‹ La théorie platonicienne de l'amourChapitre 55 sur 69 · Tim. 69 D; cf. Théét. 176 A · texte numérisé non relu

Tim. 69 D; cf. Théét. 176 A

LA TUIfAHTITlON DK l/AMK DANS LK PJll-.DHE 1<)3

\)v\cc tl;ms le Tunée \\\\c cause- N'a^alioiidc (iS A : tô ir;ç zXav(o;a,évr;; e-s;^ a'.-r-^tç) cl celle expression ne peiil-elle êli'e rappi'oclit'e (le la Imicliiui nioli'ice (pie le Vlu'drc assii^ne aux coiii'si(M's dans la \ ie de l'Ame? L'(d(''nienl de la diN'ci'silt', (pii exisie dans l'Ame anlt'riein'emenl à la vie sensilde, aussi jiieu dans l'fime du monde el dans les ;unes asti'ales (jue dans les âmes di\ ines el humaines, voilà la nudièi'c (jui s'impos(^ aux dieux inférieurs ([iiaïul ils s'eUorcent d'imiler, à leur façon, I (eu\ ri> du l)émiuri;-e (G*.) !)). l^]n d'iiuires termes, l'àme sup(''rieure conlienl une lU'cessilé réglée : celle nécessité se reirouve dans l'àuu: morlelle, mais elle y résiste; à l'ordre, bien tpi'à des deiji'és divers; conuiioiit dès lors s'étonner que la Maison lUMlomiue pas facilement les passions, que celles-ci ne puissent pas être ramenées aisément à Tordre primitif? Oue maintenant, des trois parties qui sont distinguées diins le Phèdre, une seule, l'Intellect, soit capable de contempler les Idées (247 CD, 248 A; voir 5^ 128), il n'y a rien là qui puisse surprendre. L'Intellect, en efîet, représente dans l'Ame l'essence du Mènu\ et l'essence du Même représente les Idées, tlnfin comment le Phèdre pourrait-il prouver l'immortalité de l'xAme par sa propriété d'être automotrice, et motrice de ce qui est corps, si, dans l'âme immortelle elle-même, il n'admettait pas l'existence d'une essence à laquelle le mouvement est naturellement lié, à savoir l'essence de l'Autre? Or les deux coursiers de l'Ame sont aussi, d'après le Phèdre, le principe de son mouvement. Mais, si le mouvement dérive de l'Autre, il ne peut être en lui-même qu'irrégularité, car le mouvement et le changement ont précisément leur origine dans la lutte des contraires. C'est ce que le Timèe et le Politique, entre autres dialogues, expliquent avec une parfaite clarté ^^^ Mais ce mouvement sans règle peut être ordonné par l'Intelligence : au mouvement de l'avou, comme parlent les Lois, peut être substitué le mouvement uniforme du voîiç; tel est

i86. Tim. 57 E-58 A, Polit. 269 DE; cl". Phédon 79 G : l'âme 7t/avSxat xa.\ xapâiTTSTai. lorsqu'elle se laisse entraîner par le corps sU ta oùSétiots; x«Tà

xaCiTa k'/ovTa.

précisément le cas pour l'Ame dans la perfection de sa nature, alors que se trouvent conciliés le mouvement lui-même et le repos, puisque les mouvements, s'eiïectuant alors ;iutour d'un centre commun, ne changent pas véritaijlement de lieu^*'. En résumé, l'Ame est motrice parce qu'elle a en elle le principe môme du mouvement, et son mouvement peut être régulier parce que dans l'x^me il y a aussi l'Intelligence, qui est le principe de l'ordre et de la régularité. D'autre part, dans toute âme, il y a de la diversité, puisque l'essence de l'Autre est un élément de toute âme; mais, dans les âmes divines, la natlire de l'Autre, étant entièrement soumise à l'Intelligence, n'est rien de plus qu'une dualité ; dans nos âmes, au contraire, cette dualité est vraiment une dualité d'opposés.

