XXVIII INTRODUCTION
milieu naturel et social. Par la substitution du
point de vue du devenir au point de vue de l'être, par leurs connaissances encyclopédiques en matière de science et de technique, par leurs spéculations politiques, les sophistes ont travaillé à constituer une doctrine de la science pratique.
Mais un penseur, plus indépendant et plus influent, plus pénétrant et plus révolutionnaire, pousse plus avant les conclusions de la critique. Socrate se place, comme les sophistes, au point de vue du devenir, mais il conçoit ce devenir comme le développement d’une pensée qui discute (rakéysru) avec elle-même, en vue d’atteindre l’équilibre logique de ses’ concepts et la solution de ses contradictions. Or, le critérium de la non-contradiction détruit aussi bien le point de vue du devenir que le point de vue de l’être en soi : les sophistes espéraient parvenir à une organisation systématique des vertus, mais tout l'effort de la discussion socratique aboutit à cette conclusion que le concept vulgaire de vertu est con(radictoire. Car, d’une part, si la vertu est une aptitude dirigée vers une fin, si elle s’enseigne, elle doit présenter le caractère d’un art méthodique, ou d’une science ; mais, d'autre part, elle consiste, par définition, dans le passage même que l'esprit effectue de l'ignorance à la science, dans l'effort vers la science; elle est un instinct antérieur à la science, elle n'est pas la science. La vraie vertu,