‹ La théorie platonicienne de l'amourChapitre 7 sur 69 · IV. — Conclusion · texte numérisé non relu

IV. — Conclusion

s} 70. — .Vpi'ôs ('('lit' analyse iiK'lhodicjiit' des trois dialogiios, essayons, eu nous londant uiiiquonuMil. sur l'élude iut(M'ne, de di'lei'niiiier la j)art de cliaeun d'eux dans la coustilution de la théorie de l'Auioui'.

La discussion du Lysis est en grande partie négative : elle montre l'insuflisance de la conception populaire de l'amitié et elle combat les tentatives faites par les philosophes pour en déterminer le principe, en le cherchant, soit dans la similitude, soit dans la contrariété. Toutefois de la discussion se dégai^'ent incontestablement certains éléments positifs : celuici, tout d'abord, cpie l'amitié — ou l'amour — apparaît dans un sujet qui n'est ni entièrement bon, ni entièrement mauvais, qui est, par conséquent, intermédiaire; — en second lieu, que nous aimons toujours en vue d'une fin qui est la raison d'être de nos amours, qu'il y a donc une première raison qui les explique tous, c'est-à-dire un premier aimable^^; — enfin que, en lui-même, le bon n'est pas bon relativement au mal et, par suite, que le désir n'est pas nécessairement lié au mal et à la souffrance. Mais quel est l'objet

39. Raeder op. cit. p. 157 a raison de remarquer que cette tliéorie est admise par Platon d'une façon positive. Mais il me paraît avoir tort de croire qu'elle fournit, dans le Lysis même, une réponse à la question relative au convenable et qui reste en suspens (cf. § 10). La relation supposée est légitime sans doute; mais ne serait-il pas surprenant que Platon ne nous eût pas indiqué cette solution, s'il l'avait aperçue en écrivant le Lysis'l De tels procédés de recherche seraient déconcertants. J'en dirais autant pour les rapprochements que Raeder prétend établir entre cette prétendue réponse et l'introduction du dialogue, où il est dit que celui qui sait est seul aimé et est oîxsïo;, parce que, seul, il est utile; il en conclut que, selon le Lysis, le Convenable, c'est le Bien et que le Bien, c'est le Savoir. Tout cela est, peut-être, en germe dans le Lysis i mais il faudra, pour l'en dégager, une nouvelle recherche.

du désir? Un moment, Socrate a cru entrevoir que c'était le beau; mais il ne s'est pas arrêté à cette idée (216 CD). Puis il a pensé que c'était le convenable. Cependant, quand il s'est agi, après les exclusions précédemment faites, de déterminer avec précision la nature du convenable, de dire pourquoi le convenable est l'objet du désir et ce que nous aimons, on se trouve de nouveau aussi embarrassé qu'au commencement de la discussion, et celle-ci n'aboutit pas.

§ 71. — La doctrine exposée dans le Banquet dépasse celle du Lysis, mais, semble-t-il, en s'appuyant sur elle et même en s'y référant expressément. Les cinq discours qui, dans le Banquet, précèdent le discours de Socrate paraissent bien en efïet, suivant la juste remarque de Sghleiermacher*", être destinés à rappeler, en attribuant chacune d'elles à un des personnages du dialogue, les diverses thèses examinées dans le Lysis. Pausanias a tenté de prouver que l'Amour ne peut naître que du semblable au semblable, entre l'amant et l'aimé vertueux, ce qui est le véritable amour, entre l'amant et l'aimé vicieux, ce qui est l'amour vulgaire. On reconnaît aisément ici l'objet de la seconde des discussions du Lysis : le méchant ne peut être l'ami du méchant, ni le bon du bon, ni en tant que semblables, ni en tant que bons (213 C-215 C). La troisième des discussions du Lysis est consacrée à la question de savoir si l'amitié ne naît pas entre des opposés (2L5 C-216 B). Or c'est la doctrine que défend Eryximaque. Quel est le fond du discours d'Aristophane (voir le résumé que Socrate en donne 205 E)? C'est que l'Amour est le désir de ce qui nous manque, et qui est propre et convenable à notre nature. Cette doctrine est précisément la dernière à laquelle s'attache le Lysis et c'est, après en avoir reconnu l'insuffisance, que le dialogue remet à plus tard la découverte d'une solution (221 C-222 1); cf. § 9 [VI, 3] et 10). Enfin, d'après Phèdre et d'après Agathon, dont les discours ont l'un

40. Ap. Stallbadm Proleg. in Phaedr. p. xxvm sq. Voir aussi Gomperz Pens. de la Grèce tr. fr. II, 402 et Raedrr op. cit. 154, 4, 157; cf. 160, 162, 164.

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