‹ La théorie platonicienne des sciencesChapitre 169 sur 276 · Théétèle, 201 d, sqq · texte numérisé non relu

Théétèle, 201 d, sqq

simplifier. Si donc la partie est considérée comme inconnaissable, par opposition à la forme idéale, précisément parce qu’elle est simple et indécomposable, alors, pour la même raison, le tout est également inconnaissable. La solution de la contradiction suppose un changement de point de vue. Il est également vrai de dire que ce qui est connaissable primitivement, c'est le simple, sous peine de contradiction, — et que ce qui est connaissable, c’est la relation idéale. Il faut donc qu'à un point de vue nouveau, ce qui est véritablement simple, ce soit la relation, et il ne faut pas opposer l’élément (τὸ στοιχεῖον) et l’idée (ἡ ἰδέα), comme le fait Platon dans le Z'héctète: le véritable élément, c’est l’idée, car l’idée est une relation élémentaire.

Si donc une science absolue et première peut se constituer, elle ne cherchera pas à établir entre les êtres une liaison substantielle, à leur donner une unité par leur inhérence commune à une substance, elle devra n’admettre aucun autre fondement que la simple relation idéale. Comment cela est concevable, les autres sciences peuvent, par voie d’analogie, le faire comprendre. On peut comparer la science absolue, la dialectique, à la grammaire ou à la musique. L'objet de la grammaire, c’est de savoir quelles sont les lettres, combien elles sont, et par quelles combinaisons de lettres se produisent les syllabes et les mots; mais les lettres elles-

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ièmes ! restent pour le grammairien des éléments op ques, dont on peut connaitre les relations réci- ᾿ pr ques, mais que l’on ne peut connaitre en soi, et dont l'on ne peut déduire la nécessité ; les éléments . le cette science ne sont pas des relations, et les relations dont la considération appartient à la grammaire sont extérieures aux principes élémentaires que ces relations organisent. L'objet de la musique ?, c’est le son ; et, ici encore, les sons en tant que tels sont ς des données premières, irréductibles en science. ᾿ Seulement les sons ne prennent en réalité de valeur ἢ musicale que par leurs relations réciproques; la < musique ἃ moins pour objet les sons que les rela- ν᾽ tions des sons, l’aigu, le grave, et l'égalité de ton 3

(- > διμξτονον), l’aigu n'étant défini comme tel que par δ᾽ rapport au grave, le grave que par rapport ἃ l'aigu. à. Connaître des identités et des différences, « saisir le #8 nombre des intervalles, en ce qui concerne l’aigu 1 le grave, les termes séparés par ces intervalles, et syslèmes qui en résultent, que l'on appelle

1. Τὰ στοιχεῖα. Cf. Cratyle, 422 a, 424 ὃ c (le mot στοιχεῖα est ἰε mployé par analogie pour désigner les éléments musicaux); Philèbe, 18 ὃ, 514; le Politique, 277 e, sqq. Aristote emploie le terme de στοιχεῖα pour désigner les principes intelligibles des nombres dans la philophie platonicienne (voir notamment Métaphysique, XIV, 2, 1087 b,12: Où μὴν καὶ τὰς ἀρχας ἃς στοιχεῖα καλοῦσιν) ; mais il ne semble pas üe dans les écrits de Platon les idées simples soient jamais appelées si sice n'est par analogie avec les lettres de l'alphabet, lorsqu'il mpare la dialectique à la grammaire.

L Liu, 17 ὃ, 544.

harmonies ! », voilà ce qui fait la musique. Mais les « qualités qu’a le son d’être plus ou moins grave et aigu, les termes entre lesquels sont les rapports « musicaux, restent toujours des données que la. musique ne comprend pas, qu’elle systématise sans » les connaître. Ni la grammaire ni la musique ne « sont identiques à la dialectique, ou science absolue, « malgré les analogies; car, si elles étudient les relations M d'identité et de différence, elles étudient ces relations ; en tant qu’elles s'appliquent à des données particulières, inexpliquées, et non pas, comme la dialec- M tique, l'identité en soi, c’est-à-dire la relation à soi, « et la différence en soi, ou relation à autre chose que soi. La science absolue se définit une science dont » tout l’objet est relation pure. |

Or la science absolue reste encore pour nous en A partie une pure possibilité. Des deux moments qui doivent, comme toute science, la constituer : décom-w position et recomposition, le premier seul, pour * l'instant, est acquis. Le dialecticien commence par « distinguer les idées les unes des autres : le dialec- ἢ ticien connaît une idée lorsqu'il ἃ dégagé ce qui” constitue son identité par l'exclusion de toutes ses « différences par rapport à toutes les autres idées. De ce travail de division logique, nous trouvons chez Platon deux exemples : l’un dans le Sophiste ?, où :

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