‹ La théorie platonicienne des sciencesChapitre 145 sur 276 · Parménide, 133 c d · texte numérisé non relu

Parménide, 133 c d

ux termes hélérogènes, dont l’un seulement serait intelligible et l’autre sensible, est inintelligible. D'où cette contradiction suprême, qui résume et aggrave les précédentes. D'une part les idées, prises de

même que, si l’on concoit le rapport de maitre à esclave comme une relation idéale, l’idée du maitre est par rapport à l’idée de l’esclave, mais non par rapport à la multiplicité des esclaves individuels,

« en soi, ne sont pas connaissables pour nous :

— de même, si le rapport de la science à la vérité est une relation d'idées, alors la science absolue a pour objet la vérité absolue, mais la science en nous n'a æucun rapport avec la vérité idéale. L'univers idéal, si un tel univers existe, est absolument trans- … cendant, radicalement isolé de l’univers sensible, de “otre univers; ces deux univers sont absolument fermés l’un sur l'autre, inutiles l'un par rapport à - l’autre, et la science absolue ne connaît pas plus la vérité relative et en nous, que notre science ne connaît vérité absolue, ou l’idée. Faut-il dire que les idées, puisqu'elles apparaissent comme inconnaissables, ne sont pas, d'une façon absolue? Mais, d'autre part, . s’il n'existe pas d'idées, nulle définition, nulle dis- 1 cussion, nulle connaissance, nulle dialectique n'est possible‘. — Telle est la conclusion contradictoire à laquelle amène l’idée d’une participation des choses

ἡ, Parménide, 135 a, 544 ; et 132 b c. — Cf. Philèbe, 15 ὃ: εἴ τινας δεῖ τοιαύτας εἶναι μονάδας ὑπολαμδάνειν ἀληθῶς οὖσας.

aux idées : il est à la fois nécessaire et absurde de

poser l'existence des idées.

Ces difficultés, relatives à la participation des. choses aux idées, Platon ne les déclare pas inso-, lubles : il réserve la possibilité d’une solution. « A celui qui parle ainsi, dit-il, nul ne saurait démontrer qu’il se trompe, 511 n'a beaucoup d'expérience et |

d'heureuses dispositions, et s’il ne se décide à suivre un argumentaleur qui soulève beaucoup de difficultés et va les chercher très loin’. » Cependant il ajourne la

solution de ces difficultés, et, s'il continue l'examen … 4

du problème de la participation, c’est maintenant sous une nouvelle forme qu'il le considère. « Si quelqu'un pouvait d’abord distinguer et isoler (διαιρῆται χωρίς) les idées prises en soi, telles que la similitude et la dissimilitude, la pluralité et l’un, le

repos et le mouvement, puis montrer qu’elles sont susceptibles d'union et de division (ἐν ἑαυτοῖς δυνάμενα,

συγχεράννυσθαι χαὶ διαχρίνεσθαι), 16 le louerais singulière-«

ment... Mais je louerais bien davantage celui qui

pourrait montrer la mème difliculté (ἀπορία) impliquée « dans les idées, dans les êtres saisis par le raisonne-. ment, que tout à l’heure dans les choses visibles *. »

1. Parménide, 133 b.— Cf. 135 a : χαὶ ἀνδρὸς πάνυ μὲν εὐφνοῦς τοῦ δυνησομένου μαθεῖν ὡς ἔστι γένος tt ἑκάστου, χτλ.

2. Parménide, 129 e, 130 a. Mais c’est là une ἀπορία qui doit se résoudre avec l'illusion sur laquelle elle repose : opposer sur ce point au texte du Parménide, 129 6: εἴ τις ἔχοι τὴν αὐτὴν ταύτην ἀπορίαν ἐν αὐτοῖς τοῖς εἴδεσι παντοδαπῶς πλεχομένην, Celui du Phi-

᾿ - Et Parménide, interlocuteur du dialogue, relève avec

éloges cette observation ‘. Avoir examiné le problème

de la participation dans les rapports réciproques des

idées, et non plus dans le rapport des idées aux choses, c'est une « gymnastique * » intellectuelle, un exercice dialectique que suppose la constitution d’une philosophie positive; et de fait, c'est seulement si une participation des idées est possible qu'un système d'idées, et une connaissance systématique de l'univers sera également possible, que la dialectique pourra être non plus destructive et régressive, mais constructive et progressive. Or la question est de savoir dans quelle mesure l'examen des premières difficultés, celles relatives à la participation des choses aux

idées, et que Platon semble revendiquer, dans le

Philèbe, comme sa découverte, servent à résoudre le second problème logique, celui de la participation réciproque des idées, à nous faire philosophiquement riches (εὔποροι), alors que nous nous croyons misérables (ἄποροι). À cette question il faut avoir répondu, si l'on veut fournir une interprétation probable du Parménide.

« ΤΙ me semble, dit Socrate, qu'il n'est pas malaisé de démontrer que les idées (comme les

dèbe, 15 ὁ: ἀλλ᾽ οὐχ ἐκεῖνα.... ἁπάσης ἀπορίας αἴτια, μὴ καλῶς ὁμολογηθέντα, καὶ εὐπορίας ἄν αὖ, χαλῶς.

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