‹ La théorie platonicienne de l'amourChapitre 54 sur 69 · I.A TUIPAUriTloN UK l/AMK DANS LK PIIKURE · texte numérisé non relu

I.A TUIPAUriTloN UK l/AMK DANS LK PIIKURE

si(('' soil soumise à |;i Maison selon l'ordre, la mesure el la proportion. Le monde es! sorli de celto suhordinalion {Th/i. i(i C-K, M h-iS A. :i(i C. (iS K-(iU A '"); elle exislail aussi jiour Ihumauilé dans cet ancien orilrc de choses dont les mythes du Timcf, du Critias, du Poliliqiip el des Lois (cf. i!} 122, p. !.'{."> s(|.) nous donnent la description. 11 convient de rc'lahlir aul;inl cpie [)ossihle, dans notre vie actuelle, au moyen de la mesure, une telle suhordinalion et on |teut diic, tl'une fa(;on générale, (jue le Philèhe n'a pas d'autre ohjet.

Au reste, cette conception n'est pas exclusivement propre à la dernière philosophie de Platon. On la rencontrait déjà dans le Gorgias et dans le Phédo?i. Ce dernier définissait la sagesse comme l'état dans lequel l'àme, mettant fin à ses mouvements désordonnés, se donne l'imnnitahilité, parce qu'elle s'atlaciie à ce qui est lui-même immuable, c'est-à-dire aux Idées, et inversement il représentait l'attachement de l'àme au corps et aux choses corporelles comme un état de désordre. Le Gorgias était plus explicite encore, quand il nous montrait l'égalité géométrique toute-puissante parmi les dieux comme parmi les hommes (508 A), et qu'il en faisait, en d'autres termes, un principe à la fois de l'ordre cosmique et de l'ordre moral.

§ 138. — Cependant cette diversité que le Timée nous découvre au sein même de l'àme supérieure semble, au premier abord, s'accorder assez mal avec les expositions du Phèdre. Il semble en effet que les trois parties distinguées dans l'Ame par ce dernier dialogue correspondent réciproquement, le cocher, l'Intellect, à l'àme noétique de la Républiqur^ à l'àme immortelle du Timép, les deux coursiers aux âmes irascible et concupiscihle, à la meilleure et à la pire des deux parties de l'àme mortelle. Mais comment comprendre que les parties mortelles de l'Ame soient les compagnes de l'Intellect dans le monde intelligible? Et, si elles existent déjà dans la sphère supra-sensible, à quoi bon la chute '■^? Toute difficulté

175. Cf. Lois X, 896 E-898 C, où h.v.cL-^y.Tt est remplacé par avoca.

176. Zeller (820) prétend que, si C3S parties n'existaient pas dans l'Ame, rien n'expliquerait la chute. Il me semble, au contraire, que la lecture

disparaît en revanche, si l'on voit dans les deux coursiers du Phèdre l'image de l'Autre ou de la Nécessité. L'Autre est l'essencb divisible. C'est donc une multiplicité, et, comme le dira plus tard Platon, une dyade du Grand et du Petit, ou, comme il le dit déjà, une inégalité et une dissemblance^", une multiplicité'"'' constituée par l'opposition du Plus et du Moins *'^ 11 y a là un principe rebelle au Môme*^°, mais que le Même peut ordonner*^', tout comme le nombre impose l'accord et la proportion, qui sont de la nature du Fini, aux contraires qui forment l'Infini '^^ : c'est la Nécessité, principe de l'opposition des contraires ^^^, cause de ce qu'il y a de désordonné et de mauvais dans les choses "^"^ et fondement de la constitution de l'ame mortelle ^'^^ D'autre part, l'attelage du char de l'Ame, selon le Phèdre, est double, même pour les âmes divines (246 AB) ; mais cette dualité n'est pas en ellemême un danger, tant que l'inégalité reste soumise à l'ordre; elle nt^ le devient que dans les âmes où cette subordination est détruite, c'est-à-dire, en termes mythiques, dès que le cocher n'est plus maître de ses chevaux; la chute de l'Ame est donc pareillement l'effet de la Nécessité, en tant que la Nécessité est un principe de désordre. Ainsi les deux chevaux du Phèdre semblent représenter très exactement l'essence de l'Autre et la cause nécessaire, tantôt dominée par la Raison, tantôt en révolte contre elle. La Nécessité n'est-elle pas ap-

altentive du Phèdre amène à considérer la morlalilé comme une conséquence de la chute. Et d'ailleurs, il demeurerait toujours inexplicable que des parties mortelles de l'Ame eussent leur place jusque dans le domaine des Idées.

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