République, 1, 334 a
dénote une impuissance et une ignorance. Il vaut mieux mal courir, mal compter, mal écrire intentionnellement que mal courir, mal compter, mal écrire, parce qu'on est incapable de bien courir, de bien compter, de bien écrire. Or, au point de vue de la moralité vulgaire, celui-là est réputé juste, ou du moins innocent, qui ne ment qu'involontairement ; celui-là, injuste, qui ment volontairement. Mais la justice est ou une puissance, ou une science, ou l’une et l’autre à la fois. Si la justice est une puissance de l’âme, l’âme qui est plus puissante est plus juste. Si la justice est une science, l’âme qui est plus savante est plus juste; celle qui est plus ignorante, plus injuste. Enfin, si (la science et la puissance étant supposées identiques par hypothèse) la justice est à la fois puissance et science, l’âme qui possède à la fois la science et la puissance est plus juste; mais par suite l’âme qui est plus puissante et plus sage apparaît comme meilleure et plus capable de produire indifféremment le bien et le mal dans toutes ses actions !.
C’est donc là qu'il faut chercher la racine des contradictions et des ambiguïtés de la moralité vulgaire. Elle ne s’enseigne pas, car elle consiste dans un accord des facultés rationnelles et irralionnelles de l'âme, dans une harmonie qui n’est pas une science ;