Philèbe
Ils doivent donc être classés, par la science des plaisirs, comme plus désirables que les autres plaisirs ; et l'éducation, par la comparaison des plaisirs et des douleurs sous le triple rapport de l'intensité, de la durée et de la pureté, organise scientifiquement notre vie morale.
Car, très évidemment, à ce point de vue, la vertu est une science et peut s’enseigner. La vertu, c’est la puissance humaine ; et la puissance, c’est la faculté de faire ce qu'on veut. Mais cette définition est équivoque. Si la puissance est un bien', ce qui est
‘accordé, la puissance ne peut consister, pour cha-
cun, à faire ce que bon lui semble : car cela peut lui sembler bon qui, en réalité, n’est pas bon. Il faut donc distinguer entre l'apparence et l'essence de la volonté. En apparence, je veux, incessamment, un nombre pour ainsi dire infini de choses diverses ; en réalité et en essence, je ne veux jamais qu'une seule chose, qui est mon bien, et toutes les autres comme des moyens relatifs à cette fin. Je ne veux pas le remède, mais la santé qui est au prix du remède. En cela consiste précisément l'erreur capitale, la déraison, le vice, de prendre le moyen pour la fin. La volonté vicieuse, c'est la volonté du moyen qui se prend pour la volonté de la fin, la partie qui se prend pour le tout ; elle veut le bien, et c'est involontai-