CONDITIONS DU RETOUR DES AMES
ilutycii (le se iiiaiiifcslcr iiMMlialciiiciil , iiirmc dans co qu'on peut a|)|)('l(M' (li's ànu's de r(''(ii-iiii\é.s, la lc)i du rolour doniKi à l'ollos-ci la possibilité de participer en quelque sorte ù une prédestination plus favorable. D'après le mythe de la liépublique, comme d'après celui du Phèdre, les àmcs peuvent en olTet choisir leur destinée {Urp. X. ()i7 I)-(US C, GIO H, E, (')20 A. I); Phèdre 1\\) AU; cf. 5^ 93); or elles le font d'après le souvenir de leur vie antérieure et même d'après l'expérience qu'elles on! pu acquérir des maux d'autrui pendant leur séjour aux Enfers {Hcpubl. 020 A-D, (5 11) D; cf. Phèdon 81 G, 107 D); il arrive donc qu'elles optent parfois pour une destinée meilleure que celle qu'elles ont eue jusqu'alors (OU) D). Mais, dans cette nouvelle existence, il est possible en outre que la domination de l'àme supérieure sur les âmes inférieures s'exerce d'une façon plus complète, de telle sorte qu'elles s'améliorent au cours de leurs transformations. Au reste, si la mauvaise éducation et de mauvaises institutions peuvent corrompre le meilleur naturel {Rép. VI, 491 B-492 B, E) et créer en lui, comme en tout autre, une tendance involontaire à mal faire par ignorance du h. en**'^ inversement une bonne éducation et des lois bien faites peuvent aussi le sauver {Tim. 44 C; 87 AB; Rép. VII, 518 D-5I9 B), et le soin que prend Platon, dans \{x République et dans les Lois, de les régler minutieusement n'a sans doute pas d'autre objet. Bien mieux, cette œuvre, consistant pour l'essentiel à développer en nous la Raison, suppose qu'une adhésion, consciente et volontaire, au bien qui nous détermine a remplacé l'inclination involontaire et inconsciente vers le mal {Rép. III, 412 E-4I3A).
Il est vrai qu'il y a, semble-t-il, des châtiments éternels
169. Cf. par ex. Apo/. 25 E- 26 A; Protag. 345 DE, 358 BG; Ménonllh- 78 B; Rep. IX, 589 G; Tim. 86 D, 87 B; Soph. 228 BG, 230 A; Lois V, 731 CD, 734 B; IX, 860 D-861 D. — La persistance de cette doctrine jusque dans les Lois prouve bien que Platon ne peut avoir accordé une indépendance réelle à la volonté dans le texte parfois équivoque des Lois X, 903 D-904 D. Notre volonté dépend bien de notre caractère et la vraie liberté consiste, au moins ici-bas, à se laisser déterminer par le bien.
[Gorg. 525 C, E-526 B; Phédon 1 13 E; Rép. X, 615 G-616 A) : il y aurait donc des âmes qui seraient exclues du privilège du retoiir. Mais, en premier lieu, cette doctrine se concilierait mal avec la doctrine relative à la permanence de la quantité de substance psychique en circulation dans l'Univers {Phédon 71 E-72 B;Rép. X, 611 A; Lois X, 904 AB). En outre, on peut penser qu'il y a lieu de rappeler ici (cf. Zeller II 1 \ 842, 5) les théories du Phèdre (248 E-249 B) et d'accorder, même aux plus grands coupables, le droit de faire un nouveau choix après la grande période de dix mille ans : ils sont seulement exclus des options millénaires, réservées aux âmes des justes, ou à ceux dont les fautes ont été suffisamment expiées par un châtiment de mille années (voir particulièrement Rép. 615 A, 619 D et Phèdre 249 AB)*'«. Si on accorde que, comme nous avons essayé de le prouver plus haut (§ 93), l'eschatologie du Phèdre se réfère constamment à celle de la République , on ne fera pas difficulté d'admettre pour l'opinion définitive de Platon que toutes les âmes doivent revenir un jour à leur céleste séjour, mais que cela ne peut avoir lieu avant dix mille ans, sauf pour les âmes des philosophes : celles-ci y reviennent après trois options millénaires successives, précisément parce qu'elles ont obéi plus constamment à la partie démoniaque de leur nature ^^^ Sans doute, c'est surtout à propos de ces âmes excellentes que Platon a décrit le retour à la vie divine *^^. Toutefois il est permis de croire que toutes, sans exception, même celles des grandes coupables, y reviendront au jour où la révolution du monde sera terminée, et non pas cette fois pour faire le choix d'une existence terrestre, mais pour reprendre contact avec l'âme as-
170. Dans la Républ. nous voyons que Ardiée, un des condamnés dont les crimes sont éternellement inexpiables, a été tyran mille ans auparavant; il a donc déjà subi une peine de mille ans, au moment où il s'imagine avoir terminé son expiation.
171. Phèdre 248 E : el; t^sv yàp xb aÙTo oÔ^v rjxsi ■/) '^y/'^'i éxâaT-/] oùx àcptx- Vcitai èxwv jx'jpiwv • oy yàp TnrspoÛTac irpo tocoÛtou -/povoy, tiXyiv r\ xoO cptXoao-
172. En outre des passages déjà cités, cf. Gorg. 523 AB; Phédon 80 D- 81 A, 82 BC, 114 BG; Thédt. 170 E-177 A; Lois X, C04 D.