‹ La théorie platonicienne des sciencesChapitre 202 sur 276 · DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

DU MOUVEMENT

I! existe donc une science pure, qui ἃ pour objet la pure relation intelligible, « le nombre vrai et la igure vraie! ». Mais la relation intelligible, c’est « ce qui est toujours de même sous le même rap- τ por »: le point de vue du nombre, c'est le point le vue du repos. Or la pensée, conçue comme réflexion sur soi-même, implique les deux conditions du repos et du mouvement : quelle est done, dans la dialectique platonicienne, la relation du men ὦ x ‘à ἼΩΝ au repos ? θὲ admet l'existence de scien

pour emprunter à Aristote sa ol l'as- κε ronomie, la musique (ἀρμονιχή), l'optique Gas).

. République, VII, 529 d: ἐν τῷ ἀληθινῷ ἀριθμῷ val πᾶσι Me: σχήμασι. ͵

tence des sciences (χατὰ τοὺς λόγους τοὺς ἐκ τῶν ἐπιστημῶν), c'est-à-dire d’après les raisonnements inductifs qui démontrent que toute science suppose un objet Ἔ idéal, il y aura idée de tout ce dont il y ἃ science{». M

Or l'astronomie a pour objet le ciel, les mouve-m ments célestes et les astres: faut-il donc poser. l'existence d’un ciel idéal? Mais en ce cas, dans cette idée du ciel, ou bien 1] y aura mouve-" ment: alors ce ne sera plus une idée, puisqu'une. idée est une « nature fixe », — ou bien 11 n’y aura pas mouvement: ce ne sera plus alors l’objet de l'astronomie, science des mouvements célestes ?. Le problème se pose de savoir si, dans la philosophie des idées, il est possible de justifier l'existence d’une science du mouvement.

Or, si le nombre implique deux conditions fonda- M mentales : le rapport d'égalité et le rapport de différence, s’il se définit comme l'égalité dans la diffé- à rence, comme l'égalité, ou l’identité d’une différence, il faut ajouter qu'aucun nombre n’épuise l’idée de différence: car tout nombre est déterminé, et la différence en soi est indéterminée (ἀόριστος) ou infinie … (ἄπειρος). Le grand et le petit ne sont pas des absolus (καθ᾽ αὑτά), ce sont des relatifs (πρός τι; πρὸς ἄλληλα), des comparatifs. Le grand est grand par

1. Aristote, Métaphysique, A, 9, 990b, 11; et M, 4, 1079 a, 7. 2. Mélaphysique, B, 2, 997 ὃ, 15, 544.

» x à Ε be à cé 3 ῳ al > μεν F P ἂ î are Ὗ sd ΦΌΩΣ LA SCIENCE DU MOUVEMENT. 251

rapport au petit : le grand, c'est le plus grand. Le petit est petit par rapport au grand: le petit, c'est δ plus petit. Mais alors ni le grand ni le petit ne peut être posé comme une nature fixe. Sitôt que le "plus grand est déterminé dans sa relation au plus petit, cette détermination est un nombre, et la dualité indéterminée de la grandeur et de la petitesse |

s'évanouit: le plus grand est toujours (44) plus

grand, il progresse et ne demeure pas (προχωρεῖ οὐ Ἂν μένε!) ". Donc, parce que le nombre suppose les deux À principes élémentaires de l'identité (ou de l'égalité) 24 de la différence, il suppose aussi les deux conditions de l'immobilité et du mouvement, de la fixité . et du changement. Il est légalisation d'une inégalité, ee un équilibre entre deux mouvements infinis en sens Ἐ

contraires ?, Et la démonstration dialectique est un s mouvement de la pensée, ou de l’âme, qui passe du désordre à l'ordre, de l’indéfini au défini, qui s'organise conformément à la loi du nombre.

Car âme et mouvement sont deux expressions synonymes. L'âme est connaissance: et connaître

1. Philèbe, Ac d. — Cf. le texte d'Hermodore, Simplicius in Phy- … sicam, 248, 3: μεῖζον at ἔλαττον εἰς ἄπειρον φερόμενα. — Cf. le Poli- rs tique, 310 a: τοῦτόν θειότερον εἶναι τὸν ξύνδεσμον ἀρετῆς μερῶν φύσεως k ἀνομοίων καὶ ἐπὶ τἀναντία φερομένων, — Lois, Il, 671 a : προϊούσης τῆς πόσεως ἐπὶ μᾶλλον ἀεί, is 8, Cf. République, VU, 550e: τοὐντεῦθεν τοίνυν … προϊόντες εἰς τὸ πρόσθεν τοῦ χρηματίζεσθαι, ὅσῳ ἂν τοῦτο τιμιώτερον ἡγῶνται, τοσούτῳ ἀρετὴν ἀτιμοτέραν. ἢ οὐχ οὕτω πλούτου ἀρετὴ διέστηκεν, ὥσπερ ἐν πλάστιγγι ζυγοῦ χειμένου ἑχατέρου ἀεὶ τοὐναντίον ῥέποντε.

est un verbe qui exprime une action. L'âme est passage d’une forme de l'être, ou d’une idée, à une

autre (ἄλλοτ᾽ ἐν ἄλλοις εἴδεσι γιγνομένη) 5. Lorsque nous constatons chez un être la présence d’un mouvement qui se produit lui-même (τὴν δυναμένην αὐτὴν αὑτὴν χινεῖν χίνησιν) ἢ, d’un mouvement spontané, nous disons de cet être qu'il vit; et, d'autre part, lorsque nous disons d'un être qu'il possède une âme,

nous comprenons que par cette âme il vit. L'âme, .

c’est donc le mouvement qui se produit lui-même, qui n’a d'autre condition que soi, le mouvement pur. « L’âme, dans son universalité, est immortelle. Car ce qui est toujours en mouvement est immortel ; mais ce qui meut autre chose que soi,

et est mû par autre chose, éprouvant un arrêt dans

son mouvement, éprouve un arrêt dans sa vie. Seul l'être qui se meut soi-même, puisqu'il ne se fait pas défaut à soi-même, ne cesse jamais d'être màù, et, de

plus, à tous les autres êtres qui sont mus, celui-là

est source et principe de mouvement f. »

Or cette conception de l'immortalité psychique est singulière pour qui se place au point de vue de l'être idéal : elle suppose une nouvelle conception de l'être. L'être n’est plus la vérité de l'idée, indé-

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