L'AME RAISONNABLE EST ELLE-MÊME UNE SYNTHÈSE
li'al(\ commt* le \tnil If Timée {M |{, D), ou \Hn\v (enter do iioiiNtMii, comiiH' rcnscii^nc le Phèdre, !;i coiilciiiiil.ilioii des lilôos.
§ 137. — Il nous rrslc (Micorc à disrulor une objection possible. On pourrait préleiub'e en eiïet que d'avoir montré l'ànie raisonnable, divine par son origjne, mortelle par l'elTet de la cliute, ee n'est pas assez pour prouver qu'elle est un démon et, par suite, pour établir sa parenté avec TAmour. Il faudrait encore cpie cette àine raisonnable fût elle-même, et par elle-même, un intermédiaire, pour qu'on pût l'identifier au.x démons et à l'Amour.
Or, sur ce point encore, le Timée, qui nous a conduits à cette identification, va nous fournir le moyen de la confirmer. En elTet, d'après ce dialogue, l'âme raisonnable, nous le savons, a été composée des mêmes éléments que l'àme du monde {Tim. 41 D, 42 0. ()9 C; cf. Phileb. .-^0 A). Quels sont ces éléments? Ce sont deux principes opposés entre eux, le Même et l'Autre, l'essence indivisible et l'essence divisible, relative au corps et sujette à la génération, c'est-à-dire au devenir. Le Démiurge les mélange de façon à former une troisième espèce d'essence, intermédiaire entre les deux premières et participant de la nature du Même comme de celle de l'Autre (35 AB, 37 A). Voilà donc quels sont aussi les éléments, non pas de l'àme après l'addition de ses parties mortelles, mais bien de notre âme immortelle elle-même, de celle que le Démiurge a donnée toute faite aux dieux inférieurs. Il n'y a qu'une différence, c'est que l'élément du Même n'y est plus aussi pur que dans l'âme du monde, mais deux ou trois fois moins (41 W''-
Certes il ne peut être question d'entreprendre ici une interprétation de cette fabrication de l'âme du monde et de ce
173. Il s'agit évidemment ici, quoique le passage ne soit pas parfaitement clair, du Même et non de l'Autre, parce que l'impureté plus grande de l'Autre ne pourrait que signifier, inversement, la prédominance plus accentuée du Même, et il en résulterait par conséquent que, tout au contraire de ce que Platon veut prouver, l'àme humaine se trouverait être supérieure à l'âme du monde.
qui, en nous, lui est spécifiquement identique. On se bornera donc à quelques brèves indications. Vraisemblablement, l'essence indivisible du Même, ce sont les Idées, objets de la contemplation du Démiurge tandis qu'il accomplit son œuvre, les Idées, qui sont simples et immuables; l'essence divisible de l'Autre, c'est la multiplicité et le mouvement, qui certes ne sont pas absents du monde des Idées {Soph. 248 A- 259 B), mais qui doivent proprement constituer le monde divisible, mobile et changeant, des choses corporelles; enfin l'essence intermédiaire, où se trouvent unis le Même et l'Autre, l'Indivisible et le Divisible, c'est le nombre. Si on s'en rapporte en effet aux expositions de la dernière philosophie platonicienne, telle qu'Aristote nous les a conservées, le nombre est précisément le produit de l'Un ou de l'Égal et d'un principe de diversité et de multiplicité, de mouvement et de changement, l'Inégal ou le Grand et Petit*''*. Or, d'après le Timée, les éléments de l'Ame sont divisés et organisés selon des relations numériques et géométriques (31 BC, 35 B-
36 B). L'Ame est donc elle-même, en tant précisément qu'elle est organisée selon le nombre et la figure, et par le fait de cette organisation, une essence intermédiaire qui participe du Même et de l'Autre. D'ailleurs, les révolutions des cercles du Même et de l'Autre, qui rendent compte des mouvements dont le ciel est le théâtre (le Même est le cercle de l'équateur, l'Autre, celui de l'écliptique), expliquent aussi, aux yeux de Platon, les fonctions cognitives de l'àme supérieure, c'est-à-dire de l'Intellect, qui a son siège dans la tète (36 E-
37 G, 42 G, 43 A-44 D, 47 BG, D, 88 E-89 A, 90 D; Lois X, 897 B, 898 AB ; cf. 893 GD). Rappelons enfin que, si cette âme est en nous l'image de l'àme universelle, on doit trouver en elle les causes divines et les causes secondaires, la Raison et la Nécessité, qui correspondent réciproquement, sans doute, à l'essence du Même et à l'esssence de l'Autre. L'idéal, pour nous comme pour l'Univers, c'est que la néces-
174. Voir mon ouvrage %\xvla Théorie platon. des Idées et des Nombres d'après Arist., livre II.