroirs exposée dans le Timée 46 A-C.

168. C'est ce que dit Pldtarque dans le passage déjà mentionné de son traité De Genio Socr. 22, 591 F (cf. n. i6i). Il s'exprime, par contre, d'une façon moins vraisemblable, au point de vue platonicien, quand il désigne les beaux objets comme les miroirs sur lesquels se réfléchit la Beauté absolue Erotlcos XIX, 14; XX, 5, 6, p. 763, 764. Les beaux objets sont des imitations de l'Idée du Beau, le sentiment qu'ils font naître dans l'amant est une image réfléchie, une copie de la copie. Cf. Rép. VI, 509 E -510 A.

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