‹ La théorie platonicienne des sciencesChapitre 13 sur 276 · INTRODUCTION, XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION, XV

pe deux formes platoniciennes d'argumentation, “ fondées sur deux principes logiques distincts, et qui Ὶ forment la trame des deux classes distinctes de 4 dialogues.

Si donc les observations qui précèdent étaient fondées, il faudrait considérer la philosophie plato- : nicienne, en quelque sorte, comme une philosophie à double face, à la fois critique et constructive,

négative et posilive; et ce serait un devoir pour quiconque se propose l'étude de cette philosophie, de ne négliger ni l’un ni l’autre de ces deux aspects de la méthode dans l'interprétation du système, d'interpréter la dialectique à la fois comme une méthode critique, ayant pour objet de détruire en nous l'illusion de la science, et comme une méthode posilive, ayant pour objet de justifier toutes les sciences. Devoir dont l'accomplissement peut sembler singulièrement malaisé; ne s'agit-il pas de faire - rentrer dans un même système d'idées deux principes contradictoires, c'est-à-dire, en fin de compte, de concilier l'inconciliable? Mais, d'autre part, que l'on se souvienne combien de contradictions se renο΄ contrent dans les dialogues, contradictions relatives Ξ à des notions métaphysiques, logiques ou morales, . et l’on conviendra que ce ne serait pas un médiocre avantage de ramener toutes ces contradictions à une seule contradiction fondamentale, de poser un pro- blème unique là où les textes semblent poser cent

XYT INTRODUCTION.

problèmes. Or, pour démontrer que dans l'opposition des deux formes du dialogue, des deux méthodes, des deux règles logiques, réside la contradiction fondamentale, et d’ailleurs consciente, de la pensée platonicienne, il n’est qu'une méthode directe : tenter, à

ce point de vue, une interprétation systématique des

dialogues. Il peut néanmoins paraître utile de recourir

encore, auparavant, à deux arguments indirects, afin de préciser davantage, en commençant, l’objet de notre étude.

Le premier argument que nous voudrions Invoquer est négatif autant qu'indirect : 1] consisterait à démontrer qu'il est impossible de supprimer ou d’éluder le problème. On pourrait le supprimer en affirmant que Platon n’a jamais songé à concilier les deux formes contradictoires de la dialectique, que jamais il ne s’est placé en même temps aux deux points de vue, mais qu’il y ἃ eu succession chronologique, dans sa pensée, entre l'application de la

première et l'application de la seconde méthode;

à l'interprétation dogmatique du système platonicien il faudrait, dans cette hypothèse, substituer l'analyse historique du développement de la pensée de platon, On pourrait, d'autre part, éluder la difficulté en affirmant que le système platonicien ἃ consisté dans l'absence même de système, dans l’opposition volontaire de points de vue contradictoires, accepter le

nt es ΠΣ ΘΝ

Le

t que la pensée plalonicienne ἃ varié, mais prendre ce fait comme le signe d'une méthode, et comme la base d'une nouvelle interprétation du ‘système : le « Platonisme serait une philosophie purement critique, une simple « maïeulique », une sorte de dilettantisme systématique.

Or, en premier lieu, il est impossible de supprimer - le problème en admettant que Platon a varié sur le point qui nous occupe, qu'il s'est conformé tour à tour à la règle de non-contradiction et à la règle de justification des sciences, au principe abstrait et au principe concret de la dialectique, qu'il a successivement enseigné une philosophie purement critique et une philosophie spéculative. Il est certain que Platon n'est pas de ces penseurs qui découvrent la vérité une ‘fois pour toutes, et passent leur vie à … répéter, à développer, à précher la même vérité : ἧς Platon a varié. Mais, une fois cela accordé, il n’est … pas indifférent de savoir sur quels points, et surtout de quelle manière il a varié. Veut-on dire que Platon a varié à la manière de Kant, découvrant, après de longues années d'enseignement, “ἀπ méthode nouvelle, et renonçant aux opinions de sa jeunesse aussi radicalement qu'aux systèmes de ses devanciers, ou encore à la manière de Schelling professant tour à tour une première el une seconde philosophie ? issaie-t-on de déterminer dans le développement de philosophie platonicienne une solution de contib

INTRODUCTION. δι.

XVIII INTRODUCTION. Le

nuité absolue entre une première et une seconde.

manière de philosopher ? À quel témoignage alors se. fier? Au témoignage d’Aristote, qui, effectivement, « semble formel sur ce point? « Il faut, nous dit Aristote, examiner d’abord la doctrine de l’idée prise en soi, sans rien y introduire de la nature des nom- $ bres, ainsi que firent au début ceux qui, les premiers, « j posèrent l’existence des idées !. » Mais la clarté de L cette déclaration n’est pas aussi grande qu’il pourrait « paraître au premier examen. D'une part, la distinc-m tion établie par Aristote ne concorde pas avec celle qui nous intéresse ; elle est non pas entre une philosophie critique et une philosophie spéculative, mais entre deux formes successives d’une même philosophie spéculative, la première sans adjonction de” théorie arithmétique, la seconde avec identification des idées aux nombres pythagoriciens, conçus d’une certaine manière particulière à Platon. Et, d'autre M part, le témoignage d’Aristote est sujet à caution. - Aristote discute Platon : et qui discute, distingue. * Aristote a intérêt à décomposer une théorie qui, M présentée toute d’un coup, paraîtrait peut-être ration- À

d’Aristote du témoignage direct des textes platoni- 5 ciens. L'examen direct des dialogues amènerait plutôt, M selon une opinion assez répandue, à distinguer trois

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