‹ La théorie platonicienne des sciencesChapitre 139 sur 276 · Phèdre, 242 c · texte numérisé non relu

Phèdre, 242 c

Ainsi la dialectique, dans son premier moment, critique et régressif, semble avoir, d'hypothèse en hypothèse, atteint une hypothèse qui n'en suppose aucune autre'. Elle a critiqué et supprimé toutes les notions contradictoires, et n’a retenu que l'être idéal et formel, dont l'essence est d’être non contradictoire et harmonique. D'ailleurs, elle accorde au contradictoire une sorte d'existence : être contradictoire, c'est encore être; le devenir … est relatif à l'être, il sert à exprimer l'être sous une forme symbolique. Le monde repose done tout entier sur deux relations fondamentales de participation : participation des idées entre elles, où participation par harmonie, et participation du devenir aux idées, ou participation par expression. Mais quelle est la valeur du rapport d'expression ? Qu'est-ce qu’un symbole? Si le corps, l'état, l'âme servent au dialecticien comme d'autant de symboles de la vérité, veut-on dire par là que ce sont de simples instruments de recherche, qui perdent toute utilité dialectique une fois la recherche achevée? Leur existence est-elle provisoire autant que relative? Alors leur existence symbolique est, en fin de eompte, identique au non-être. D'autre 4. Cf. Phédon, 101 ἃ 6. : εἰ δέ τις αὐτῆς τῆς ὑποθέσεως ἔχοιτο, χαΐρων ἔῴης ἂν καὶ οὐκ ἀποχρίναιο ἕως ἂν τὰ ἀπ' ἐχείνης ὁρμηθέντα σκέψαιο, εἴ σοι ἀλλήλοις ξυμφωνεῖ ἢ διαφωνεῖ; ἐπειδὴ δ᾽ ἐχείνης αὐτῆς δέοι σε

part, quelles sont les idées constitutives de la science absolue? Comment la relation d'harmonie ou de non contradiction sert-elle à les systématiser ? Pour que le système platonicien soit achevé, il faut que ces questions aient reçu une réponse; et, pour y répondre, il faut encore pousser la critique un pas plus avant, afin de discuter, comme Platon l’a fait dans le Parménide, le rapport de participation pris en lui-même, et la possibilité d’un tel rapport.

rit 2

« Il y ἃ une difficulté logique qui embarrasse les . hommes... Que le multiple soit un et que l'un soit | multiple, c’est ce qu'il est facile de contester à quiconque l’affirme... Protarque est un individu, il est cependant grand et petit, lourd et léger, une . infinité d’attributs lui conviennent. Mais ce sont à, sur la relation de l’un et du multiple, des bizarreries logiques devenues déjà vulgaires (τὰ δεξημευμένα τῶν ἠχυμαστῶν), et (ous pour ainsi dire

lever, et admettre que ce sont exercices puérils,

{τοῖς λέγοις Euroèix, embarrassants pour les raisonnements); ilen va encore de même, lorsque, distinguant par la pensée les parties et les membres de chaque être, et accordant que toutes ces parties

sont maintenant d'accord qu'il ne faut pas les sou-

faciles, et aw plus haut degré nuisibles à la raison

constituent l'unité de cet être, on démontre ironiquement que l’on est contraint d’affirmer des absurdités (des monstres logiques, τέρατα), de dire que l’un est multiplicité et infinité, que le multiple est seu-

lement un !. » Mais il se présente d’autres difficultés,

plus graves, nouvelles, qui n’ont pas encore été vulgarisées, « lorsqu'on renonce à placer l’un, comme il a été fait tout à l'heure, au nombre des choses qui sont soumises à la loi du devenir (γιγνομένων τε χαὶ ἀπολλυμένων)... lorsqu'on veut poser comme existence l'unité de l’homme, du bœuf, du beau, du bien, c’est au sujet de ces unités, et d’autres semblables, qu'il se produit de sérieuses contestations et de la division ?. » Car 11 convient de se demander « d’abord s’il faut supposer de telles unités comme existant véritablement; ensuite comment ces unités, chacune étant identique à soi, et n’admettant pas en soi le devenir (wire γένεσιν μήτ΄ ὄλεθρον), ne demeure pas cepen-

dant immuablement une; enfin s’il faut dire que,

dans les choses qui deviennent et sont infinies, soit que l’unité se disperse et devienne plusieurs, soit que tout entière elle se sépare d’elle-mème, ce qui semble souverainement impossible, l’un et l'identique devient à la fois dans l’un et le

1. Philèbe, 14 c, 544. — Cf. Sophiste, 251 a, sqq; et en particulier 251 D: ὅθεν γε οἶμαι τοῖς τε νέοις χαὶ τῶν γερόντων τοῖς ὀψιμαθέσι θοίνην παρεσχευάχαμεν * εὐθὺς γὰρ ἀντιλαδέσθαι παντὶ πρόχειρον ὡς ἀδύνατον τά τε πολλὰ ἕν καὶ τὸ ἕν πολλὰ εἶναι.

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