Cette hypothèse sur l'identité de la théorie de l'Ame dans le Phèdre avec la doctrine de la composition de l'Ame dans le Timée a été défendue dans l'antiquité par Hermias, dans son commentaire du Phèdre et, de nos jours, par HERMANN^^^

187. Lois X, 893 CD, 897 B, 898 AB ; cf. Tim. 36 D- 37 A, 30 A ; VoiU. 269 DE, Bien que Platon parle avec précision dans le x^ livie des Lois, 896 E, 897 CD, de plusieurs âmes, l'une bienfaisante, l'autre mallaisanle (cf. 898 G), il me paraît certain que Platon veut dire plutôt que l'Ame est double, qu'elle contient et unit un principe du bien et un principe du mal, et cette doctrine ne diffère pas de celle du Timée et du Phèdre. En effet, dans ce qui précède 896 D, il est dit que l'Ame est le principe des biens et des maux et, plus loin, 904 D, Platon parle du mélange du bien et du mal dans toutes nos actions en tant qu'elles proviennent de l'Ame, et des soins que prend le Roi du Monde pour assurer dans l'Univers le triomphe du Bien. Au reste, tout le développement 896 D-897 D ne semble pas avoir d'autre sens que celui-ci : le monde entier porte la marque de l'ordre; c'est donc une âme bonne qui le régit; s'il avait les caractères du désordre, on pourrait dire au contraire que c'est une âme mauvaise; il y a donc daus l'Ame deux principes en lutte : l'ordre du monde prouve la victoire du bon sur le mauvais, nos actions témoignent de leur opposition.

188. Hermias p. 126 Ast, ap. Zei.ler 820,2; Hermann De part. an. immort. sec. Plat. Gott. 1850/1851, p. 10, ap. Zeller ibid. — D'après Raeder op. cit. 2.52, telle semble être aussi l'opinion de Immisgh Neue Jahrbiicher f. d. Klass. Altertum III, 560 sq.

L'A.MOUK KST LACTR ESSENTIEL HE l/AMR 165

Zkller of Kakdkii ill')'!), lo f);irlis;iii cl l'advcrsiiiic de l'iinlérioi'iU' (lu Phrdi'f', s'.iccordt'iil pour la l'cjcici'. Il m'a sciiihh'' poui'iani (iircllc s'appiiyail sur des raisous Irrs fortes cl (ItTclic |c\ail liicu des diriicuilt's. I^ilc s'impose d'ailleurs, à mou seus, a M'c uiu' a ul or il (' particulière à(pii('ou( pie ad uiel la proxiuiiti'" chrouoloi^iipic du Timéf cl du l*hrdrc : (die m'a nu^Mue paru cousiiluer \\\\ umlif d(^ |)la('cr le Phèdre après le Timée, la doctriuc du premier sur la tripartitioii de l'Amo dans sa vie préempii'ique sn|)posant nécessairem(Mit la doctrine du second sur la composition de l'ànic immortelle (cf. ^ 106, p. Il 3 sq. ) . Le Phèdre nous permet de comprendre que l'àmt" su|)('M'ieure, c'est-à-dire l'Ame dans sa réalitc'^ vraie, ait pu être apptdée démon dans le Ti7w;e , [)uisque, dans cette àme mtMue, iu)us trouvons unies l'essence de ce qui fonde l'unité et l'immortalité et l'essence de ce qui fonde la diversité et la mortalité.

§ 139. — De tout ce qui précède, il résulte donc que l'Ame, envisagée dans son essence, c'est-à-dire l'âme raisonnable, est un démon. Elle établit entre les astres où le Démiurg-e l'avait logée et les corps auxquels elle apportera la vie la relation exigée par le plan de l'Univers [Tim. 41 BC). A un point de vue plus général, elle est un intermédiaire entre les Idées et les phénomènes, entre l'Intelligible et le Sensible. L'Ame en effet n'est pas une Idée, mais seulement ce qui est apparenté à l'Idée et ce qui lui ressemble '^^ Mais, d'autre part, du fait de sa chute, elle est liée à des parties mortelles, elle se trouve engagée dans le Sensible et, à ce titre, elle est privée des Idées ; elle manque donc de ce qui est approprié à sa nature; ce qui le prouve, c'est que l'Ame, lorsqu'elle parvient à secouer l'esclavage que le corps fait peser sur elle, est amoureuse de la Vérité, et la Vérité c'est ce qui possède la simplicité et la pureté de la Chose en soi. Aussi le Phédon

189. Phédon 79 A-SO R, 81 A et surtout 79 D : a-jyyEv)!? ouaa et 80 A : so'xEv — Le texte de Théét. 184 D ne signifie pas, comme on l'a prétendu, que l'Ame soit une Idée : le mot lôéa a dans ce passage son sens vulgaire, comme l'a bien \u Zeller 660, -4 i^661]; cf. Fouillée Philos, de Platon 1% 115-H7.

nous répète-t-il à satiété que le philosophe ne travaille qu'à se délivrer du Sensible pour atteindre l'objet propre de ses amour? (65 D-66 B, D-67 B, E-68 B, 83 B)'^^ Il semble donc que l'Amour, du moins l'amour de cela seul qui mérite véritablement d'être aimé pour lui-môme, c'est-à-dire l'amour des réalités absolues, doive nécessairement appartenir à l'Ame, en tant qu'elle est isolée du Sensible et considérée dans la pureté de son essence, et cet amour est en elle la conséquence de ce qu'elle est privée du bien qui lui est propre, la réalité absolue, à laquelle elle ressemble elle-même. C'est, au reste, ce que la République expose en des termes qui, invinciblement, font penser à la fois au Phédon et à la théorie de l'Amour telle qu'elle est présentée dans le Banquet. La première condition pour devenir un homme de bien et un philosophe, c'est d'avoir l'amour de la vérité et du savoir, l'amour de l'ordre et de l'immutabilité (ef. VI, 500 CD, cité en partie § 133, p. J51 sq.) : « il va vers son but et son amour ne s'émousse ni ne se relâche, avant qu'il ait atteint la nature de ce que chaque chose est en elle-même, par la partie de son âme à laquelle il appartient d'atteindre un tel objet. Or ce privilège appartient à une partie de l'âme qui est apparentée à cet objet. Quand elle s'en est approchée et qu'elle s'est unie à lui d'une façon absolument réelle ^^^ et qu'ainsi elle a donné naissance à la pensée et à la vérité, elle connaît alors et elle vit véritablement et elle se développe; car c'est de la sorte que prennent fln pour elle les douleurs de l'enfantement, et cela pour la première fois jusqu'à ce moment. » {Rép. YI, 490 AB; cf.

190. Voir en particulier 66 DE : sî (jléXXojjlév tcots xaôapîô; xt ciaeffôat,

àTtaXXaxTéov aûxoO [SC. toO c7w[x.aTo;] xai aÛTÎ) xî) 4'^X^i [cf. 66 E-67 A : auxY) y.aO' a-jTTiv... "/wptç toO ffco(xaTOç] OeaTÉov aixà xà irpâytia-ca • xa\ tÔte... ■r^^v^ ïnxrxi où £7n6y (JioO [aÉv te xac çâ|jLev ëpaTT'/t Eîva;, çpovi^ffew;. 67 AB : O'jxto |j.£v... yvtôaoasOa ci' Yiaojv a-jxwv itâv xb siAtxpivI; [cf. 66 A : ï'jxô xaô' auto • st/txptvàç

exa-7xov] • xoOxo 8' È(jxtv t'a-wç xb oLkr,bkz, 67 E-68 A : 11 serait absurde que les philosophes ne fussent pas joyeux d'aller èxsïas ...oî àepixoîJLÉvotç zktz-.^ èffxiv oO Sià pioj rjpwv x'j/£tv • f^pwv 5È (ppovyjffîw;. Même expression un peu plus bas.

191. ù> ii)-r,"c-i(i(7aç y.a"i [xiyet; xtî) ovxi ovtm; [[)cut-être : " et qu'elle s'est mêlée à l'être absolu »].

RÉSUMÉ SUR LK RAIM'iiUT DK l/AME AVEC L'AMOUR 107

lîmuj. 1{)\) A-(.. l\'l A). 1/ Allie, diiis son acte essentiel, est doiu' aiiioiir.

Î!} 140. — l.t' moiiKMil t'sl \('iui (le résimiiM' les résullats ;ui\(iiit'ls MOUS ;i coiiduils rt'ludc comparée {W la (liéorio de l'Aiiioiir. coiiimt' essence mixte e( inlermédiairo, et de la doctrine de l'Ame. constiliK'e elle aussi par la synthèse d'éléments oppost's. Nous serons ainsi amenés à étendre notre interprétation du mythe de la naissance d'Eros et à en dégager le sens profonil, celui tpril n'a pas encore sans doute dans le Banquet, mais que le dévelopiiemcnt de sa philosophie de l'Amour devait disposer IMaton à lui attrihuer. — L'Ame, dirons-nous, est par nature capable d'atteindre l'objet dont elle est privée par le fait de sa liaison avec le Sensible, et l'Amour naît précisément de la rencontre de ces deux qualités opposées, de l'union de l'indigence avec une richesse qui n'est ni essentielle, ni durable, dans laquelle la possession du bien n'est qu'une griserie et, après un assoupissement, un élan vers une possession renouvelée. Ainsi s'explique d'une façon plus large, sans rien pourtant qui contredise notre première interprétation, sans rien même qui ne la confirme, le mythe de la naissance de l'Amour, tils de Pénia et de Poros, de la nature sensible à laquelle les Idées font défaut et de la nature intelligente, qui a connu les Intelligibles jusqu'à l'ivresse, mais aussi jusqu'à l'oubli qui en est la suite. Poros n'est donc pas le Premier Aimable, comme le veut Plutarque; car en Poros il n'y a rien de fixe, mais un mélange de la non-possession et de la possession, du Non-Etre et de l'Être, une accession à l'Intelligible qui n'est point une identification, puisqu'elle le trouble au point de l'enivrer. Bref Poros, c'est, comme l'a bien vu Plotin, quoiqu'il exprime cette idée en des termes qui ne sont pas platoniciens, cette partie de l'Ame qui, sans être Idée, est apparentée aux Idées, qui, sans être dieu, est admise au festin des dieux, L'Amour dérive de cette âme en tant qu'elle s'unit à une autre nature qui est, au contraire, étrangère aux Idées, et qui reste à la porte du festin, pendant que les dieux et ceux qui ont quelque parenté avec eux se repaissent de la nourriture qui leur est propre. Ainsi nous

comprenons que FAmoiir soit lié si intimement à la philosophie, que le philosophe, c'est-à-dire Fliomme en qui prédomine l'àme raisonnable, soit aussi le parfait amoureux. Voici donc la conclusion qui se dégage désormais de nos analyses. L'Ame raisonnable est un démon, parce qu'il y a en elle du Fini et de Tlnfini et qu'elle unit ces deux principes opposés. Mais l'âme dans son état présent, c'est-à-dire liée à ses parties mortelles, est aussi un démon. Dans l'un et l'autre cas, l'amour apparaît comme essentiel à l'Ame. S'agit-il de l'âme déchue? Elle a le désir des réalités dont elle est désormais séparée. S'agit-i} de l'Ame dans la pureté de son essence? Elle n'a pas la perfection des âmes divines : l'Infini y est plus abondant que dans celles-ci [Tim. 41 D) ; les deux coursiers n'y sont pas également dociles {Phèdre 247 B, 248 A, 253 C-E). Cependant ce qu'il y a de divin en elle suffit à lui faire sentir son infériorité ; elle en souffre et l'empressement que mettent les âmes, d'après l'exposition du Phèdre, à suivre les dieux dans leurs évolutions, leurs efforts pour contempler les réalités absolues qui sont la pâture convenable à leur nature (248 A-C) signifient justement que, même dans cet état, il y a en elles l'amour de ce qui leur fait défaut et qui leur est pourtant essentiel. En résumé l'Amour est un démon, ce qui veut dire qu'il est l'acte propre de l'Ame, — dans sa vie supraempirique en tant qu'elle désire passionnément jouir d'un bien qui lui est propre, mais qui n'est pas cependant une partie d'elle-même ; — dans son état présent, en tant qu'elle est une synthèse du mortel et de l'immortel et que sa nature vraie, c'est proprement d'être immortelle.

§ 141 . — Il nous faut maintenant vérifier notre conception de l'Amour, en cherchant si les diverses fonctions de l'Aipe ne sont pas liées chacune à l'Amour.

Tout d'abord, ce qui. est essentiel à l'Ame, ce qui en est l'état parfait, la beauté et la santé, c'est la Vertu {Républ. IV,

I/AMOUH CONDUIT l/AMF. A I-A VKimi 169

i\\ I)K; tAiis \. '.mm; W). La vciiii l'oiisislc n\ cITol à fairo rt'^iKM' dans l'àiiK' l'ordre cl riiaiiuoiiic. d'où résulldil justice cl lcm|»t''rancc {('<"'!/■ •"•••'i l)-l)), en doiuiaiil. à cIkuiiuî partie i\r l'àiiic li^ rôle ([iii lui appartient {Hép. IV, 443 DE; cf. I, [V.VA \)K. VIII, :»"»i b:. IX. ;i8(l E; Tim. 87 C). Toutefois cet équilihre est subordonné à une œuvre précise, qui constitue la lâche essentielle du philosophe : dans son elTort pour vivre par l'ànie et iu)n pai' le corps, il travaille (Ml elfet à se délivrer des passions et à acquérir C(4te vertu acconi|)a^-né!e de sagesse qui seule est vraie et par hupielle seule son ànie peut contempler ce qui est véritable et divin, et s'en nourrir {Phédon 01) AB, 84 AB). Au surplus, il est remarquable que, pour exemples de ces réalités absolues qui sont les objets soit de la contemplation supra-empirique, soit simplement de la réminiscence, le Phèdre allègue principalement des vertus, o'.y.a'.:7JvY;, atoçpoaûvvj et, s'il parle, en outre, de la beauté et do la science [Phèdre 247 D, 2M B, 254 B), il ne faut pas oublier, comme nous le verrons plus tard (§ 170 5. in.), que la beauté consiste dans l'ordre et dans l'harmonie, qui constituent la Vertu, et que la vertu véritable est la même chose que la science.

§ 142. — Or l'Amour tend vers l'acquisition et la communication de la vertu; c'est là son objet essentiel, celui qui se rattache immédiatement à sa nature primitive. D'après le Banquet, en effet, l'Amour est le désir de l'immortalité, et le seul moyen que possède l'être mortel de parvenir à l'immortalité, c'est la génération (206 B-207 A, D, E, 208 B). Mais la génération selon le corps n'est qu'une image inférieure et trompeuse, commune à l'homme et à l'animal '^^, de la génération proprement humaine qui est la génération -/.axà ty]v 'iuxôv (206 B, C; 209 AB). Ce que nous donne cette généraration, c'est l'immortalité de la vertu, pour laquelle les hommes sont prêts aux plus grands sacrifices et avec d'autant plps de zèle qu'ils sont meilleurs. Dès que le moment est

192. 207 A-D, 208 B, G, E : Stà TratSoyoviaç àQavacrtav..., w; oi'ovTai, a'jToïi; Etç xbv eTiecxa -/pôvov irâvTa iropiî6|X£voi, 209 C-E ; cf. aussi 210 BG.

venu, où naît le désir d'engendrer, ces hommes divins cherchent la heaiité dans laquelle ils pourront produire, c'està-dire une helle àme sur laquelle s'exercera leur pouvoir fécondant pour les choses dont il convient naturellement à FAme de posséder les germes ou de les faire fructifier. Or ces choses, ce sont çpôvYjŒi'ç xe xal iq ccW-q àper/^ (209 A), et la plus belle partie de cette sagesse, c'est la caxppoa-jvY) avec la S'.y.atoîtJVY), appliquées à l'organisation réglée des cités et des familles. Mais il est clair (la République le montrera suffisamment) qu'une telle organisation doit être aussi, dans la vie individuelle elle-même, l'objet de la sagesse fruit de l'Amour. Voici, du reste, comment les choses se passent. Quand celui qui est fécond selon l'iVme a trouvé, dans un corps d'ailleurs beau, une belle âme, alors auprès de l'homme en qui se rencontre cette double beauté, il lui vient en foule des discours sur la vertu, sur ce que doit être l'homme de bien et ce à quoi il doit s'occuper. L'œuvre de l'amour consiste donc précisément en ceci que l'aimé fait en quelque sorte éclore les germes que l'amant portait en lui, et de leur union résultent des enfants plus beaux et plus immortels que ceux des hommes (208 C-209 E). Provoquer en soi cette éclosion des vertus dont l'âme possède le germe, communiquer ce germe à d'autres '^^, c'est là la véritable raison d'être de l'iVmour. C'est ainsi qu' Alcibiade présente, non sans alliage, il est vrai, do sentiments moins nobles, son amour pour Socrate (217 A, 218 DE, 222 A).

Sans doute Pausanias avait déjà indiqué une conception analogue (184 C-E, 185 AB), mais d'un point de vue superficiel. Socrate reprend cette idée par la bouche de Diotime en lui donnant, à la lumière de la théorie générale de l'Amour, une signification toute nouvelle. La beauté de l'Ame est décidément élevée bien au-dessus de la beauté du corps. Tout à l'heure il semblait désirable que celle-ci fût jointe à l'autre; maintenant cette condition n'est plus exigée : la beauté de

193. Sur ce dernier point, cf. Rrochard art. cit. Ann. philos. 1906, p, 20 sqq. el Dugas op. cit. 51, 53 sq., 183 sq., 275 sq.

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